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mercredi 17 juin 2026

LA CHASSE À LA PALOMBE À ETCHALAR EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1919 (deuxième partie)

LA CHASSE À LA PALOMBE À ETXALAR EN 1919.


Les villages d'Etchalar, en Navarre et de Sare, en Labourd, peuvent s'enorgueillir depuis une époque immémorable de posséder une des plus belles, sinon la plus fameuse chasse aux pantières (filets verticaux) des cols Pyrénéens.



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CHASSE A ETCHALAR NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet Jacques de Saint-Pastou, dans le Bulletin mensuel de la Société 

Centrale des Chasseurs du 15 août 1919 :



"Les postes.



Chaque point culminant a son poste, chaque poste son utilité et chaque gardien de poste son rôle.



Mais, s'il est vrai que le plus court croquis en dise plus long qu'un long rapport, n'hésitons pas à placer sous les yeux de nos lecteurs un plan schématique montrant la situation des divers postes et l'emplacement des filets.



A Etchalar, on compte neuf postes : les uns sont al suelo (sur le sol) — et ce sont les plus éloignés — les autres sont situés sur les arbres et sur les tours.



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PANNEAU : PALOMBIERES D'ETCHALAR NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Les postes "al suelo" : guetteurs et rabatteurs.



Les postes "al suelo" — littéralement au sol — sont dans l'ordre, à gauche et à droite de la vallée, celui d'Iroeikoa — de la montagne d'Iroeic — et celui d'Amarikoa — de la montagne d'Amaric. Voilà les guetteurs.



Les rabatteurs "al suelo" tiennent, à gauche, le poste de Larrekoa — poste dit "de la colline" — et celui plus élevé de Gaikoa — poste d'"en haut" — ; à droite, enfin le poste de Domikoa — de la montagne de Domic.



Le gardien des premiers est une véritable sentinelle avancée. Son rôle se borne à annoncer l'arrivée du vol, ce dont il s'acquitte en soufflant dans un cornet à bouquin appelé Manjureta, plus communément, corneta ou turruta.



Le signal varie selon l'importance des passages ; voici, d'ailleurs, la gamme des conventions.



Dès que le guetteur aperçoit le vol, il tire de sa corneta une série de sons brefs. Cinq ou six coups de langue rapides, suivis de trois appels longs signifient qu'un grand vol est en vue : deux appels prolongés signalent un vol d'importance moyenne (regular) ; enfin, l'annonce d'un petit vol se traduit par un seul appel prolongé ou, plus souvent par un cri guttural.



Deux notes longues et une brève indiquent que les palombes volent "haut" ; une suite de notes brèves qu'elles volent "bas".



Si deux vols nombreux se suivent, les guetteurs avertissent deux fois de suite. Il peut fort bien se faire qu'un vol signalé change subitement de direction, qu'il ne s'engage pas dans la passe d'Etchalar ; dans ce cas, il n'y a pas d'avertissement particulier. C'est, seulement, une forte déception pour les chasseurs qui attendent sans voir venir... ainsi que soeur Anne.



Durant la chasse, on conseille aux guetteurs de ne point révéler leur présence. Ils se tapissent dans la bruyère ou entre deux rochers et ils observent.



Cependant, pour parer à toute éventualité, on les munit, comme leurs camarades, des postes intermédiaires, d'une sorte de drapeau, dont nous allons voir l'utilité aux mains des rabatteurs "al suelo".



Les rabatteurs "al suelo", les chatars, ont une mission différente et très définie : ils agitent au bout d'un bâton un linge blanc, afin d'effrayer les palombes qui s'écarteraient de la bonne voie, soit qu'elles aient des velléités de piquer dans la direction de la montagne, soit qu'elles veuillent rétrograder vers la plaine.



Les chatars, tout en faisant claquer au vent leur drapeau poussent des cris aigus : "Hù! Hù! Hù!..."



Les rabatteurs des arbres et des tours.



Des chênes, des frênes et des hêtres montent à l'assaut du col : cependant, tout là-haut, on a déboisé pour laisser le passage libre, ne conservant à droite et à gauche que quelques bouquets d'arbres d'où émerge la plate-forme des tours. A gauche, à une centaine de mètres de la ligne des filets, se trouve un arbre dont la cime dépasse toutes les autres ; sur cet arbre, une cabane occupée par un rabatteur ; un panier, à proximité de l'homme, le fournit abondamment de cet accessoire indispensable : la pala, palette de bois peinte au lait de chaux, qui servira, lancée à plat, à faire baisser le vol ou, verticalement, à le faire s'éloigner.



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PALAS ET TURUTA ETCHALAR NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Ce rabatteur s'appelle par son nom ou par son sobriquet. Celui que l'on désigne par le sobriquet de Thuitha (prononcez Touitia) a plusieurs rôles importants, dont il s'acquitte au commandement de la chasse.



Si le vol oblique dans sa direction, Thuitha a pour mission de l'éloigner, soit en frappant deux palettes l'une contre l'autre, avec un bruit de battoir, soit en se servant d'une palette ainsi que d'un projectile. La palette remplit alors l'office d'une pierre lancée de haut en bas. Mais il arrive, parfois, que le vol s'élève : s'il continue à monter, il survolera les filets : Thuitha doit alors le rabattre ; il jette sa palette horizontalement sous le vol qui plonge, redoutant d'être aux prises avec un épervier.



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LANCEUR D'EPERVIERS SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



C'est le directeur qui indique à son collègue la tactique à employer et le moment où il faut l'employer par ces injonctions brèves :


Thuita! bota! bota! (ou tira! tira! sous-entendu pala)... aphalecoa!

