lundi 1 octobre 2018

VISITE À HERNANI EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE EN AOÛT 1903


VISITE À HERNANI EN 1903.



Hernani est une commune du Guipuscoa, dont la fondation est antérieure au 13ème siècle.



pais vasco antes
HERNANI GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voici ce que rapporta le journal Le Temps, dans son édition du 30 août 1903, sous la plume de 

Gaston Deschamps  :


"Une visite à Hernani.


Nouvelle édition du Voyage en Espagne de Théophile Gautier, 1. vol. in-12, Paris, Fasquelle. — Cf. Victor Hugo, Voyages, id. ibid. 


Saint-Jean-de-Luz, 26 août 1903. 

En ce moment, les libraires chôment et les auteurs sont épars en diverses villégiatures, où ils nous préparent de l’agrément et peut-être du souci pour cet hiver. Si nous prenions, nous aussi, un petit peu de vacances ? 



Je propose au lecteur ami une escapade qui d’ailleurs ne nous fera pas sortir du domaine de la vie littéraire. Le bourg d'Hernani, situé au seuil de l’Espagne, en plein pays basque, aux pentes verdoyantes des montagnes du Guipuzcoa, mérita d’être annexé à la République des Lettres, premièrement par Victor Hugo, qui lui prit son nom pour en décorer un brigand sympathique ; deuxièmement par Théophile Gautier que réveilla en sursaut, pendant une étape de nuit, l’annonce de ce relais ultra-romantique : Hernani; troisièmement, par Edmond Rostand, qui vint en pèlerinage à Hernani, pour célébrer d’une façon plus pieuse et plus pittoresque, le centenaire du poète des Feuilles d'automne



guipuzcoa antes
HERNANI GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN

Allons à Hernani. 



Au temps des diligences, les voyageurs en partance pour Hernani prenaient une route qui laisse à main droite la ville de Saint-Sébastien et les rivages du golfe Cantabrique, et qui, au delà du merveilleux port de Pasajès, traverse des bourgades aux noms mystérieux, ou sonores : Oyarzun, Astigarraga. La plupart des noms qui désignent les localités champêtres de ce pays ressemblent à ces capes amples et quasiment seigneuriales, dont se drape et se rehausse, en Espagne, le moindre métayer. Lorsque Victor Hugo revint, déjà quadragénaire, en ces beaux lieux qui avaient ébloui son enfance errante, il eut soin de recueillir, sur son carnet de voyage, une ample provision de vocables mélodieux, comme un chant de mandoline, ou farouches comme un appel de contrebandier. Les futurs commentateurs de la Légende des siècles retrouveront cette collection éparpillée au milieu d’un trésor de poésie, dans l’épopée du Petit roi de Galice et aussi dans les sombres visions du Jour des Rois




Théophile Gautier, allant d’Irun à Hernani en patache, changea de mules aux relais d’Oyarzun et d’Astigarraga. Ces changements d’attelages, très fréquents dans les pérégrinations d’autrefois et dont nos arrière-neveux auront à peine l’idée, étaient très utiles, en somme, au progrès de la littérature pittoresque. Quelle admirable occasion de se recueillir, de regarder autour de soi, de lier conversation avec les indigènes, de fixer sur la page blanche d’un album ou d’un calepin les contours d’une maison, la forme d’un nez ou quelques traits de mœurs locales ! Le répit nécessaire à la méditation d’un paysage et à la transposition du monde extérieur en réalités littéraires n’est guère conciliable avec la hâte haletante des automobiles, ni avec le trémoussement des pédales où s’évertuent les vélocipédarts désarticulés et affolés. Je sais bien qu’il y a les "pannes", et qu’un chauffeur intelligent, un cycliste sage peuvent toujours profiter d’un "pneu" crevé ou d’une "manette" avariée pour s’élever, ne fût-ce qu’une minute, à la dignité de roseaux pensants. Malgré ces aubaines exceptionnelles, les haltes sont rares dans l’existence vertigineuse et incohérente où tourbillonne étrangement ce qui nous reste de sentiments et d’idées, de cervelle et de cœur. Tirés de tous côtés, poussés de toutes parts, cahotés de choc en choc, tour à tour emportés par des courses éperdues ou échoppés sur des obstacles qui font tourner à vide les roues de nos véhicules ; — roulés inutilement d’émotion en émotion, bousculés en tous sens au gré des incidents et des accidents ; —littéralement "passés à tabac" par une réalité bariolée dont nous subissons tous les coups et tous les contre-coups, nous risquons d’être souvent hors d’haleine et à bout de souffle, si nous ne savons pas trouver, dans ce mécanisme compliqué de la vie moderne, des intervalles de silence, de solitude et de recueillement. 



