CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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vendredi 17 avril 2026
vendredi 14 novembre 2025
LE REMPLACEMENT DE PIERRE LOTI À L'ACADÉMIE FRANÇAISE PAR LE PEINTRE ALBERT BESNARD EN JUIN 1926
LE REMPLACEMENT DE PIERRE LOTI À L'ACADÉMIE FRANÇAISE EN JUIN 1926.
Après la mort de Pierre Loti, le 10 juin 1923, à Hendaye, il est remplacé à l'Académie Française, au fauteuil N° 13, 3 ans plus tard, jour pour jour, le 10 juin 1926, par le peintre Albert Besnard.
M. Albert Besnard est élu à l'Académie française le 27 novembre 1924, devenant le premier
peintre à entrer dans cette institution, depuis 1760.
Son épée d'académicien est l'oeuvre d'Antoine Bourdelle.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Figaro, le 11 juin 1926, sous la plume de Ch.
Dauzats :
"A l'Académie Française.
M. Albert Besnard a été reçu hier par M. Louis Barthou.
L'un et l'autre ont dessiné d'émouvantes images de Pierre Loti.
Il était impossible que la solennité d'hier n'eût point un grand éclat, tempéré d'une rare élégance et d'une mélancolie très douce.
Pour entendre un nouvel hommage à la mémoire de l'auteur divin d'Aziyadé, de Pêcheur d'Islande, des Désenchantées, de tant de merveilleux poèmes, hommage rendu par un peintre illustre et par un maître du verbe, la foule se pressait sous la Coupole, une foule qui unissait l'élite des lettres et des arts à la fleur de la société parisienne.
M. Albert Besnard, élu par l'Académie française à la place vacante par la mort de Pierre Loti, venait prendre séance, et M. Louis Barthou l'accueillait au nom de la Compagnie.
Quand le récipiendaire parut entre les deux parrains, M. Marcel Prévost et M. Henri-Robert, on l'acclama ; et tout de suite, M. Barthou donna la parole au directeur de l'Ecole des beaux-arts, ancien directeur de l'Académie de France à Rome, grand-croix de la Légion d'honneur, pour son remerciement.
Ce remerciement fait, M. Albert Besnard dit :
"J'ai le devoir d'expliquer Pierre Loti. Mais ne dois-je pas vous avouer, dès le début, que ma façon de le présenter sera plutôt d'un peintre que d'un écrivain. Car j'eusse considéré comme inopportun de ma part, peut-être même sacrilège, d'en parler en critique, fût-ce pour le louanger."
Et c'est en peintre, en effet, qu'il esquisse l'enfance, la jeunesse, la vie du magicien Pierre Loti, mais en maître peintre qui sut donner à son esquisse toutes les valeurs du coloris et du dessin, tous les plus beaux effets de lumière et d'ombre.
Pourtant, au cours d'une brève analyse des romans du poète magnifique, M. Besnard se montra critique délicat et subtil.
D'abord, il nota que durant toute son existence, Pierre Loti fut poursuivi par la hantise de la mort, qui lui inspirait plus de haine que d'horreur véritable :
"Heureusement que l'artiste excelle à se servir de tout ce qui peut mettre en valeur son individualité ; ainsi Loti, haïssant la mort, s'en sert pourtant, mais il la punit en lui donnant dans ses livres, le rôle odieux... Je le comparerai aux peintres parce que, comme eux, il use de certaines préparations ; les uns ébauchent en bleu, les autres en noir. Loti ébauche en gris, et, grâce à cette méthode, il extériorise en les enlevant en clair sur un fond vigoureux, les luttes intérieures , les sursauts de l'âme, tout en leur offrant comme protagoniste un être idéal qui est lui-même, parlant toujours le même langage. A l'entendre, ses lecteurs gagnent l'illusion d'une présence continuelle qui leur est devenue chère. Ils le reconnaissent à la mélancolie de ses accents. Car avec un sens très avisé de la volupté humaine, il a compris vite que si les hommes aiment la joue, ils lui préfèrent la douleur. Non celle qui fait crier, mais l'autre, compagne plus discrète, qui est la tristesse. Et opportuniste subtil, il le partage avec eux."