— Thuitha ! jette ! jette la palette par en dessous !



Lorsque le directeur crie :


"Bota! bota goïtic! (jette ! jette la palette en haut !) c'est que le vol se présente à lui comme étant très haut.



Si le vol est à hauteur moyenne, le directeur crie seulement :


"Bota! bota!" (jette ! jette !)



Si le vol passe "bas", le directeur ajoute : "Petic", "en bas".



Thuitha possède dans le rabatteur de la tour d'Arricoa (la tour de pierre) un vis-à-vis qui remplit les mêmes fonctions.



La Tour de la Mort, occupée par le second chef, se situe à environ quinze mètres en avant et à gauche des filets.



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LA TOUR PALOMBIERES SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Du haut de cette tour part l'ultime palette, la palette de la mort (pala de la muerte) qui fait plonger le vol et le fait capturer.



Ce poste, on s'en rend compte, a une importance capitale ; il est confié à l'illustre Ramon, l'homme le plus habile dans l'art de poursuivre les palombes par un jet soutenu de palette, un jet à tour de bras, et il est unique, paraît-il, pour affoler le vol par ses clameurs. Son adresse, ses ruses sont proverbiales ; son expérience date de l'enfance, car sa charge se transmet de père en fils.



Le directeur de la chasse.



Tous obéissent au directeur dont le poste de commandement est situé sur un pylône aux assises de pierre, voisin des filets, du haut duquel la vue embrasse la chasse entière.



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FILETS PALOMBIERE SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN


"El director" Cathon (prononcez Catione) est un vieux Navarrais, au profil sévère et sombre de moine espagnol. Sa responsabilité est énorme : de son à-propos, de son sang-froid, de sa décision, de sa science dépend la capture de centaines de palombes.



C'est lui et lui seul qui conduit la chasse ; il conseille les rabatteurs "al suelo" et ceux des tours ; il réfrène leur ardeur ou l'encourage ; il déclenche le jet de "la pala de la muerte" et, par un autoritaire "guardia!" il prévient les Saretakoak (les hommes de filets) d'avoir à rabattre les filets."



A suivre...






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lundi 15 juin 2026

"L'AFFAIRE ST-JEAN" SUR LA ROUTE DE BAYONNE À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JUIN 1869 (cinquième et dernière partie)

 

L'AFFAIRE SAINT-JEAN EN 1869.


En juin 1869, a lieu un crime sordide à Bayonne.



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BAYONNE 1870
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Mercure d'Orthez, le 14 août 1869 :


"Cour d'assises des Basses-Pyrénées.

Audience du 4 août 1869. (suite)

Présidence de M. De Bordenave-d'Abère, conseiller.


Affaire St-Jean.

Double assassinat suivi de vol.


... Me Barthe, chargé d’office de la défense de l’accusé, retrace d’abord en quelques mots l’horrible fait qui constitue l’accusation.


Au récit de ces faits, dit le défenseur, on éprouve une indignation violente ; on ressent comme un besoin de venger le sang de ces deux pauvres victimes.


Voilà les premières impressions dont on est saisi.


Mais, à la réflexion, lorsqu’on examine les faits de plus près, lorsqu’on les envisage, non plus au point de vue d’un simple auditeur qui ne doit compte de ses impressions à personne, mais au point de vue du juge qui est responsable de sa décision envers sa conscience et envers Dieu, on tombe dans une grande perplexité. Après avoir été étonné, confondu par la férocité sauvage qui a présidé à cette horrible scène de meurtre, on se demande si celui qui l’a commise était bien maître de lui-même, s’il n’a pas été poussé, égaré par une passion plus puissante que sa volonté.


Alors on incline tristement la tête et on hésite à appliquer au coupable le châtiment suprême.


Le défenseur passe ensuite en revue les divers chefs d’accusation formulés contre Arnaud St-Jean, et arrive rapidement au fait, qui domine toute la cause, le meurtre des deux femmes.


M. l’avocat général, dit le défenseur, a déchiré les voiles, la situation est nette, claire. La loi vous donne aujourd’hui un pouvoir absolu sur cet homme : le ministère public vous demande d’en faire l’application. Cette tête si jeune, si pleine de vie, vous pouvez ordonner qu’elle soit abattue. A un jour donné, en présence d’une foule immense, agitée, avide du plus cruel des spectacles, votre ordre sera exécuté. Un homme mystérieux, dont l’existence s’écoule inaperçue, apparaîtra en traduisant en un fait horrible la parole de condamnation que vous aurez prononcée ; il fera monter au condamné les terribles degrés, il fera rouler cette tête du sommet de l'échafaud, et teindra de sang humain le pavé d’une place publique.


Voilà ce que vous pouvez faire !


Mais, si dans le fond de vos consciences vous trouvez quelque chose qui atténue la culpabilité de l’accusé, quelque chose qui vous inspire un sentiment de pitié, vous pouvez, non pas faire grâce, cela est impossible ; un grand crime a été commis, une expiation est due à la société ; mais vous pouvez, en admettant des circonstances atténuantes, substituer à la peine suprême une autre peine qui n’en diffère que par sa lenteur. A l’échafaud qui donne une mort violente, vous pouvez substituer le bagne qui est un tombeau anticipé. Quelle que soit la durée de la vie du condamné, vécût-il un siècle, il traînera constamment à ses pieds des chaînes qui lui rappelleront sans cesse son crime.


