LA PROTOHISTOIRE AU PAYS BASQUE.
La protohistoire est une période de temps intermédiaire entre la Préhistoire et l'Histoire sensu stricto, caractérisée par l'absence d'écriture propre au sein des sociétés étudiées.
Voici ce que rapporta à ce sujet le Docteur J. Blot, dans le Bulletin de la Société des sciences,
lettres & arts de Bayonne, en janvier 1973 :
"Contribution à la Protohistoire en Pays Basque.
... Architecture des dolmens :
Ces monuments ont été érigés avec les matériaux trouvés sur place : dalles de grès rose donnant des structures régulières au contraire de celles, massives, réalisées avec les blocs de poudingue. Les traces de taille volontaire sont rares (Jara, Armiague), les pierres ayant été utilisées à l’état brut ou à peine dégrossies (parfois dalle de "chevet" triangulaire).
a) Les chambres funéraires : Très variables en dimensions suivant l’importance du monument, et plus ou moins enfoncées dans le sol (Mokua, luskadi) ou au contraire reposant dessus (Armiague, Mikelare). Le sol de la chambre est le plus souvent en terre battue : parfois, mais rarement semble-t-il, empierré. Bien fréquemment le toit est absent, soit du fait des intempéries (une dalle horizontale est très exposée et se délite facilement), plus souvent par la faute des "chercheurs de trésors", ou fouilleurs clandestins (le dolmen vierge est rarissime !). La disparition du toit entraîne l’effondrement d’une ou des parois de la chambre et en modifie l’architecture originelle, cas fréquent dans nos montagnes où nos "couvercles" sont de taille modeste.
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| DOLMEN ARMIAGUE SOURCE : J. BLOT |
Rappelons qu’un monument dans lequel les cadavres sont introduits par une face latérale ménagée à cet effet (dalle plus petite ou absente) est un dolmen — les termes de "cistes" ou "caissons" ou "coffres" paraissant devoir être réservés à des monuments dont l’accès se fait en soulevant le toit, et de dimensions souvent plus modestes. Mais il s’agit du même concept "mégalithique" et bien souvent ces différents monuments sont réunis sous la même appellation (abusivement) élargie de dolmen.
A s’en tenir aux simples dimensions des chambres, il semblerait qu’on puisse distinguer :
— des cistes (de moins de 1 m de long), 9 % des cas (type Chominen IV) ;
— des caissons ou coffres (entre 1 et 2 m de long), 69 % des cas (Mokua, Muxugorrigaine, Eratzu...) ;
— des "allées" rectangulaires allongées (de 2,50 m à plus de 4 m), 18 % des cas (Galbario II, Usatuita I, Mugi II...) ;
— enfin les vrais mégalithes avec grandes dalles atteignant parfois 1 à 2 m de haut, lourdes tables (type Buluntza, Gaxteena), 3 % au total. Nous ne faisons que signaler les dolmens à chambres contiguës, doubles, exceptionnels (Berdaritz, Gastenbakarre).
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| DOLMEN USATUITA URRUGNE BULLETIN MUSEE BASQUE N°33 1966 |
Avant d’en terminer avec les chambres funéraires un mot sur leur orientation. Le remarquable travail de P. Savary a montré combien cette étude de l’orientation des monuments vers le soleil levant revêtait d’importance pour une meilleure compréhension des modalités rituelles de construction (époque, mode de vie, etc.). Un premier et tout provisoire dépouillement statistique nous donne pour le Pays Basque Nord : orientation plein Est : 28,5 % des cas. Orientation E.N.-E. : 27,5% et E.S.-E. : 17%.
b) Le tumulus ou Galgal : Toujours fait de main d’homme. En terre (Buluntza), en pierres amoncelées (Mikelare) ou mixte (Osin), le tumulus, à l’origine, consolide, protège le monument ; il n’a pas pour but de le cacher, mais au contraire de lui donner une plus grand importance. Il apparaît parfois comme le seul vestige visible quand les dalles ont disparu (Lapitzeta E. Iraztei). A l’origine il couvrait entièrement le monument situé en son centre, se construisant très probablement en même temps ; son plan incliné devait être utilisé ensuite pour mettre en place la dalle du toit. Sa forme est en général circulaire, rarement ovale. Les dimensions varient en moyenne entre 7 et 12 m (60 % des cas). Les tumulus de pierres se sont bien mieux conservés que ceux en terre, fort lessivés par les pluies. Enfin, leur structure intime nous est mal connue en général. Nous avons déjà parlé de la présence d’un cercle de pierres périphériques au rôle mal défini : consolidation ? cercle magique rituel ? Ce cromlech semble inhérent au concept dolménique.
