LA CHASSE À LA PALOMBE À ETXALAR EN 1919.
Les villages d'Etchalar, en Navarre et de Sare, en Labourd, peuvent s'enorgueillir depuis une époque immémorable de posséder une des plus belles, sinon la plus fameuse chasse aux pantières (filets verticaux) des cols Pyrénéens
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CHASSE A ETCHALAR NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Voici ce que rapporta à ce sujet Jacques de Saint-Pastou, dans le Bulletin mensuel de la Société
Centrale des Chasseurs, du 15 août 1919 :
"Dans les Landes et dans les Pyrénées, dès les premiers jours d'octobre jusqu'à la mi-novembre, les hommes industrieux et sournois tendent des pièges aux palombes craintives qui émigrent vers les pays de soleil.
Ici, on les attire par des appeaux, puis on les tue à coup de fusil.
Là, on les oblige à s'engager dans des cols tenus de filets gigantesques, où elles tombent par centaines.
Telles sont les deux méthodes : l'une, la chasse à l'appeau ; l'autre, la chasse aux filets.
La chasse du guet-apens.
La chasse à l'appeau est une embuscade dont on use dans le département des Landes, en Armagnac surtout, pays de plaines et de bois, et, ailleurs, dans les chasses de moyenne importance.
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CHASSE A LA PALOMBE AVEC APPEAU BAZADAIS D'ANTAN |
Les chasseurs, l'arme au pied, se dissimulent dans des cabanes construites de branchages construites de branchages entrelacés et camouflés de fougères. Une double haie en bruyères, formant couloir, réunit les cabanes.
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POSTE DES CHASSEURS A LA PALOMBE LANDES D'ANTAN |
En avant de nos chasseurs, sur un arbre judicieusement choisi, on place un appeau — un ramier à qui l'on a cousu les yeux.
L'appeau est fixé par les pattes sur une raquette à charnière reliée par un montant à un châssis mobile qui vient coller contre une potence clouée à l'arbre. Et, alors, voici le mécanisme : lorsque la raquette bascule, l'appeau, pour reprendre son équilibre, bat des ailes comme s'il allait se poser : ce que voyant, les palombes qui tournoient suivent l'invitation qui leur est faite et viennent s'abattre sur les arbres alentour. Le vol étant posé à bonne portée, les chasseurs postés dans les couloirs et juchés jusque dans les arbres tirent au commandement.
Un bon appeau se paie relativement cher : le succès dépend de lui et aussi de l'habileté du rusé paysan qui, en tirant sur la corde, fait jouer la raquette. L'appeau doit battre de l'aile comme s'il se posait et non comme s'il devait s'envoler, sous peine de produire un effet contraire à celui que l'on cherche.
Un ramier, pour devenir appeau, ne doit pas avoir été blessé, car son coup d'ailes serait gêné et anormal ; n'oublions pas que les palombes, nées méfiantes, ont un regard perçant qui voit et juge de loin.
La Chasse au pays de Ramuntcho.
Au pays de Ramuntcho, la chasse en faveur est celle "aux filets", plus productive que la chasse "à l'appeau", plus originale aussi, mais peut-être moins passionnante, sportivement parlant. Elle est une véritable industrie des paysans et des grands propriétaires du pays basque.
Dans cette région privilégiée, les palombières abondent. En Basse-Navarre, l'une des trois provinces basco-françaises, on cite la chasse de Behorleguy, qui appartient à M. Jean Ybarnegaray, le député de Mauléon et celle de Lecumberry, dont le propriétaire est Mlle Duthey, une petite-nièce du maréchal Harispe.
Mais les deux plus connues, parce que les plus importantes et les mieux organisées, sont les palombières de Sare, en Labourd, et leurs voisines et rivales d'Etchalar, en Guipuzcoa : l'une et l'autre chevauchent, pour ainsi dire, la frontière.
Une palombière modèle : Etchalar.
"A l'automne, prends ton fusil, Ramon, dit un dicton basque, et observe d'où vient le vent ; s'il souffle du Sud ou de l'Ouest, raccroche ton fusil ; s'il souffle de l'Est, dirige-toi vers les palombières de Sare ; s'il souffle du Nord, monte un peu plus haut, au col voisin d'Etchalar : les passages y seront plus nombreux et plus fournis."
Le vent du Nord nous étant favorable, montons au col d'Etchalar.
Le sentier court entre les fougères couleur de rouille : sentier de contrebandiers, qui fausse notre direction, nous perd délicieusement en des sous-bois charmants de chênes et de hêtres et nous oblige à traverser des torrents sur des arbres abattus.
Le matin est exquis, léger, caressant. Une échappée sur la plaine nous fait dire : "Comme nous sommes loin !" et le calme de ce paysage nous fait penser : "Comme c'est bon et comme c'est beau !"
Baletecogaha! l'Atchuria!... Ils sonnent étrangement les terres lointaines, ces deux pics qui limitent le col d'Etchalar. Et, cependant, de leur sommet qui se défend à peine, on aperçoit Biarritz et les flèches hardies de la cathédrale de Bayonne, le Boucau et ses usines, sur qui plane toujours un tourbillon de fumées noires, la côte basque, l'océan et la ligne bleue des pignadas.
Plus près de nous, la vallée se resserre et le paysage basque si classique en ses lignes, si harmonieux, si profondément humain, se ferme, se replie, lutte contre l'envahissement des étrangers. Le col d'Etchalar réalise ce paradoxe d'être le bout du monde à notre porte.
Les palombières d'Etchalar.
Pour nous permettre d'expliquer cette chasse aux filets, longue, minutieuse, patiente, dont les moindres incidents sont prévus, il est nécessaire de se rendre un compte exact de la topographie des lieux.
A partir du village de Sare, à mesure que l'on s'élève, la vallée va en s'étranglant : elle emprunte la forme d'un couloir aux côtés souvent abrupts.
A gauche, ce sont les pentes de l'Atchuria et de la montagne d'Abataric ; à droite, les contreforts des pics d'Ibantelly — 698 mètres — et de Baletecogaha : merveilleuse route de l'air des oiseaux migrateurs, jalonnée de distance en distance et à des hauteurs différentes par des postes d'observation et des postes de commandement.
Au fond de ce couloir et au centre : la passe déboisée du col d'Etchalar que barrent cinq filets (cinco redes).
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FILETS PALOMBIERE SARE PAYS BASQUE D'ANTAN
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Toute la chasse consiste à diriger les palombes sur le col, puis à rabattre les filets au moment psychologique."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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