LA PROTOHISTOIRE AU PAYS BASQUE.
La protohistoire est une période de temps intermédiaire entre la Préhistoire et l'Histoire sensu stricto, caractérisée par l'absence d'écriture propre au sein des sociétés étudiées.
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GRATTOIRS EN SILEX NEOLITHIQUE 72 SARTHE
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Voici ce que rapporta à ce sujet le Docteur J. Blot, dans le Bulletin de la Société des sciences,
lettres & arts de Bayonne, en janvier 1973 :
"Contribution à la Protohistoire en Pays Basque.
... Les cromlechs — Le rite d'incinération.
Succédant à l’Age du Cuivre et du Bronze, l’Age du Fer laissera des traces importantes dans toute la zone pyrénéenne. Le bouillement des populations germaniques va engendrer des vagues successives de protoceltes, puis de Celtes, dont les migrations, plus guerrières que commerciales, commencent à pénétrer nos régions vers - 900 av. J.-C. . Par les cols ils s’élancent vers l’Espagne ; certains groupes se fixeront en Euskual-Herri, mais seront ultérieurement résorbés par le puissant et vigoureux noyau racial Basque.
Il n’est pas étonnant de voir apparaître dans le piémont, les nombreux "Gastelus" sur les croupes, les crêtes, aux points d’échanges et de marchés. Ces imposantes levées de terre, camps retranchés, seront des refuges en cas d’attaques mais non des habitats fortifiés permanents.
A l’arrivée des Celtes est liée l’apparition du fer dont la recherche et l’usage engendreront en Pays Basque, riche en mines, une intense activité de prospection et de fonderie locale, contrairement au cuivre et au bronze qui ne semblent pas avoir été travaillés sur place. Enfin et surtout, les Celtes pratiquaient les rites funéraires d'incinération. Il semble bien qu’en Pays Basque les "cromlechs" ou "baratz" (photo 2) puissent être rattachés à ce rite (ainsi que certains tumulus). Ces tombes à incinération se retrouvent de l’Ariège au Guipuzcoa et certains pensent qu’elles viendraient du nord de l’Italie, ayant abordé nos régions par le bassin de la Garonne.
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| PHOTO N° 2 : UN DES CROMLECHS D'OKABE |
De très importantes réserves quant à l’origine celtique de ces "Baratz" sont cependant faites par d'autres qui estiment que le concept même du cromlech est inhérent, nous l’avons vu, au dolmen et que, petit à petit, le cromlech a pu "se détacher" du dolmen pour ne plus exister que par lui-même ; ceci correspondant pour une époque donnée à des concepts similaires régnant dans d’autres régions. Il pourrait donc ne pas y avoir eu un apport culturel ou ethnique mais similitude de pensée sans pour autant exclure certains contacts. De la même façon le concept d’incinération peut ne pas être venu avec les vagues celtiques, mais simplement l’Europe Centrale a pu avoir les mêmes influences dans le passé, par le Danube, que l’Espagne du Sud par la Méditerranée. Le problème est encore compliqué par le petit nombre de fouilles effectuées dans l’ensemble de l'Euskual-Herri et le mobilier très restreint dont on dispose. Toutefois, par comparaison avec les résultats obtenus dans les Hautes-Pyrénées, dans des monuments semblables, il paraît raisonnable de voir dans nos cromlechs et tumulus-cromlechs des tombes à incinération de l’Age du Fer.
Situation des cromlechs :
Le berger de l’Age du Fer suit les traces de ses prédécesseurs ; on trouvera là encore les cromlechs près des cols (Elorietta, Artzamendi, Mondarain), sur les crêtes et lignes de croupes (Baïgoura, Axixtoi, Laurina, Turaor...), couronnant de petites éminences (Oihanbeltz), ou sur les hauts pâturages (Okabe). Quoique toujours à proximité des pistes pastorales ils paraissent dans l’ensemble volontiers affectionner les altitudes plus élevées que les dolmens (surtout entre 500 et 1 500 m), les pâturages désolés, les sommets venteux et inhospitaliers. La remarque que nous avons déjà faite à propos des dolmens, quant à la "nécessité" de l’orientation des cols vers l’Est, se vérifie là encore. Très souvent construite sur terrain plat, il n’est pas rare de les voir sur ces sols inclinés (luskadi, Arthe I, Apatessaro). Il semble dans ces cas, mais ceci n’est qu’une impression personnelle, que cette construction à l’amorce de la pente ait été recherchée afin que les flammes s’élevant du bûcher funéraire puissent être vues au loin dans les vallées et les plaines sous-jacentes.
Quoique les cromlechs isolés ne soient pas rares, Irau, Sualaar, ils sont très souvent groupés (74 % des cas) par deux, trois ou quatre, ou même bien plus (Okabe : 26, Olorietta : 11) évoquant tout naturellement l’idée de nécropole.
Répartition des cromlechs :
Elle est très curieuse : sur un total de 242 la répartition s’effectue ainsi : Labourd 54, Basse Navarre 151, Soule 37. Encore une précision doit-elle être ajoutée : nous utilisons dans cette répartition la limite administrative moderne entre Basse-Navarre et Soule qui inclut dans cette dernière toute une série de crêtes (Millagate, Orgambidesca, Pic des Escaliers) qui, du point de vue archéologique, se rattachent nettement à la Basse-Navarre. En tenant compte de ce fait, on arrive à un total de... 4 cromlechs pour la Soule !
Architecture des cromlechs :
Nous envisagerons successivement le cercle de pierres, et l’intérieur de ce cercle : présence d’un tumulus ou non, d’une ciste ou non.
