On assiste ici à une lutte acharnée que se livrent entre eux des vautours autour du cadavre d'un animal tombé dans les précipices de Arrano Harri et dont ils se disputent âprement les derniers morceaux de chair encore adhérant à la carcasse.
VAUTOUR A CAUTERETS
HAUTES PYRENEES D'ANTAN
Nul n’ignore que ces carnassiers affectionnent surtout les viandes corrompues et pourries et s'en repaissent avec dilection, aussi le corps de ces animaux lorsqu’on les capture exhalent-ils une odeur infecte et nauséabonde. De leur narine découle une humeur visqueuse et puante. Ils sont doués d’une vue excellente et d’un odorat merveilleux qui leur permettent de découvrir leur pâture préférée à des distances incroyables. S'ils préfèrent surtout les viandes corrompues, ils ne dédaignent pas les animaux vivants de petite taille et surtout les petits des animaux plus puissants ; mais ayant les doigts courts et les ongles peu robustes, ne pouvant les emporter rapidement dans leurs repaires, ils sont condamnés à les dépecer sur place et à les y manger. C'est, ce qui expliquerait l’extrême méfiance des vautours à foncer brusquement et sans hésitation sur leur proie. Le souci de leur sécurité les maintient longtemps éloignés de ce qu’ils convoitent ; ils décrivent très haut des cercles lents, tournent sans se lasser en observant des heures entières avant de s’en approcher le cadavre en putréfaction ou d'attaquer l’animal vivant. Les chasseurs de vautours de la région connaissent bien leurs mœurs et leurs habitudes et pour en abattre quelques uns savent qu’il faut s'armer d’un bon fusil et surtout de beaucoup de patience, après avoir passé la nuit au sommet de la montagne et y avoir déposé le cadavre d’une brebis ou attaché une jeune chèvre dont les bêlements attireront les carnassiers et aguicheront leur voracité, les guetteurs se dissimuleront soigneusement et attendront la venue des rôdeurs aux quatre coins de l'horizon.
GUIDE ITURRIA ET RETOUR DE LA CHASSE AUX VAUTOURS
PAYS BASQUE D'ANTAN
Lorsque quelques-uns ont été abattus, les dépouilles des vaincus comme des trophées, sont ramenées en ville par deux hommes ayant sur les épaules l’extrémité d’un bâton au milieu duquel les victimes sont suspendues par les pattes et ils clameront les noms des triomphateurs à ceux qui les leur demanderont. On connaît un grand nombre d'espèces de vautours et nous en possédons deux dans nos montagnes. Les uns ont le cou et la tête recouverts de duvet, ont le bec gras et fort : c'est un spécimen de l'espèce dite Ariau ou Cendré qui est surtout commun ici dans les Pyrénées et ailleurs dans les Alpes.
RETOUR DE LA CHASSE AUX VAUTOURS ASCAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN
On le dit doué d'intelligence et de courage. L'autre est le vautour fauve ou griffon qui atteint la grosseur d'une oie. Celte espèce recherche surtout les lieux inaccessibles des hautes montagnes. Elle est très redoutée des bergers dans certaines régions mais dans la nôtre elle est peu à redouter ; nos Basques ne laissent jamais leurs troupeaux s’égarer si haut sur la montagne.
VAUTOUR FAUVE
La présence de ces rapaces nous est plutôt un sujet de distraction ; une attraction pour nos chasseurs désireux de prouesses cynégétiques et d’émotions fortes, amoureux des difficultés et voulant savourer la satisfaction de les vaincre.
Si les vautours de la Rhune pour les chasseurs exceptés sont l’objet de la plus parfaite indifférence de la part des autres citoyens de la contrée, il n'en est pas ainsi dans d’autres parties du monde.
PLATEAU IHI ZELAY LA RHUNE
PAYS BASQUE D'ANTAN
Ainsi une espèce appelée Perenoptères est très respectée à Constantinople et dans quelques villes du Levant où sa fonction est de nettoyer les rues des immondices. Les Perenoptères suivent les caravanes, surtout celles qui vont à la Mecque et donnent une prompte sépulture aux animaux et peut-être aussi aux pèlerins qui succombent en route. En Egypte il existe un vautour appelé Poule de Pharaon. Les anciens Egyptiens le comptaient parmi les oiseaux sacrés et souvent le reproduisaient sur leurs monuments. Nos vautours, qui habitent les sommets de la Rhune n'ont pas le prestige de ceux du Levant ; nous n’avons pas pour les honorer les mêmes motifs, ne nous rendant pas les mêmes services."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
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