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vendredi 17 avril 2026

PIERRE LOTI QUITTE LE PAYS BASQUE EN JANVIER 1898

LOTI QUITTE LE PAYS BASQUE.


C'est en 1891 que Julien Viaud, plus connu sous le nom de Pierre Loti, découvrit le Pays Basque, lorsqu'il fut nommé pour commander le Javelot, canonnière stationnée à Hendaye.



academie francaise loti pays basque écrivain labourd hendaye
PIERRE LOTI EN UNIFORME DE CAPITAINE DE VAISSEAU



Voici ce que rapporta à ce sujet Théophile Janvrais dans le quotidien Le Figaro, le 3 janvier 1898 :



"Pierre Loti quitte Hendaye.



Hier, lendemain du premier de l'an, le lieutenant de vaisseau Julien Viaud a cédé le commandement de la canonnière Javelot et de la station navale de la Bidassoa au lieutenant de vaisseau Cambécédés. Demain il quittera l'Euscalerria et Hendaye.



Où ira Pierre Loti ? car c'est de son départ qu'il s'agit. D'abord en congé, dans sa maison orientale de Rochefort, mais ensuite... nous ne sommes pas autorisé à le dire. Cependant ajoutons qu'un nouvel inconnu l'attire, un inconnu très lointain, presque vierge, c'est-à-dire un sol de la plus immémoriale histoire. Et c'est un très lointain voyage qu'il projette dans ces pays les plus vieux du monde... 



Sans rien présager de l'avenir, qui nous réserve sans nul doute d'autres chefs-d'oeuvre de ce délicat conteur, il convient de se féliciter pour son oeuvre du double séjour à Hendaye de l'auteur de Ramuntcho, car plus d'un de ces derniers beaux livres : Matelot, Ramuntcho, Figures et Choses qui passaient, est né sur les rives de cette belle rivière internationale de la Bidassoa.



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LIVRE FIGURES ET CHOSES QUI PASSAIENT
DE PIERRE LOTI



Or il nous a paru intéressant de rappeler ce séjour de Pierre Loti à Hendaye. C'est à la fois une page documentaire pour notre littérature et encore de curieuses notes pour les futurs biographes de l'officier-académicien.



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PIERRE LOTI
ACADEMIE FRANCAISE 1891


Pierre Loti a commandé deux fois sur la Bidassoa. Le commandant Viaud fut appelé sur le Javelot dès mai de l'année 1892 ; il y resta dix-huit mois. Ce premier séjour nous valut Matelot. Son successeur, au commencement d 1894, fut M. de Coffinières de Nordeck.



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LIVRE MATELOT
DE PIERRE LOTI



Cette trêve ne fut pas perdue pour l'écrivain charmeur. En 1894, il voyagea en Arabie Pétrée et en Palestine, nous rapportant Galilée et Jérusalem, qu'il écrivit étant aide de camp de l'amiral préfet maritime de Rochefort.



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LIVRE LA GALILEE
DE PIERRE LOTI



Quatre ans, jour pour jour, après sa première nomination sur le Javelot, Pierre Loti revenait à Hendaye reprendre la direction de la mission navale de la Bidassoa. Il la quitte après dix-huit autres mois de service. C'est pendant ce second séjour qu'il a étudié la vie basque, d'où est sorti Ramuntcho, écrivant aussi Figures et Choses qui passaient, un groupe de charmants pastels du pays des señoras.



Plusieurs personnes s'étant demandé devant nous quel est le rôle du Javelot dans les eaux d'Hendaye, et comment aussi il se peut qu'un officier de marine puisse accomplir tant de prodiges si étrangers les uns aux autres, nous allons, dans la mesure du possible, satisfaire leur légitime curiosité.



Sur les eaux neutres de la Bidassoa qui vit jadis une entrevue historique célèbre, l'Espagne entretient un stationnaire de guerre, le Mac-Mahon, et la France en a deux : la canonnière Javelot et le Nautile, qui constituent notre station navale. Celle-ci a pour mission la police des eaux neutres, la surveillance de la pêche et elle intervient dans les conflits entre pêcheurs. De plus, les commandants des deux stationnaires font partie de la Commission internationale des Pyrénées, qui tient plusieurs séances par an à l'Hôtel de ville de Bayonne ; comme ils assistent aussi en uniforme, à Fontarabie, à l'installation solennelle et séculaire de l'alcalde de la mer, le chef de la confrérie des pêcheurs de la Bidassoa.



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LE MAC-MAHON FONTARRABIE - HONDARRIBIA
PAYS BASQUE D'ANTAN


C'est le matin que Loti expédie ses affaires de commandant de station nationale et vaque aux obligations de son sort. Ensuite il sort, fait des promenades à cheval dans les campagnes et de longues parties au jeu de paume d'Hendaye. Il est même d'une très jolie force à la pelote et peut lutter avec les professionnels, presque tous des contrebandiers de la frontière.



hendaye autrefois pays basque écrivain loti
PIERRE LOTI ET LA PELOTE HENDAYE PLAGE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Quand il s'est suffisamment documenté en se pénétrant ainsi avec familiarité de la vie basque, Loti écrit son oeuvre et y travaille tous les après-midi à partir de cinq heures — dans son étrange et exigu cabinet de travail, qui n'a pour seul meuble qu'une table, encombrée de boîtes précieuses, et un divan ; les murs y sont tendus d'étoffes orientales et du plafond pend une lampe de cuivre. Les indiscrets ne viennent point l'y déranger, car on n'y accède que par une échelle de corde qui tombe sur une petite terrasse baignée par le fleuve franco-espagnol.