Le défenseur énumère ensuite les divers faits qui doivent faire accorder à l’accusé le bénéfice des circonstances atténuantes. D’abord, la grossièreté et pour ainsi dire la naïveté avec laquelle Arnaud a accompli son crime prouvent qu’il n’est pas un véritable criminel. Ses aveux, sa tendresse filiale, son repentir sincère, sont autant de circonstances qui doivent inspirer de la pitié. Mais, dit le défenseur, ce qui doit surtout atténuer sa culpabilité aux yeux des jurés, c’est que le mobile de son double crime n a pas été la cupidité, comme l’a soutenu l’accusation, mais bien une passion honnête et légitime qui a été contrariée dans son développement.


Me Barthe raconte, dans tous ses détails, cette passion grandissante, les obstacles insurmontables qui l’irritent, les promesses de Mlle Baltet suivies de refus cruels, les suppositions qui font naître la haine envers Léonie Machicotte dans le coeur de l’accusé. L’accusé ne travaille plus, sa passion l’absorbe, et les tortures de la misère s’ajoutent à celles d’un amour malheureux. Ses souffrances, dit le défenseur, excèdent ses forces, sa raison s’obscurcit, il conçoit cette folie du testament et finit par y succomber.


Ah ! le double homicide commis par St-Jean inspire une horreur profonde, et cependant je ne puis me défendre d’un sentiment de pitié. Je vois en lui la victime d’un sentiment irrésistible. Dans la nature, l'amour est le principe et le lien de tous les êtres. Il est tendre ou sauvage, suivant les situations. L’amour heureux peut enfanter des oeuvres de génie et des actes sublimes, l’amour malheureux, au contraire, produit souvent des suicides el des meurtres. Depuis le commencement des sociétés humaines jusqu'à nos jours, l'amour a été tantôt le plus bel ornement de la vie, tantôt la cause des forfaits les plus odieux.


Si Arnaud avait pu épouser la jeune fille qu’il aimait, évidemment il serait devenu un père de famille honnête et laborieux.


Un modeste capital lui a manqué pour réaliser ses rêves de bonheur, et il est devenu un criminel. Dans les palais des rois comme dans les plus humbles cabanes, l’amour a amené de sanglantes catastrophes ; et cependant ceux qui ont été le jouet, ou plutôt la proie de cette passion, n’ont pas cessé d’inspirer la pitié. Pourquoi ? parce que ceux chez lesquels ce sentiment a assez de violence pour étouffer le cri de la conscience, n'ont eu ni leur raison, ni leur liberté morale.



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VUE GENERALE DE BAYONNE 1870
PAYS BASQUE D'ANTAN

Le défenseur se dégage des faits de la cause et se livre à de hautes considérations. Quand il s’agit de statuer sur la vie d’un homme, dit-il, le juge doit s inspirer du droit social et du sentiment religieux. La peine de mort est inscrite dans nos codes, je m'incline respectueusement devant l’autorité de la loi, mais, je l'avoue, cette punition suprême trouble ma conscience. M. l’avocat général vous disait dans un admirable langage : "La société a le droit de se protéger, elle doit mettre les malfaiteurs dans l'impuissance de lui nuire." Cela est vrai dans les sociétés faibles, dans les sociétés primitives où les forces protectrices des citoyens font défaut, je comprends l'application de la peine de mort : la société est alors dans un état de légitime défense. Mais, est-ce là notre situation ? Notre société n’est-elle pas puissante, fortement organisée ? N’a-t-elle pas à sa disposition une force publique considérable ? N’a-t-elle pas des établissements de détention et de correction nombreux, où elle peut mettre un malfaiteur dans l'impuissance absolue de lui nuire ? Quand il n'y a plus de danger pour la société, le juge ne doit-il pas se demander à lui-même si Dieu qui a donné à l'homme l’existence, n’a pas réservé pour lui seul le droit d'en arrêter le cours et d’en fixer le terme ? D'après la croyance de tous les peuples, il existe une vie d'outre-tombe. En sortant de cette planète nous devons entrer dans une région supérieure, où nous comparaîtrons devant un juge pour qui rien n’est obscur, qui lit dans les replis les plus secrets de la conscience, comme dans les phénomènes les plus apparents de la nature physique. D’après la foi de tous les peuples, l'homme doit se préparer par le repentir de ses fautes, par la pénitence, à comparaître devant ce juge suprême. Ne faut-il donc pas donner au coupable le temps d’une expiation morale complète.


Le défenseur décrit la transformation morale qui doit s'opérer dans le coupable condamné à une peine perpétuelle, dont les larmes toujours renouvelées lavent les souillures du passé, élèvent et purifient le coeur, et le rendent enfin digne de comparaître devant celui dont les décisions sont celles de l’éternité.


Enfin, le défenseur montre Arnaud qui a été un grand coupable, aujourd’hui enchaîné aux pieds de ses juges, brisé par le remords, implorant la pitié. Puis, s adressant à MM. les jurés, il leur dit : — Quel est celui de vous qui, à un jour donné, n’aura pas à comparaître dans cette humble attitude devant le juge de l’éternité ? Si, cédant vous-mêmes à la violence, vous retranchez de la vie un être sorti de ses mains ; si, par crainte pour la société, qui n’a rien à craindre d’un ennemi vaincu, vous vous rendez vous-mêmes homicides ; qu’aurez-vous à répondre à votre dernier juge, s’il vous reproche d’avoir empiété sur sa toute-puissance ?


La plaidoirie de Me Barthe, empreinte d’une véritable éloquence, a produit une très grande impression. Apres l’avoir entendu, on pouvait pressentir une victoire pour les adversaires de la peine de mort, dont le nombre s’accroît chaque jour.


Après le résumé fait par M. le président et la lecture des questions posées, le jury passe dans la salle de ses délibérations, d’où il rentre, une heure après, avec un verdict affirmatif mitigé par l’admission des circonstances atténuantes.


