jeudi 3 août 2017

LE PROJET DE PONT TOURNANT ENTRE HENDAYE ET FONTARRABIE (HONDARRIBIA) AU PAYS BASQUE AUTREFOIS

LE PROJET DE PONT TOURNANT ENTRE LES DEUX CÔTÉS DE LA BIDASSOA.


Pendant de très nombreuses années, il y a eu un projet de pont tournant entre Hendaye (Labourd) et Fontarrabie (Guipuscoa).

pays basque autrefois
FONTARRABIE 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN

Dans un article précédent, je vous ai parlé des quatre ponts internationaux reliant les deux 

côtés de la Bidassoa, entre Hendaye et Irun, mais la presse a relaté à plusieurs reprises ce 

projet de pont tournant ou basculant.




C'est le cas de la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays Basque dans son édition du 30 

décembre 1925 :

"Un projet grandiose. Sous ce titre, nous lisons dans "Côte Basque"."Nous sommes maintenant autorisés à annoncer un projet qu'on songe très sérieusement à exécuter très prochainement avec le concours de nos amis espagnols. 


Il s'agit de relier directement la pointe de Hendaye-Plage au rivage espagnol en deçà de Fontarabie. Un pont monumental d'une longueur de cinq cents mètres environ serait construit à l'estuaire même de la Bidassoa. Au centre serait ménagé pour la circulation fluviale une partie tournante ou basculante qui laisse libre passage aux bateaux qui remontent le cours de la rivière. 


Ainsi donc les deux cités voisines, actuellement si éloignées par la voie de terre puisqu'il faut remonter jusqu'au pont international d'Irun , seront unies par un trait d'union direct. Rappelant le mot historique, il n'y a plus de Pyrénées, nous pourrons dire qu'il n'y a plus de Bidassoa. 


Ces liens matériels sont les moyens les plus positifs de resserrer les liens moraux entre les deux peuples. N'oublions pas d'ailleurs que des deux côtés de la frontière vit une seule race de Basque.


De là, par la magnifique jetée d'Hendaye, le touriste pourra s'engager sur la route de Corniche dont les travaux sont toujours poussés avec vigueur par ses entrepreneurs."


Un peu plus d'un an plus tard, la Gazette de Bayonne etc.. du 3 mars 1927 revient sur le sujet :

"Le préfet de Saint-Sébastien a informé le roi d'Espagne que la construction d'un nouveau pont international était projetée entre les plages d'Ondarribia à Fontarabie et d'Ondalaïtz à Hendaye, avec tronçon central mobile permettant le passage de bateaux jaugeant 2000 tonnes. L'exécution de ce projet, adopté par le Conseil municipal de Fontarrabie est évaluée à un million et demi de pesetas. 


Les dossiers ont été déposés à la préfecture de Saint-Sébastien en vue de l'accomplissement des formalités d'usage, lesquelles prendront quatre mois environ, et l'exécution du pont exigera dix-huit mois.


Le pont sera donc vraisemblablement ouvert à la circulation au commencement de 1929. La construction d'une nouvelle route entre Fontarabie et Saint-Sébastien est également à l'étude. De sorte que la côte basque va être dotée d'une voie internationale nouvelle raccourcissant sensiblement la distance entre Biarritz et Saint-Sébastien."

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ARRIVEE A HENDAYE PAR LA CORNICHE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Enfin, la Gazette de Bayonne etc.. du 7 septembre 1928, raconte la pose de la première pierre :

"Nouveau trait d'union franco-espagnol. Les deux Corniches basques d'un côté et de l'autre de la Bidassoa n'en feront bientôt plus qu'une. Fontarabie, "vieille ville espagnole", que dominent un clocher qu'on admire de la côte française et son vieux château, gaine de pierre à la taille du sombre Charles-Quint, Fontarabie est en fête aujourd'hui. C'est comme l'ouverture des journées de réjouissances locales, régulièrement suivies non seulement par la population de la ville et par celles des villes voisines, mais encore par des étrangers surtout de France. Mais cette fin de journée revêt un éclat tout particulier et mettra, tout à l'heure, tout le peuple en délire. Le mot n'est pas trop fort et tous  ceux qui se trouvaient là en attesteront avec moi. C'est que le roi Alphonse XIII est venu parmi ses sujets, simplement, sans apparat, presque en un grand ami qui sent toute l'affection qu'ils ont pour lui et qui la lui rend bien.


Mais ce qui, plus que les vivats, plus que les drapeaux sang et or et les tapisseries aux fenêtres plus que les fanfares, plus que la pompe religieuse du Te Deum, plus que les fleurs et que les fusées qui éclatent dans l'air, oui plus que tout cela ce qui est frappant et caractéristique, pour nous surtout, Français, qui prétendons à être un peuple essentiellement démocrate, c'est l'attitude de ce peuple et de ce souverain, vis-à-vis l'un de l'autre; c'est la foule qui , pêle-mêle, et sans que le service d'ordre songe sérieusement à s'y opposer, se presse autour d'Alphonse XIII, tout à la fois respectueusement et allègement. Pas de fronts courbés, pas d'yeux baissés, mais des gens qui regardent le roi avec franchise, visage haut et éclairé par un sourire et par des yeux joyeux et clairs.