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MAISON DE PIERRE LOTI HENDAYE - HENDAIA
PAYS BASQUE D'ANTAN


A part les visites rares de quelques intimes et celles de littérateurs en voyage dans le pays, pour qui l'Euscalerria est comme un lieu de pèlerinage, — tels il a reçu : Juliette Adam, Jean Thorel, Jean Radeau, René Bazin, Yann Nibor, Louis Labat, Louis de Robert, etc. — M. Pierre Loti est un simple qui mène une vie retirée à Hendaye, une vie de travail et de méditation solitaire, — celle qui fait la vraie force des écrivains de race...



Telle est, à Hendaye, la double vie de marin et de lettré de cet "Immortel" dont le 1er de l'an 1898 va le séparer, pour n'y revenir de longtemps..."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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dimanche 29 mars 2026

L'ÉCRIVAIN PIERRE HARISPE DE SAINT-JEAN-DE-LUZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS

L'ÉCRIVAIN PIERRE HARISPE.


Pierre Harispe ou Jean-Pierre Harispe, né à Saint-Jean-de-Luz (Basses-Pyrénées) le 6 avril 1854 et mort à Paris le 5 novembre 1929, est un prêtre catholique et écrivain français.



LIVRE LE PAYS BASQUE
DE PIERRE HARISPE




Voici ce que rapporta à son sujet, Emile Baumann, dans le Figaro du 9 février 1931 :



"Pierre Harispe Basque.



Le triomphe à Bordeaux, du Perkain de P.-B. Gheusi et de Jean Poueigh est une occasion de commémorer celui qui aurait eu grande joie s'il avait pu vivre 14 mois de plus, jusqu'à cette gloire de son héros. Pierre Harispe, Basque de Saint-Jean-de-Luz (ville qui, dans la langue du pays, s'appelle d'un joli nom : Donibané), avait eu la première conception d'un poème lyrique où s'enchâsseraient, autour du légendaire et réel pelotari, les chants et les danses de la région.




pays basque musique opéra aldudes pelote
OPERA PERKAIN
LE JOURNAL 28 JANVIER 1934


Le pays basque, dont il s'est fait l'historien comme Gaétan Bernoville s'en est fait le peintre, inflige un puissant démenti au lieu commun sur les vieilles races. Le passé des Basques, de même que les origines de leur langue, se perd dans la nuit des temps. Les gens doctes attribuent à ces Ibères des ancêtres asiatiques. Je le croirais volontiers : le long d'un admirable film sonore que j'ai vu présenter récemment, la chorale de Saint-Jean-de-Luz faisait entendre les cantilènes nationales ; ce qu'elles ont de nostalgique, de grave, la brusque alternative de langueur et de gaîté ivre évoque les mélodies russes ; les laboureurs, les bergers d'Ustaritz m'ont rappelé, avec de plus honnêtes visages, les montagnards de la Cilicie. Or, ces hommes de souche antique n'annoncent pas une humanité déclinante ; la plupart sont splendides par la stature, la carrure, la vigueur souple ; ils portent en eux la richesse d'un sang que l'usure des générations n'a pas amolli.



Le paysan basque, d'ordinaire taciturne et replié, se débride dans les fêtes, laisse jaillir de son fon des sources naïves de lyrisme ou de drôlerie malicieuse. Religieux par-dessus tout ; et la paroisse est là, comme dans l'ancienne France, comme au Canada, l'unique force vitale de la communauté. Il demeure étonnamment fidèle à ses traditions, même aux superstitions familiales (quand le maître d'une maison meurt, l'héritier va en avertir, parmi les ruches, les abeilles protectrices du logis).



Mais ce pays aux cimes abruptes a des pentes vertes d'une merveilleuse douceur ; loin d'être bloqué dans ses montagnes, il regarde vers l'Océan. Cette race de laboureurs têtus est aussi une race de marins que l'esprit d'aventure, de conquête, de chimère aussi emporte jusqu'aux Amériques.



Pierre Harispe exprimait dans sa personnalité complexe les multiples aspirations du génie basque. Même au physique, malgré tout ce que raffinement de la culture et les souffrances de la vie peuvent modifier dans le type ancestral, il restait bien l'homme de son pays. Sous le béret qu'il gardait, comme tout vrai Basque, chez lui, du matin au soir, ses yeux saillants, son nez long et charnu, son menton fort auraient pu le faire prendre pour un vieux capitaine qui a beaucoup navigué. Sa parole avait le son et, si j'ose dire, le goût du terroir. C'était un conteur et un improvisateur persuasif, tour à tour pathétique et mordant, âpre et d'une tendresse enveloppante. S'il s'indignait, il devenait parfois grand orateur. Avec de tels dons, il aurait pu s'imposer, réussir n'importe où.



