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jeudi 30 avril 2026

L'ÉCRIVAIN PAUL-JEAN TOULET DE GUÉTHARY EN LABOURD AU PAYS BASQUE (première partie)

 

L'ÉCRIVAIN PAUL-JEAN TOULET.


Paul-Jean Toulet, né à Pau (Basses-Pyrénées) le 5 juin 1867 et mort à Guéthary (Basses-Pyrénées) le 6 septembre 1920, est un écrivain et poète français, célèbre pour ses Contrerimes, une forme poétique qu'il a créée.




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PAUL JEAN TOULET



Voici ce que rapporta à son sujet Pierre Labrouche dans le Bulletin du Musée Basque N° 21-22, 

en 1942-1943 :



"P. - J. Toulet.



Au cours de nos promenades dans le pays de Béarn nous nous sommes arrêtés, quand nous traversions le charmant village de Carresse, devant une tranquille maison d'autrefois enfouie dans la verdure. Le lieu est en retrait, à la sortie du village. Un vieux mur, une grille de fer la séparent du chemin qui tourne, à cet endroit, et descend vers la campagne. Devant le perron, un joli petit jardin très feuillu, plein d'arbres, des ormeaux, des magnolias. Un grand silence. C'est la maison de mon ami le poète Paul-Jean Toulet. Voici l'endroit où il aura passé les meilleures années de sa vie et je puis même dire les seules bonnes années de sa jeunesse.




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VUE GENERALE AERIENNE DE 64 CARRESSE
BEARN D'ANTAN



Ce n'est pas sans émotion que les pèlerins du souvenir, les amoureux des belles lettres salueront cette demeure qui fut celle d'un des plus charmants poètes de notre temps.



C'était au temps où il habitait encore en Béarn que je le rencontrai pour les premières fois. Il n'avait pas écrit grand chose, que je sache, à ce moment, mais, très vite, l'on s'apercevait qu'on n'avait pas affaire à n'importe qui. Toulet ne dédaignait pas de se montrer aux fêtes du pays, soit en Béarn, ou à Dax aux courses de taureaux, soit aux parties de pelote à Saint-Palais, en Pays basque, aux courses de vaches landaises de Peyrehorade et je garde encore le souvenir de l'œil amusé et narquois dont il contemplait tout cela.



Grand, mince, très soigné, il était toujours coiffé, à cette époque, d'un béret qu'il savait admirablement porter et cela n'est pas donné à tout le monde. Mais notre intimité date surtout de Paris. Là, durant de longues années d'avant-guerre, je le rencontrais presque tous les soirs au café Weber, rue Royale, où nous nous retrouvions avec des amis, le peintre Maxime Dethomas, Jean de Tinan, Curnonsky, Paul Leclercq, le fondateur de la Revue Blanche, Forain, Moréas, André Rivoire, Louis de la Salle, Paul Souday, ou bien au bar de l'Elysée Palace, surnommé le "Bain de Cuir", endroit paisible où Toulet aimait se livrer au plaisir de la conversation, ou encore au bar de la Paix. Là venaient souvent le rejoindre le peintre Francis Picabia, le fondateur du dadaïsme, Claude Debussy, pour lequel Toulet eut longtemps le projet d'écrire un livret, qui n'aboutit pas. Il y fait allusion dans des lettres que j'ai en mains.



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LE HALL
75 PARIS ELYSEE PALACE HÔTEL



En outre, il me fit souvent le très grand plaisir de venir dîner chez moi, dans mon atelier de l'avenue Henri-Martin. 



J'ai conservé des longues soirées passées avec lui un souvenir délicieux.



Nous appelions le "Bain de Cuir" le grand bar du sous-sol de l'Elysée Palace parce que d'énormes fauteuils, de profonds canapés confortables de cuir sombre en faisaient le principal attrait. Le second avantage du Bain de Cuir était qu'à l'heure où nous y arrivions, il n'y avait pour ainsi dire jamais personne. On se fut cru chez soi. Il y régnait un profond silence. De temps en temps, à quelque distance, quelques consommateurs, un murmure. C'était tout. Et nous nous sommes toujours demandés comment ce bar faisait ses affaires ! Quoiqu'il en soit, vers dix ou onze heures du soir, c'était un calme, une sérénité ! Endroit parfait pour se livrer au plaisir de la conversation.



Je revois encore Toulet descendant les quelques marches de l'escalier qui aboutissait à ces taciturnes profondeurs, s'installant avec des airs frileux dans un des énormes fauteuils. Au bout de peu de temps le rejoignaient là quelques fidèles, Emile Henriot, Jean-Louis Vaudoyer. Toulet passait d'un sujet à un autre au milieu de la conversation générale, puis, tout à coup, les feux d'artifice des paradoxes commençaient à jaillir et à lancer les étourdissantes fusées, les incroyables gerbes éblouissantes dont, nous autres, les auditeurs, garderons toujours l'étonnant souvenir.



Bien qu'on lui ai fait, je ne sais pourquoi, la réputation d'un être quinteux et presque agressif, il était au contraire d'une extrême politesse ; vis-à-vis de moi il fut toujours d'une parfaite affabilité ; son érudition était fort étendue, sans la moindre pédanterie et s'il aimait parfois manier le paradoxe et l'ironie, il émanait de ses entretiens un charme rare et très subtil. C'était surtout quand on était peu de monde autour de lui qu'il était agréable de l'entendre, car, loin de tirer à lui la couverture — si j'ose ainsi parler — de la conversation, il avait une singulière adresse à laisser parler les autres et à sembler les faire briller, tout en dirigeant, sans en avoir l'air, la causerie et en y prenant part d'une façon telle que ceux qui furent ses familiers en garderont longtemps la mémoire.