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| DOLMEN DE BULUNTZA 64 AHAXE |
On le retrouve déjà à Los Millares près d’Alméria, autour des premiers dolmens d’Europe Occidentale. Il existe ici dans 18 % des cas, plus ou moins bien conservé.
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| SITE LOS MILLARES PRES D'ALMERIA ESPAGNE |
Le mobilier des dolmens :
il présente un grand intérêt pour dater les monuments et se faire une idée du mode de vie de ses constructeurs. Hélas ! Ceci n’est souvent que très théorique. Tout d’abord en Pays Basque Nord, du fait de l’absence de fouilles, nous ignorons tout du mobilier de nos dolmens. Nous serons donc obligés de nous référer aux remarquables travaux effectués en Pays Basque Sud. Les saccages répétés, les "chercheurs de trésors", la réutilisation comme abris ont fait disparaître ou bouleversé les objets... Et quand on sait l’importance de la place de chaque chose en archéologie !
Enfin, il semble bien que dans l’aire mégalithique pyrénéenne, si à l’origine le rituel exigeait un dépôt de mobilier pour faciliter au défunt son passage dans l’au-delà, et sa vie outre-tombe, il ne paraît pas que cette exigence ait été longtemps respectée. La majeure partie du matériel dolménique appartient à la catégorie des objets personnels sauf les armes, telles les pointes de flèches, qui ont pu parvenir là comme cause du décès. Il semble que l'entourage du défunt ait agi chaque fois suivant son inclinaison personnelle, plutôt que suivant un rituel précis. Le mobilier trouvé ne permet donc pas de se représenter la culture matérielle de cette époque de façon totalement satisfaisante. La rareté des objets de métal par exemple ne doit pas faire penser que la métallurgie était inconnue. S’agissant souvent de pasteurs aux besoins modestes, le matériel sera simple et rustique, et nous sommes loin des hypothétiques "trésors", souvent à l’origine de malencontreuses fouilles clandestines.
Parmi les objets de pierre on trouve surtout de petits grattoirs et des lames de silex faisant office de couteaux, quelques pointes de flèches, nous l’avons vu, causes peut-être du décès... et des haches polies. Quoique d’un usage encore très fréquent à l’Age du cuivre ou du bronze, ces haches ne se retrouvent que rarement dans les dolmens, peut-être du fait que leur dépôt n’étant pas obligatoire, on hésitait à se séparer d’un objet aux usages si multiples... Par contre, de petites haches polies, "haches votives", des perles de pierre, complètent cet inventaire.
Les objets de bois, corne ou os sont très rares du fait de leur fragilité. Citons les boutons perforés en V, les perles de calais ou de bois.
Pour les objets de métal, soulignons leur rareté et leur caractère personnel : perles de cuivre, bracelets, anneaux, poinçons de bronze (fort utiles pour percer les peaux et les assembler), pointes de flèches... haches de cuivre ou de bronze, mais bien rares ici encore.
Enfin, la céramique, quoique fragmentée, permet de se faire une idée du travail indigène et des influences extérieures (vases "Campaniformes" par exemple).
Nous ne saurions passer sous silence le problème des restes humains, mais les conditions de conservation sont rarement favorables. Toutefois, les études ostéologiques effectuées confirment bien la filiation du type pyrénéen occidental avec le type basque actuel.
Le rituel mégalithique - Croyances :
Si le rituel dolménique (inhumation) en Pays Basque caractérise essentiellement l’Age du Cuivre et du Bronze, c’est-à-dire de - 1800 à - 900 avant Jésus-Christ environ, on trouve des traces d’utilisation de certains dolmens bien postérieurs : époque du fer, romanisation, et même époque médiévale !