Mais son esprit d'indépendance et sa fierté lui rendaient tous les jougs insupportables. Par là il demeurait Basque jusqu'aux moelles. Les Basques sont un des derniers peuples qui tiennent à leurs franchises ou qui voudraient au moins en sauver quelque chose. Il fallait entendre Harispe glorifier les fueros, ces immunités locales que les Basques des provinces espagnoles ont conservées plus intactes.



pais vasco antes fueros
LES FUEROS DU PAYS BASQUE ET DE LA NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Harispe ne se résignait à devenir l'esclave de personne et surtout des gens qu'il sentait eux-mêmes des esclaves. En outre, il se tenait sans cesse prêt à combattre pour les causes qu'il chérissait ; il bataillait à la vieille mode, défiant au besoin l'adversaire en champ clos. Tout cela était parfaitement basque, mais ne pouvait le mener aux succès faciles.



Par surcroit, chez cet homme si fidèle en ses amitiés, si généreux en ses dévouements, il y avait une étrange instabilité d'action. Une idée le captivait, tant qu'elle demeurait dans les limbes du possible ; il s'évertuait avec une fougue magnifique à l'en faire sortir ; dès qu'il se voyait assuré de la mener à bien, il s'en déprenait et rêvait d'autre chose comme un marin qui, ayant fait le tour d'une île, se rembarque pour des parages moins connus.



Le point ferme de son activité, c'tait l'énergie de ses croyances. Il égalait par la simplicité de sa foi les plus humbles de ses compatriotes. Néanmoins, l'intelligence basque demeure intuitive et réaliste, si peu tournée vers l'abstraction que la langue n'a pas un mot pour signifier l'âme et ne saurait nommer Dieu sans une périphrase : le Seigneur du ciel. Pierre Harispe, au contraire, était doué d'éminentes aptitudes métaphysiques ; il les a déployées dans son poème thomiste : La Divine Tragédie, et, en prose, dans les effusions éloquentes des Etapes de Dieu vers nous.



Mais son mysticisme religieux et social nous laisse retrouver une singularité basque. On sait qu'à Saint-Jean-de-Luz se sont établis de nombreux Bretons ; et les Basques fraternisent avec eux ; les deux races font très bon ménage. Or, Harispe s'est principalement signalé par ses études sur Lamennais. Une passion l'attira vers le Celte obstiné, chimérique, à l'imagination visionnaire.



Là encore, il dut sa plus nette originalité aux inspirations latentes du pays natal. Son exemple, entre mille autres, dément le préjugé humanitaire qui travaille à détruire les liens des âmes avec la terre, la paroisse, la région, la patrie. Un homme ne grandit pas quand il se déracine ; un peuple non plus, quand il cesse d'être lui-même. La force est dans la fidélité à tout ce nous a faits ce que nous sommes. Une humanité fondue en un amalgame, si elle pouvait être, ne serait qu'un ramassis de poussières piétinées par quelques tyrans."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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vendredi 14 novembre 2025

LE REMPLACEMENT DE PIERRE LOTI À L'ACADÉMIE FRANÇAISE PAR LE PEINTRE ALBERT BESNARD EN JUIN 1926

LE REMPLACEMENT DE PIERRE LOTI À L'ACADÉMIE FRANÇAISE EN JUIN 1926.


Après la mort de Pierre Loti, le 10 juin 1923, à Hendaye, il est remplacé à l'Académie Française, au fauteuil N° 13, 3 ans plus tard, jour pour jour, le 10 juin 1926, par le peintre Albert Besnard.




pays basque autrefois loti académie française besnard
ALBERT BESNARD 10 JUIN 1926
PHOTO AGENCE ROLL


M. Albert Besnard est élu à l'Académie française le 27 novembre 1924, devenant le premier 

peintre à entrer dans cette institution, depuis 1760.

Son épée d'académicien est l'oeuvre d'Antoine Bourdelle.



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Figaro, le 11 juin 1926, sous la plume de Ch. 

Dauzats :



"A l'Académie Française.

M. Albert Besnard a été reçu hier par M. Louis Barthou.

L'un et l'autre ont dessiné d'émouvantes images de Pierre Loti.



Il était impossible que la solennité d'hier n'eût point un grand éclat, tempéré d'une rare élégance et d'une mélancolie très douce.



Pour entendre un nouvel hommage à la mémoire de l'auteur divin d'Aziyadé, de Pêcheur d'Islande, des Désenchantées, de tant de merveilleux poèmes, hommage rendu par un peintre illustre et par un maître du verbe, la foule se pressait sous la Coupole, une foule qui unissait l'élite des lettres et des arts à la fleur de la société parisienne.



M. Albert Besnard, élu par l'Académie française à la place vacante par la mort de Pierre Loti, venait prendre séance, et M. Louis Barthou l'accueillait au nom de la Compagnie.



Quand le récipiendaire parut entre les deux parrains, M. Marcel Prévost et M. Henri-Robert, on l'acclama ; et tout de suite, M. Barthou donna la parole au directeur de l'Ecole des beaux-arts, ancien directeur de l'Académie de France à Rome, grand-croix de la Légion d'honneur, pour son remerciement.



Ce remerciement fait, M. Albert Besnard dit :


"J'ai le devoir d'expliquer Pierre Loti. Mais ne dois-je pas vous avouer, dès le début, que ma façon de le présenter sera plutôt d'un peintre que d'un écrivain. Car j'eusse considéré comme inopportun de ma part, peut-être même sacrilège, d'en parler en critique, fût-ce pour le louanger."



Et c'est en peintre, en effet, qu'il esquisse l'enfance, la jeunesse, la vie du magicien Pierre Loti, mais en maître peintre qui sut donner à son esquisse toutes les valeurs du coloris et du dessin, tous les plus beaux effets de lumière et d'ombre.



