vendredi 16 février 2018

LA CORNICHE BASQUE EN GUIPUSCOA ET BISCAYE EN SEPTEMBRE 1903


LA CORNICHE BASQUE EN 1903.


A l'instar de la route de bord de mer, au Pays Basque Nord, entre Ciboure et Hendaye, il existe aussi au Pays Basque Sud, une route de bord de mer, entre Zarauz et Zumaya et Déva et Léqueitio.

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ROUTE DE ZARAUZ A GETARIA
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voici ce que rapporta le Journal des débats politiques et littéraires, dans son édition du 

11 septembre 1903, sous la plume de Georges Perrot :

"Saint-Jean-de-Luz, 8 septembre.

Quels moutons de Panurge que les gens de loisir qui fréquentent les bains de mer du golfe de Gascogne, Biarritz et Guétary, Saint-Jean de-Luz et Hendaye! De la maison que j'habite à Saint-Jean-de-Luz, sur la route de Bayonne, je vois passer par jour je ne sais combien de landaus conduits par des postillons aux vestes à revers rouges et plus encore d'automobiles, des automobiles de toute forme et de toute taille, depuis l'énorme voiture à six places jusqu'à la pétrolette essoufflée et bruyante. On se précipite, par milliers, le dimanche, aux courses de Saint-Sébastien; on va dîner au mont Ioulia; mais, sur cent de ces promeneurs, il en est à peine un qui franchisse l'Ourouméa et qui aille visiter le Guipuzcoa et la Biscaye. Il y a pour tant là, entre Saint-Sébastien et Bilbao, desservi par plusieurs voies ferrées, un des pays les plus pittoresques et les plus curieux que l'on puisse imaginer, un pays qui, s'il était plus connu, attirerait presque autant de voyageurs que la Riviera de Nice et de Gênes. 


Involontairement, quand on a passé la Bidassoa et que l'on s'est tiré des mains tracassières des carabineros d'lrun, on s'attend à voir s'ouvrir devant soi des paysages grandioses et désolés. Sur la foi des vagues souvenirs que l'on a gardés des livres lus il y a longtemps, on se figure toute l'Espagne comme les mornes plateaux de la Vieille et de la Nouvelle-Castille; aussi est-ce une vraie surprise que l'on éprouve quand, d'lrun à Saint-Sébastien, on regarde par la portière, et cette surprise devient plus vive encore si, quittant la ligne de Madrid, on pénètre plus avant en terre basque. Le Guipuzcoa et la Biscaye, c'est une Normandie qui a les montagnes en plus, une Normandie où le maïs, avec ses lourds épis dorés, remplace le blé. Partout, le long des rivières, des prés où paissent les vaches; sur les pentes inférieures et moyennes des collines, les vergers sont tout rouges de pommes mûres. Là où cessent les arbres fruitiers, commencent les bois de chênes et de châtaigniers.


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CARABINIERS BEHOBIA
PAYS BASQUE D'ANTAN

Les montagnes de l'Aya à l'Aitzgorri s'élèvent par endroits jusqu'à 1 500 mètres et offrent de très belles lignes; elles sont vertes jusqu'à leur sommet. Je ne me rappelle pas de pays où le regard soit plus doucement caressé par une verdure où l'on sent le perpétuel rafraîchissement de pluies fréquentes. Pas de lacunes, pas de trous dans ce manteau de cultures, d'herbe, de fougère et de végétation forestière. 


Il y a partout, dans l'intérieur de ces provinces, aussi bien que sur la côte, des promenades admirables à faire, dans des vallées étroites que ferment, là où elles s'élargissent, des fonds de hautes montagnes. Il y a partout de grandes vues et des détails aimables, des églises ogivales, du quinzième et du seizième siècle, avec de luxueux retables que décorent des figures naïves sculptées en plein bois, partout de vieilles maisons seigneuriales, dans le genre de celles que les touristes vont voir à Fontarabie, dont ils se montrent les lourds écussons, les balcons en saillie et les toits débordants, que soutiennent des consoles décorées d'ornement ciselés à même les traverses de chêne; mais la merveille de la région, c'est la route neuve qui a été exécutée à grands frais, par l'effort combiné des deux provinces, et qui, toute en corniche le long de la mer, conduit de Zarauz à Zumaya et de Déva à Léqueitio. 


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FONTARRABIE GUIPUZCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN

La première partie de la route est déjà fort intéressante. En face de Guetaria se dresse, formant presqu'île, un haut rocher que l'on appelle, en raison de sa forme allongée, le raton de Guetaria; mais c'est après Déva que commence la plus belle partie du trajet. Quand on a contourné le cap qui ferme à l'Ouest la petite baie de Déva, on voit, à droite et à gauche, aussi loin que la vue peut porter, s'avancer dans la mer, frangés d'écume à leur base, de longs promontoires où des bandes d'argile jaune et rouge s'insèrent entre d'épais et sombres lits de schiste qu'un soulèvement formidable a violemment relevés et redressés sur certains points; ces schistes et ces argiles s'abattent, par talus lisses et presque verticaux, jusqu'à la vague qui en bat le pied. Il y a là de vrais précipices; la route qui s'y suspend a besoin de fréquentes et coûteuses réparations; Le premier aspect d'ensemble est celui d'une grandeur un peu triste, quand, dans un sens ou dans l'autre, les yeux se promènent à l'horizon; mais si on les ramène plus près de soi, ils trouvent à s'arrêter sur des objets qui plaisent et que l'on ne se lasse pas de regarder. Là où le roc n'est pas coupé à pic, la forêt de châtaigniers habille toutes les pentes, au-dessus et au-dessous de la route. Elle descend presque jusqu'aux éboulis que le flot éclabousse. C'est à travers ses branchages et ses claires frondaisons que l'on aperçoit les eaux d'une mer qui, les jours de soleil, est presque aussi bleue que la Méditerranée. Là où la forêt s'interrompt, elle est remplacée par le maquis. Celui-ci, par les arbustes qui le composent, rappelle la brousse des collines de la Grèce et de la Corse. Au-dessus de "l'or des genêts et de la pourpre des bruyères", le chêne vert, en buisson, s'y mêle à l'arbousier. Plus loin, en approchant de Léqueitio, on traverse un bois de pins et d'eucalyptus. 