Le premier livre de Pierre Loti, dit M. Besnard, c'est Aziyadé :
![]() |
| ROMAN AZIYADE DE PIERRE LOTI |
"L'admirable paysage dont l'a entourée son tuteur empêchera à tout jamais le lecteur de s'apitoyer comme il le devrait sur le sort de cette petite éphémère blottie dans es étoffes somptueuses, tout au fond de cette barque qui flotte silencieusement sur les eaux calmes de la Corne d'Or ; si calmes qu'elles semblent avoir cédé la place au ciel. Ce giaour qui est à ses pieds est un des plus grands paysagistes du monde et un grand poète aussi. Il dit à sa compagne (comme il peut, car il ne parle pas encore le turc) : "Dans trois heures, il faudra partir, quand la Grande Ourse se sera renversée dans le grand ciel immense", indiquant ainsi d'une façon admirable tout le mouvement de la nuit qui fait pressentit tout l'apparition du jour. Voilà une belle idée de paysagiste et de poète ; mais aussi une idée de marin. C'est qu'en vérité un marin sait seul placer ces mots-là, les placer où il faut, car mieux qu'un autre il en connaît la portée, ayant la possibilité d'observer la nature dans le silence des nuits du haut de sa passerelle, comme les bergers dans les plaines, comme autrefois les stylites sur leurs colonnes."
Marin, Pierre Loti est dans la vie un pilote attentif à la moindre brise, aux caprices des vagues, dit M. Besnard ; et il perçoit le mouvement de la nuit, il en note les phrases :
"Sur ce bateau qui avance toujours, insensiblement, au devant de ces horizons qui se désagrègent à mesure qu'il s'en approche, lui, le marin, subit le travail constant d'une activité qui s'ignore et cependant agit sur le cerveau.
Tel m'apparaît Loti. Dès lors point ne lui est besoin d'être un imaginatif pour créer, il lui suffit de voir, et s'il met tant de force dans ses peintures, c'est simplement qu'il a vu ce qu'il décrit. L'invention a toujours des flottements, des vides qui sont épargnés à l'inspiration directe. Chez lui, c'est l'oeil qui commande au cerveau. C'est parce qu'il a vu que lui est venue l'idée d'écrire. Sa vision paraîtrait moins spontanée si on y démêlait un arrangement préalable. Aux tempéraments comme le sien l'esquisse est fatale. Je dirais presque : c'est une dépense inutile, ou tout au moins un risque d'émousser son idée. Il lui faut l'excitation d'une sensation nouvelle et immédiate ; il lui faut l'ivresse de la surprise. Alors son écriture a toute l'impétuosité d'une bordée et toute la franchise de l'imprévu. Alor usant de son verbe si simple, n'exprimant que l'essentiel de la vérité, il atteint les régions les plus profondes de l'émotion. Comme dans son évocation de la haute figure de la vieille Pomaré, tenant sur ses genoux encore robustes une frêle enfant, dernier espoir de sa lignée. De ses yeux baignés de larmes, pauvre femme ! elle suit le lent travail de la Mort qui lui enlèvera encore celle-là après les autres. Et la grande douloureuse de Pêcheur d'Islande qui l'oubliera jamais ?"
C'est avec ce don d'analyse colorée et jusque que le peintre Albert Besnard passe en revue les oeuvres de Loti.
Puis il salue ses crayons, car le poète avait appris de sa soeur, élève de Léon Cogniet, l'art du dessin.