Pourtant, au cours d'une brève analyse des romans du poète magnifique, M. Besnard se montra critique délicat et subtil.



D'abord, il nota que durant toute son existence, Pierre Loti fut poursuivi par la hantise de la mort, qui lui inspirait plus de haine que d'horreur véritable :


"Heureusement que l'artiste excelle à se servir de tout ce qui peut mettre en valeur son individualité ; ainsi Loti, haïssant la mort, s'en sert pourtant, mais il la punit en lui donnant dans ses livres, le rôle odieux... Je le comparerai aux peintres parce que, comme eux, il use de certaines préparations ; les uns ébauchent en bleu, les autres en noir. Loti ébauche en gris, et, grâce à cette méthode, il extériorise en les enlevant en clair sur un fond vigoureux, les luttes intérieures , les sursauts de l'âme, tout en leur offrant comme protagoniste un être idéal qui est lui-même, parlant toujours le même langage. A l'entendre, ses lecteurs gagnent l'illusion d'une présence continuelle qui leur est devenue chère. Ils le reconnaissent à la mélancolie de ses accents. Car avec un sens très avisé de la volupté humaine, il a compris vite que si les hommes aiment la joue, ils lui préfèrent la douleur. Non celle qui fait crier, mais l'autre, compagne plus discrète, qui est la tristesse. Et opportuniste subtil, il le partage avec eux."



Le premier livre de Pierre Loti, dit M. Besnard, c'est Aziyadé : 




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ROMAN AZIYADE
DE PIERRE LOTI



"L'admirable paysage dont l'a entourée son tuteur empêchera à tout jamais le lecteur de s'apitoyer comme il le devrait sur le sort de cette petite éphémère blottie dans es étoffes somptueuses, tout au fond de cette barque qui flotte silencieusement sur les eaux calmes de la Corne d'Or ; si calmes qu'elles semblent avoir cédé la place au ciel. Ce giaour qui est à ses pieds est un des plus grands paysagistes du monde et un grand poète aussi. Il dit à sa compagne (comme il peut, car il ne parle pas encore le turc) : "Dans trois heures, il faudra partir, quand la Grande Ourse se sera renversée  dans le grand ciel immense", indiquant ainsi d'une façon admirable tout le mouvement de la nuit qui fait pressentit tout l'apparition du jour. Voilà une belle idée de paysagiste et de poète ; mais aussi une idée de marin. C'est qu'en vérité un marin sait seul placer  ces mots-là, les placer où il faut, car mieux qu'un autre il en connaît la portée, ayant la possibilité d'observer la nature dans le silence des nuits du haut de sa passerelle, comme les bergers dans les plaines, comme autrefois les stylites sur leurs colonnes."



Marin, Pierre Loti est dans la vie un pilote attentif à la moindre brise, aux caprices des vagues, dit M. Besnard ; et il perçoit le mouvement de la nuit, il en note les phrases :


"Sur ce bateau qui avance toujours, insensiblement, au devant de ces horizons qui se désagrègent à mesure qu'il s'en approche, lui, le marin, subit le travail constant d'une activité qui s'ignore et cependant agit sur le cerveau.


Tel m'apparaît Loti. Dès lors point ne lui est besoin d'être un imaginatif pour créer, il lui suffit de voir, et s'il met tant de force dans ses peintures, c'est simplement qu'il a vu ce qu'il décrit. L'invention a toujours des flottements, des vides qui sont épargnés à l'inspiration directe. Chez lui, c'est l'oeil qui commande au cerveau. C'est parce qu'il a vu que lui est venue l'idée d'écrire. Sa vision paraîtrait moins spontanée si on y démêlait un arrangement préalable. Aux tempéraments comme le sien l'esquisse est fatale. Je dirais presque : c'est une dépense inutile, ou tout au moins un risque d'émousser son idée. Il lui faut l'excitation d'une sensation nouvelle et immédiate ; il lui faut l'ivresse de la surprise. Alors son écriture a toute l'impétuosité d'une bordée et toute la franchise de l'imprévu. Alor usant de son verbe si simple, n'exprimant que l'essentiel de la vérité, il atteint les régions les plus profondes de l'émotion. Comme dans son évocation de la haute figure de la vieille Pomaré, tenant sur ses genoux encore robustes une frêle enfant, dernier espoir de sa lignée. De ses yeux baignés de larmes, pauvre femme ! elle suit le lent travail de la Mort qui lui enlèvera encore celle-là après les autres. Et la grande douloureuse de Pêcheur d'Islande qui l'oubliera jamais ?"



pays basque autrefois loti académie française besnard
ANTOINE BOURDELLE ET ALBERT BESNARD
8 JUIN 1926
PHOTO AGENCE ROLL



C'est avec ce don d'analyse colorée et jusque que le peintre Albert Besnard passe en revue les oeuvres de Loti.



Puis il salue ses crayons, car le poète avait appris de sa soeur, élève de Léon Cogniet, l'art du dessin.



Mais M. Albert Besnard revient au poète, qui montrait, quand il écrivait, les plus hautes qualités des maîtres du pinceau, et il termina ainsi son discours, très applaudi :


"Par le développement rapide de ses inscriptions, Pierre Loti s'est insinué si profondément dans nos âmes, a frappé si fortement nos imaginations, que la synthèse des beautés de la nature n'a jamais été suggérée avec autant de puissance (en quelque langage que ce soit) que par ce peintre de décors sublimes."