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HERNANI GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN

Ils vont... Ils vont... Ils vont, sans voir les forêts vertes 

Ni les blondes moissons, ni les coteaux fleuris; 

Ils vont, penchés et noirs, dans un nuage gris, 

Vertigineusement, sur les routes ouvertes. 


Vainement les oiseaux, dans les bois printaniers, 

Tentent, par leurs appels, d’arrêter au passage 

Ces pauvres gens que meut l’ambition peu sage  

De s'en aller très vite et d’arriver premiers. 


Les arbres stupéfaits, les clochers immobiles, 

Les tours, que l’habitude attache au sol natal, 

Regardent ce spectacle .affolant et brutal : 

La fuite des chauffeurs et des automobiles. 


Le calme du bouvier et la lenteur du bœuf 

S’ébahissent devant ces passions hâtives, 

Et regardent, dans les lointaines perspectives, 

Courir la bête au souffle court qui fait:: Teuf ! teuff !


Ils vont... Ils vont... Ils vont... C'est en vain que la source 

Epanche, sur la mousse fraîche, un pur cristal ; 

Ils vont, d’un fol instinct et d’un élan fatal, 

Les spectres emportés par la démente course. 

 

"Restez-là !" dit tout bas l’églantine au teint clair, 

Qui pare de blancheurs les buissons de la route ; 

Mais, hélas ! comme font_les fuyards en déroute, 

Le monstre, aveugle et sourd, passe ainsi qu'un éclair. 



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HERNANI GUIPUSCOA 1907
PAYS BASQUE D'ANTAN

 

Sur ces chemins, aujourd’hui vibrants et trépidants d’automobilisme, Théophile Gautier, voyageant à petites journées, calligraphia posément des pages de prose et de vers. Tandis que le mayoral, coiffé d’un chapeau pointu, vêtu d’une veste brune, d’une ceinture rouge et d’une paire de guêtres en cuir, laissait flotter les rênes sur les grelots de l’attelage, et grimpait sans fièvre l’âpre montée d’Urrugne, le bon Théo, sans se presser, cherchait une rime : 


La voiture s’arrête à l’église d’Urrugne : 

Nom rauque dont le son à la rime répugne. 



Plus loin, pendant que le zagal, encadré par les tromblons des escopeteros, bouclait les harnais de dix mules, pomponnées de bouffettes écarlates, l’auteur du Capitaine Fracasse prenait, sans effort ni fatigue, une jolie vue de pays : 

Le paysage était charmant, un peu suisse peut-être et d’une grande variété d’aspect. Des croupes de montagne dont les interstices laissaient voir des chaînes plus élevées, s’arrondissaient de chaque côté de la route ; leurs flancs gaufrés de différentes cultures, boisés de chênes verts, formaient un vigoureux repoussoir pour les cimes éloignées et vaporeuses ; des villages avec leurs toits de tuiles rouges s’épanouissaient au pied des montagnes dans des massifs d’arbres... 

Des torrents capricieux comme des femmes vont et viennent, forment des cascatelles, se divisent, se rejoignent à travers les rochers et les cailloux de la manière la plus divertissante, et servent de prétexte à une multitude de ponts les plus pittoresques du monde... 


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HERNANI GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN

A la fonda d’Astigarraga, Théophile Gautier mangea de la soupe aux tomates et au safran, une soupe rouge, dont la pourpre, magnifiquement "cardinalice", flatta ses prédilections de coloriste. Avec cela, le pain qu’on lui offrit avait une croûte semblable à une carapace d’or. Le vin était "du plus beau violet d'évêque qu’on puisse voir". Pour un ancien rapin de l’atelier de Rioult, pour un admirateur passionné de Chassériaux et d’Eugène Delacroix, c’était un repas de nectar et d’ambroisie. Le décor, au tour de ce festin, ne manquait point de grâces, si nous nous en rapportons à cet enthousiaste tableau : 



Quand on nous mena dans nos chambres, nous fûmes éblouis de la blancheur des rideaux du lit et des fenêtres, de la propreté hollandaise des planchers et du soin parfait de tous les détails. De belles grandes filles, bien découplées, avec leurs magnifiques tresses tombant sur les épaules, magnifiquement habillées, allaient et venaient avec une activité de bon augure pour le souper qui ne se fit pas attendre ; il était excellent et fort bien servi. 