A la lumière des connaissances archéologiques et anthropologiques le culte des morts apparaît comme ayant été un des éléments fondamentaux de la spiritualité de l’homme dont on trouve des traces fort loin dans le temps : citons la sépulture magdalénienne de Saint-Germain-la-Rivière, en Gironde, où le squelette reposait sous un assemblage de dalles calcaires ressemblant à un véritable petit dolmen.
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| SEPULTURE MAGDALENIENNE 33 SAINT GEFRMAIN LA RIVIERE |
Le renouvellement perpétuel de la vie est une constatation journalière pour pasteurs et agriculteurs et la mort apparaît comme un mal qu’il est nécessaire de combattre par des rites appropriés : Cérémonial d’ensevelissement, feux rituels, sacrifices d’animaux : tout ceci facilitant le voyage du disparu et son séjour outre-tombe, tout en protégeant les vivants contre un retour offensif toujours possible de l’âme du défunt.
Dans la mesure où l’angoisse métaphysique est calquée sur les préoccupations quotidiennes, l’orientation vers le soleil levant des dolmens, la poudre ocre, couleur sang, dont on recouvrait parfois les cadavres, montrent assez l’espérance en l’au-delà, dans le renouveau d’une vie future, transposant ainsi en ce domaine, la germination des semailles observée depuis le néolithique. Les cadavres inhumés dans les dolmens n’étaient pas toujours allongés vers l’Est, cas cependant le plus fréquent. Certains ont été jetés pêle-mêle, d’autres repliés en position dite fœtale ; d’autres encore ont subi un décharnement pré-sépulcral et leurs ossements inhumés secondairement ont pu tenir dans des cistes de dimensions réduites, très peu différentes de celles qui, plus tard, contiendront les urnes d’incinération...
Autour de ces rituels naquirent certaines croyances relatives à des phénomènes naturels que le vocabulaire et la tradition Euskarienne nous ont transmis : croyance en une divinité céleste appelée Ortzi, Urzi (ciel, tonnerre, Dieu), vénération du soleil et de ses symboles (roue solaire, swastika, étoile pentagonale), fleur du chardon sauvage (Eguzkilore), les fêtes solsticiales, les feux de la saint Jean, surtout croyances aux pouvoirs bénéfiques de la hache polie et ses rapports avec la foudre, croyance encore très vivace dans nos campagnes jusqu’à il y a peu de temps.
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| EGUZKILORE |
La tradition orale basque a conservé de nombreuses légendes ayant trait à la construction et aux rôles de dolmens. Dans son remarquable ouvrage, que nous ne saurions trop recommander aux lecteurs, J.M. de Barandiaran donne de nombreux exemples recueillis auprès des bergers, les seuls à avoir conservé de nos jours quelque souvenir de ces traditions : ainsi les dolmens ayant pour nom "Jentilletxe" (Ataun), Armorkora (Urbassa), Sorginetxe (Arrizala), Tartaloetxe (Saadar), Jentillari (Aralar), Mairietxe (Mendive), Mairuilharriak (Zugarramurdi) nous indiquent que ces monuments sont considérés comme ayant été construits ou habités, par des personnages mythiques légendaires.
Parmi eux nous citerons : les "Jentils" (hommes sauvages doués d’une grande force, vivant dans les montagnes et les cavernes, capables de lancer des pierres énormes, de construire des dolmens (ou, comme nous le verrons, des cromlechs), les "Mairus" (type d’hommes de l’Ancien Temps, généralement non chrétiens, non baptisés, des païens), "Mairi" (en Basse Navarre), génie lui aussi doté d’une force colossale, transportant d’énormes pierres. On lui attribue la lourde dalle de couverture du dolmen de Gaxteenea dit aussi "Mairietxe", (ainsi que celle du dolmen d’Armiague) ; citons encore les Laminak, les Sorcières, ou même Tartalo, méchant cyclope habitant les monts Saadar.
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| TARTALO PARC D'ATTRACTIONS MUNGIA BISCAYE |