Tout à l'heure, quand le souverain posera la première pierre du futur pont international, savez-vous qui, avant tout, contiendra, tant bien que mal, la foule curieuse?...Des gardes? Sans soute : des carabiniers, des gendarmes, des miqueletes débonnaires, mais surtout des enfants, des petits garçons, de petites filles, coiffés de bérets aux éclatantes couleurs.


Et les mains se lèvent et s'agitent en de gracieux saluts et les cris : "Viva el Rey!" montent autour de lui, tandis qu'il sourit de son bon sourire. 

Il va confiant, et il a raison. Rien ne peut troubler une aussi belle joie de la population espagnole. Il y a autour de lui comme une atmosphère de bonté tranquille et de simplicité qui se répand sur toute l'assistance, sur toute la cité.

Au moment où il posait cette première pierre, une brave femme toute simple à côté de marmots qui allaient pieds nus, s'est avancée jusqu'aux premiers rangs. Une dame, une Française, qui se trouve dans l'assistance hésite à la laisser passer : "Eh, quoi! dit l'Espagnole, c'est la première fois que je vois mon roi! Pourrait-on m'en empêcher!


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QUARTIER DES PECHEURS FONTARRABIE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Je ne sais si le roi a eu connaissance de ce mot. Mais ne vaut-il pas bien des révérences de cour!


L'arrivée du Roi

Dès le matin, on arrivait à Fontarabie des villes voisines et les autobus ainsi que les tramways d'Irun à la ville voisine voyaient venir à eux une belle clientèle.


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TRAMWAY FONTARRABIE
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La ville était tendue, presque partout sur ses balcons curieux et à la façade même d'humbles demeures, de banderoles aux couleurs espagnoles, de tapis, rideaux, de riches dentelles, parfois.


Déjà, un peu après midi, entre l'entrée de la nouvelle avenue Alfonso XIII ouverture de la Corniche qui déjà s'étend sur un long parcours et s'étendra sur toute la Côte Basque espagnole le rejointe à la Côte Basque française par le nouveau pont, déjà, dis-je, des gardes étaient postés pour contenir les curieux. Mais on avance dans la ville.


Des invités, des autorités arrivent les curieux. Mais on avance dans la ville. Des invités, des autorités arrivent peu à peu pour se réunir à la Casa Consistorial, autrement dit, la Mairie, d’ou le départ du cortège doit avoir lieu à quatre heures et demie pour se rendre au devant du souverain. 


L’alcade (le maire) et son adjoint reçoivent aimablement les arrivants. 


En bas du grand escalier deux massiers imposants, en costume moyenâgeux vont et viennent, ayant en main leur masse d’argent. 


Dans le salon d’honneur de la mairie, au fond duquel on remarque un grand portrait du roi en tenue d’amiral, on voit aussi la bannière de la ville dont les armes se posent sur fond d’hermine. 


Enfin l’heure est venue du départ et nous descendons très nombreux, la municipalité en tête, vers l’avenida de Alfonso XIII. 


Peu avant le roi arrive, en automobile, le capitaine général de la région, M. Pozas, mais une clameur s’élève : « Viva el Rey ». Le roi, en petite tenue d’amiral, qui lui sied si bien et qui lui donne une allure si juvénile, descend de son auto suivi de ses officiers d’ordonnance. 


LE ROI ALPHONSE XIII ET LA PRINCESSE ENA DE BATTENBERG
PAYS BASQUE D'ANTAN

M. Sagarzazu, alcade de Fontarabie, va à sa rencontre et le salue en son nom et au nom de la ville. Le cortège se forme, toujours au milieu des acclamations et se rend à la cathédrale, où est chanté un Te deum. L’évêque du diocèse préside la cérémonie, dans le chœur étincelant de lumières, tandis que des chanteurs et des musiciens se font entendre à l’admiration de l’assistance nombreuse. 


La cérémonie achevée, Alphonse XIII est reconduit sous le dais jusqu’à la porte de l’église. Puis le cortège part à nouveau par la Galle Mayor, vers l’avenue Alphonse XIII, qu’on admire au passage et qui. plantée de beaux arbres, bordée déjà de constructions neuves et de jardins bien dessinés, mène au point d’où le pont partira vers la Côte française pour aboutir à Hendaye-Plage. 


Le souverain prend place sous un dais entouré des principales autorités. 


M. Sagarzazu prend alors la parole. Il dit la respectueuse admiration de la ville au moment solennel où va être posée la première pierre du pont inter national qui va porter le nom du roi. Il rappelle le passé historique brillant de Fontarabie. ses savants, ses économistes. Il dit aussi l’attachement de cette ville à son roi et les exemples de patriotisme qu’elle n’a cessé de donner. 


L’alcade, après avoir rappelé l’action bienfaisante et généreuse de la reine Marie-Christine et du roi lui-même pour les prisonniers de la grande guerre, dit que des représentants éminents de la nation française ont tenu à venir apporter le témoignage de leur respect au souverain et de sympathie pour la nation espagnole. 