M. le président demande à l’accusé s’il a rien à dire sur l'application de la peine. St-Jean, fortement ému, dit qu’il remercie MM. les jurés.


La cour le condamne aux travaux forcés à perpétuité. On remarque qu’après le prononcé de la sentence, St-Jean a repris une physionomie qui révèle la tranquillité qui s’est faite dans son esprit. Un de nos amis le caractérise en ces termes qui ne manquent pas de justesse : Ce fut un grand coupable, bien plus qu’un grand criminel. (Indépendant.)"




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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samedi 13 juin 2026

LE GROUPE GAZTELU-ZAHAR D'HENDAYE À PARIS EN JUIN 1949 (deuxième et dernière partie)

LE GROUPE GAZTELU-ZAHAR À PARIS EN JUIN 1949. 



Le choeur d'hommes Gaztelu Zahar d'Hendaye a été fondé en septembre 1945 par Pepito Alonso.



pays basque chants chorale labourd hendaye
LOGO DE GAZTELU ZAHAR D'HENDAYE







Voici ce que rapporta à ce sujet Elgar, le Bulletin d'information des Basques de Paris, en juillet 

1949 :


"... Le beau voyage du groupe Gaztelu-Zahar d'Hendaye, à Paris.


Le point de vue du critique musical.




Le groupe Gaztelu-Zahar d'Hendaye, se présente très bien, dans l'accoutrement pittoresque des mendigoizales : pantalons à rayures pris dans de grosses chaussettes de laine, sandales à lacets noirs, ceinture noire, chemise noire, béret.



Les voix sont bonnes ; parmi les ténors, le timbre agréable de Célestin Eguiazabal. Les seconds ténors, assez intimidés, mais chantant juste et nuancé, ce qui est rare. Les barytons, bien. Et un étonnant pupitre de basses, descendant facilement au contre-do.



Du côté équilibre, c'est parfait. Peut-être manque-t-il un premier ténor dans certains passages "forte". Mais toutes les voix sont fondues et disciplinées.



Le répertoire est joli. Il devra se développer dans la recherche de belles chansons, notamment dans la mine d'or qu'est la Soule, où je suis certain qu'on pourrait harmoniser pour ce groupe d'hommes de très vieux airs.



Une critique amicale. Pourquoi chanter du russe ou du suédois ? Le folklore basque n'est-il pas assez riche ? Je me suis régalé en écoutant "O Pepita", dont l'exécution est vraiment de très grande classe ; mais il y a tant et tant de jolies mélodies euskariennes ? Il ne faut pas suivre l'exemple de ces groupements péninsulaires, forts de 150 ou 180 exécutants qui, au lieu de chanter leur répertoire national, veulent démontrer qu'ils connaissent Monteverde, Bach ou Honegger, et, dans ce cas, ne font pas mieux que les grandes chorales françaises ou espagnoles.



Les pots-pourris, très allègres, mais ils gagneraient à être mieux harmonisés. Souvent la basse, au lieu de donner la note fondamentale de l'accord, donne à l'octave, la tierce. C'est un péché mortel en harmonie.



Reste le résultat.



Il est vraiment, et je pèse mes mots, extraordinaire. On se demande comment 15 amateurs, dont la plupart, sans doute, ne sont pas musiciens d'école, dirigés par un amateur qui n'est pas un spécialiste de la fugue et du contrepoint, sont arrivés à donner des auditions où les attaques sont 100 pour 100 précises, les modulations archi-justes, les forte homogènes, les pianos superbement soutenus, les conclusions précises. Cette chorale s'apparente aux ensembles russes et ukrainiens, qui, quoique professionnels, ne donnaient pas une plus forte impression d'ensemble.



Il est dommage, très dommage, que Paris n'ait pas entendu Gaztelu-Zahar à Gaveau, ou à Pleyel-Chopin. C'eût été un régal.



Et c'est une oeuvre admirable, qui n'a pu arriver à ce point de perfection que grâce à un labeur inouï du chef, le talentueux et ardent Pepito Alonso, à une volonté acharnée de tous les chanteurs, le tout dans un amour efficace du folklore de leur Pays Basque.


Merci et bravo !


Jacques Perré."



pays basque chants chorale labourd hendaye
GROUPE GAZTELU-ZAHAR D'HENDAYE

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pays basque chants chorale labourd hendaye
GROUPE GAZELU-ZAHAR D'HENDAYE
SEPTEMBRE 1945 ET JANVIER 1946


"Merci, Gaztelu-Zahar !



Le groupe hendayais est resté onze jours parmi nous.



Certes, nous avons veillé à ce que de l'arrivée au départ, tout soit prêt pour que nos amis soient contents de nous.



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GROUPE GAZTELU-ZAHAR D'HENDAYE


Ils l'ont été et nous ont remercié, officiellement, officieusement, par des mots ou des gestes dont certains, sur le quai d'Austerlitz, étaient émouvants.



Et pourtant, c'est nous qui leur disons merci.



Merci pour la propagande énorme qu'ils ont faite pour le Pays Basque et l'art folklorique basque. Partout leur présentation a été impeccable. Partout leur prestation musicale a été parfaite. J'ai vu des spécialistes étonnés de la mise au point des voix, de l'ensemble des attaques, des nuances, et du style d'interprétation.



Et merci aussi pour l'exemple double qu'ils ont donné aux Basques de Paris. On a tendance, ici, à croire qu'un Basque doit hurler dès les hors-d'oeuvre dans les banquets, et se donner en spectacle au dessert. Les Hendayais ont donné une belle leçon à quelques chevaux échappés que nous avons ici, à savoir qu'ils ont mangé et bu tout autant, et qu'ils se sont tenus beaucoup mieux. Sujet de méditation, dont nous dégagerons les conclusions plus tard.



