dimanche 21 octobre 2018

LE CHANTEUR FERDINAND AU PAYS BASQUE EN 1911


LE CHANTEUR FERDINAND EN 1911.


Ferdinand était un célèbre compteur de point, lors des parties de pelote, annonçant le score et chantant les points en Basque.

CHANTEUR FERDINAND
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta le journal Comoedia, dans son édition du 8 juillet 1911 :


"Le chanteur Ferdinand.


Connaissez-vous Ferdinand?



Aussi populaire que Dranem et Mayol, Ferdinand est doué d'un organe éclatant de baryton-ténor, lyrico-comique, souple à la déclamation et à la tyrolienne ; son succès est colossal à Biarritz et à Neuilly. Il est aussi connu à Cambo que M. Rostand. Ferdinand fait la joie des foules, les délices des connaisseurs ; demandez plutôt à M. Fournets, terrible Méphisto, et à M. Cooper des Variétés qui ne manquent guère une de ses auditions et ne lui ménagent point leurs applaudissements.



Ferdinand s'élance sur le plateau, agile ; pesamment calé sur deux jambes épaisses, le geste large, la poitrine bombée, il ouvre la bouche et aussitôt toutes les physionomies s'illuminent en gaieté ; son regard vif et malicieux embrasse son public, il chante, il module et son rythme provoque l'ensemble des refrains. 




Ferdinand est l'interprète favori des chansons basques. Ses plateaux sont les canchas, de Biarritz à Saint-James. Il est le successeur de ces cantabri (bons chanteurs) tant appréciés par les Romains au pays basque et porte la noble allure de nos compatriotes d'en bas.



CHANTEUR FERDINAND
PAYS BASQUE D'ANTAN



— C'est moi, nous dit-il glorieusement, qui le premier eus l'idée d'acclimater la chanson basque sur les terrains réservés au jeu de pelote. L'élégance, la vivacité, l'adresse qui constituent la beauté de notre réjouissance nationale s'allient merveilleusement à la chanson de notre pays. Je chante ainsi la prouesse des virtuoses, la cortada bien ménagée ; comme Tyrtée j'exalte l'ardeur des pelotaris ; mes intermèdes leur ménagent un repos bien mérité, — calme l'excès de leurs effervescences, répand la gaieté qui préside à nos plaisirs favoris.




"Mon innovation, très bien accueillie au pays basque semble recueillir les suffrages des Parisiens ; c'est qu'à Paris comme chez nous, on n'est pas insensible à une pointe d'art partout où elle se manifeste. Je chante notre littérature d'une saveur si spéciale qui consiste en romances, chansons, en ballades transmises par la tradition. Vous devez savoir que là-bas tout le monde est poète, barde populaire; on danse le mouchico avec le tambourin au son du flageolet. Notre vieil ancêtre Aïtor qui échappa au déjuge avec quelques humains, rares comme les olives qui demeurent sur l'arbre après la récolte, nous légua ces trésors de l'instinct poétique."




Mais voici que des vivats éclatent, soulignant une fameuse déjada exécutée par Chiquito. Ferdinand se précipite dans l'arène. Il est vêtu de la chamarre noire ; son pantalon orné sur les côtés de petits nœuds, jette l'éclat de sa blancheur et la note gaie de la ceinture rouge ; les sandales brodées donnent à son allure une légèreté comique qui contraste avec l'embonpoint ; d'un geste noblement arrondi, il soulève le béret au gland d'or et laisse apparaître un crâne aussi luisant que celui de M. Caillaux et où glissent les rayons d'un soleil amusé.




Le calme renaît et Ferdinand, module sur une poésie de Pierre Loti :

Pilotac ohoré du Eskual Herrietan 

Seren deu éderrèna yoko gussiètan 

Eskualdunac gastetic pilota plazetan 

Aguersen du badouen odolic Saynétan.


- Ce qui signifie à peu près : La pelote basque est un jeu du sol natal et pour jouer ce jeu, il faut être du pays et avoir du sang dans les veines. Et Ferdinand continue :

Kattalin tioukou tioukou 

Kattalin Arina

Zombana Salzenduru dozena Sardina 

Battian kokorico bersian churiko (bis).

sur un rythme entraînant qui provoque l'enthousiasme et une reprise en chœur par la foule en délire.



CHIQUITO DE CAMBO ET FERDINAND
PAYS BASQUE D'ANTAN

Ferdinand a regagné sa place ; il marque maintenant les points acquis par les matcheurs, les annonce d'une âpre modulation chantante à la manière des appels de pâtres dans la montagne ; il est l'arbitre de la partie et le chœur antique.



 — Les pelotaris, dit-il, ont pu souffler un instant et tout le monde est heureux ; ça anime le jeu. Ma foi, je ne vous dirai pas que je sors du Conservatoire, ni que j'ai fait de fortes études de chant ; pourtant, ça plaît ainsi et le public me témoigne toujours sa satisfaction. C'est si beau le chant en plein air, en pleine nature! nos ténors du pays basque ne sont pas des raffinés, pas plus que nos pittoresques danseuses de Saint-Jean-de-Luz si gracieuses sous le mouchoir bleu qui flotte sur les épaules. Ils dansent, ils chantent sous le regard du ciel et des montagnes, sans prétention, guidés par un instinct toujours juste de l'harmonie des lignes et du rythme. C'est notre art populaire à nous, avec son parfum de terroir, haut en couleur, parfois légèrement mélancolique, toujours sain et naïf.




Je laisse à ses fonctions le bon barde Ferdinand dont les 47 printemps ne pèsent guère aux jarrets ni à la voix. 




Et puisque pour un moment, il m'est donné de faire une promenade dans la vallée de la Nive et la Basse-Navarre, au pays de Chantecler, qu'il me soit permis de terminer par ce joli médaillon d'une poésie si fraîche, expression du caractère si franc de ces contrées merveilleuses : 


Ber exca beires da dacunac est alaric 

Espera aurtic berserenera Narririe.



Ce qui, dans notre langue du Nord, perdant un peu de sa couleur et de son accent, donne cette pensée exquise : Celui qui a sa maison couverte en verre, ne doit pas jeter des pierres sur le toit d'autrui.




Conception charmante d'un troubadour basque dont la langue musicale a survécu aux délimitations !"




Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 1450ème article.


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