Il dit quels services inestimables le nouveau pont rendra aux deux pays et spécialement à Fontarabie. Il supplie le roi de transmettre à son auguste famille les sentiments de vénération de la ville et exprime aussi sa gratitude au chef du gouvernement, le général Primo de Rivera. 


Les hymnes espagnols et français sont exécutés, puis le souverain procède à la pose de la première pierre, qui est bénite par l’évêque et scellée par le roi. 


Sur la pierre, à côté des noms du Roi et de ceux qui présidèrent la cérémonie, on lit ces mots : « Ce pont qui va constituer un nouveau moyen pour resserrer les liens de sincère amitié qui nous unissent à la France héroïque, et pour intensifier les relations entre les deux nations, qui doivent voir dans cette œuvre une démonstration des plus ferventes du désir de l’Espagne d’ouvrir noblement ses portes à tous les peuples, s’appellera Alphonse XIII, en hommage respectueux de la ville à son Monarque aimé..."


Durant cette cérémonie un grand avion français vient survoler la Bidassoa et lance une gerbe de fleurs, cravatée aux couleurs espagnoles. C’est un hommage délicat que M. Martinet a chargé Adrienne Bolland et Vinchon d’accomplir. Les deux aviateurs virevoltent gracieusement dans les airs puis reprennent le chemin de l’aérodrome de Parme. 


Nous avons dit ce que serait le nouveau pont Alfonso XIII qui reliera Fontarabie à Hendaye-Plage. En ce qui concerne Hendaye, M. Martinet qui s’est entretenu longuement avec le Souverain lui a fourni des explications sur les travaux qui se poursuivent. Il lui a parlé du port, des facilités qui seront fournies dans l’avenir pour y accéder. 


Il a montré aussi ce qui avait été réalisé déjà sur l’autre rive, pour créer, en peu de temps cette route de Corniche sur la Côte Basque française, route qui sera soudée à la Corniche espagnole par le nouveau pont. Il a montré enfin au roi quel magnifique avenir touristique était promis aux deux pays grâce à cette nouvelle voie. Alphonse XIII a écouté attentivement ces explications et a prouvé par les questions qu’il posait à M. Martinet, combien il s’intéressait à cette grande œuvre. 


Cette cérémonie achevée, le roi et sa suite fort nombreuse se sont rendus au Casino Mirentxu où était offert un lunch magnifique aux invités, qui étaient si nombreux qu’il a fallu les répartir entre deux grandes salles. 


L’une était présidée par le roi, ayant à sa gauche Mme Thierry, et à sa droite la .femme de l’ambassadeur de la République Argentine. 


Pendant le lunch l’Orphéon Donostiarra, que nous avons si souvent entendu à Biarritz s’est fait entendre et , est-il besoin de le dire, longuement applaudir. 


Le roi, à l’issue du lunch fut, une fois encore vivement acclamé, pendant qu’il remontait dans son automobile. 


Puis d’autres et d’autres autos encore se mirent en route, les unes vers les villes espagnoles voisines, les autres vers la France, après une si belle après-midi, où l’enthousiasme avait revêtu une couleur vraiment espagnole.

 

L’alcade, c’est M. Sagarzazu, que nous avons rencontré assez souvent dans notre Pays Basque français. Il est comme tous ses compatriotes, la courtoisie même et comme eux il sait recevoir de la façon la plus exquise. 


Mais voici dès à présent qu’à ses côtés nous remarquons un grand nombre de visages connus qui sont de chez nous. 


Voici M. Adrien Thierry, chargé d’affaires de France, qu’accompagne l’attaché naval à l’ambassade de Madrid, le Commandant Delay. 


Voici : M. Strauss, sénateur, ancien ministre, M. Catalogne, sénateur, MM. Garat, député, maire de Bayonne ; Lissar, député, Petit, maire de Biarritz ; Lannepouquet, maire d’Hcndaye, de Coulomme La Barthe, maire de Salies-de-Béarn.


Voici M. Mireur, Préfet des Basses-Pyrénées et M. Rozard, sous-préfet de Bayonne, M. Martinet, président du Syndicat d’initiative d’Hendaye, M. Lasmartres, consul de France à Hendaye ; Schawrtz, consul d’Espagne à Bayonne ; Escoffier, maire de Douai, ancien député, Colson, ingénieur en chef des Basses-Pyrénées, Lesbre, ingénieur des Ponts et chaussées à Bayonne, Docteur Cazenave, Joachim Elissague ; capitaine de corvette Lahalle, commandant la station navale de la Bidassoa; Pierre Haristoy, Pocher, Mourgues, Fagot. 


Il y avait aussi beaucoup de dames dont la plupart accompagnaient leur mari : Mesdames Thierry, Mireur. Rozart, Lissar, Martinet, Escoffier, De La Rüe, présidente de l'Association des journalistes de Bayonne et du Pays Basque, etc... 


Quant aux personnalités espagnoles, on juge que le nombre en était grand et que nous devons renoncer à les citer toutes."


Plus de  90 ans après, ce pont n'existe toujours pas...




Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.


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