dimanche 11 février 2018

CHARLIE CHAPLIN À TARDETS - ATHARRATZE EN SOULE AU PAYS BASQUE EN AOÛT 1931

CHARLIE CHAPLIN À TARDETS EN 1931.


Charlie Chaplin est venu plusieurs fois au Pays Basque, Nord et Sud.



biarritz 1931
CHARLIE CHAPLIN A BIARRITZ - MIARRITZE 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN


Charlie Chaplin, alias Charlot, fit en 1931 et 1932 un tour du monde.

A cette occasion, il visita le Pays Basque, à Guéthary, en août 1931, mais il fit aussi un séjour 

en Soule, en août 1931, à Tardets.


Voici ce que rapporta la presse locale et nationale :

  • La Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays Basque, dans son édition 

du 17 août 1931, sous la plume de Paul Mestchersky :

"Adopté et adapté.

Charlie Chaplin à Tardets.

Devant le fronton il mime une danse basque en chantant en euskarien. 



tardets autrefois
FRONTON TARDETS - ATHARRATZE
PAYS BASQUE D'ANTAN

C’est au cours d’une journée merveilleuse, au cœur du Pays Basque, dans la demeure pittoresque de Mme d’Arhanpé, que j’ai connu Charlot.

biarritz 1931
CHARLIE CHAPLIN BIARRITZ - MIARRITZE 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN

Cette maison, au flanc d’un coteau vert, dominant la vieille ville de Tardets, a connu beaucoup d’illustres visiteurs. Princes du sang ou de la finance, grands artistes, simples mortels, — tous ceux qui veulent connaître l’âme du vieux pays euskarien, — y vont et n’en repartent jamais déçus, car le seigneur du lieu, Maurice d’Arhanpé sait organiser ses réceptions. 

De midi jusqu’à une heure avancée dans la nuit, chaque moment a son divertissement. Les truites, pêchées le matin par le maître de céans, la bonne piperade à la saucisse sans pareille, la poule farcie, tous les plats: nationaux basques, arrosés par les délicieux vins du cru, font les délice des visiteurs. Puis voici les danseur souletins dans leurs costumes originaux et aux pas plus légers que le bonds des izards sur la montagne. Voici aussi un jeune pâtre qui a fait quatre heures de route pour venir chanter la bienvenue au grand artiste. Quelle noblesse et quelle race dans cette silhouette et quelle voix vibrante d’émotion! 


pays basque autrefois
DANSEURS BASQUES TARDETS - ATHARRATZE
PAYS BASQUE D'ANTAN

En bas, près du château, une partie s’organise au fronton. Les balles volent rapides comme des flèches et les élans harmonieux des chisteras ressemblent aux battements des ailes de grands oiseaux blancs. Chaplin est enthousiasmé. Il veut essayer lui même ses forces, et la halle s’égare dans le public à la grande joie des spectateurs. Mais Chaplin se met devant le fronton et chante en basque une vieille chanson sur le jeu euskarien. Il a bien attrapé la prononciation et le rythme, ainsi qu’un petit pas de danse. Il est superbe d’improvisation et de verve. Il est lui-même.

Le maître de maison a fait avancer des autos. Il nous emmène dans la montagne à la frontière espagnole. Une longue montée, mais, arrivés en haut, quelle vue! Un petit village perdu au bout du monde, sur une place minuscule, avec une église comme un bijou ancien, où, sur le mur, sont gravés les noms, combien nombreux, des morts pour la France. Plus de quatre-vingts pour une population de 600 habitants! 

La descente est rapide. Sur la place d’un village on nous arrête. La population veut voir Charlot, mais notre voiture, qui ne fait que précéder celle de l’artiste, provoque une déception : "Il n’y a que des charlottins là-dedans!" 

Le dîner nous attend. Tout le monde est toujours gai, plein d’entrain. On chante en chœur. D’Arhanpé nous sort quelques vieilles chansons, belles dans leur naïveté un peu grave et leur candeur.

"On t'a vue hier au bois, 

Un bourgeois auprès de toi!"

— Ce n’était pas un bourgeois, 

C’était l’ombre de la lune, 

C'était l’ombre de la lune

 Qui rôdait autour de moi! 

Mais voici que dans la nuit, venue brusquement, résonnent au loin les cors de chasse. Les instruments, dans cet air pur, ont une étrange expression. Les mélodies sont puissantes et tendres. 