M. Louis Barthou a commencé ainsi sa réponse au récipiendaire :




pays basque autrefois loti académie française besnard
LOUIS BARTHOU
ACADEMIE FRANCAISE 10 JUIN 1926
PHOTO AGENCE ROLL



"La joie que nous éprouvons à vous recevoir au milieu de nous s'accompagne de la tristesse d'un douloureux anniversaire ; il y a aujourd'hui trois ans, jour pour jour, que Pierre Loti mourait à Hendaye."



Et voici l'émouvante évocation de cette mort :


"Au dehors, dans un après-midi d'été précoce, le temps était splendide. "Les langueurs et les limpidités du midi espagnol" remplissaient l'atmosphère pure et chaude. Pendant que s'éteignaient les deux yeux admirables qui avaient reflété toutes les splendeurs du monde, une procession dominicale parcourait la rue étroite de la petite ville. Les cloches d'Hendaye et de Fontarabie mêlaient par-dessus la frontière leurs vibrations religieuses. Le bruit, adouci comme un murmure, des prières et des cantiques venait jusqu'à la petite maison où le grand voyageur, qui avait vu tant de fêtes mystérieuses et tant de cortèges triomphaux, entrait dans le repos éternel. Les litanies séculaires se déroulaient comme un autre livre, un livre, saint de la Pitié et de la Mort. Aux "choeurs des petits garçons chantés à pleine voix enfantine avec un entrain un peu sauvage" répondaient "les choeurs très doux des petites filles", guidés par "une voix fraîche et claire", semblable à celle de Gracieuse qui, devenue la soeur Marie-Angélique, avait fui dans l'exil d'un couvent l'amour passionné de Ramuntcho. O crux, ave, spes unica ! Pierre loti avait, pour trouver une espérance, fait ce qu'il appelait, dans une dédicace intime, des pèlerinages extravagants à travers le monde. Pèlerin désenchanté et croyant désabusé, il avait fini par admettre la vertu religieuse des habitudes traditionnelles. Il disait : "Faire les mêmes choses que depuis des âges sans nombre ont faites les ancêtres, et redire aveuglément les mêmes paroles de foi, est une suprême sagesse, une suprême force". Protestant, il n'a jamais renié, même en ne la pratiquant pas, la foi de ses ancêtres. Mais, un hasard mystérieux mit des chants catholiques sur le chemin de sa mort. Il n'en aurait pas repoussé la douceur bienfaisante. Tout, dans le pays basque, lui était cher et il n'aurait pas souffert, si la connaissance des choses ne lui avait pas été enlevée avant la vie, de s'endormir dans l'écho des prières qui avaient conduit jusqu'au cloître prochain la gracieuse héroïne d'un des romans où il a répandu le plus de son âme.



Avant de louer l'oeuvre d'Albert Besnard, M. Louis Barthou a rappelé sa jeunesse, ses débuts dans l'art où il allait devenir un maître : 


"En 1870, dispensé du service et engagé volontaire, vous fîtes les coup de feu sous Rueil. A l'Ecole, vous étiez toujours un élève irrégulier, indécis et solitaire. Mais en 1874 il vous arriva un accident, sous la forme d'un grand prix de Rome, pour lequel vous aviez concouru sans ambition et sans espoir, et dont vous appréhendiez les servitudes beaucoup plus que vous n'en goûtiez l'honneur...


A Rome, il y a l'Ecole, la ville et la campagne. L'Ecole n'a exercé sur vous aucune influence, et vos envois ont la sèche correction d'un devoir accompli sans plaisir. Mais il s'en faut que votre séjour dans la Ville Eternelle vous ait été inutile. Il vous a instruit — sans gâter vos dons de peintre, qui devaient s'épanouir plus tard — sur la vie, sur la nature et sur l'art. Il n'est que de lire deux chapitres de votre livre pittoresque, vivant et souvent mordant, Sous le ciel de Rome, pour comprendre les profits que vous avez retirés de votre stage dans la Villa Médicis."



Et puis, ne fut-ce point à Rome que se fiancèrent Albert Besnard et Mlle Charlotte Dubray, fille d'un statuaire connu, dont elle pratiquait l'art avec talent ? etc...



C'est à Pierre Loti que M. Louis Barthou a consacré la fin de son très beau discours :


"Ses grands chefs-d'oeuvre, puisés dans l'éternelle nature et dans ce que le coeur humain a de plus intime, lui assurent une durée immortelle. Tant qu'on aimera et tant qu'on pleurera, ces deux brèves et musicales syllabes, Loti, tombés un jour des lèvres d'une jeune Tahitienne, chanteront la gloire de celui qui fut, dans le domaine du rêve, un prince magnifique et un incomparable magicien."



Un long applaudissement a souligné cette péroraison.



Après la séance, le secrétaire perpétuel et Mme René Doumic ont reçu les invités de l'Académie au pavillon de Caen."



(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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mardi 21 octobre 2025

L'IMPÉRATRICE ZITA DE BOURBON-PARME A LEQUEITIO EN BISCAYE AU PAYS BASQUE EN 1924

L'IMPÉRATRICE ZITA DE BOURBON-PARME AU PAYS BASQUE EN 1924.