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LEQUEITIO BISCAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN

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PLAGE DE DEVA BISCAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN

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ROUTE DE ZARAUZ A GETARIA
PAYS BASQUE D'ANTAN

Par la nature de ces essences et par les tons de la terre, de la mer et du ciel, la physionomie du paysage est très méridionale, et ce qui contribue encore à lui donner ce caractère, c'est l'aspect des villages, villages peuplés surtout de pêcheurs, que l'on rencontre au débouché de chaque vallée. C'est Motrico, à cinq kilomètres de Déva. C'est la jolie plage de Saturraran, à la limite du Guipuzcoa et de la Biscaye, avec la ceinture de rocs aigus et noirs qui protège la sable fin et doré de sa grève. C'est Andarroa, port encore assez fréquenté; c'est Lequeitio, cité déchue où une inscription pompeuse, gravée au front de là mairie, évoque le regret du temps passé, de celui où les provinces basques prospéraient à l'abri de leurs fueros, aujourd'hui abolis à la suite de la dernière guerre carliste. 


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PLAGE DE SATURRARAN GUIPUZCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN

Devant Motrico, surtout devant Andarroa, le souvenir me revenait à l'esprit d'autres sites jadis contemplés dans des terres plus lointaines, Andarroa me rappelait maint village de la côte génoise ou de la côte d'Amafi. Ici comme là bas, les maisons, très hautes et très serrées les unes contre les autres, se pressent et s'étagent, entre le port, vers lequel la plupart d'entre elles sont tournées, et la rivière, toute couverte de barques au repos, qui décrit autour de la petite ville une courbe élégante. C'est l'heure de la grand'messe. Les femmes, tout enveloppées de capes noires, sont agenouillées dans l'église, sur le pavé de la nef. L'office terminé, nous les regardons sortir, et c'est alors, dans les ruelles montantes, entre les façades hérissées de balcons d'où pendent des linges et des vêtements de toute couleur, une animation singulière. Même grouillement d'enfants courant pieds nus sur les dalles que dans quelque village napolitain ou sicilien; mêmes odeurs qui vous prennent au nez. Je me croirais transporté à Positano, entre Salerne et Amalfi, ou sur la côte orientale de la Sicile, entre Catane et Taormine. 


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ONDARROA BISCAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN


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MOTRICO GUIPUZCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN

Il manque ici, pour que la ressemblance soit complète, l'olivier, l'oranger et le citronnier : ce que les femmes offrent en vente, par pleins paniers, sur la margelle du quai, c'est des poires, des pommes et les melocotones, pêches dures et assez savoureuses dont la peau est pâle comme celle de l'abricot; mais il n'y en a pas moins bien des analogies auxquelles, comme moi, mes compagnons prennent plaisir, parce qu'elles leur remettent en mémoire des voyages que peut-être ils n'auront plus jamais l'occasion de refaire. 


C'est sans doute un aimable et charmant pays que ces vallées de la Nive et de la Nivelle, que ces campagnes et ces bois du Labour, comme on dit ici, qui ont été si merveilleusement décrits par l'auteur de Ramoncho; mais il n'y a patriotisme qui tienne : je ne sais rien, dans tout notre Sud-Ouest, entre Bordeaux et Hendaye, qui, pour l'ampleur des lignes, la richesse des couleurs et l'imprévu des effets, se puisse comparer aux paysages des provinces basques de l'Espagne et particulièrement à ceux de la route qui mène de Déva à Léqueitio, route qui demande cinq à six heures de marche et que l'on voudrait plus longue encore. C'est, pour le spectateur, à chaque détour du chemin, une apparition nouvelle, une nouvelle fête donnée au regard.


Un jour ou l'autre, la corniche basque deviendra une des favorites de la mode; les étrangers y afflueront et viendront y déranger les habitudes des Espagnols qui, seuls, et encore en assez petit nombre, la fréquentent jusqu'à présent. Pour hâter ce moment, il suffirait que quelque Suisse, formé à bonne école, vînt ouvrir ici un de ces hôtels que, dans son pays, on trouve dans toutes les stations d'hiver et d'été. La cuisine y est médiocre; mais la propreté y est exquise; le service y est actif et intelligent. Je préfère le cocido, avec ses garbanzos, ou pois chiches gros comme des cerises, à cette eau claire, où nagent quelques grains d'orge, et qui se pare du nom de potage sur le menu des meilleures tables d'hôte d'lnterlaken ou de Zermatt; mais à Déva, l'autre matin, nous eûmes l'idée bizarre de faire cirer nos souliers, que nous avions vainement déposés, le soir, devant la porte de nos chambres. Après que nous eûmes sonné huit ou dix fois (nous étions dans le meilleur hôtel de la ville, le seul où il y ait des sonnettes), on vint prendre les chaussures. Au bout d'une demi heure, on nous les rapporta, presque nettoyées; mais, en nous les tendant, on nous réclama 10 centimes par paire de bottines d'homme et 5 centimes pour les bottines de femmes. Tout est à l'avenant. L'huile espagnole, par son odeur qui se répand du bas jusqu'au haut de la maison, qui remplit les corridors, indigne encore plus les nez du Nord qu'elle n'afflige, à table, les palais qui ne s'y sont pas accoutumés dès l'enfance."



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