L'INAUGURATION DU MONUMENT DE ROLAND RONCEVAUX EN 1934.
En 1934, est inauguré, à Roncevaux, en Navarre, un monument dédié à la mémoire de Roland, le neveu de Charlemagne.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Journal, le 3 septembre 1934, sous la plume de
Jean Botrot :
"L'inauguration, à Roncevaux du monument de Roland.
(De notre envoyé spécial)
Frontière Franco- Espagnole, 2 septembre.
— De la montagne où faisait rage une tempête telle qu'on en avait pas vu depuis longtemps et qui se conduisait avec les arbres comme un chien dans un jeu de quilles — ce qui revient à dire qu'elle les abattait à tort et à travers et de préférence m'a-t-il semblé devant le capot de ma voiture — je suis descendu hier soir à Pampelune.
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AFFICHE FÊTES DE PAMPELUNE 1934 NAVARRE D'ANTAN |
Il faisait beau à Pampelune. Il y faisait surtout, si je puis dire, délicieusement accueillant. J'ai rarement connu aussi aimable réception que celle qui attendait, dans la capitale navarraise, les représentants de l'étranger aux fêtes commémorant le centenaire de la renaissance de la Chanson de Roland. Il existe, sans aucun doute, un art de l'hospitalité. M. José-Maria de Huarte, grand maître des cérémonies de Roncevaux, et ses amis navarrais ou castillans, se sont chargés de nous rappeler que les Espagnols y excellent.
Aux cérémonies d'aujourd'hui ont préludé, hier soir à Pampelune, de belles manifestations. L'orphéon de Pampelune en assurait la première partie. On nous avait affirmé que cette chorale d'environ 200 exécutants est la première de l'Espagne. Nous le croyons désormais bien volontiers.
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ORFEON PAMPLONES 1901 NAVARRE D'ANTAN |
C'est encore à notre intention qu'une charmante pampelunaise déclama, dans un excellent français, simplement agrémenté d'une légère pointe d'accent, Le Cor d'Alfred de Vigny.
Les danseurs navarrais, durant la seconde partie du programme, ne nous enthousiasmèrent pas moins. Les hommes portaient simplement un pantalon blanc, une chemise blanche et un béret rouge. Les danseuses arboraient un corsage vert, une blouse blanche, une jupe rouge à bandes vertes, un tablier noir et blanc et un mouchoir de tête sur leurs cheveux soigneusement lissés. Leur costume est simple, mais leur art est prodigieux.
Au rythme des chirula, la flûte basque à trois trous, et du tunn-tunn qui rappelle, en dimensions plus réduites, le tambourin provençal — tous deux créateurs de la plus ardente, de la plus joyeuse, de la plus savoureuse musique qui soit — de bien belles danses nous furent présentées. Je savourais, exécutée par une douzaine de paysannes aux joues roses, la "danse du ruban" au cours de laquelle elles tissaient autour d'un mât de minces lanières de soie et, par les mêmes, cette fois costumées en bleu et blanc, la très vieille danse des Pommes. Rien de simple, de noble, de gracieux comme les gestes de ces femmes aux mains chargées de fruits vermeils. Le tableau, comme me le disait à l'oreille M. José-Maria de Huarte, avait vraiment la perfection d'une frise du Parthénon.
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DANSE DES RUBANS GROUPE GAZTEDI PAYS BASQUE D'ANTAN |
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DANSE DES POMMES GROUPE OLDARRA ILLUSTRATEUR HOMUALK |
Les hommes, eux, furent particulièrement admirables dans certaine danse des épées, fougueuse, grandiose et rappelant les pyrrhiques grecques. Nous avons noté là deux moments extraordinaires : celui où les guerriers s'étant aplatis sur le sol, un autre danseur fait tournoyer au-dessus d'eux, à une vitesse vertigineuse, le rouge drapeau de la Navarre, et celui où l'on porte à bout de bras, au milieu d'un fourmillement d'épées un personnage qui figure le héros mort à l'ennemi.
