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mercredi 29 avril 2026

LE RÔLE POLITIQUE DU BAYONNAIS DOMINIQUE GARAT D'USTARITZ PENDANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (deuxième partie)

 

DOMINIQUE GARAT ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.


Dominique Garat dit "Garat-Aîné", né le 12 décembre 1735 à Ustaritz (Royaume de France) - Mort le 9 décembre 1799 à Bassussary (Basses-Pyrénées) est un avocat et homme politique français d'origine Basque.




député tiers ustaritz avocat pays basque
DOMINIQUE GARAT "AÎNE"


Voici ce que rapporta Michel Etcheverry à son sujet dans le Bulletin de la Société des Sciences, 

Arts & Lettres de Bayonne, en janvier 1930 :



"Le rôle politique de Dominique Garat.



... Dominique Garat et la Petite Patrie.



Le cahier du tiers-état du Labourd avait chargé les députés de cette province de demander la conservation de la constitution particulière à elle octroyée par les ordonnances royales. Les habitants, y était-il-dit, "se trouvent assez bien de ce régime ; ils craindraient d'en changer". Qu'on juge de la réception de ces régionalistes fervents lorsque la nuit du 4 août vint faire table rase de leurs immunités. Les deux Garat avaient cédé à l'entraînement général, ils avaient subi l'effet de cette ambiance égalitaire, de cette superstition idéologique, si bien décrite par Taine — qui vit dans l'unité Française un fétiche ennemi de toutes les diversités, même des plus légitimes, des plus respectables, des plus fécondes. Leur vote sanctionne ce farouche article 10 qui disait : "Une constitution nationale et la liberté publique étant plus avantageuses aux provinces que les privilèges dont quelques-unes jouissaient et dont le sacrifice est nécessaire à l'union intime de toutes les parties de l'empire, il est déclaré que tous les privilèges particuliers des provinces, principautés, pays, cantons, villes et communautés d'habitants, soit pécuniaires, soit de toute autre nature, sont abolis sans retour et demeureront confondus dans le droit commun de tous les Français". Je vous renvoie simplement à l'ouvrage déjà mentionné de M. Darricau pour connaître le mécontentement ; disons même l'irritation qu'on ressentit en Labourd à la nouvelle de cette hécatombe politique. Je me contente d'une citation qui intéresse les deux représentants du Tiers. Dans une lettre à eux adressée par le Comité de correspondance, au nom du Bilçar, à la date du 5 septembre, nous trouvons ces lignes, énergiques et digne rappel à l'ordre : "La question de votre destitution avait commencé à s'agiter au Bilçar ; nous avons cru devoir l'étouffer, mais nous ne l'avons fait que dans l'espérance de plus d'exactitude de votre part ; nous ne vous dissimulons pas que si vous trompiez cette espérance, aucune considération ne contrarierait de notre part l'exécution de cette menace humiliante".



Cette sévère mercuriale fit sans doute réfléchir les deux Constituants. Venus à résipiscence nous les verrons tout à l'heure appuyer avec ardeur certaines revendications Labourdines. Peut-être même est-ce à cette leçon de patriotisme local qu'il faut rapporter la double intervention de Dominique Garat en faveur du maintien dans les actes royaux du titre de roi de Navarre (8 et 12 octobre 1789). Le détail en ayant été donné par M. Morbieu dans sa brochure : "Le Royaume de Navarre et la Révolution Française", je passe sur cet épisode.




CARTE DE NAVARRE 1749



Une question allait se poser qui causa une véritable alarme en pays basque : la fusion avec le Béarn pour la composition du département des Basses-Pyrénées. Le Labourd prit nettement position contre le projet. La 5e proposition votée par le Bilçar le 18 Novembre 1789 donne mandat au Syndic Général, conjointement avec le Bureau du Comité de correspondance "de solliciter de l'Assemblée Nationale la maintenue de sa constitution actuelle et de lui demander, dans le cas qu'il ne puisse y réussir, à être réuni aux provinces de la Basse-Navarre et de la Soule seulement". Et dans le mémoire qui suivit, le même voeu était formulé en ces termes : "Si, contre notre attente, il y avait une impossibilité absolue de laisser le Labourd en lui-même, c'est avec les Basques Navarrais et ceux de la Soule qu'il pourrait fraterniser le mieux". On sent bien que la cause de la constitution elle-même apparaît gravement compromise à nos ancêtres, que, s'ils s'obstinent à la défendre, c'est sans grande illusion et que leur espoir suprême réside dans la création d'un organisme administratif national. Le 8 janvier 1790 M. Bureau de Puzy, rapporteur, avouait les difficultés que rencontrait l'établissement d'un département Basque-Béarnais et remettait la solution à une date ultérieure.



L'affaire revint en discussion le 12. Les deux Garat s'opposèrent avec vigueur à l'amalgame. Dominique insista sur la différence irréductible des langues et sur le danger de porter atteinte à l'intégrité de l'âme Basque par le mélange avec des peuples plus éloignés des moeurs patriarcales. (Ce plaidoyer a été reproduit par M. l'abbé Haristoy au tome II de ses Recherches historiques sur le pays basque, p. 210). Ni ces considérations, ni les protestations véhémentes de son frère ne purent conjurer l'événement. "L'assemblée, en suivant l'avis du Comité, décrète la réunion du pays des Basques et du Béarn" insère le Moniteur (t. III, p. 113). Le 15 la mesure était confirmée par le vote de la division définitive en 83 départements. Garat l'aîné essaya pourtant le 8 Février, à l'occasion de la formation des six districts, de rouvrir le débat. Ce fut peine perdue. Le 16 février l'assemblée adoptait les articles généraux puis, le 26, les derniers détails liquidés, décrétait la nouvelle carte politique de la France et, le 4 Mars, les Lettres Patentes du roi apportaient la consécration décisive à l'oeuvre ainsi accomplie.