Le puchero, bourré de poivre, de piments, d’épices, et baigné d’une "sauce véhémente" ; les poulets à l’huile, le fromage de chèvre et autres aliments essentiellement espagnols, saturèrent de couleur locale l’estomac et l’imagination de Théophile Gautier et d’Eugène Piot, son compagnon de route. 




Je rappelle tous ces souvenirs, afin que cette revue rétrospective donne plus de relief aux contrastes que l’actualité multiplie sur le sol de l’Espagne modernisée. 



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HERNANI GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Hernani, le 26 août. 



Le chemin de fera modifié l’ancien itinéraire des voyageurs qui vont en Espagne. On entre toujours par le pont de la Bidassoa et par la grande rue pavée d'Irun, dans le royaume de Charles-Quint et de Cervantès. Mais la renommée d’Oyarzun et Astigarraga s’éclipse devant la gloire naissante de Saint-Sébastien. La ligne de Paris à Madrid fait un détour et laisse Oyarzun et Astigarraga, pour "desservir" comme on dit dans le style des ponts et chaussées, les villas, les hôtels et les cabines de bains qui s’alignent en demi-cercle autour du golfe de la Concha



On peut aller de Saint-Sébastien à Hernani en tramway électrique, en passant par Loyola. 

Ce "mode de traction", comme on dit en langage administratif, est toujours original, lorsqu’il fait voisiner l’outillage de la civilisation contemporaine avec des monuments ou des paysages hantés par les fantômes de l’histoire et de la légende. La description des engins de la société moderne appliqués au transport ou à l’entretien des hommes, des choses ou des bêtes en des endroits encore habités par l’ombre des siècles morts aboutit naturellement à des antithèses dont l’"effet" est trop commode. Le tramway de Fiesole, le funiculaire du Vésuve, la gare d’Ephèse et les omnibus de Corinthe (vingt minutes d’arrêt, buffet) ont égayé des légions de touristes psychologues. Ne soyons donc pas étonnés outre mesure par la figure imprévue du tramway électrique de Loyola et d’Hernani. Les gens parmi lesquels je m’assieds, dans cette voiture où l’on songe, malgré soi, à saint Ignace et à doña Sol, ne semblent pas préoccupés du souci de regarder au-delà de l’heure présente, vers les troublantes perspectives des siècles révolus. Ce sont des jeunes gens, de joyeux Espagnols et de séduisantes Espagnoles, pour qui cette promenade, quasiment suburbaine, est une habituelle partie de plaisir. Le hasard m’a placé, sur la banquette en pitchpin verni, au milieu d’un groupe aimablement bruyant, qui rit à gorge déployée, palabre à plein gosier et semble s’amuser de tout cœur. Un galant hidalgo, dont les cheveux très noirs ont été soigneusement lustrés de pommade des deux côtés d’une irréprochable raie, et dont les dents d’ivoire brillent sous une moustache d’ébène entre deux lèvres de vif incarnat, exhibe avec un visible contentement de soi-même le satin de sa cravate jonquille, la toile rigide de son faux-col empesé, la cheviotte de son veston gris-perle et l’éblouissant coutil de son pantalon blanc. Il conte fleurette à sa voisine, une très jolie jeune fille ou femme, brune au teint mat, sous le nez de laquelle il a le tort d’aspirer et d’exhaler les bouffées d’une interminable cigarette. Mais la fringante señorita ne semble pas incommodée par l'odeur de ce tabac qu’avec mes préjugés français j’estime excessif. Elle secoue la tête, d’un air à la fois sceptique et flatté, aux compliments que lui débite son interlocuteur et qu’interrompt par fois, dé façon criarde, la cornemuse du tramway. Chacun des mouvements de la fleureteuse fait ondoyer comme un panache la plume du vaste chapeau qui a remplacé, sur sa chevelure serrée en lourdes torsades, la mantille de ses aïeules. Son gracieux corps souple, déjà un peu trop grassouillet, menacé d’un précoce embonpoint par la nonchalance des siestes coutumières, se moule en des tissus légers; un boléro d’étoffe beige s’entr’ouvre sur son corsage rosé, et rejoint une jupe de piqué blanc qui dessine exactement la courbe adorable de ses hanches. Un gai scintillement de bijoux, un gentil cliquetis de breloques donne à cette personne, vêtue en Parisienne, un ragoût d’exotisme qui n’est pas sans charme. Si bien que j’ai à peine regardé mes autres compagnons de tramways, marchands quelconques ou rentiers insignifiants, attirés sans doute par des maisons de campagne, dans la banlieue de Saint-Sébastien ou aux alentours de Loyola. 