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DANSE DES EPEES 1957 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Aujourd'hui, c'est le grand pèlerinage vers Roncevaux et le col d'Ibañeta, non seulement des savants, mais encore d'innombrables curieux, citadins de Pampelune, villageois de la montagne, touristes séjournant dans la région. Malheureusement, la pluie tombe toujours aussi abondamment. Comme il fait bon, après avoir roulé dans la brume et dans le vent, pénétrer dans la sombre et chaude église de Roncevaux, dont les trois autels vermeils brillent comme de gigantesques brasiers. A l'heure où nous y arrivons, l'orphéon de Pampelune, que nous avons plaisir à retrouver ici, chante un vibrant Ave Maria. Puis, tandis que dom Fermin Goicoechea, prieur du couvent, célèbre la Missa Mayor, le señor Etcheveste, compositeur et virtuose de grande classe, improvise sur l'orgue des airs tour à tour fiévreux comme l'extase, doux comme la prière, éclatants comme une prophétie et parfois aussi de légères chansons où l'on retrouve la grâce et la gaieté des vieux refrains du pays.
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RUINES CHAPELLE DE CHARLEMAGNE RONCEVAUX NAVARRE D'ANTAN |
Un drap mortuaire est ensuite étalé sur les marches du maître autel et le prieur revêtu d'une lourde chasuble noir et or, donne une absoute d'autant plus poignante que l'on songe à tous les morts de tous les siècles, notamment à bous les guerriers qui dorment dans les flancs des montagnes voisinas et pour qui dom Fermin Goicoechea demande le divin pardon et la paix éternelle.
En même temps, l'Orphéon de Pampelune, donnant tout son souffle, chante le Libera. Des nuages d'encens, épais et embaumés, glissent au-dessus des fidèles agenouillés. L'impérissable foi espagnole m'est rarement apparue avec plus de grandeur simple et vraie.
Il faut maintenant grimper à Ibañeta. Plusieurs centaines de pèlerins abrités sous des parapluies, forment autour du monument de Roland une vaste et sombre champignonnière. A plusieurs reprises s'élève la voix forte et claire de la cloche de la Paix. Une musique joue la Marseillaise, le God save the King et l'Hymne espagnol.
Quant aux squelettes, ah ! les malheureux ! On a eu l'imprudence d'enlever les plaques de tôle qui recouvraient leur fosse. Ils sont maintenant noyés dans un véritable bain de boue. J'annonce ce désastre au professeur Antony avec les plus grands ménagements. Mais il ne semble pas considérer le mal comme irréparable. Je l'ai d'ailleurs trouvé en train de parler poésie avec le délégué d'Oxford. Au demeurant, personne aujourd'hui n'a plus l'air de s'intéresser aux douze pairs — aux pseudo-pairs de Charlemagne.
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1934 DECOUVERTE DE SQUELETTES A RONCEVAUX PAYS BASQUE D'ANTAN |
Nous nous rendons enfin à Burguete, qui est à près de 1 000 mètres d'altitude, une petite station digne de tous les éloges. Nous trouvons là un déjeuner après lequel il faut décidément en finir avec certain méchant proverbe sur les ressources des auberges de la péninsule La salle du banquet est pavoisée aux couleurs françaises, britanniques et espagnoles.
Au dessert, M. Sola, gouverneur de la Navarre, prononce une allocution qu'il termine aux cris de "Vive la France ! Vive l'Angleterre ! Vive l'Italie ! Vive l'Espagne !"
Il ajoute gentiment :
— Et vive aussi la Navarre !
Il faut renoncer, en raison du temps épouvantable, aux fêtes champêtres projetées, mais les fameux danseurs du village de Valcarlos, qui portent des pantalons blancs, des bérets rouges et des plastrons de chemises constellés de vieux bijoux, le tout agrémenté de rubans multicolores, viennent nous donner une petite représentation à l'auberge. Ils paradent, bondissent, tourbillonnent, voltigent, font mille grâces et mille folies. Nous voici tout à fait consolés.
VALCARLOS NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Ce monument existe il encore de nos jours ? J'ai participé au 12 ° centenaire de la bataille de Roncevaux en 1978, mais je ne me souviens pas l'avoir aperçu...
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