Mais M. Albert Besnard revient au poète, qui montrait, quand il écrivait, les plus hautes qualités des maîtres du pinceau, et il termina ainsi son discours, très applaudi :
"Par le développement rapide de ses inscriptions, Pierre Loti s'est insinué si profondément dans nos âmes, a frappé si fortement nos imaginations, que la synthèse des beautés de la nature n'a jamais été suggérée avec autant de puissance (en quelque langage que ce soit) que par ce peintre de décors sublimes."
M. Louis Barthou a commencé ainsi sa réponse au récipiendaire :
"La joie que nous éprouvons à vous recevoir au milieu de nous s'accompagne de la tristesse d'un douloureux anniversaire ; il y a aujourd'hui trois ans, jour pour jour, que Pierre Loti mourait à Hendaye."
Et voici l'émouvante évocation de cette mort :
"Au dehors, dans un après-midi d'été précoce, le temps était splendide. "Les langueurs et les limpidités du midi espagnol" remplissaient l'atmosphère pure et chaude. Pendant que s'éteignaient les deux yeux admirables qui avaient reflété toutes les splendeurs du monde, une procession dominicale parcourait la rue étroite de la petite ville. Les cloches d'Hendaye et de Fontarabie mêlaient par-dessus la frontière leurs vibrations religieuses. Le bruit, adouci comme un murmure, des prières et des cantiques venait jusqu'à la petite maison où le grand voyageur, qui avait vu tant de fêtes mystérieuses et tant de cortèges triomphaux, entrait dans le repos éternel. Les litanies séculaires se déroulaient comme un autre livre, un livre, saint de la Pitié et de la Mort. Aux "choeurs des petits garçons chantés à pleine voix enfantine avec un entrain un peu sauvage" répondaient "les choeurs très doux des petites filles", guidés par "une voix fraîche et claire", semblable à celle de Gracieuse qui, devenue la soeur Marie-Angélique, avait fui dans l'exil d'un couvent l'amour passionné de Ramuntcho. O crux, ave, spes unica ! Pierre loti avait, pour trouver une espérance, fait ce qu'il appelait, dans une dédicace intime, des pèlerinages extravagants à travers le monde. Pèlerin désenchanté et croyant désabusé, il avait fini par admettre la vertu religieuse des habitudes traditionnelles. Il disait : "Faire les mêmes choses que depuis des âges sans nombre ont faites les ancêtres, et redire aveuglément les mêmes paroles de foi, est une suprême sagesse, une suprême force". Protestant, il n'a jamais renié, même en ne la pratiquant pas, la foi de ses ancêtres. Mais, un hasard mystérieux mit des chants catholiques sur le chemin de sa mort. Il n'en aurait pas repoussé la douceur bienfaisante. Tout, dans le pays basque, lui était cher et il n'aurait pas souffert, si la connaissance des choses ne lui avait pas été enlevée avant la vie, de s'endormir dans l'écho des prières qui avaient conduit jusqu'au cloître prochain la gracieuse héroïne d'un des romans où il a répandu le plus de son âme.
Avant de louer l'oeuvre d'Albert Besnard, M. Louis Barthou a rappelé sa jeunesse, ses débuts dans l'art où il allait devenir un maître :
"En 1870, dispensé du service et engagé volontaire, vous fîtes les coup de feu sous Rueil. A l'Ecole, vous étiez toujours un élève irrégulier, indécis et solitaire. Mais en 1874 il vous arriva un accident, sous la forme d'un grand prix de Rome, pour lequel vous aviez concouru sans ambition et sans espoir, et dont vous appréhendiez les servitudes beaucoup plus que vous n'en goûtiez l'honneur...
A Rome, il y a l'Ecole, la ville et la campagne. L'Ecole n'a exercé sur vous aucune influence, et vos envois ont la sèche correction d'un devoir accompli sans plaisir. Mais il s'en faut que votre séjour dans la Ville Eternelle vous ait été inutile. Il vous a instruit — sans gâter vos dons de peintre, qui devaient s'épanouir plus tard — sur la vie, sur la nature et sur l'art. Il n'est que de lire deux chapitres de votre livre pittoresque, vivant et souvent mordant, Sous le ciel de Rome, pour comprendre les profits que vous avez retirés de votre stage dans la Villa Médicis."