Pour cet exemple, pour cette propagande, c'est nous qui disons merci aux Hendayais, de tout coeur, et qui sommes fiers de les avoir reçus, si simples, si gentils, si peu cabotins, si éloignés des manifestations de cirque basques, si purement dans les traditions d'Eskual-Herria.




pays basque chants chorale labourd hendaye
GROUPE GAZTELU-ZAHAR D'HENDAYE


Merci, Gaztelu-Zahar, et au revoir...


Legarralde"








P.S. : une pensée pour Peio Macicior (récemment disparu) et pour sa famille...





(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)

(Merci à Maika pour le document original)








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jeudi 11 juin 2026

HISTORIQUE DES MINES DE BAÏGORRY EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1880 (cinquième partie)

 

HISTORIQUE DES MINES DE BAÏGORRY EN 1880.


La vallée de Baïgorry possède des mines de fer sphatique, et une mine de cuivre dont l'exploitation remonte à une haute antiquité.



pays basque basse-navarre mines industrie
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta M. Reboul, ingénieur aux mines de Baïgorry, en 1880 :



"... § 4. — Indication des travaux à faire pour développer l'exploitation des filons de cuivre, constituant le 1er groupe, avec un aperçu approximatif des dépenses.



Détail des travaux à faire.



Tous les ingénieurs qui se sont occupés des gisements de Banca ont été unanimes pour reconnaître que l'exploitation des nombreux filons de cuivre, constituant le 1er groupe, pouvait être reprise avec bien des chances de réussite ; mais à condition que l'on ne se bornât point à exploiter chaque filon en particulier et que l'on rattachât au contraire à un système général d'exploitation tous les travaux à faire.




Quant aux nombreux gisements qui se trouvent plus ou moins éloignés de l'établissement et qui constituent le 2me groupe des filons de cuivre, je serais d'avis de retarder leur exploitation jusqu'au moment où celle du premier groupe, dont je viens de parler, serait couronnée de succès. Nous ne nous occuperons donc, dans le présent paragraphe, que des filons de cuivre constituant le 1er groupe et situés à proximité de l'établissement.




En jetant les yeux sur les plans d'ensemble, l'on reconnaît que ce qu'il y a de plus rationnel à faire pour reprendre et développer l'ancienne exploitation de Banca, consiste tout bonnement en le fonçage de 2 puits et l'installation d'un perforateur sur le 1er niveau est, des travaux actuels (filon de Berg-op-Zoom).



pays basque autrefois mines basse navarre
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN



Ces deux puits que je désignerai par les lettres P et R seraient posés :



Celui P près de l'entrée de la galerie 2 des 3 Rois.



Et celui R dans le quadrilatère formé par les filons de Saint-Louis, de Sainte-Elisabeth, de Sainte-Marie et d'Aoust.




1er champ d'exploitation K, créé par l'installation d'un perforateur, sur le 1er niveau est.

L'on peut admettre qu'à l'aide du perforateur, l'avancement mensuel du 1er niveau Est serait de 15 à 20 mètres dans les quartzites, et de 30 à 40 dans les schistes, soit en moyenne 25 mètres par mois ou 300 mètres par an ; dans deux ans, cet avancement serait donc de 5 à 600 mètres et d'après toutes les probabilités l'on aurait recoupé :


1° Les filons de Saint-Louis ;
2° Les filons de Sainte-Elisabeth ;
3° La veine l de cuivre gris, partante de Sainte-Marthe ;
4° Les filons de Philipsbourg ;
5° Enfin tous les croiseurs ou veines partantes de Berg-op-Zoom.



L'on aurait alors un premier et vaste champ d'exploitation K, et la possibilité de maintenir la production à un chiffre relativement élevé.



pays basque autrefois mines basse navarre
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN



2e champ d'exploitation K', créé par le fonçage du puits R.


Par le fonçage du puits R, placé dans le quadrilatère formé par les filons de Saint-Louis, de Sainte-Elisabeth, de Sainte-Marie et d'Aoust, l'on créerait, sous peu de temps, un 2me et vaste champ d'exploitation K'.



Les distances entre les filons de Saint-Louis et de Sainte-Elisabeth et le puits étant, à l'orifice de celui-ci, de 100 et de 140 m ; ces mêmes distances prises au fond du puits, c'est-à-dire à la profondeur de 100 mètres, ne seraient que de 80 et 88 mètres.



Les 100 mètres de fonçage de ce puits R pouvaient être terminés dans 2 ans, c'est-à-dire au moment même où le perforateur aurait fait avancer de 5 à 600 mètres le 1er niveau Est ; ce perforateur pourrait donc alors être employé au fond de ce puits R pour :



1° Pousser dans le filon d'Aoust, que l'on aurait atteint par un petit travers-banc, 2 galeries en direction, de 80 et 88 mètres de longueur pour aller recouper les filons de Saint-Louis et de Sainte-Elisabeth ;


2° Pousser dans chacun de ces filons de Saint-Louis et de Sainte-Elisabeth 2 galeries, dirigées au nord et au sud du point de rencontre.



L'avancement de ces diverses galeries pourrait être terminé dans 2 ans, c'est-à-dire au maximum, 4 ans après le commencement du fonçage des puits R et P.



pays basque autrefois mines basse navarre
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN


3me champ d'exploitation K' créé par le fonçage du puits P.


