LA TRAVERSÉE DE LA BASSE-NAVARRE PAR LES ROMAINS.
La voie romaine Bordeaux-Astorga est une voie romaine qui reliait Burdigala (Bordeaux) à Asturica Augusta (Astorga en Espagne dans l'actuelle province de Léon).
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| VOIE ROMAINE BORDEAUX-ASTORGA |
Elle passait par le pays de Born, Dax, Ostabat, Saint-Jean-Pied-de-Port, Roncevaux et Pampelune. Cet axe de communication est l'Iter XXXIV de l'Itinéraire d'Antonin.
Voici ce que rapporta à ce sujet le général H. Richter dans le Bulletin de la Société des sciences,
lettres & arts de Bayonne, en janvier 1945 :
"La voie romaine de Bordeaux à Astorga de Bordeaux à Astorga dans la traversée de la Basse-Navarre.
Hypothèse nouvelle.
Le seul document d'époque romaine que nous possédions sur les voies de communications de l'Empire Romain dans le Pays Basque français est l'Itinéraire d'Antonin.
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| LIVRE Itinerarium Antonini Augusti |
Ce tableau des grands chemins de l'Imperium, dont M. Albert Grenier situe la rédaction au dernier quart du IIIe siècle, est analogue aux cartes d'étapes qu'on voyait naguère encore aux murs de quelques bureaux de recrutement et qui indiquaient pour une époque où les déplacements se faisaient uniquement par route — les itinéraires — les points principaux du trajet et leurs distances.
Il en ressort que l'unique grande voie officielle qui traversait le Pays Basque français était celle de Bordeaux à Astorga de Léon ; encore que de cette voie l'Itinéraire n'indique pour la région que deux points connus — et qui sont extérieurs à ce pays. Aquae Tarbellicae, Dax et Pamplona. Pampelune — et que ce soit par déduction que cette voie nous intéresse — la ligne droite Dax-Pampelune passant en plein coeur du Pays Basque français.
Voici reproduit d'après C. Desjardins — Grenier-Déchelette — et L. Colas l'extrait de l'Itinéraire qui nous concerne :
Pampelona-Turrissa — M. P. XXII (Var. XXV).
Turrissa-Summus Pyreneus — M. P. XXII (Var. XXV).
Summus Pyreneus-Imus Pyreneus — M. P. V.
Imus Pyreneus-Carrasa — M. P. XII (Var. VII).
Carrasa-Aquae Tarbellicae — M. P. XXXVIII (Var. XVIII ou XXXIX).
M. P. signifie, mille passus, mille pas, soit 1 480 ou 1 481 mètres.
Pour d'aucuns il y aurait M.P.M. qui signifierait, mille (passus), plus, minus, mille (pas), plus, moins, c'est-à-dire, environ.
Par où passait la voie entre Dax et Pampelune ? et pour ne considérer que le Pays basque français en laissant de côté Turrissa qui était certainement outre-monts, par où passait-elle entre Dax et la crête des eaux pendantes pyrénéennes ? où furent Carrasa, Imus, Pyreneus, Summus Pyreneus ? Mystère ! sur lequel s'est exercée la sagacité des historiens.
Cette sagacité — à vrai dire — s'est seulement appliquée à déterminer les points de Carrasa, d'Imus et de Summus Pyreneus, car, divisés sur l'emplacement de ces points, les historiens se sont accordés sur le tracé général de la voie. C. Desjardins, par exemple, a identifié Carrasa avec Saint-Palais, Imus Pyreneus avec Saint-Jean-Pied-de-Port, Summus Pyreneus avec Roncevaux, tandis que P. Raymond a situé Summus Pyreneus à Bentarté, Imus Pyreneus à Saint-Jean-Pied-de-Port et L. Colas, Carrasa à Garris, Imus Pyreneus à Saint-Jean-le-Vieux, Summus Pyreneus à Château-Pignon... mais de Marca à Longnon, Camille Jullian, Dubarat et Colas, tous les historiens qui se sont appliqués à la question ont adopté le même itinéraire général, par Ostabat, Saint-Jean-Pied-de-Port et la montagne d'Orisson.
Sachant que ce chemin fut celui des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle et que ceux-ci suivirent souvent d'anciennes voies romaines, les historiens ont été unanimes à identifier — conformément au titre du dernier opuscule de L. Colas — la voie romaine de Bordeaux à Astorga dans la traversée de la Basse-Navarre avec le carrefour des voies jacopites convergeant vers Ostabat.