Et puis, ne fut-ce point à Rome que se fiancèrent Albert Besnard et Mlle Charlotte Dubray, fille d'un statuaire connu, dont elle pratiquait l'art avec talent ? etc...
C'est à Pierre Loti que M. Louis Barthou a consacré la fin de son très beau discours :
"Ses grands chefs-d'oeuvre, puisés dans l'éternelle nature et dans ce que le coeur humain a de plus intime, lui assurent une durée immortelle. Tant qu'on aimera et tant qu'on pleurera, ces deux brèves et musicales syllabes, Loti, tombés un jour des lèvres d'une jeune Tahitienne, chanteront la gloire de celui qui fut, dans le domaine du rêve, un prince magnifique et un incomparable magicien."
Un long applaudissement a souligné cette péroraison.
Après la séance, le secrétaire perpétuel et Mme René Doumic ont reçu les invités de l'Académie au pavillon de Caen."
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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dimanche 9 novembre 2025
LE ROMAN "RAMUNTCHO" DE PIERRE LOTI JOUÉ EN LANGUE BASQUE À HENDAYE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN MARS 1922 (deuxième et dernière partie)
"RAMUNTCHO" À HENDAYE EN 1922.
Le 26 mars 1922, est joué à Hendaye, au Théâtre des Variétés, une adaptation théâtrale en langue Basque de "Ramuntcho", le roman de Pierre Loti.
Voici ce que rapporta à ce sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, dans
diverses éditions :
- le 28 mars 1922 :
"Un grand événement artistique et littéraire à Hendaye.
"Ramuntxo" est joué en langue basque.
M. Etienne Decrept nous parle de la belle adaptation de don Toribio de Alzaga.
Malgré le mauvais temps, un public assez nombreux assistait à la première représentation de Ramuntxo en France. Le traducteur et adaptateur du roman fameux de dirigeait lui-même sa phalange d'artistes-amateurs. Disons tout de suite que le succès a été considérable et bien mérité. L'adaptateur, don Toribio de Alzaga, directeur de l'Académie de Déclamation basque de San Sébastian, est presque un professionnel de l'art dramatique. Il a des oeuvres personnelles à son actif et sa réputation chez les eskualduns transpyrénéens est grande.
Aussi son habileté scénique lui a-t-elle permis de tirer d'un livre, d'où l'action est à peu près bannie, tout ce qu'il comportait d'intérêt théâtral. On sait qu'en général on fait du mauvais théâtre avec le roman.
Les deux genres sont en quelque sorte deux frères ennemis, le roman analysant presque toujours des situations que le théâtre synthétise. A cause de cette raison profonde, toutes les tentatives faites pour extraire, des livres dont la partie dialoguée est la moins étendue, des pièces où toute vie s'exprime par le dialogue ont échoué lamentablement.
Cette mode n'est, d'ailleurs, pas ancienne et nous la devons à la période naturaliste de notre littérature : c'est entre tous ses lanceurs, Edmond de Goncourt, à l'outrecuidance sans bernes, qui crut plus particulièrement nous doter d'une dramaturgie nouvelle, appelée dans la conviction de son initiateur à supplanter les vieilles formes de notre théâtre classique ou romantique. Et ce fut alors Germinie Lacerteux aux innombrables tableaux défilant avec une rapidité cinématographique ! aux vices plus grands que les pleins ! — je veux dire que les entr'actes y duraient plus — que la pièce — et ce fut aussi l'effondrement !
