lundi 19 février 2018

LE CONGRÈS D'ESKUAL ZALEEN BILTZARRA À FONTARRABIE - HONDARRIBIA EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE EN 1902


LE CONGRÈS D'ESKUAL ZALEEN BILTZARRA À FONTARRABIE EN 1902.


En 1902, est créée au Pays Basque Eskual Zaleen Biltzarra (la Société des Bascophiles)

fontarrabie 1902
FONTARRABIE - HONDARRIBIA 1902
PAYS BASQUE D'ANTAN

C'est à Fontarrabie, en Guipuzcoa qu'a lieu, en septembre 1902,  le premier congrès officiel de 

cette Société, destinée à la conservation de la langue Basque.


Voici ce qu'en rapporta Le journal des débats politiques et littéraires du 23 septembre 1902, sous 

la plume d'Henri Lorin :

"L'étranger qui traverse le pays basque, hors des lignes ordinaires des touristes, se sent brusquement et totalement désorienté; les conversations des indigènes qu'il entend autour de lui, si instruit soit-il, sonnent une musique insupportablement mystérieuse; ce qui double la surprise, c'est que ceux qui parlent ainsi ne sont ni des nègres, ni des Chinois, ni des-Peaux-Rouges; certes, ils ont un type assez particulier, par leur costume plus encore que par la singularité de leurs traits, mais il n'y a rien là qui dépasse les limites des originalités provinciales encore vivantes, tandis que la langue basque est profondément différente de toutes les langues auxquelles nos oreilles sont habituées; par contre, autant elle déconcerte ceux qui l'entendent sans la comprendre, autant elle séduit tous ceux que leurs origines ou leurs études ont initiés à son incomparable beauté. 


Langue de laboureurs et d'artisans, le basque n'a pour ainsi dire pas de littérature; depuis longtemps, tous les documents officiels sont publiés, de part et d'autre de la frontière, en français ou en espagnol; à Irun cependant, les noms des rues sont inscrits en basque et en espagnol, et, un peu partout dans les villages, les prescriptions relatives au jeu de paume sont affichées aussi en basque, comme pour mieux marquer que c'est là le divertissement national du pays.


Il est intéressant de conserver et, si possible, de restituer dans toute sa pureté la langue basque, qui est un monument historique de haute antiquité, et se recommande par la puissance de sa syntaxe aux méditations des linguistes et des philosophes; c'est la pensée qui a réuni, l'année dernière, un certain nombre de Basques lettrés en un premier Congrès tenu à Hendaye. Là, il ne fut d'abord question que d'unifier l'orthographe, assez différente suivant les dialectes et les régions; le Congrès d'Hendaye, dans les tâtonnements d'un début, hésita s'il admettrait, avec les Basques d'origine et de langue, les basquisants étrangers; peut-être provoqua-t-il inutilement des susceptibilités personnelles, l'union étant la condition nécessaire du succès d'une telle œuvre. Après l'élaboration des statuts par un comité provisoire et le vote d'un règlement libéral par le Congrès de Fontarabie, nous espérons que ces malentendus do la première heure seront vite dissipés. 


fuenterrabia 1902
FONTARRABIE - HONDARRIBIA 1902
PAYS BASQUE D'ANTAN

Le basque est actuellement parlé, tant en France qu'en Espagne, par 550 000 à 560 000 individus; dans l'Amérique du Sud et en Californie, on ne peut évaluer à moins de 500 000 le nombre des Basques fixés par émigration et de leurs descendants; mais, pour le moment, le Congrès ne s'occupe que des Basques d'Europe. Ils se partagent en plusieurs "pays", qui ont chacun leur dialecte particulier; les quatre pays espagnols sont la Biscaye, l'Alava, la Navarre et le Guipuzcoa; les trois pays français sont le Labourd, la Basse-Navarre et la Soule. Tandis que, en Espagne, le basque a presque complètement perdu l'Alava et recule en Navarre, en France son domaine reste à peu près intact : le gouvernement de Madrid n'a pas encore énergiquement centralisé son administration comme celle de France, et le basque, restant le symbole des derniers fueros qui subsistent, est presque une langue d'opposition locale en Espagne, tandis qu'il n'est, en France, qu'une inoffensive originalité; de notre côté de la frontière, tous les enfants comprennent aujourd'hui le français et s'en servent couramment au dehors; dans les familles, on met une certaine coquetterie à conserver l'usage du basque. 


Le Congrès d'Hendaye, il faut bien l'avouer, n'a eu d'autres résultats pratiques que de préparer, sur un programme moins restreint, celui de Fontarabie; un système d'orthographe unique avait bien été proposé, mais il eût fallu l'étudier de très près, en raison des différences phonétiques assez notables entre les divers dialectes, et le projet en a été tout au moins ajourné; mais de cette réunion est née l'idée d'une fédération littéraire basque, qui proposerait, plus généralement, d'assurer par tous moyens la conservation de la langue basque et, plus tard peut-être, étendrait sa sollicitude aux traditions et coutumes, au folk-lore, à tout ce qui constitue encore à notre époque, le caractère spécifique des Basques. 