Placé non loin de l'entrée de la galerie 2 des 3 Rois et au toit de celui-ci, le puits P serait foncé à 200 mètres, et ce travail pourrait être achevé au plus tard dans 4 ans, c'est-à-dire lorsque les galeries, poussées du fond du puits R, auraient recoupé et exploré sur une certaine étendue les filons d'Aoust, de Saint-Louis, de Sainte-Elisabeth, etc., ce qui permettrait d'utiliser enfin le perforateur au fond de ce puits P, pour pousser sur les filons des 3 Rois et de Sainte-Marthe 2 galeries en direction.



Par la 1re de ces galeries, celle poussée sur le filon des 3 Rois, l'on recouperait :


1° Les nombreuses veines partantes de ce filon des 3 Rois ;


2° Le filon de Berg-op-Zoom, vierge de tous travaux au-dessous du niveau de la rivière ;


3° Le filon Sainte-Marie.



Et par la 2me des 2 galeries en direction, celle dirigée par Sainte-Marthe, l'on pourrait exploiter :


1° La partie de ce filon, sise entre cette galerie de niveau et celle des anciens, c'est-à-dire un massif ayant 140 mètres de hauteur verticale ;


2° La veine l, de cuivre gris, partante de ce filon de Sainte-Marthe.


Enfin du point de rencontre de la première de ces galeries de niveau avec le croiseur Sainte-Marie, l'on pourrait ouvrir une galerie de recherche pour retrouver le filon des 3 Rois au-delà de ce croiseur.


Cette recherche qui fut imparfaitement tentée par les anciens au-dessus du niveau de la rivière, et par le prolongement de la galerie 2, est d'autant plus importante que, d'après tous les ingénieurs qui se sont succédé et occupé de Banca, le filon des 3 Rois accusa une très grande richesse dans la zone comprise entre 60 et 120 mètres au-dessous de la Nive et sur une longueur de 100 mètres en direction ; l'épaisseur du minerai massif, composé en très grande partie de cuivre gris très argentifère, était généralement de un mètre.


Il est plus que probable que si la recherche en question aboutissait, si l'on rentrait dans le filon des 3 Rois, l'on retrouverait la continuation de cette zone riche.


Pour avoir un aperçu du chiffre que pourrait atteindre la production, au moment où tous les travaux préparatoires sus-indiqués seraient terminés, il suffit d'indiquer, non les chantiers qu'on pourrait ouvrir, mais tout bonnement les filons et veines qu'on pourra exploiter dans chacun des 3 champs d'exploitation.


Par le champ d'exploitation K, l'on pourra exploiter au-dessus du niveau de la Nive :


1° Le filon de Berg-op-Zoom sur une longueur de 600 mètres ;

2° Les filons de Saint-Louis ;

3° Les filons de Sainte-Elisabeth ;

4° La veine l de cuivre gris partante de Sainte-Marthe ;

5° Les filons de Philipsbourg, etc., etc.


Par le 2me champ d'exploitation K' (c'est-à-dire par le puits R), l'on pourra exploiter :


1° Le filon d'Aoust, vierge de tous travaux ;

2° Les filons de Saint-Louis exploités par les anciens jusqu'à la profondeur de 36 mètres au-dessous de la Nive ;

3° Les filons de Sainte-Elisabeth exploités jusqu'à 30 mètres au-dessous de la rivière ;

4° Le filon de Sainte-Marie ;

5° Les filons de Philipsbourg ;

6° Enfin le filon de Berg-op-Zoom qu'on pourra atteindre en poussant une galerie dans les filons de Saint-Louis et de Sainte-Elisabeth, retrouvés au-delà du croiseur Sainte-Marie.



pays basque autrefois mines basse-navarre
MINES DE BAÏGORRY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Par le 3me champ d'application K' (c'est-à-dire par le puits P), l'on pourra exploiter : 


1° Le filon des 3 Rois, sur une hauteur de 40 mètres ; 

2° Les nombreuses veines ou filons partant des 3 Rois ; 

3° Le filon de Sainte-Marie ;

4° Le filon de Berg-op-Zoom ;

5° Faire la recherche du filon des 3 Rois au-delà du croiseur Sainte-Marie ;

6° Le filon de Sainte-Marthe, sur une hauteur verticale de 140 mètres ;

7° La veine l de cuivre gris partante de Sainte-Marthe.

Enfin le filon de Saint-Michel que l'on pourra recouper par une galerie poussée dans la veine cotée D."



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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mardi 9 juin 2026

UN JUGEMENT ÉLECTORAL AU TRIBUNAL DE BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE LE 12 JUILLET 1923 (première partie)

UN JUGEMENT ÉLECTORAL À BAYONNE EN 1923.


Des élections cantonales sont organisées en France les 14 et 21 mai 1922.


pays basque autrefois élections labourd canton
CASINO MUNICIPAL BIARRITZ 1922
PAYS BASQUE D'ANTAN


Sur le canton de Biarritz, deux candidats sont face à face : le Dr Augey, républicain de gauche et 

Gabriel Moussempès, industriel, républicain démocrate, conseiller général sortant.



Après de multiples péripéties, et un passage au tribunal, le verdict final tombe en juillet 1923.