Les auteurs faits pour le théâtre revinrent à la coupe en actes et si quelques-uns s'attardèrent dans la formule Goncurienne, c'est bien par hasard ou avec le désir d'être agréables à des directeurs pour qui tout l'art théâtral tient dans la mise en scène : J'ai nommé M. Antoine, le célèbre M. Antoine qui a — paraît-il — révolutionné le théâtre en France !...
C'est lui qui fit mettre Ramuntcho à la scène et ce ne fut pas un succès pour l'Odéon.
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M. Toribio de Alzaga ne s'est pas servi de la pièce française. Il a puisé directement dans le roman. Comme je l'ai dit plus haut, l'ouvrage de Loti n'ayant que peu de substance dramatique ne permettait pas au dramaturge de multiplier les épisodes sensationnels. Celui-ci, très respectueusement, a suivi presque toujours la trame du livre. A peine a-t-il guipuzcoanisé le deuxième acte en y produisant un "ttunttun" et en pourvoyant de chapeaux melon et de apes à l'espagnole les paysans sortant de l'églises. A mon voisin, qui s'effarait devant cet endimanchement inattendu, j'appris que les campagnards basques de là-bas arborent obligatoirement dans les cérémonies religieuses d'un certain ordre la cape et le chapeau haut, hérités de l'Aïeul. C'est ainsi que j'ai de mes yeux vu des Bolivars à soies longues de 1820 voisiner avec des tubes de tous calibres et de toutes silhouettes : Rétrécis par le haut, évasés, droits, à bords plats et à bords relevés. Mon père m'affirmait que vers 1850 il n'était pas rare de rencontrer des tricornes et des bicornes du XVIIe siècle et nul ne songeait à taxer cette exhibition de carnavalade.
Donc, M. de Alzaga a tout simplement fait de la couleur locale en habillant ainsi sa figuration et personne n'a le droit de lui adresser de reproches à ce sujet.
Ce deuxième acte est plein de mouvement ainsi que le troisième tableau, un peu court... et pour cause.
Par contre, dans le quatrième tableau il a fallu faire se succéder trop d'événements dans un laps de temps trop court, mais cet illogisme disparaît sur la scène quand l'action est vivement conduite, et c'est le cas.
Le cinquième tableau est nettement de transition. L'essentiel pourrait y être dit en deux minutes et j'estime que don Toribio de Alzaga pourrait s'arranger de façon à rattacher cet essentiel à la fin du quatrième tableau. Nous y gagnerions de ne pas avoir notre émotion coupée par un monologue de Florentino parfaitement inutile à la marche des événements et qui, du reste, n'est qu'une redite en prose de la chanson d'Elissamburu : Ikhusten duzu goizian. Cousez, don Toribio, cousez.
Le dernier tableau est parfait de composition et de sobriété.
La langue de l'auteur — car ici l'adaptation du drame est vraiment l'auteur de son expression — est d'une élégance et d'une pureté remarquables. Je ne connais rien d'aussi harmonieux que l'eskuarien débarrassé de ces successions d'assonances auxquelles nos baptisants n'attachent, semble-t-il, aucune importance fâcheuse. M. de Alzaga n'est point de ces trop faciles littérateurs, heureusement. Aussi, les belles tirades de Ramuntxo sont-elles un régal pour les oreilles délicates.
Mais, dont Toribio n'a pas mis que de la grâce et de la science linguistique dans ses dialogues. L'esprit, un esprit naturel, bien populaire y éclate spontanément, sans effort, quand la situation l'exige. Le public très compréhensif, accueillit chacune de ces boutades, vraiment de terroir, par des transports de joie.
Il est vrai que les deux artistes qui les lançaient sont exceptionnellement doués pour les rôles comiques : M. Eguilejor (Itxua) et M. Etxeberria (Monsieur le Curé) nous ont rappelé — mais à nous y tromper — des types rigoureusement basques et très souvent rencontrés dans nos promenades à travers Eskual-Herria.
M. Beorlegui a tenu sans défaillance le rôle difficile de Ramuntxo et, à la fin du quatrième tableau, il a su trouver des accents sincères et émouvants.