Cette fédération a tenu à Fontarabie, le 11 septembre 1902, son premier Congrès. Fontarabie, qui célèbre le 8 septembre, par une procession pittoresque, une vieille victoire sur les Français (1636), n'en est pas moins aujourd'hui une loyale et sympathique voisine de la France; revenue, le 11, à son calme de Vieille ville provinciale, toute pacifique derrière ses murailles ébréchées, elle avait paré son hôtel de ville pour faire accueil au Congrès; son balcon était tendu aux couleurs espagnoles; des faisceaux de drapeaux espagnols et français encadraient les fenêtres, timbrés de l'écusson municipal, où des sirènes, un vaisseau de haut bord, une baleine racontent les prouesses anciennes des marins qui découvrirent l'Amérique avant Colomb, une inscription, plusieurs fois répétée, courait sur les murs, s'enroulant à des guirlandes de fleurs : Ongi Etorri Euskalzaleak, c'est-à-dire "bien venus (soient) ceux qui s'occupent du basque" ; car cette langue, comme le turc, dit beaucoup de choses en peu de mots. 


Nous avons tenu à relever ce que l'on pourrait appeler le loyalisme de ce décor; pas plus en Espagne qu'en France, les congressistes n'ont le désir de protester, en aucune manière, contre l'ordre des choses établi; leurs revendications n'ont rien de politique, et, s'ils parlent de l'unité du peuple basque, ils ajoutent explicitement que c'est une unité tout ethnographique; zazpiak bat, les sept (provinces) ne font qu'un, cela s'entend seulement de la langue, de certains usages et ne ressemble nullement à un programme d'action qui ne serait pas purement littéraire ou artistique. On en pouvait juger, au reste, par la composition même du Congrès : nous avons vu là, fraternellement assemblés et pourtant, nous le savons, d'opinions politiques et religieuses très dissemblables, des médecins, des ecclésiastiques, des archivistes, des avocats, représentant toutes les parties du pays basque, de Mauléon à Bilbao, de Pampelune à Saint-Jean-de-Luz; nous ne voulons ici nommer personne; nous noterons seulement que la Députation provinciale (Conseil général) de Biscaye a fondé à l'Institut Bizcaino de Bilbao une chaire d'études basques, tandis que rien de tel n'existe du côté français de la frontière; le titulaire de cet enseignement était l'un des membres les plus distingués du Congrès; il prépare en ce moment un dictionnaire général de tous les dialectes basques. 



Nous avons pu assister à la première séance du Congrès, qui était une réception publique dans la grande salle de l'Ayuntamiento (Conseil municipal) de Fontarabie; on y a échangé, entre membres français et espagnols, des compliments et des vœux pour l'avenir de l'Association. Puis les congressistes, seuls cette fois, sont allés déjeuner au meilleur hôtel du nouveau Fontarabie, la coquette plage de bains couchée aux pieds de l'antique forteresse. Repas' charmant, m'a-t-on dit, ponctué des meilleurs morceaux de l'orchestre municipal, chaudement terminé par des toasts vibrants et une sortie en chœur, aux accents de l'hymne des Guipuzcoans, Guernicaco Arbola. La séance de l'après midi n'en a été que plus cordiale et plus utile. Et, tout d'abord, on a choisi le nom basque de la fédération : Eskualzaleen biltzarra. Biltzarra se disait jadis de ces réunions, sortes d'Etats généraux, où tous les hommes assistaient debout, makhila en main, le greffier seul assis devant son registre de procès-verbaux; en Labourd, Ustaritz était la ville du "chêne du conseil"; en Guipuzcoa, c'était Guernica. Le titre de la fédération est un hommage à ces vieux souvenirs. 


Le Congrès a voté ensuite ses statuts; il admettra les Basques et les bascopliiles; l'omission de ces derniers eût été fort regrettable, car, parmi les savants le mieux au fait de la langue basque, on en cite, tant en France qu'à l'étranger, qui ne sont pas Basques de naissance et dont les travaux font pourtant autorité. Chaque année, un Congrès sera tenu, au mois de septembre, alternativement en France et en Espagne : celui de 1903 aura lieu à Saint-Jean-de-Luz. Il n'est pas indifférent de noter que la fédération compte, dès maintenant, 120 adhérents; la cotisation a été fixée à un chiffre minime (6 fr. par an), afin de permettre l'accès du groupe à tous; les dignitaires du comité sont, en nombre égal, français et espagnols; les statuts interdisent formellement toutes discussions politiques et religieuses.


Conserver la langue basque est sans doute plus facile que de la purifier; les Basques, nous l'avons dit, tiennent à honneur de la parler entre eux, même lorsqu'ils en savent plusieurs autres; mais, à leur syntaxe immuable, ils associent un vocabulaire de plus en plus composite : partout ils appellent un couteau gainbeta, mot étrange, tandis que l'on trouve encore, dans la vallée de Roncal, le terme aitzo, bien ancien, puisqu'il procède de la racine aitz, qui signifie pierre; de même le mot basque qui exprime l'arbre n'est pas arbola, mais suhaitz (en Soule) ou sugats (en Biscaye). Qui empêchera les paysans de dire chimin de fera ou perrocarrila, pour désigner le chemin de fer, au lieu de burdinbidea, comme le porte savamment la plaque municipale d'une rue à Irun? Que, du moins, les journaux basques s'astreignent à écrire purement leur langue; il en existe deux en France, l'Eskualduna (la Basque) et l'Eskal-herria (le pays basque), et un en Espagne, l'lbaïzabal (la grande rivière), c'est ainsi qu'on appelle le Nervion à Bilbao. L'œuvre de la fédération sera probablement plus littéraire que populaire; nous estimons qu'elle est de nature à intéresser, non seulement les Basques et les basquisants, mais tous ceux qui, sans rien dénigrer du progrès moderne, se plaisent à défendre contre la ruine les monuments qui nous rattachent au passé."

PAIS VASCO ANTES
JOURNAL ESKUALDUNA
PAYS BASQUE D'ANTAN



pais vasco antes
JOURNAL EUSKAL ERRIA
PAYS BASQUE D'ANTAN




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