— Le cercle ou périphérie : (cromlech : breton crom : courbe, lech : pierre.) Comme pour les dolmens le matériau utilisé est trouvé sur place : dalles de grès, blocs de quartzite ou de poudingue et sans trace de taille, sauf exception comme à Okabe ou à Meatsekobizkarra. Les cercles ainsi délimités sont assez réguliers, parfois incomplets (démolis ?, inachevés ?). Leur dimension est très variable mais 41 % ont entre 5 et 7 m de diamètre. Il est très rare de trouver un cromlech ovale (Sohandy VI) ou concentrique. Le nombre de pierres ou "témoins" varie beaucoup : (50 % ont entre 5 et 12 pierres) de même que leurs dimensions (de quelques centimètres à plus de 1 m au-dessus du sol) mais elles sont toujours très profondément enfoncées dans le sol. La structure intime du cercle commence à être mieux connue. On peut considérer, lorsqu’il s’agit de dalles, qu’elles peuvent être disposées, ou bien leur grand axe perpendiculaire au centre du cercle (disposition rayonnante, la plus rare), ou au contraire, parallèle à la circonférence (disposition concentrique) : enfin l’intervalle entre les pierres apparentes peut être comblé, sous la surface du sol, par un petit "mur" continu en pierres sèches "Meatsekolepoa" (photo 3), ou au contraire être laissé libre de toute architecture (Errozate I).
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| PHOTO 3 : CROMLECH DE MEATZE |
De toute façon il paraît évident que les constructeurs n’ont pas recherché l’exécution d’un travail monumental comme en d’autres régions d’Europe, ni même voulu fermer une enceinte ; mais simplement ils ont signalé symboliquement un lieu, délimité une aire.
— L’aire délimitée : schématiquement il semble qu’on puisse considérer, en fonction des structures à l’intérieur du cercle, 3 catégories de monuments, tout en remarquant le caractère artificiel de cette classification.
1° — Les cromlechs simples, ceux dont le sol à l’intérieur du cercle est au niveau du terrain environnant (Mandale).
2° — Les cromlechs surélevés, ceux dont le sol présente une surface plane, mais surélevée de quelques centimètres affleurant le sommet des pierres périphériques (Larrauntiki, Okabe) ; ces deux premières catégories représentent 75 % du total.
3° — Les cromlechs tumulaires dont l’intérieur du cercle recèle un tertre apparent, d’environ 0,60 m à 1 m de haut (Zaho, Millagate, Chardeka, Pittare, Zera I). Mais de nombreux intermédiaires peuvent se voir, un tumulus très délavé pouvant ressembler à un cromlech surélevé !
A l’intérieur du cercle, qu’il y ait tumulus ou non, peut exister, enfoui dans le sol, un petit coffre de pierre aux dimensions souvent modestes (1 m, ou moins, type Millagate, Meatsekolepoa), ou même un simple petit amas de pierres ( 22 ) comme à Okabé.
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CROMLECHS D'OCCABE IRATY
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Le mobilier :
Il est extrêmement pauvre et ne permet que peu de déductions. Dans les Landes et les Hautes-Pyrénées les nombreux travaux effectués ont mis au jour de petites urnes funéraires ayant contenu les cendres du mort et disposées dans la ciste centrale ou, à même le sol ; des fragments de céramique, des armes de bronze ou de fer tordues. Quelques rares bijoux peuvent compléter ces trouvailles. Il est évident que l’incinération n’a pas favorisé la conservation du matériel, sans parler des vestiges humains qui sont totalement absents.
Les rites funéraires de l'incinération :
Quels ont pu être les rituels funéraires et les motivations spirituelles des incinérants ? Les données archéologiques permettent de penser qu’après la disposition du cadavre sur un bûcher, on y mettait le feu aboutissant à la crémation du mort et de ses objets personnels éventuellement. Les cendres étaient ensuite ramassées et déposées dans une urne ou parfois à même le sol creusé d’un sommaire coup de houe. Nous avons vu aussi la possibilité d’une petite ciste centrale. Enfin un tumulus protecteur pouvait recouvrir le tout. La périphérie de l’aire d’incinération était "balisée" par le cromlech qui, dès lors, prend allure de cercle rituel délimitant un enclos sacré, et dont l’existence pouvait être motivée par la triple exigence de signaler le lieu, de protéger les vivants de l’âme du mort et celle-ci des influences éventuellement néfastes des vivants. (L’usage de feu, à titre purificatoire, dans le rite mortuaire dolmenique par exemple, précéda de loin la crémation des corps.)
Il semble que l’incinération des cadavres ait coïncidé avec une conception moins matérialiste de la vie future et des exigences moins grandes concernant le tombeau en tant que sépulture indestructible.
L’idée d’une existence spirituelle indépendante de tout cadre matériel prenait naissance...
— Le rite d’inhumation en dolmen était lié au retour à la Terre "Déesse-mère" et à l’idée du Renouveau de la germination.
— Le rite d’incinération, où l’âme retrouve un monde spirituel dans la fumée s’élevant d’un corps mortel, semble coïncider avec l’idée d’une religion du ciel où se tient en arrière plan, le concept de "L’Etre Suprême"...
Dans la tradition orale basque, il en est des cromlechs comme des dolmens et les mêmes personnages légendaires se retrouvent à leur origine, tout comme l’idée de sépulture y reste aussi attachée. Nous trouvons le terme de "Baratz" qui doit être lui interprété dans le sens de "sépulture" plutôt que de "petit jardin". "Jentilbaratzak" désigne en Arano de nombreux cromlechs, de même que "Mairubaratzak" "cimetière de Mairus" (Oyarzun), "Mairuilarri" : "sépulture de Mairu" (cromlechs de Zugarramurdi), "Mairuilarietta" : "lieu de cromlechs" (sur la montagne Otsondomondarrain). Comme on le voit l’idée de monument funéraire très ancien reste vivace."
A suivre...
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
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