MM. Lasa et Muxika ont de bonnes figures d'Eskualduns bien sympathiques.
Les rôles de femmes ont moins d'importance que les rôles d'hommes, excepté toutefois celui de Pantxika, la mère de Ramuntxo. Mlle Olaso y fait ressortir de belles qualités de tendresse et de mélancolie.
Maritxo, la fiancée du principal protagoniste, a une interprète ingénue à point dans Mlle Arrieta ; Mlle Areitioaurtena est une Pilar basque à souhait et Mlle Iricoyen une mère religieuse enveloppante et melliflue comme celle de la réalité même. Car la scène finale du roman et de la pièce n'est pas due à l'imagination de Pierre Loti. Elle est authentique. L'un des jeunes gens qui la vécurent — le frère de la religieuse novice — la raconta à l'écrivain pour s'effarer plus tard naïvement de l'effet prodigieux que le récit dégage : Comment, demandait-il à l'un de ses meilleurs amis qui est également un intime de Loti, comment a-t-il pu si bien peindre les sentiments et les attitudes des gens qui prenaient part à cette courte discussion puisqu'il n'y assistât pas ? Ce bon Arroxko ignorait les ressources du génie. Alphonse Daudet, admirable artiste lui-même, aimait par dessus tout cette scène si sobrement tragique. Il la croyait inventée et faisait force compliments à Pierre Loti de cette délicieuse trouvaille : tu es un mage, lui disait-il !
Une vérité se dégage de cette audition théâtrale et, à mon sens, elle a une importance énorme : C'est que les personnages dessinés par Pierre Loti sont de vrais basques et non des fantoches. Si c'étaient là des être artificiels, sans nerfs ni âmes, ce n'est pas en les faisant parler "eskuaraz" que M. de Alzaga leur eût insufflé une vie qui leur manquait.
Ceci soit dit pour le bascophile M. Julien Vinson qui critiqua durement le roman Ramuntcho lors de sa parution.
Pauvre pays basque ! Chaque étranger qui le découvre croit être le seul à l'avoir découvert et jalouse le nouveau "découvreur" — passez-moi ce vieux mot tombé en désuétude on ne sait pourquoi ; — les anglais plus pratiques l'ont conservé.
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L'Ecole de déclamation de San Sébastian devrait être chère à tous les bascophiles et susciter parmi ceux de ce côté des Pyrénées la volonté d'en créer une semblable. Mais le zèle du théâtre basque ne les dévore pas et l'on voit même l'unique revue littéraire de notre région se refuser à l'insertion de la non moins unique pièce basque que l'on y ait représentée — avec succès du reste. — Il n'y a pas de grande église eskuarienne... non... mais il y a une chapelle avec ses véritables desservants. Soyons gais, mes frères et ne nous frappons pas.
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Je ne veux pas terminer cet article sans adresser mes compliments aux audacieux entrepreneurs de ce spectacle exceptionnel. Ils recommenceront, je l'espère, si le beau temps les favorise, leur théâtre sera trop petit pour contenir la foule accourue."
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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jeudi 1 mai 2025
LA PIÈCE DE THÉÂTRE "RAMUNTCHO" DE PIERRE LOTI EN MARS 1908 (quatrième et dernière partie)
LA PIÈCE DE THÉÂTRE "RAMUNTCHO" EN 1908.
"Ramuntcho" est une pièce en 5 actes et 12 tableaux, écrite par Pierre Loti et représentée pour la première fois au Théâtre de l'Odéon, le 28 février 1908.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Comoedia, le 1er mars 1908, sous la plume de Pierre
Souvestre :
"Théâtre National de l'Odéon.
Ramuntcho.
Pièce en 5 actes et 10 tableaux de M. P. Loti, de l'Académie française, musique de M. Gabriel Pierné.
... La soirée.
Ours menaçants.