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ECRIVAIN PAUL-JEAN TOULET
A 25 ANS



La conversation de Toulet était toute en nuances, en échappées, en finesse, en boutades, en choses qui sembleraient devoir se terminer et qui s'évanouissaient comme un arc-en-ciel, en heureuses réparties. C'était très aérien, léger, peu appuyé et là en résidait la principale séduction.



Quand sa propriété de Carresse fut vendue, commença pour lui une vie très incertaine, plus que difficile, très dure, mais qu'il supporta dignement, sans qu'il s'en plaignit ou fit, à cet égard, l'ombre d'une allusion.



Il est évident que Toulet fut, pour ainsi dire, totalement ignoré de son temps. Chose étrange, dans bien des milieux littéraires, tout le monde avait pourtant lu M. du Paur et le délicieux livre Mon amie Nane. Mais sa réputation de très bel écrivain ne dépassait pas le cercle restreint d'une certaine élite et de cénacles littéraires. Le gros public n'était pas touché.



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LIVRE MON AMIE NANE DE PAUL JEAN TOULET


Aujourd'hui, méconnu de son vivant,, il prend sa revanche par la haute place qu'il aurait dû occuper dans les lettres de son époque. L'heure réparatrice d'une trop longue injustice a sonné pour sa mémoire. La voix de ses fervents admirateurs s'est fait entendre et écouter. De cette revanche, une grande part revient à l'éditeur M. Henri Martineau dont la courageuse revue Le Divan n'a cessé de protester contre ce déni de justice littéraire. Remercions-le au nom de tous ceux qu'a passionnés l'œuvre de Paul-Jean Toulet.



Il écrivait de-ci de-là dans des revues, à la Vie Parisienne, où il publia ces charmantes Pensées chinoises parmi lesquelles je cueillis, entr'autres, celle-ci :


"Tout ainsi que les mikados d'autrefois, le bonheur est un prince irrésistible et caché à qui l'on fait sa cour sans jamais le voir face à face."



De cette incompréhension vis-à-vis de son talent si subtil, il est certain qu'il devait souffrir dans son cœur. Outre les difficultés matérielles qui en résultaient forcément, comment un être doué d'une sensibilité aussi aiguë, aussi frémissante, n'en eut-il pas conçu dans son for intérieur une décevante amertume ?



La destinée, il faut l'avouer, fut mélancolique pour cet écrivain de haute classe qui était un très bel artiste dans toute l'acception du mot.



De ces rancœurs je n'ai trouvé nulle trace en ses propos. Jamais un mot dur ni acerbe vis-à-vis d'un confrère, jamais une révolte. Non point qu'il fut résigné. Loin de là ! Mais il avait la coquetterie de ne point vouloir faire figure d'aigri ni surtout d'en montrer la face.



Peut-être l'irrégularité de son travail était-elle pour quelque chose dans ce manque de réussite. Difficilement on eut pu obtenir de lui à un journal, par exemple, une collaboration régulière. Il n'aimait à travailler qu'à ses heures, pour ainsi dire, en dilettante.



Dans ses écrits en prose, dans ses vers, son souvenir reviendra vers sa province, son cher Béarn, le Gave, les Pyrénées. Sa pensée regrettera sans cesse les belles après-midi d'été de notre ravissant pays, quand l'air y est transparent comme du cristal, ou les douces journées d'automne, dorées comme du miel. Il reverra, en songe, les maisons de campagne aux persiennes fermées et il évoquera les belles siestes d'autrefois. Ecoutez-le :


"Cette chaleur m'enchante, dit M. du Paur, je l'ai toujours aimée et le soleil et l'été aux heures pareilles toutes blanches qu'il me semble encore sentir battre de l'aile autour de moi. Dans une salle vaste, carrelée, aux volets clos, rayés de jour, qu'il faisait bon s'allonger et ne rien faire. Parfois, de quelque fente, un bourdon entrait, dont le vol bruissant et continu faisait savourer davantage l'inaction, la fraîcheur et le silence." Et comme son interlocuteur lui fait remarquer que ce bonheur n'est pas hors de portée, que cela ne le ruinera guère. "Mais si, mais si ! reprend M. du Paur en souriant, vous savez bien que le temps des siestes est passé pour moi. Jamais plus je n'entendrai, au fond d'un sommeil léger étendu sur moi comme un tulle, le claquement lointain des portes, ni le rire jeune des lingères goûtant à l'office, ou bien le cri strident du pic à travers les branches."



Quel délice que cette description ! Ce morceau est à lui seul un vrai petit chef-d'œuvre. Comment, avec si peu de choses, arriver à l'évocation de tout cela ! Il semble qu'une porte va s'ouvrir et que l'on va sentir l'odeur d'un fruitier dans une de nos vieilles demeures provinciales, un fruitier tout odorant de fruits, de pommes et de pêches. C'est en cela qu'il est passé maître. C'est de créer toute cette atmosphère avec, semble-t-il, si peu de moyens. On retrouvera une sensation analogue dans l'Almanach des Trois Impostures, quand il écrit : "Ce n'est rien, ombres d'août, ce n'est qu'une porte qui s'ouvre dans le silence de l'après-midi et l'approche de ce qu'on aime, glissante sur les dalles du frais corridor".



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LIVRE LES TROIS IMPOSTURES DE PAUL JEAN TOULET


A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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