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vendredi 3 avril 2026

LE NAUFRAGE D'UN NAVIRE DE L'ÉMIGRATION BASQUE "LA LÉOPOLDINA-ROSA" EN SEPTEMBRE 1842 (première partie)

LE NAUFRAGE DE LA "LÉOPOLDINA-ROSA" EN SEPTEMBRE 1842.


Lors de ce naufrage, plus de 230 personnes, la plupart originaires des Basses-Pyrénées périssent.



émigration basque naufrage uruguay
CARTE DU LIEU DU NAUFRAGE DE LA "LEOPOLDINA-ROSA"
4 OCTOBRE 1842



Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire L'Echo des Vallées, le 29 septembre 1842 :



"Naufrage de la Léopoldina-Rosa.

Demande de mise en jugement de l'équipage.



Nous ne reproduisons pas ici les détails que tous les journaux ont déjà publiés sur cette déplorable catastrophe. Nous nous contenterons de faire connaître à nos lecteurs une pétition qui vient d'être adressée à M. le Ministre de la Marine pour obtenir que l'équipage de ce malheureux navire soit mis en jugement. On y trouvera d'ailleurs l'extrait d'une lettre qui vient d'être reçue de Montévidéo du médecin de l'expédition. Elle revêt un certain caractère d'authenticité et mérite le plus vif intérêt. Ces nouveaux détails nous confirment entièrement dans l'opinion que nous avions déjà formée en lisant la première relation, à l'égard de la véritable cause de la perte des passagers ; et il nous en coûte de le dire, elle est en tout conforme à celle qui se trouve exprimée dans la pétition. Nous souhaiterions beaucoup pour la satisfaction des équipages de la marine marchande que celui de la Léopoldina-Rosa pût alléger la terrible accusation qui pèse sur lui. Nous le désirerions aussi pour la localité d'où il a été tiré, et qui, voisine de Bayonne, fournit ordinairement des marins si bons et si vaillants ! Les Basques se sont toujours montrés jaloux de la réputation maritime qu'ils ont si justement acquise, et ils s'en montreront encore plus dignes en s'associant à nous pour flétrir, comme on doit le faire, une conduite que rien ne semble pouvoir justifier. 

emigracion vasca uruguay
MONTEVIDEO URUGUAY 1889


Nous louons beaucoup la pensée nationale et humanitaire qui a présidé à la rédaction de cette pétition. Il serait en effet déplorable que l'insubordination et la lâcheté restassent impunies, surtout après avoir eu des résultats si funestes et si douloureux pour le pays. Outre que cette impunité serait du plus pernicieux exemple, elle augmenterait le douloureux sentiment qu'on éprouve en lisant les détails de ce naufrage ; car chacun s'y trouve profondément blessé dans ses sentiments d'humanité ; c'est en vain que l'on y cherche cette consolation qu'offrent souvent les grandes catastrophes, et qui consiste dans l'impuissance où l'homme se voit de leur résister ; impuissance dont le sentiment nous révèle la supériorité des décrets de la Providence et la nécessité de nous y soumettre sans murmurer. Mais ici la Providence avait laissé à l'homme une chance et des moyens de salut ! Anathème sur ceux qui, en cette occasion, ont outragé toutes les lois divines et humaines !... 

emigracion vasca barco
BATEAU DE L'EMIGRATION
PAYS BASQUE D'ANTAN

Nous faisons donc des vœux pour que M. le Ministre de la Marine puisse accéder à la demande qui lui est adressée. Cette réparation semble être due aux mânes des victimes de ce naufrage. Et nous, qui sommes entourés ici de familles qu'il plonge dans le deuil, nous pouvons assurer que cette marque de sollicitude sera reçue avec reconnaissance et enthousiasme.— Nous invitons tous nos collègues de la presse à se joindre à nous pour appuyer cette demande, puisqu'il s'y agit d'un intérêt général. 



Nous ne pouvons terminer sans payer ici un tribut bien mérité à la mémoire du brave et infortuné capitaine Frappaz ; marin habile et expérimenté, homme distingué sous beaucoup de rapports très précieux dans la société, il est mort à son poste victime de son dévouement ! il lègue à ses frères de la marine un noble souvenir ! mais sa famille reste plongée dans la douleur et dans le dénuement le plus absolu. MM. les armateurs et surtout MM. les capitaines au long cours ne resteront pas indifférents à une si grande infortune, puisqu'elle est principalement le résultat d'une conduite dont le corps auquel ils appartiennent s'énorgueillira toujours. Ils allégeront cette infortune, nous en sommes certains, car le doute ici serait une injure ; il semble même qu'un noble esprit de corps leur en fait un devoir. C'est dans cette certitude que nous prenons des mesures pour que ces lignes arrivent à la connaissance de chacun d'eux. Leur offrande, quelle qu'elle soit, sera considérée autant comme une preuve de leur sympathie pour la noble conduite du capitaine que comme une marque de bienfaisance. Il nous paraît qu'une souscription, qui serait ouverte dans chacun de nos ports de mer les plus étroitement liés avec la rivière de la Plata, serait une œuvre belle et bonne à entreprendre. Nous savons déjà qu'on en ouvre une à Bayonne, chez M. le Consul de l'Uruguay ; à Bordeaux, chez MM. Bechet père et fils, banquiers ; Delmetre, Tournay, courtiers maritimes ; Merilhou et C°. Au Havre, chez M. Moulinié et chez MM. Delaroche, Delessert et Cie A Saint-Malo, chez M. Fontan. A Cette, chez MM. Bencker et Comp. A Marseille, chez MM. Fournier frères. A Nantes, chez MM. J. et V. Lauriol. A Paris chez M. J. Linard, négociant, place des Victoires, n° 12, et chez MM. Guérin-Seris et Compie, rue Basse-Porte St-Denis, n° 8.— Les produits de cette souscription devront être remis à M. Rougemont de Lowemberg, banquier, à Paris.



Nous espérons que ce généreux exemple sera suivi dans tous les autres ports de France ; et nous supplions encore nos collègues de la presse de se joindre à nous pour recommander cette œuvre de justice et de bienfaisance.

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Bagnères-de-Bigorre, le 25 septembre 1842.


Monsieur le Ministre, 

J'ai l'honneur de m'adresser à Votre Excellence pour appeler instamment son attention sur les détails que je viens de recevoir de Montevideo relativement au naufrage de la Léopoldina-Rosa ; d'après ce rapport, il n'est plus permis de douter que la perte des deux cent trente-une personnes qui ont succombé dans ce désastre ne doive être attribuée principalement à l'insubordination de l'équipage de ce navire et au criminel abandon où il l'a laissé au moment du danger. Je viens demander aussi à Votre Excellence, en vertu des motifs ci-après exposés, qu'il soit fait une justice prompte et surtout exemplaire de la conduite de cet équipage qui, par un tel mépris de ses devoirs, a seul consommé cette perte si déplorable.



Dans une affaire aussi grave et aussi délicate que celle-ci, puisqu'il s'agit de mettre au ban du monde maritime (en attendant un autre châtiment, s'il y a lieu dans cette circonstance), ces hommes si indignes du titre de marins français, l'autorité des faits doit seule être invoquée ; je demande donc à Votre Excellence la permission de lui présenter la lettre que je reçois à l'instant de Montévidéo de M. le docteur Duchesnois, médecin de l'expédition. Cette lettre a un caractère solennel, car cet homme généreux et dévoué est resté à son poste auprès du capitaine pendant les dix-huit heures qu'a duré la cruelle agonie du navire et des nombreux passagers qu'il abritait encore..."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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