Si vous ou moi — moi surtout évidemment — étions allés soumettre à M. Antoine un scénario extrait du merveilleux roman de M. Pierre Loti, il nous aurait sûrement répondu :
"Je vous en supplie, ne compromettez point cette oeuvre admirable et n'essayez pas à la scène ce qui fut écrit pour être lu dans la paix du foyer, le calme de l'esprit et la quiétude parfaite de l'âme".
Et M. Antoine nous aurait poliment mais carrément mis à la porte.
Toutefois, semblable réponse était plus délicate et plus scabreuse à faire si d'aventure l'auteur du scénario se trouvait être celui du roman.
Or il arriva en fait que ce fut M. Pierre Loti qui apporta à M. Antoine le projet d'adaptation pour le théâtre de son roman Ramuntcho.
Une pièce de M. Pierre Loti, cela ne se voit guère souvent. Cela se reçoit les yeux fermés. Il est dommage que cela s'entende aussi parfois de même !
Crépuscules.
A la vérité, nous nous attendions à vivre quelques heures au joli pays basque tout rutilant de lumière et c'eût été un appréciable contraste avec le mauvais temps gris, pluvieux, fumeux, maussade, boueux, désagréable, qui sévissait, concomitant avec la première.
Mais, hélas ! l'amour au pays basque ne se déclare pas au grand jour et les machinistes, dûment stylés par le metteur en scène, nous ont fait passer de crépuscules bleutés en crépuscules roses, en crépuscules gris.
Félineries.
Au demeurant, nous n'avons cessé d'entendre sonner l'angélus ; les cloches ont aussi battu, mélancoliques, l'andante des agonisants et ces choses eussent été anormales à l'aurore.
De plus l'obscurité convient aux chats :
On se demande à quel propos nous parlons ici de chats, car en vérité nous n'en vîmes point. Cependant, nous aurions pu en voir. Il y a à cela deux raisons.
M. Pierre Loti adore les chats. Ce sont de jolies bêtes séduisantes et félonnes ; cyniques et caressantes. Il est loisible d'aimer les chats et cette sympathie d'un grand homme pour les démons soyeux du foyer flattera les vieilles dames prêtresses du culte de Raminagrobis. Ramuntcho — le Ramuntcho du roman — aime aussi les chats.
| PIERRE LOTI ET SON CHAT A ASCAIN PAYS BASQUE D'ANTAN |
Il en possède un, familier, domestique. Eventuelle consolation pour les heures d'affliction.
Or, on voulut mettre ce chat à la scène de l'Odéon. — Les bêtes au théâtre ce sont là les idées neuves qui plaisent dans une certaine mesure.
On se procura donc un agora — ou un vulgaire minet de gouttière — (je n'ose l'affirmer, ne l'ayant pas vu, vous dis-je) et ce personnage entra tout de go à l'Odéon, plus aisément, je vous l'assure, qu'un second prix du Conservatoire.
Il fallut ensuite l'acclimater en dépit de quelques coups de griffes et le chat finit pas se tenir tranquille aux côtés de Ramuntcho qui, dès le troisième tableau du dernier acte, le récompensait d'une friandise.
Mais à la générale, ah ! à la générale ! est-ce l'émotion de l'artiste, est-ce l'énervement redouté du félin, Alexandre — Ramuntcho, — coupa audit animal sa scène et son lunch : le chat resta au fond du panier d'où il aurait dû sortir !
A un tableau près.
Au surplus, cela ne nuisit en aucune façon à l'action poignante et comme il devait être question par la suite au cours de la pièce de ce fameux chat, étant donné qu'il n'avait point paru, on coupa d'autorité tous les passages du texte qui se rapportaient à lui.
Voilà un chat qu'on n'y reprendra plus.