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HERNANI GUIPUSCOA 1906
PAYS BASQUE D'ANTAN

Et cette divertissante vision m’a également empêché de regarder le paysage : champs de maïs, collines vertes, parées de boutons d'or et de pâquerettes, rochers vêtus de moussu, en surplomb sur la voie, futaies de hêtres et de chênes au versant d’un coteau, — bref un décor vaguement suisse, comme disait Théophile Gautier, mais où les cascades ne sont pas encore munies d'écriteaux et de tourniquets, comme les chutes du Rhin à Schaffhouse. 




La grande rue d’Hernani, la calle mayor, montante et pavée, traversé le bourg dans toute sa longueur, entre une double rangée de maisons de pierre, surchargées de toutes sortes d’ornements en bois. Les toitures, prolongées par des charpentes en saillie, s’avancent au-dessus des façades, comme des visières de casque. Les poutres de ces charpentes sont sculptées avec soin. Des artistes anonymes y ont fignolé toutes sortes de fioritures. Des ciseaux, depuis longtemps rouillés, ont fleuronné, godronné, guilloché, festonné ces pièces de bois, consciencieusement équarries par des varlopes disparues. Ce souci d’élégance décorative, encore visible dans ces bourgs que ravagea souvent le fléau des guerres carlistes, indique une antique opulence. Victor Hugo, lorsqu’il vint ici pour la première fois en 1811, remarqua ces "toits de bois" d’Irun, d’Oyarzun, d’Astigarraga, d’Hernani. Théophile Gautier a également noté ceci :

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HERNANI GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN

...Les toits des maisons s’avancent en éventail ; les tuiles, alternativement rondes et creuses, forment une espèce de crénelage d’un aspect bizarre et moresque. Les balcons très saillants sont d’une serrurerie ancienne, ouvrée avec un soin qui étonne... 



Les maisons, en Espagne, sont coquettes comme des femmes, et s’habillent d’une façon qui ressemble à l’ajustement compliqué des manolas. De part et d’autre, le fond du costume, essentiellement simple, se surcharge d’agréments, d’accessoires, de chamarrures et de colifichets. De même que la jupe d’une danseuse de cachucha s’amplifie par une surabondance de volants et de fanfreluches, de même la façade du plus modeste logis s’enjolive d’une prodigieuse quantité de balcons, de galeries et de moucharabiehs à la mode musulmane. La rue en est toute meublée. Et c’est du côté de ces belvédères qu’il faut regarder si l’on veut voir briller dans l’ombre lumineuse, l’œil noir des Espagnoles. Elles ne quittent guère ces "chambres aériennes" qui leur permettent de dominer le spectacle de la vie extérieure. Là-haut, protégées contre l’ardeur du jour par des stores et par des tendelets, le visage sans cesse rafraîchi par des battements d’éventail, elles consacrent volontiers toutes les heures de l’après-midi, à de longues oisivetés, apparemment délicieuses. Les familles riches, déjà piquées d’émulation par le confort du home anglais, font garnir d’un vitrage, volontiers multicolore, les châssis de leurs bow-windows. Mais les vraies Espagnoles se contentent du balcon classique où les belles Andalouses de Séville écoutaient les sérénades et les séguedilles de don Juan. Là-haut, elles apparaissent comme des idoles, au-dessus de la foule de leurs adorateurs ; elles sont embellies par un encadrement de géraniums écarlates, de glycines et de jasmins de Virginie, dont la floraison pavoise les plus pauvres demeures et retombe en guirlandes jusque sur la tête des passants. 



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HERNANI GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN

Au bout de la calle mayor, continuée en droite ligne par la route de Madrid, l’hôtel de ville et l’église d’Hernani cernent de leurs formes imposantes une petite place harmonieusement dessinée. Que d’histoires nous raconteraient les pavés de cette place, s’ils pouvaient parler ! Ceci est le grand chemin des invasions et des exodes. Napoléon, le prince Murat, le roi Joseph, le maréchal Lannes, le général Marbot, l’"enfant noble" a qui devait s’appeler Victor Hugo, et le simple troupier qui devait être le père de Pasteur ont passé par ici, à l’aller et au retour. La vieille église, massive comme une forteresse, a vu sans s’émouvoir le spectacle de ce va-et-vient. Elle a pris, en vieillissant, une amusante couleur, intermédiaire entre la brique cuite et l’amadou. Malheureusement, un portail rococo dérange, par son indiscrétion saugrenue, l’imposante simplicité de cette bâtisse. 