Zita de Bourbon, princesse de Parme puis, par son mariage, impératrice d'Autriche et reine de Hongrie, est née le 9 mai 1892 à Camaiore, en Italie, et morte le 14 mars 1989 à Zizers, en Suisse.



autriche hongrie reine impératrice pays basque lequeitio
ZITA DE BOURBON-PARME



Epouse de l'empereur Charles 1er, elle est la dernière impératrice d'Autriche, reine de Hongrie et 

reine de Bohême. 

L'Eglise catholique la considère comme servante de Dieu.



Voici ce que rapporta à son sujet Henry Vidal dans le quotidien Le Figaro, le 21 juin 1924 :



"L'Impératrice Zita à Léquéitio.

Bilbao, juin 1924.



Nonchalante dans une baie, courroucée dans la baie voisine où elle brûle de ses embruns les noyers et les châtaigniers qui descendent à elle, cette mer des Contabres est une mer de contradictions. Elle baigne vingt villes à peu près inconnues des touristes français : Zaraus, Ondaoa, Motrico, Guétaria, tant d'autres à la fois maritimes et montagnardes, qui jusqu'à Santander perpétuent, gardées par leurs cathédrales antiques au long desquelles sèchent des filets de pêcheurs, les traditions et les coutumes basques.



autriche hongrie reine impératrice pays basque lequeitio
DETAIL DU PORT LEQUEITIO BISCAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Il est un de ces bourgs que chanta Miguel de Unamuno, le poète de la Biscaye, où les roses semblent plus qu'ailleurs roses, où les acacias, plus qu'ailleurs, chargent l'air de parfums. C'est Léquéitio.



A Léquéitio, le soleil de juin est si généreux que le dimanche les guipuzcoans, après avoir attaché aux balcons, avec les palmes blanches, des banderoles rouges et jaunes, se retirent dans leurs maisons fraîches comme l'aurore. Ainsi les rues étaient désertes, hier, et seules, quelques petites filles à l'abri de l'église jouaient au diabolo ou chantaient d'éternelles rondes auxquelles prenaient part les hirondelles folles, là-haut, près du clocher.



Elles jouaient, ces petites filles, devant le portail grand ouvert de la villa Uribarren que surmontent un tortil et un chiffre de fer. Mais tout à coup, leurs chants cessèrent car les cloches sonnaient, voix familières et très vieilles — un peu cassées.



autriche hongrie reine impératrice pays basque lequeitio
PALAIS URIBARREN LEQUEITIO BISCAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Alors, de la villa Uribarren sortit une ombre. Couverte de crêpes, elle descendit les degrés du perron, traversa le jardin et entra dans l'église — dans l'église gothique au maître-autel filigrané où sur les dalles, devant chaque prie-Dieu, brûle, petite flamme d'or, un rat de cave jaune. L'ombre qui s'empressait de la sorte aux offices était S. M. la reine de Hongrie et impératrice d'Autriche.



Les fillettes qui s'étaient tues à son passage recommencèrent de jouer. Elles lançaient leur diabolo dans les magnolias et, quelquefois, la toupie dans sa course frappait une fleur blanche dont les pétales détachés étaient, par les enfants, transformés en diadème.



J'entrai dans le jardin où tout le monde peut entrer. J'essayai de m'intéresser aux statues de l'escalier, aux troupes de frelons à qui, dans les giroflées odorantes, des moineaux déclaraient la guerre ; je voulus voir si dans la vasque il y avait des poissons argentés. Mais rien ne savait me distraire. Les voiles noirs avaient tout obscurci, la mer n'était plus aussi bleue, les roses aussi rouges, l'air aussi fluide et embaumé...



Dans la villa Uribarren, à Léquéitio, sur la côte cantabrique, s'achève silencieusement un drame qui commença à l'automne de 1918.



L'armistice signé, l'empire austro-hongrois démembré, Charles de Habsbourg, la reine Zita et leurs enfants se réfugièrent à Prangins, dans la Suisse hospitalière aux détresses politiques. Pendant un long temps le monde ne s'occupa plus de ces souverains détrônés qui, d'ailleurs, semblaient se résigner à leur sort et se plaisaient, disait-on, dans l'oubli. Et puis, au printemps de 1921, soudain, l'on apprit que Charles de Habsbourg était rentré dans ses domaines. Le jour de Pâques, il s'efforça, à Budapest, de reconquérir le pouvoir. Il échoua, se retira dans le palais épiscopal de Szombathély où, malgré tout, durant une semaine, il refusa de croire à l'effondrement de son rêve. La Hongrie occidentale, lui assurait-on, faisait sienne la cause de son ancien roi. Le colonel Lehar et quarante mille hommes se disposaient à investir la capitale. Szombathély était en fête. On espérait... Mais au bout de huit jours, on sut que la Petite-Entente mobilisait ses divisions pour chasser Charles VI, on sut que le régent avait fait bon marché de ses convictions monarchiques, on sut enfin que les ambassadeurs, conférant à Paris, lui rappelaient les termes d'une déclaration prononçant l'exclusive contre la dynastie.



Charles de Habsbourg reprit le chemin de la Suisse. A Szonbathély, il fit à un peuple vibrant des adieux attristés, mais il se proclama quand même roi de Hongrie, roi couronné...