Voici ce que rapporta à ce sujet la presse locale, la Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-

Luz, le 5 novembre 1923 :



"Jugement du 12 Juillet 1923 :


Entre : Monsieur Gabriel Moussempès, industriel, demeurant à Biarritz, demandeur d'une part ;

En présence du ministère public ;

Et : 1° Monsieur Camille Servat, industriel, demeurant à Paris, dix-sept, rue Bertain-Poirée, premier arrondissement ;

2° Mengelle Fernand, secrétaire-comptable, demeurant ci-devant à Melun, treize, rue de France, actuellement à Pau, avenue de Barèges, numéro vingt-cinq, d'autre part ;



La cause ayant été appelée, maître Joubert, avocat au barreau de Saint-Palais, a exposé que, suivant exploits de Flatteaux, huissier près le Tribunal civil de la Seine, demeurant à Paris, en date du quinze juin dernier, et de Le Louche, huissier à Pau, y demeurant, en date du dix-sept du même mois de Juin, Monsieur Moussempès ayant fait donner assignation à MM. Servat et Mengelle, sus-nommés, à comparaître à l'audience du cinq juillet mil neuf cent vingt-deux, par devant le Tribunal civil de Bayonne, siégeant correctionnellement pour :


Attendu que le dimanche quatorze mai mil neuf cent vingt-deux, à l'occasion des élections au Conseil général, qui avaient lieu dans le canton de Biarritz, il a été apposé publiquement en divers endroits de la ville une affiche ainsi conçue : "Rappel à la pudeur". Il y a moins de deux ans, un homme d'une probité au-dessus de tout soupçon, comptable depuis des années de Monsieur Moussempès, mettait fin à ses jours, pour des raisons qui à l'époque ont transpiré et dont on n'a plus... parlé depuis Monsieur Moussempès, candidat au Conseil général, pourrait-il, en présence des fils de son ancien comptable, fournir des explications publiques sur les raisons qui ont déterminé la mort de celui-ci ? Signé : Fernand Mengelle, treize, rue de France, à Melun.


Attendu que cette affiche était de nature à jeter une suspicion et le trouble dans l'esprit des électeurs ; qu'elle impliquait que le requérant était au courant des raisons qui auraient déterminé son ancien comptable à mettre fin à ses jours ; qu'en précisant que celui-ci était  d'une probité au-dessus de tout soupçon, on rappelait que les raisons qui l'avaient déterminé au suicide avaient transpiré à l'époque et qu'on mettait le requérant au défi de fournir des explications publiques sur ce point, en présence des fils Mengelle ; que cette insinuation perfide revêtait à raison des circonstances dont elle était enveloppée, un caractère manifestement injurieux ; 


Que cette affiche injurieuse tombe sous le coup des articles vingt-trois et vingt-neuf, paragraphe deux, de la loi sur la presse du vingt-neuf juillet mil huit cent quatre-vingt-un, et que les propos qu'elle contient sont réprimés par l'article trente-trois, paragraphe deux de la dite loi ;


Attendu qu'en dehors du sieur Fernand Mengelle, signataire de l'article, il est avéré que le sieur Camille Servat a encouru à la rédaction de l'article, qu'il en est le co-auteur ou tout au moins qu'il apparaît comme le complice du sieur Fernand Mengelle dans les termes de l'article soixante du code pénal : qu'à ces divers points de vue, il est solidairement responsable avec de dernier des conséquences graves de cet article ; injures et les circonstances où elles ont eu lieu ;


Par ces motifs, s'entendre condamner les sus-nommés à payer solidairement au requérant pour les causes sus-énoncées, la somme de trois mille francs à titre de dommages-intérêts, à l'affichage du jugement à intervenir en cinquante exemplaires dans les lieux à ce destinés dans la ville de Biarritz, et à l'insertion du dit jugement dans trois journaux au choix du requérant ; 


S'entendre en outre condamner aux dépens, sous la même solidarité que les condamnations qui précèdent sous préjudice des peines qui pourront être requises par le ministère public ou prononcées d'office par le tribunal ;


Sous toutes réserves, ensuite il a été procédé à l'audition de deux témoins présents à l'audience, et cela à titre de simples renseignements.


Et les prévenus ont été interrogés.


Maître Joubert a développé les conclusions de son exploit introductif d'instance.


Le ministère public s'en est remis à la justice.


Maître Darrigand, avoué près le Tribunal civil de Bayonne, a, au nom des défendeurs, pris les conclusions suivantes :


Plaise au Tribunal : Attendu qu'on chercherait vainement, dans le texte de l'affiche incriminée, une expression injurieuse quelconque ;



pays basque autrefois élections labourd canton
CASINO MUNICIPAL BIARRITZ 1922
PAYS BASQUE D'ANTAN

Attendu que Monsieur Moussempès, en son assignation, n'en a d'ailleurs relevé aucune ;


Attendu qu'il se borne à dénoncer une insinuation perfide et de caractère injurieux résultant :


1° De ce que l'affiche impliquait que Monsieur Moussempès connaissait les causes du suicide de Monsieur Mengelle père ;


2° De ce que l'on mettait Monsieur Moussempès au défi de fournir à ce sujet des explications publiques ;


Attendu qu'il y a lieu d'observer que Monsieur Moussempès n'était pas mis au défi de fournir des explications publiques, mais qu'on lui demandait simplement s'il pouvait en fournir ;


Attendu au surplus que les deux traits relevés comme injurieux par M. Moussempès ne contient rien ayant ce caractère ;


Attendu à la vérité, que Monsieur Mengelle se basant sur des faits qui, eux aussi, avaient "transpiré", estimait que Monsieur Moussempès n'offrait pas comme candidat au Conseil général toutes les garanties morales que les électeurs pouvaient exiger de lui ;


Attendu que celui qui brigue un mandat électif relève d'une façon générale et complète de l'appréciation et du jugement des électeurs ;


Attendu que Monsieur Mengelle étant précisément électeur dans le canton où Monsieur Moussempès briguait les suffrages, était parfaitement fondé à demander au candidat des explications sur un fait déterminé ;


Attendu qu'il n'apparaît point que Monsieur Mengelle ait agi contre Monsieur Moussempès par un motif de haine personnelle, mais uniquement dans le but d'éclairer le corps électoral ;


