HENDAYE EN SEPTEMBRE 1937.
Pendant la Guerre civile espagnole, Hendaye, ville-frontière, est aux premières loges du conflit.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Dépêche, le 24 septembre 1937 :
"La main dans le sac.
Franco lâchera-t-il Troncoso transféré à Brest ?
Voyez donc combien les, choses s'arrangent facilement, quand on fait preuve d'un peu de poigne !
Après l'acte de fermeté de Nyon, l'Italie arbore aujourd'hui son plus doux sourire envers Yvon Delbos et Eden, qu'elle vitupérait avant-hier...
Après le transfert du commandant Troncoso à Brest, où il vient d'être conduit, non plus vers la rade, théâtre de ses exploits, mais dans une solide prison, Franco se prend à réfléchir, se demande s'il ne convient pas de lâcher son gouverneur, lequel s'est conduit comme un idiot, et de prendre la posture morale d'un homme qui ignore tout de ces affaires-là !
Hier, on allait voir ce que l'on allait voir ; le consul de France à Malaga, M. Desmartis, était gardé à vue par les baïonnettes franquistes, en attendant d'être emprisonné ; des otages étaient désignés, parmi les paisibles commerçants français résidant à Saint-Sébastien, Bilbao, Irun et autres lieux, pour être conduits dans des camps de concentration... Les journaux pro-franquistes français étaient pleins des pronostics de représailles les plus sombres...
Aujourd'hui, changement de décor : les collaborateurs de Franco et même 1es plus immédiats serviteurs de Troncoso abandonnent à son triste sort le promoteur criminel des attentats organisés sur notre territoire. Le consul Desmartis n'est pas encore dégagé de la surveillance exercée sur lui, mais devant la protestation très ferme du Quai d'Orsay, parions que cela ne tardera guère ; la frontière franco-espagnole d'Hendaye se rouvre et le régime normal se rétablit ; les requêtes et les phalangistes qui devaient prendre d'assaut la cité riveraine de la Bidassoa aux destinées de laquelle préside le bon colosse républicain Lannepouquet, demeurent paisibles, sur l'autre rive, roulant d'éternelles cigarettes ; et la nuée d'espions qui infestait Biarritz, Saint-Jean-de-Luz, etc., prend son vol pesant et lourd vers Fontarabie pour s'y mettre à l'abri.
La raison de tout cela?
Elle est bien simple. Franco sent qu'il est écrasé par l'évidence des faits ; qu'il ne peut plus les discuter ; que la seule position qu'il puisse prendre vis-à-vis du monde attentif c'est de feindre l'ignorance des crimes de ses subordonnés...
Car ceux-ci parlent et parleront davantage encore ; Tamborini dit qui l'a payé ; Cantelli dit qui l'a payé ; les hommes de main de Troncoso diront qui les a payés. La caisse franquiste, et aussi la caisse italienne ont alimenté toute cette pègre qui multipliait sur le sol de notre patrie les attentats, sans souci des vies humaines.
Les hommes de Franco sont pincés. Ils sont pris la main dans le sac. Le généralissime de la félonie espagnole va les lâcher !
Cela ne fera que compléter sa figure historique !
L'Affaire Troncoso.
En route, non pour la rade, mais pour la prison de Brest.
Pau. 23 septembre.
— Ainsi que nous l'avons annoncé dans nos dernières éditions, le commandant Troncoso, objet du mandat d'amener délivré par le parquet de Brest, a bien quitté Bayonne dans la nuit de mercredi. Au cours de l'après-midi, une conférence, à laquelle assistaient notamment le préfet des Basses-Pyrénées, le substitut du procureur de la République et le commandant de gendarmerie, s'était tenue à la sous-préfecture, afin d'arrêter toutes dispositions en vue du départ du commandant Troncoso pour Brest. Il s'agissait, en prévision d'incidents possibles, d'opérer avec le plus de discrétion.
Nous n'avons cependant pas ignoré, grâce à nos renseignements personnels, que le gouverneur militaire d'Irun ne passerait pas une nuit de plus à la villa Chagrin. Afin de dépister les curieux, la police commença par organiser un faux départ. Mais la manœuvre se révéla inutile ; elle passa, en effet, complètement inaperçue. Il n'y avait pas davantage de monde lorsque le commandant Troncoso apparut un peu après minuit sur le quai de la gare en compagnie de gendarmes et d'inspecteurs.
La police, par mesure de précautions, commença par visiter le train dans lequel devait monter le commandant. On y trouva deux personnes dont les papiers n'étaient pas en règle, mais n'ayant rien à voir avec l'affaire.