Puis un été passa. Fixé à Hertenstein, sur le lac des Quatre-Cantons, l'Empereur occupait avec sa famille une maison cachée dans les fleurs et les frondaisons. Un jour — c'était le 20 octobre — un avion géant monta de Dubendorf, se mira dans l'eau de Constance, disparut dans la rue, franchit d'un bond les montagnes bernoises et, à la nuit, atterrissait près d'Oedembourg, dans le célèbre vignoble hongrois. Une femme était du voyage. Le château de Csirsky donna asile à ces augustes pèlerins. Le lendemain, le Roi en repartait pour Budapest, dans un wagon blindé, suivi par trois trains militaires.



autriche hongrie reine impératrice pays basque lequeitio
CHARLES 1ER ZITA ET LEURS ENFANTS
A HERSTENSTEIN SUISSE 1921
Par Auteur inconnu — Imperial Twilight by Bertita Harding pg 219, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=11340464



Aux portes de la capitale ses troupes se heurtèrent aux troupes du régent. Le sang coula — très peu. Charles VI hésita... Avec l'Impératrice il fut fait prisonnier à Papatovaros, avec elle interné dans l'abbaye de Thiany, sur le lac Balatos.



L'Europe s'irrita de son obstination. Elle décida, par la voix de ses diplomates, l'éloignement définitif du prince qui ne voulait pas renoncer. Ce fut l'embarquement sur le vapeur Cardiff, l'exil dans une "Sainte-Hélène en rose".



Quelques mois encore de silence. Et le 1er avril, un après que le cloches de Pâques avaient sonné joyeusement, l'empereur Charles de Habsbourg mourait dans cette villa de Madère que lui avait ouverte un noble portugais.



Les tentatives du monarque déchu, ses ambitions pour recouvrer une couronne qu'il estimait avoir perdue au mépris de toute justice, avaient été brisées par la volonté des nations alliées, sans doute, mais aussi par cela que Charles Vi ne possédait pas les sommes d'argent nécessaires à de pareilles entreprises.



Ce n'est point un secret que le couple royal, quand il s'établit à Prangins, connut tout de suite la gêne. Quelques partisans apportèrent au prince leurs revenus diminués, mais lorsqu'il résolut de rentrer en Hongrie, il dut abandonner à d'âpres négociants une part des joyaux venant de la Couronne. Au lendemain de son dernier revers, il ne restait au Roi que son bagage d'émigrant. A ses projets très chers il avait tout sacrifié.



De quoi vécurent, à Funchal, les souverains proscrits ? Des journaux autrichiens, attentifs à combler la curiosité populaire, ont imprimé alors mille fausses nouvelles. Ils nous ont dit que des accords s'étaient conclus entre l'empereur Charles et le gouvernement tchécoslovaque pour la liquidation de terres séquestrées ; ils nous ont dit que dans les Amériques des quêtes étaient faites au profit des réfugiés. Plus tard, après les obsèques, à Do Monte, quand la courageuse impératrice vint habiter l'Espagne, les gazettes nous firent de l'indigence dans laquelle se trouvait cette princesse infortunée, des récits émouvants. Hélas ! ils contenaient beaucoup de vérité. Il est exact que, depuis les jours de Madère et jusqu'aux jours présents, les errants que sont les Habsbourg vivent non pas d'aumônes, mais de pieuses offrandes. De fidèles Hongrois fauchent chaque an, à l'intention de l'Exilée, une part de leurs céréales — pour Elle, pour l'Impératrice, pour Lui, le prince Otto, leur petit Roi.



Parfois aussi arrive, dans le port, quelque envoi anonyme : une maman française adresse à l'héritier de l'Empire d'Autriche un modeste cadeau. Et, ce soir-là, c'est pour la France que prient les archiducs et les archiduchesses. La France !... Notre sol leur est défendu — notre sol seulement. S'ils ne le peuvent pas fouler, du moins, à l'heure où le jour meurt, écoutent-ils des voix qui, par-dessus la mer, leur viennent de Paris. C'est leur seul luxe, à ces enfants de Roi : un appareil téléphonique avec lequel ils captent des chansons et des musiques aériennes. "C'est la Tour ! Ecoutons..."



J'ai lu, dans un journal romain, que ces petits bannis allaient être moins pauvres. La Reine, assurait-on, va pouvoir retirer la "rose Florentine" que détenait une banque de Berne.



Le "Florentin" fameux ne verra pas l'encan pour la raison qu'il n'est pas plus en possession d'un banquier suisse qu'il ne sera rendu à la reine Zita. Cette gemme, qui appartint au Téméraire et eut de belles aventures, est détenue par un inconnu. Quelques heures avant sa fin, Charles VI parla d'elle :


— Le "Florentin", dit-il, a été confié au plus zélé de nos amis. Le jour même où Otto recevra la couronne, le diamant lui sera remis.



Il n'en a pas dit davantage. L'Impératrice s'est inclinée. Le diamant est sous bonne garde. Elle n'a pas à y songer. Mais ses pensées, par contre, elle les donne toutes à l'éducation de son fils — son fils qui doit régner.



Le jeune prince Otto est un vaillant garçon. Sa mère dit de lui qu'il est prudent et sage. Sous la direction de personnes pour qui la charge est un apostolat, il étudie les langues, les sciences, les arts. A onze ans et demi, il sait beaucoup de choses. L'Impératrice, elle, s'est réservé de cultiver son coeur. Elle est assez bonne, et sensible, et brave pour faire de son Roi le plus digne des Rois.