Quelques mois plus tard, Dominique Garat se faisait derechef l'interprète des desiderata de ses concitoyens en plaisant la cause du Séminaire de Larressore. C'était le 7 juin 1790. L'assemblée délibérait sur l'article IX de la constitution du clergé que voici : "Il ne sera conservé qu'un seul séminaire dans chaque diocèse ; tous les autres seront éteints et supprimés". Bien que collège mixe en fait, Larressore était établissement diocésain. Cette disposition le menaçait dans son existence. Puisque l'évêché départemental allait être, le 7 juillet, fixé à Oloron, il semblait naturel que le séminaire de cette ville subsistât seul. Garat essaya de parer le coup : "Il serait imprudent, dit-il, de supprimer ainsi des maisons absolument utiles à certaines provinces ; la mienne surtout le verrait avec déplaisir". Il eut satisfaction. Le texte fut déclaré valable pour les seuls séminaires proprement dits, "sans entendre rien préjugé, ajoutait le décret, quant à présent sur les autres maisons d'instruction et d'éducation". C'est donc à lui apparemment que notre antique maison dut deux années de vie. Puisse-t-il lui avoir été tenu compte de ce geste ; il n'était pas de trop pour en compenser d'autres, ainsi qu'on s'en convaincra bientôt.



Le 25 Novembre 1790, M. Lasniel, rapporteur des Comités d'agriculture et de commerce, amorçait un sujet d'un intérêt primordial pour notre pays : il s'agissait de la franchise accordée par les Lettres de Juillet 1784 à Bayonne, St-Jean-de-Luz et la rive gauche de la Nive. Ce régime spécial avait créé des divergences ardentes ici-même parmi les populations auxquelles il s'appliquait disait l'orateur, et il prenait visiblement parti pour sa suppression. Ce fut une belle joute. Le maintien, au moins provisoire, du statu quo trouva des avocats éminents, dont Mirabeau, Barnave, l'abbé Maury pour ne nommer que les plus connus. Dominique Garat, malgré son organe affaibli, rompit sa lance dans la controverse. Je résume le double argument auquel il en appela pour faire respecter l'état de choses existant. Les marchandises étrangères iront dans les ports francs d'Espagne et la fraude les introduira dans la zone en litige à travers des montagnes impossibles à garder. D'autre part abolir la franchise c'est chasser de Bayonne les marchandises espagnoles et perdre la prime de 5% — heureux temps ! — que le commerçant Français avait touchée en espèces lors de leur achat par échange". "Vous ne recevrez plus l'or Espagnol, les lingots qui servent à augmenter la masse de votre numéraire". Cette longue passe d'armes aboutit à un ajournement sine die.



Divisés sur le terrain économique, les Luziens l'étaient aussi en matière électorale. Les échos de ces contestations retentirent jusque dans l'enceinte de la Constituante à plusieurs moments de l'année 1790. On ne voit pas que Dominique Garat soit entré en lice. Il n'y a pas à s'en étonner ; le problème était fort embrouillé. Il se peut d'ailleurs qu'il fut d'accord avec le vicomte de Macaye qui, le 8 juin, déposait un projet de décret animé d'un esprit de conciliation très louable. Ce qui surprend davantage, c'est que le même Nicolas de Haraneder ait été seul à protester contre le choix de Pau pour chef-lieu du département. Je rappelle brièvement les faits. On avait au début de février 1790 incité les députés du nouveau département des B. P. à indiquer la capitale administrative. La mésentente éclata aussitôt et les représentants en référèrent aux électeurs. Ceux-ci — après de vives polémiques à travers le pays sur le siège de la première assemblée électorale — avaient été par décret de la Constituante du 17 février, convoqués à Navarrenx. Ils devaient au terme de ce décret "délibérer sur le choix de la ville dans laquelle sera fixé le département ou sur l'alternat, s'ils le jugent convenable". Navarrenx naturellement travailla le corps électoral ; Pau de son côté cherchait à le gagner. Ce fut la petite ville qui l'emporta ; mais la cité d'Henri IV ne se tint pas pour battue. Aussi le 4 octobre M. Gossin, mandaté par le Comité de constitution réclamait contre la décision des électeurs et l'assemblée votait le transfert des services départementaux sur les bords du Gave. Le lendemain M. de Macaye s'élevait énergiquement contre la mesure "au nom de tous les Basques-Français et d'une grande partie du Béarn". Pourquoi Dominique Garat pas plus d'ailleurs que son frère — ne joignit-il pas sa voix à celle du gentilhomme ? Est-ce qu'il jugeait la partie perdue ? De fait la réclamation de M. de Macaye n'obtint aucun résultat ; le roi sanctionnait le 14 octobre le décret du 4."



pays basque autrefois revolution
GARAT JOSEPH-DOMINIQUE "LE JEUNE"



A suivre...


(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 




 

  







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