Qu'en effet, si Monsieur Moussempès n'avait pas été candidat, Monsieur Mengelle n'aurait point produit en une affiche une allusion discrète à des faits regrettables pour Monsieur Moussempès et si douloureux pour Monsieur Mengelle ;


Attendu, en conséquence, qu'il est resté strictement dans les limites de son droit ; 


Attendu que Monsieur Camille Servat a eu le souci, dans l'intérêt du parti politique, au nom duquel il agissait, de ne négliger aucun argument contre Monsieur Moussempès, candidat, que son parti combattait ; 


Attendu qu'en conséquence, il a revendiqué sa part de responsabilité dans la réduction d'une affiche dans laquelle il est intervenu pour donner à la pensée de Monsieur Mengelle, son secrétaire, une expression aussi nette dans le fond, mais aussi modérée dans la forme, que possible, et notamment en bannissant toute expression non seulement injurieuse ou violente, mais même discourtoise ; 


Par ces motifs, dire Monsieur Moussempès, non fondé en son action ; le débouter de ses demandes, fins et conclusion ; renvoyer Monsieur Fernand Mengelle et Camille Servat des fins de poursuite ; condamner Monsieur Moussempès aux dépens.


Sous toutes réserves.


Monsieur Servat, avocat du barreau de Nantes, a présenté la défense de Messieurs Fernand Mengelle et Camille Servat.


Le Tribunal a mis l'affaire en délibéré et renvoyé le prononcé de son jugement à l'audience du douze juillet mil neuf cent vingt-deux.


Et le dit jour advenu, en l'absence des parties, le Tribunal a rendu le jugement suivant en audience publique :


Attendu que Monsieur Moussempès a cité Mengelle et Servat pour des injures contenues dans un placard affiché à Biarritz ; 


Attendu que Servat a reconnu que c'était lui qui avait rédigé le placard pour le compte de Mengelle, son secrétaire ; que M. Mengelle a reconnu, d'autre part, qu'il avait fait procéder à l'affichage ; 


Attendu que le placard signifiait manifestement que Mengelle père s'était suicidé pour des causes imputables à Moussempès et inavouables, soit pour des raisons qu'on le mettait au défi de produire en public, en présence des fils du défunt ; qu'il faut dire que cette affiche a été placardée dans la nuit qui a précédé un scrutin où Moussempès était candidat ;


Attendu que la loi qualifie d'injure toute expression outrageante exposant la personne visée au mépris d ses concitoyens et portant atteinte à son honneur et à sa considération ;


Attendu que le libellé du placard rentre dans cette définition ;


Que de plus, l'injure a été commise par les voies et moyens énoncés dans l'article vingt-trois de la loi du vingt-neuf juillet mil huit cent quatre-vingt un ; 


Attendu qu'à l'audience, les parties se sont expliquées sur les raisons du suicide et qu'il n'apparut rien de net qui puisse être imputé à Moussempès ; qu'on se trouve en présence de suppositions vagues et non de preuves ; 


Que c'est oublier toute prudence et dépasser les limites permises, même en matière électorale, que de se lancer dans des affirmations aussi graves sur de simples suppositions ; 


Qu'on ne peut admettre dans ces conditions qu'on ait agi avec bonne foi et avec la seule préoccupation d'éclairer les électeurs ;


Qu'il y a par suite dans l'espèce délit d'injures ;


Attendu que Mengelle est l'auteur principal et Servat son complice, comme lui ayant procuré les moyens en connaissance de cause de commettre le délit ;


Qu'au point de vue de l'application de la peine, il y a lieu de considérer la culpabilité de Servat, plus grave, quoique complice, que celle de Mengelle, qui était le subordonné du premier par les fonctions qu'il exerçait ; que ce sera le cas pour Mengelle de le faire bénéficier de la loi de sursis ;


Attendu, au point de vue des fins civiles que le tribunal a tous les éléments d'appréciation ;


Par ces motifs, le Tribunal ouï Maître Joubert, dans ses explications pour le demandeur, le ministère public qui s'en est remis à la justice, et Maître Servat, avocat, dans ses moyens de défense pour les prévenus, jugeant en matière correctionnelle, déclare Mengelle et Servat, le premier comme auteur, le deuxième comme complice, du délit d'injures qui leur est imputé, et par application des articles vingt-trois, vingt-neuf et trente-trois de la loi du vingt-neuf juillet mil huit cent quatre-vingt-un, et soixante du code pénal ;


Condamne Mengelle à vingt-cinq francs d'amende et Servat à cinquante francs de la même peine. Fait application à Mengelle de la loi de sursis.


Et statuant sur les fins civiles, condamne Mengelle et Servat, solidairement, à payer à Moussempès la somme de cent francs à titre de dommages-intérêts ;


Ordonne l'insertion du présent jugement dans la "Gazette", à la diligence de Moussempès, sans que le coût de l'insertion puisse dépasser la somme de trois cents francs ; dit qu'il recouvrera le coût de l'insertion sur la représentation de la quittance du journal contre les cités qui seront tenus du montant solidairement.


Dit que l'insertion aura lieu à la troisième page.


Condamne les deux cités solidairement aux dépens.


Dit toutefois que les frais seront avancés par le plaignant, en sa qualité de partie civile, sauf son recours contre les condamnés.


En foi de quoi la minute du présent jugement a été signée par le Président et le commis-greffier.


Suivent les signatures.


Enregistré à Bayonne, le vingt-quatre juillet mil neuf cent vingt-deux, folio quarante-un, case vingt-deux.


Reçu trois francs soixante-quinze.


Signé : Ritou, receveur."




A suivre...


(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 







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