Troncoso, qui avait serré la main du gardien chef de la prison en le remerciant de sa courtoisie à son égard, eut le même geste envers le commissaire Ceugnard qu'il accusait lundi encore de l'avoir attiré dans un guet-apens. II est, d'ailleurs, curieux de constater que le commandant Troncoso a souvent des attitudes très différentes. C'est ainsi qu'après avoir fait tous ses reproches au policier, il déclara dans le cabinet du juge d'instruction, le lendemain, qu'il ne portait d'estime qu'à un seul homme, le commissaire Ceugnard. Ce dernier, qui avait eu à supporter les accès de colère du chef rebelle, n'en revenait pas.
Le commandant Troncoso est parti pour Brest en bonne compagnie. A ses côtés se trouvaient dans un compartiment de première classe un lieutenant de gendarmerie et deux hommes. Le compartiment voisin était occupé par deux inspecteurs de la sûreté. Le train arrive en gare de Brest ce soir jeudi, à 18 h. 35.
La frontière est calme.
Au cours de sa visite d'inspection des postes frontières, M. Maurice Mathieu, préfet des Basses-Pyrénées, qu'accompagnait le commandant Sartous, s'est rendu compte que ses ordres avaient été scrupuleusement suivis. Il a félicité gendarmes et gardes moblles de leur dévouement. Ces hommes ont passé deux nuits entières sans fermer l'oeil prêts à répondre à toute alerte.
Mais il apparaît aujourd'hui que des bruits qui circulaient concernant l'effervescence à Irun étaient considérablement grossis. La frontière, depuis tout à l'heure, n'est plus fermée et le régime normal a repris.
Franco va-t-il lâcher Troncoso ?
"Le commandant a agi comme un enfant", disent les Espagnols.
Ce matin, le bruit courait, venant d'Espagne, que le commandant Troneoso serait peut-être destitué de ses fonctions militaires d'Irun. "Il a agi comme un enfant, avec une légèreté inconcevable", dirait-on de l'autre côté de la frontière.
Sans doute cette opinion, si elle se précise, marquera-t-elle le souci de laisser au commandant toute la responsabilité de l'affaire. On se demande, dès lors, pourquoi le "raseur de Séville" a fait consigner le consul général de France à Malaga. Ce n'est tout de même pas la faute de notre représentant si le commandant Troncoso a agi comme un enfant. Il n'y avait vraiment pas là matière à représailles. Les enfants on les surveille et on leur défend jouer avec le feu.
Les journaux espagnols nationalistes ignorent l'affaire Troncoso.
Bayonne, 23 septembre.
— Les journaux espagnols arrivés à Bayonne continuent d'ignorer complètement l'affaire du sous-marin espagnol de Brest, ainsi que l'arrestation du commandant Troncoso, commandant la place d'Irun.
L'épuration continue...
On sait qu'un des hôtes de la ville "la Grande Frégate", centre d'espionnage franquiste, a été expulsé de France. Cinq autres personnages qui y travaillaient et pour lesquels une mesure de refoulement retardée par un délai, avait été ordonné. quittent la Côte Basque aujourd'hui pour être dirigés au nord de la Loire. Des instructions ont été données pour que la ville soit fermée. D'après certains renseignements particuliers, nous croyons savoir que l'activité dont elle fut le théâtre, s'exercerait désormais à Fontarabie, ce qui nous laisse évidemment indifférents. C'est là que la pègre d'espions va se réfugier en territoire espagnol...

LA GRANDE FREGATE BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN
PAYS BASQUE D'ANTAN
Bon voyage à ces messieurs !
Nouvelle perquisition à Hendaye.
Hendaye, 23 septembre.
— On sait qu'une voiture avait été saisie dans un garage de Brest, où elle avait été abandonnée, et qu'elle appartient à un certain Pardo, demeurant à Hendaye, villa "Le Capucé".
Ce matin, le commissaire spécial de cette ville a effectué une perquisition au domicile de Pardo, mais on n'en connaît pas encore les résultats.
Hendaye, 23 septembre.
— La perquisition effectuée chez M. Léo Pardo s'est terminée vers 17 heures. On a saisi quelques documents qui, versés au dossier de l'affaire, peuvent avoir quelque importance.
On a perquisitionné également chez M. Antonio Martin de Monti, fils de M. le marquis de Linarès. On ne connaît pas le résultat de l'opération.
Pardo et Orendain.
Hendaye, 23 septembre.
— L'habitant de Hendaye que l'on supposait être à Brest avec la bande Troncoso-Orendain et dont on faisait vérifier l'emploi du temps, s'appelle Léo Pardo. Ce dernier était une sorte de vice-consul officiel de Franco à Hendaye. L'auto abandonnée à Brest avec, à l'intérieur : gabardine. pistolet automatique et permis de conduire au nom de Mme Marguerite Pardo permettait de suivre une piste certaine.
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ORENDAIN LA DEPÊCHE 22 SEPTEMBRE 1937 |
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