Montera-t-il quelque jour sur le trône ? L'Impératrice en a la certitude. Elle croit que si Dieu l'a durement frappée, il la récompensera dans son fils. Elle s'étonne que les hommes aient été si cruels, qu'ils aient été impitoyables à l'égard du "Mort de Madère" que la tuerie des peuples révoltait, et généreux pour les coupables. Elle ne comprend pas "qu'avoir voulu la paix" mérite une plus rude peine qu'avoir voulu "la fraîche et la joyeuse guerre"...



Son fils ! "Dieu le regarde !" répète-t-elle en contemplant son front et ses grands yeux de nuit où brillent des lumières. "Dieu le regarde !"...




autriche hongrie reine impératrice pays basque lequeitio
AUTEL MAJEUR EGLISE LEQUEITIO BISCAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Et puis, et, puis !... il y a dans l'adorable église de Léquéitio une vierge de pierre qu'un enfant de onze ans trouva dans un buisson par un avril vieux de sept siècles. Elle a fait cent miracles, et la Reine la prie..."


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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samedi 20 septembre 2025

LA MORT À BIARRITZ EN LABOURD DE PABLO SARASATE VIOLONISTE ET COMPOSITEUR BASQUE LE 20 SEPTEMBRE 1908

  

LA MORT DE PABLO SARASATE EN 1908.


Martin Meliton Pablo de Sarasate y Navascués est un violoniste et compositeur, né à Pampelune le 10 mars 1844, mort à Biarritz le 20 septembre 1908.




pays basque autrefois pampelune violoniste navarre
VIOLONISTE PABLO SARASATE


J'ai déjà eu l'occasion de vous parler de ce violoniste exceptionnel, dans différents articles : le 

20/09/2019, le 20/10/2019, le 20/09/2020, le 20/10/2020, le 20/09/2021, le 20/09/2022, 

le 20/09/2023 et le 20/09/2024.



Voici ce que rapporta à son sujet le journal Le Figaro, sous la plume d'Em. B., le 22 

Septembre 1908 :



"Pablo Sarasate.



Pablo Sarasate, un des "rois du violon", est mort hier, subitement à Biarritz.



musicien navarre autrefois pays basque violon
VIOLONISTE PABLO DE SARASATE


Il était âgé de soixante-quatre ans ; mais l'allure était restée jeune ; et sous le retroussis de la moustache et l'arrangement de la chevelure bouclée — quoique moustache et cheveux fussent devenus tout blancs — la physionomie n'avait pas vieilli non plus. Avec cela, trapu, le teint coloré, des épaules solides, qui faisaient paraître, quand il jouait, son violon tout petit... Nous avions eu le grand plaisir de recevoir Sarasate au Figaro l'hiver dernier. Entre deux tournées triomphales, Sarasate venait volontiers prendre un peu de repos à Paris, et c'était une joie pour nous que de pouvoir, dans ces moments-là, nous emparer de lui et l'amener à l'un de ces five o'clock où il aimait à revenir, — sûr qu'il était de ne rencontrer parmi nous que des admirateurs et des amis. Et jamais nous ne l'avions trouvé su parfaitement en forme que ce jour-là.



Pablo Martin Meliton de Sarasate était en Espagne, à Pampelune, — où son corps sera ramené demain, — et avait fuit son éducation musicale au Conservatoire de Paris. Il y remportait, à l'âge de treize ans, son premier prix de violon. Il avait eu Allard pour professeur ; mais l'influence du maître ne semble pas avoir pu compter pour compter dans la carrière d'un virtuose qui entré au Conservatoire à onze ans et demi, y conquérait en 18 mois la plus haute des récompenses — et s'échappait, pour courir le monde !



france bayonne violoniste conservatoire paris
VIOLONISTE DELPHIN ALARD


Il y avait donc 50 ans que Sarasate voyageait ; et l'on peut dire qu'il n'y pas dans le monde entier une grande scène de concert où il n'ait été vu et acclamé. Décoré comme un diplomate (car ce virtuose avait été reçu, admiré, choyé par tous les souverains de son temps), Sarasate portait avec une fierté particulière la rosette d'officier de la Légion d'honneur qui lui avait été récemment conférée et la grand'croix d'Isabelle la Catholique qui lui donnait le titre d'Excellence dans son pays. Il y jouissait d'ailleurs d'une extraordinaire popularité. Les Espagnols étaient fiers des applaudissements, des ovations que recueillait depuis un demi-siècle à travers le monde leur compatriote Sarasate, et ce sont des funérailles princières que Pampelune lui fera demain.



Il méritait cette popularité. Car peu d'artistes ont aussi passionnément aimé leur art et l'ont pratiqué avec un succès aussi continu et aussi éclatant. Sarasate possédait toutes les qualités du grand violoniste ; la vigueur et la souplesse, le plus sût mécanisme uni à une parfaite pureté de style, la distinction, le charme... Il était aussi compositeur aussi, à la façon des grands virtuoses. Je veux dire qu'il composait surtout pour lui, proposant en quelque sorte à son archet des difficultés à vaincre, et joyeux d'écrire la musique à travers laquelle il sentait pouvoir le mieux et le plus complètement s'exprimer lui-même.



pays basque autrefois pampelune violoniste navarre
VIOLONISTE PABLO DE SARASATE


C'est une jolie figure d'artiste qui disparaît."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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