Dans un autre coin du jardin, les chanteurs du pays entonnent de vieilles mélopées basques. Des airs fiers, poignants, sauvages ou caressants, montent vers le ciel semé d’étoiles. 

L’heure avance, il y a beaucoup de kilomètres à faire pour rentrer à Biarritz. On se quitte avec regret. Chacun emporte un souvenir inoubliable de cette journée. Quelle organisation, quelle simplicité dans l’accueil. Décidément, les seigneurs basques savent recevoir leurs hôtes."



  • Le Figaro, dans son édition du 18 août 1931 :

"De Biarritz.

On dit  qu'il n'y a personne à Biarritz. Personne veut dire peu de gens connus.


Mais le prince de Galles arrive aujourd'hui. 

Mr et Mrs Winston Churchill se distraient en peignant les jolis coins du Pays Basque. 

Chaliapine se repose dans le voisinage dé Claude Farrère. Maurice Ravel est à Ciboure depuis longtemps. 

Charlie Chaplin est au Miramar depuis dix jours et n'a aucune envié de partir - c'est lui-même qui l'a dit. 

On ne peut pas venir en France de l'étranger et ne pas voir Paris. On ne peut pas venir au Pays Basque et ne pas connaître d'Arhanpé. On laisse tous ses soucis à la porte avant d'entrer dans là maison de Mme d'Arhanpé — la consigne est formelle. La gaieté y règne en maîtresse. On est heureux, on rit, on s'amuse. Il y avait l'autre jour chez d'Arhanpé un homme immensément riche, qui promène à travers le monde entier sa figure morose, blasée de tous les plaisirs, de toutes les distractions; eh bien, il riait aux éclats, était gai comme un jeune écolier et reprenait avec tout le monde à la suite de notre hôte les refrains des vieilles chansons. 

On dit que Chaplin a horreur des appareils photographiques. Cependant, ce jour-là, il semblait ravi de se faire photographier — il posait devant qui le voulait et en était enchanté. On dit que Charlot ne veut jamais parler : eh bien, ce jour-la. Charlot chantait! oui, il chantait en français... 

Mieux encore : il chantait en basque! Harry d'Abbadie d'Arrast lui a appris des couplets sur la pelote, et Charlot, fier de pouvoir faire plaisir aux Basques qui l'entouraient, chantait cette chanson avec beaucoup de conviction en l'accompagnant dune danse d'un rythme tout à fait euskarien. 

Telle est l'ambiance qu'a su créer pour ses invités le grand seigneur de Tardets. 

Rien n'est plus beau que l'imprévu. Nous en avons eu toute la journée, mais c'était, si j'ose dire, un imprévu bien organisé. A peine étions-nous sortis de table que les danseurs souletins, dans leurs beaux costumes anciens bleus et rouges, sont venus ravir nos yeux par leurs pas ailés et merveilleusement rythmés. Un jeune homme aux yeux fiers et clairs, à la démarche souple, légère, vint nous chanter la bienvenue, ayant fait quatre heures de marche dans la montagne pour saluer Charlot, 

Une partie de pelote s'est organisée à l'improviste au fronton, mais une partie qui réunissait les meilleurs chisteras du pays. Nous sommes allés enfin nous promener dans la montagne. 

Le soir, après dîner, les cors de chasse remplirent de leurs sons puissants toute la vallée de la bouillante saison. Dans un autre coin du grand jardin, les chanteurs entonnèrent leurs mélopées passionnées, vieilles de beaucoup de siècles, où le rythme typiquement basque se mélange étroitement avec les mélodies tziganes rappelant même parfois les chants russes. 

Tout ce programme était l'œuvre de d'Arhanpé. Lui seul est capable, avec sa haute fantaisie et cette noble simplicité qui est le propre des seigneurs basques, d'en concevoir un semblable. Lui seul peut se vanter, quand il invite des amis à déjeuner, de ne les laisser partir qu'à minuit. Dans sa vie mouvementée et glorieuse, Charlie Chaplin a assisté à bien des réceptions, il a cueilli bien des ovations. Je ne pense pas qu'il se soit souvent aussi franchement amusé, dans le cœur même d'un pays dont les portes ne s'ouvrent que rarement aussi grandes devant les étrangers."



Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 931ème article.


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