L'objet de la présente étude est de réfuter cet accord "à priorique" et subséquemment les identifications conjecturées, et de proposer, avec un autre tracé, des identifications nouvelles.
Quels sont les éléments d'une hypothèse rationnelle sur le tracé de la voie romaine et l'emplacement des points mentionnés par l'Itinéraire d'Antonin ?
Ce sont :
— l'axe Dax-Pampelune,
— la toponymie,
— la convenance des sites au sens des toponymes mentionnés,
— enfin les distances indiquées par le document officiel.
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VOIE ROMAINE DE BORDEAUX A ASTORGA PAR LOUIS COLAS |
Les pèlerins qui, à travers la France, se dirigèrent vers Compostelle à partir du Xe siècle, utilisèrent naturellement là où ils les rencontrèrent les portions de voie romaine qui avaient survécu aux invasions barbares et aux désordres du Haut Moyen Âge, mais les pèlerins qui confluaient vers Ostabat par Sordes, Sauveterre, Osserain ou Navarrrenx pouvaient-ils trouver au carrefour d'Ostabat la voie romaine de Bordeaux à Astorga ?
L'axe de cette voie, de Dax à Pampelune, traverse le Gave à quelque 1 500 mètres à l'ouest d'Orthevielle, frôle à l'est Guiche, à l'ouest Bardos, à l'est Labastide-Clairence, passe entre Hasparren et Bonloc, exactement au pont de Bidarray, et suit la crête frontière N.N.E.S.S.O. des montagnes qui séparent la vallée de Baïgorry du Baztan ; il laisse Ostabat à quelque 20 kilomètres à l'est. Pourquoi une voie romaine dont on admet généralement qu'elle tend à se rapprocher le plus possible de la ligne droite, aurait-elle fait le détour d'Ostabat ? Rien ne peut l'expliquer. Les motifs de nivellement, impérieux pour des véhicules hippomobiles, n'interviennent pas pour des piétons et des cavaliers qu'intéressent, avant tout les longueurs de trajet. Car il ne s'agissait pas ici d'une vois carrossable, d'une voie Appienne, Emilienne ou Flaminienne, mais d'une voie de cavaliers et de piétons, ouverte à travers une contrée agreste et montagneuse pour les relations spécialement militaires d'un versant à l'autre des Pyrénées, et il n'est pas vraisemblable que pour un service qui devait viser essentiellement à la rapidité, cette voie ait abandonné le principe de la ligne directe pour divaguer vers Ostabat.
Trouve-t-on cependant au long du chemin Jacopite des toponymes dont la résonnance prête à croire que ce chemin a suivi une trace romaine.
De Sordes à Roncevaux, sauf vers Beyrie, où il touche à une région dont quelques noms de lieu semblent dériver de vocables latins, mais de signification bucolique. Beyrie, boa.rium influencé par behi. Armendaritz, armentum... rien le long de ce chemin ne fleure latin et ne suggère une trace de route romaine, ce qui ne laisserait pas d'être étrange si pendant trois, quatre, cinq siècles... les relations de la Gaule Occidentale romaine avec l'Hispanie s'étaient faites par là !
Cette route de Sordes aux ports de Cize par Saint-Pé-de-Lerens, Ordios, Arancou, Bergouey... Ostabat... est certes une très vieille route, beaucoup plus vieille probablement que la voie romaine. Les souvenirs préhistoriques de Sordes attestent que ce confluent des Gaves fut un passage immémorial, le radical, Ar, de Arancou, qui signifie "eau courante" (A. Dauzat) et jalonne avec Arbouet, Arbératz, la vallée du Louhirasse, le radical, Ber, de Bergouey, qui signifie "passage" (F. de Manteqer), sens que confirme la forme du village, sont des radicaux indo-européens et la série Ostabat (Hostavallis) Hosta, Hostatéguy (d'Orisson) qui prolonge cet itinéraire avec une ligne de dolmens donne à penser que dans les âges lointains on abordait les ports de Cize en contournant par les hauts de vallée le bassin de Saint-Jean-Pied-de-Port, probablement trop sujet aux inondations, comme le suggère le nom d'Urgane, Ur-gaina, de la plaine où confluent les trois rivières de Béhobie, Arnéguy et Mendive... très vieille toute que les pèlerins retrouvèrent mais qui ne convenait pas au mouvement direct, au service rapide des courriers de l'Empire et des renforts des légions..."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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