L’intérieur de l’église d’Hernani est d’une austérité singulière. Les murs, blanchis à la chaux, ressembleraient aux parois sépulcrales d’une mosquée, si l’autel n’était revêtu d’un de ces "retables" de bois doré qui sont, aussi bien en France qu’en Espagne, le luxe habituel des églises basques. L’or de ce retable suffît à glorifier l’église d’Hernani et, pour ainsi dire, à l’ensoleiller d’un magnifique rayonnement. Quand on s’approche de cette-étincelante boiserie, où la lumière des verrières se mêle, aux reflets de la lampe du sanctuaire, on distingue des détails charmants. Le fini du travail indique un art probe et raffiné. Point de trompe-l’œil ni d’habiles truquages. Les traits des personnages représentés dans cette galerie de saints et de saintes furent précisés d’une touche ferme et délicate. Je ne pouvais détacher mes yeux d’une exquise vierge, dont la figure semblait avoir été doucement enluminée de candeur et de vermillon par le pinceau réaliste et séraphique d’un disciple de Memling... 



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HERNANI GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN

L’église d’Hernani abrite le tombeau d’un seigneur, nommé Jean de Urbieta, qui eut la gloire de faire prisonnier le roi François Ier à la bataille de Pavie. Une demi-douzaine de distiques, en latin d’académie, rappellent aux visiteurs les exploits de ce seigneur Jean de Urbieta, que les félicitations de Charles-Quint et les acclamations de ses compatriotes n’empêchèrent pas d’être profondément oublié dans les cinq parties du monde. Tant il est vrai qu’il ne suffit pas de trouver un jour une belle occasion. II faut continuer ! On ne sait pas ce que fit Jean de Urbieta, après l’acte mémorable qui l’avait tiré de l’obscurité pour quel que temps. Je suppose qu’il prit sa retraite à Hernani, et qu’à l’exemple de tous les capitaines retraités, il racontait ses campagnes. On lui faisait narrer la fameuse journée où il reçut, à genoux, l’épée du roi de France. Le vénérable guerrier, par l’effet d’un phénomène de cristallisation assez fréquent chez les anciens militaires, devait ajouter à son récit des épisodes toujours nouveaux. A la fin, ce fut un poème épique. Le latiniste versificateur que l’on chargea de graver une inscription sur la tombe de ce vieux brave, n’eut qu’à réduire en une sorte de raccourci cette épopée, pour rédiger une épitaphe digne d’un héros. 




Errant à travers la ville, je retrouve bien des choses qui sont contemporaines de Jean de Urbieta, ou même plus vieilles que lui. Beaucoup de maisons féodales sont debout, intactes. Ces murs épais, aux ouvertures étroites et hautes, racontent la vie recluse et inquiète d’autre fois, lorsqu’on craignait les effractions et les escalades. Ces logis sont presque aveugles : ils osent à peine risquer sur la rue un regard furtif. On voudrait les interroger, connaître leur biographie. Mais ces demeures sont muettes. Elles semblent avoir perdu la mémoire et — pour ainsi dire — être veuves de leur âme. Je vois un tonnelier cercler des fûts au rez-de-chaussée d’un de ces palais, en dépit du blason qui écussonne la porte charretière. Ailleurs, dans un vestibule dallé où sonnèrent peut-être les éperons de quelque grand d’Espagne, je vois une invraisemblable marmaille se rouler dans une poussière qui date, pour le moins, du temps de Philippe II... 



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HERNANI GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Mais un détail imprévu m’oblige à fixer mon attention sur des objets moins éloignés de nous par le recul des mirages historiques et des vérités légendaires. La casquette d’un agent de police porte, en caractères flamboyants, ces deux lettres : V. H. Je sais bien que cela veut dire : Villa [ville) d'Hernani. Mais ce sont aussi les initiales de l’auteur d'Hernani. Décidément, il y a des harmonies préétablies. Je n’en veux d’autre preuve que cette coïncidence qui oblige la municipalité d'Hernani à adopter, comme symbole officiel, la signature de Victor Hugo..."


Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 1410ème article.


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