D'ailleurs, on n'en est pas à une coupure près dans Ramuntcho. L'abondance des tableaux le permet. C'est ainsi qu'on a supprimé le troisième tableau du troisième acte au cours duquel Ramuntcho, faisant ses adieux à sa petite amie Gracieuse, devait évidemment répéter à peu de choses près ce qu'il venait de lui dire au tableau précédent.
Toutefois, les personnes soucieuses de connaitre le décor de cette tranche de drame ont quelques chances de le voir aujourd'hui dimanche en matinée :
Il est question de le rétablir pour cette représentation.
Chez les artistes.
La pièce étant très courte, malgré ses dix ou onze tableaux, à cause des longs entr'actes et de la belle partition de M. Pierné, nous avons eu tout le loisir de nous entretenir avec les artistes au foyer du théâtre.
Un menu peu banal.
Nous avons même assisté au dîner de Mlle Sylvie. Cette délicieuse artiste surmenée, fatiguée, en proie aux affres d'un trac suraigu soupait vers les dix heures un quart avec de l'alcool de menthe pour tout potage et dessert.
C'est un joli menu pour une amoureuse mystique et Gracieuse incarne son rôle jusque par delà le décor. Mais j'imagine que le couvent changera ce régime...
Mlle Sylvie, si audacieuse lors de ses débuts ingénus, redoute l'abord de la rampe aujourd'hui qu'elle a de l'autorité, de la notoriété, de l'assurance.
Elle nous confiait son rêve de se casser la jambe un jour en venant au théâtre pour vivre un peu tranquille...
Inadmissible voeu que tout Paris réprouve.
N'abusez pas de l'alcool de menthe, Mademoiselle Sylvie, même les soirs énervants de répétition générale.
Une belle moribonde.
Mlle Sylvie veut se casser la jambe. Mme Emilienne Dux songe à mourir.
D'un acte à l'autre, il s'écoule trois ans au deuxième entr'acte, nous retrouvons la sympathique artiste considérablement vieillie : perruque grisonnante, lèvres décolorées.
La pauvre dame va mourir à onze heures vingt, ce qui est fort apitoyant.
Heureusement, elle meurt si merveilleusement et dans une allure si poignante que le public enthousiaste la ressuscite par ses acclamations.
Les congrégations expulsées semblent s'être donné rendez-vous dans les couloirs odéoniens ; elles y vivent en bonne intelligence avec un peu de clergé séculier et même ce qui est pire avec des douaniers retors et des contrebandiers facétieux, mais tout cela paraît peu de chose à côté de l'animation que détermine en ces lieux des pelotaris tapageurs :
Bruyants pelotaris.
Parlons des pelotaris basques qui sont le clou de la pièce :
Il s'agit d'une équipe de véritables professionnels. Professionnels de grande race qui font au deuxième acte des prodiges d'habileté.
Vous ne vous en doutiez pas ?
Ecoutez.
Les joueurs de pelote disposent d'ordinaire d'un champ de douze mètres environ et jouent avec des balles qui pèsent une livre.
La scène de l'Odéon — encore que vaste se prêtait peu à semblable développement.
On a diminué le champ des joueurs, le poids des balles, point l'habileté des pelotaris, ni même leurs éclats gutturaux si bien que nous n'avons rien entendu des propos qu'échangeaient le galant Ramuntcho et sa douce fiancée.
Mais nous nous en sommes bien douté, n'ayez crainte. Ils se disaient qu'ils s'aimaient et cela s'entend sans qu'on perçoive exactement tous les mots du thème si doux à développer.
Alexandre le Grand.
Mais Ramuntcho ?
Ramuntcho ! Ramuntcho, c'est Alexandre.
Alexandre ? Eh oui ! un jeune qui sort du Conservatoire... en est-il même sorti ?... Il ira loin cet Alexandre, car il a du tempérament, de l'allure et de la voix... plus loin que Ramuntcho... "pièce de M. Lucien Jusseaume écrite pour le théâtre Colonne" a dit un ironiste et revêtant son pardessus !"
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