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lundi 14 septembre 2026

UNE EXPÉRIENCE DE PÊCHE EN TRAÎNIÈRE BASQUE EN BRETAGNE EN 1906 (deuxième et dernière partie)

 

UNE EXPÉRIENCE DE PÊCHE EN TRAÎNIÈRE BASQUE EN 1906.


Au début du 20ème siècle, les pêcheurs Basques vont faire part de leur expérience aux pêcheurs Bretons.




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UNE TRAÎNIERE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet Georges Price dans le quotidien Gil Blas, le 14 septembre 1906 :



"Une expérience.



Au commencement du siècle dernier, l'Académie des sciences mit au concours, plusieurs années de suite, le sujet suivant : Si vous prenez un vase plein d'eau, et si vous y plongez un corps quelconque, une pierre par exemple, l'eau déborde. Si vous y plongez un poisson de même volume que la pierre, le liquide ne s'écoulera pas. — Déterminer et exposer, les causes de cette différence.



Les concurrents abondèrent, et des quantités de mémoires développèrent des raisons toutes plus ingénieuses les unes que les autres, mais dont aucune ne parut suffisamment probante à l'académie, qui persistait à remettre chaque année le même sujet au concours.



Or, il arriva qu'un jour, un des concurrents eut l'idée d'étudier non plus sur le papier, mais dans la nature même ce singulier phénomène : Il prit un vase plein d'eau et y plongea une pierre qui le fit déborder. La pierre retirée et le vase rempli de nouveau, il y plongea délicatement un poisson de même volume que la pierre, et, alors, il constata, non sans une indicible stupéfaction, que le bassin débordait avec le poisson exactement comme avec le caillou.



Il vient de se passer en Bretagne quelque chose d'analogue. On sait que depuis plusieurs années, les pêcheurs bretons se plaignent de la disparition des sardines. Là-dessus, on a cherché des explications à cet état de choses désastreux, qui prive les populations côtières d'une industrie essentielle. On a tour à tour attribué les migrations de la sardine à l'abus d'engins de grande pêche râclant les fonds, à la coupe des goémons, à des déviations du Gulf-Stream, etc.



Or, il advint qu'un jour, des armateurs basques, qui continuaient à pêcher la sardine sur leurs côtes en grandes quantités, et qui connaissaient peut-être l'histoire du poisson de l'Institut, s'avisèrent de vérifier le fait. Ils envoyèrent, sur les côtes de Bretagne, la traînière Adela, avec un équipage de choix, avec mission d'expérimenter ce que donneraient les méthodes basques appliquées à la région bretonne. 



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 TRAÎNIERE ADELA GUETHARY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici comment notre confrère, le Courrier de Bayonne, raconte cette expérience, dont les suites ne manquent pas de piquant :


"L'Adela, remorquée par la Ville-de-Palais, et suivie du bateau garde-pêche du gouvernement Petrel, ainsi que de quatre vapeurs, se rendit sur le lieu de pêche et, du premier coup de filet, ramena 24 000 sardines, 300 maquereaux et d'autres poissons.



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REMORQUEUR VILLE-DE-PALAIS


Ce fut alors du délire parmi les spectateurs ; mais, à la réflexion, les pêcheurs bretons s'imaginèrent que, si ces prises continuaient, le prix des sardines allait diminuer dans des proportions telles que leur métier ne serait plus rémunérateur.


Aussi, au deuxième coup de filet, montrèrent-ils une hostilité inattendue ; malgré la sauvegarde des vapeurs, des centaines de bateaux de pêche traversèrent les filets de nos marins, s'opposant par une obstruction systématique à la réussite de leurs efforts. On fut presque sur le point d'en venir aux mains ; bref, il fallut renoncer à continuer et l'Adela rentra à Nantes, toujours remorquée par la Ville-de-Palais.


Le ministre de la marine fut prévenu télégraphiquement et mis au courant de l'incident.


Les Bretons revinrent d'ailleurs bien vite à de meilleurs sentiments et c'est dans d'excellents termes que nos pêcheurs se sont séparés d'eux.


Il ressort de cette expérience que le poisson est encore abondant sur les côtes de Bretagne et que nos Basques feraient, grâce à leur expérience, à leur habileté et à leurs engins, de magnifiques captures là où d'autres ne réussissent qu'à gagner à peine leur vie.


Le patron de l'Adela, qui est rentré dimanche à Guéthary avec ses compagnons, à bord du vapeur Normand, déclarait, en effet, que si on les avait laissé pêcher 15 jours, ils auraient pris pour 26 000 francs de poissons."



Il y a quelque chose à ajouter à la conclusion que tire notre confrère de cette aventure. C'est qu'il est extraordinaire que les pouvoirs publics, qui disposent sur la côte de sources d'informations techniques nombreuses (laboratoires maritimes, écoles de pêche, etc.), aient laissé s'accréditer la légende de la disparition de la sardine sans se rendre compte que le mal venait de l'infériorité des méthodes employées. L'expérience que les basques ont cru spontanément devoir faire, aurait dû être faite depuis longtemps par l'initiative des autorités maritimes.



Enfin, on peut conclure encore qu'il est navrant de voir une partie de nos braves populations côtières persévérer dans des routines qui les mettent dans l'impossibilité de se suffire à elles-mêmes là où d'autres gagneraient largement leur vie. Si je disais qu'on a fait tout ce qu'il fallait pour les instruire, on se moquerait de moi. On aime mieux organiser une souscription quand la famine impitoyable fait son apparition. Il serait plus simple et moins coûteux d'éviter la famine, et les basques viennent de nous prouver que c'était possible."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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