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dimanche 3 mai 2026

LE NAUFRAGE D'UN NAVIRE DE L'ÉMIGRATION BASQUE LA "LÉOPOLDINA-ROSA" EN SEPTEMBRE 1842 (deuxième et dernière partie)

LE NAUFRAGE DE LA "LÉOPOLDINA-ROSA" EN SEPTEMBRE 1842.


Lors de ce naufrage, plus de 230 personnes, la plupart originaires des Basses-Pyrénées périssent.




émigration basque naufrage uruguay

CARTE DU LIEU DU NAUFRAGE DE LA "LEOPOLDINA-ROSA"
4 OCTOBRE 1842




Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire L'Echo des Vallées, le 29 septembre 1842 :



"Naufrage de la Léopoldina-Rosa.

Demande de mise en jugement de l'équipage.


... Permettez-moi, Monsieur le Ministre, de vous signaler particulièrement le passage suivant de cette lettre : 


Montévidéo, le 8 juillet 1842.


"Je vous épargnerai les détails de notre catastrophe, les journaux que je joins à la présente vous en diront assez. Le capitaine fut jeté sur la plage vivant ; il expira peu de temps après du froid et des contusions qu'il avait reçues à bord pendant seize ou dix-huit heures que nous y sommes restés. L'équipage s'est très mal, horriblement mal conduit ; à part trois ou quatre, ils nous avaient abandonnés avant dix heures du matin, et par là tout moyen de sauvetage devenait impossible ; le lieutenant Montalivet, le maître d'hôtel Théodore et un novice sont restés jusqu'à quatre ou cinq heures de l'après-midi. Le second capitaine avait jugé à propos de suivre son équipage, après avoir promis au capitaine de le sauver ; en vain le capitaine l'appelait-il, il nageait vers la plage comme un poisson, et de là chemina vers des maisons éloignées de plus d'une lieue de la côte. Le capitaine et moi restâmes jusqu'à dix heures de la nuit, ainsi que plusieurs passagers, hommes et femmes réfugiés sur la dunette qui s'était séparée du navire, flottant et continuellement submergés par les vagues, et nous heurtés par les débris ; je dois la vie aux soins d'un homme du pays, qui me lança son lazo pour m'aider à arriver à terre, car j'étais complètement nu, et il me déposa près du feu ; j'avais le corps tout meurtri et j'étais presque sans connaissance." 



emigracion vasca uruguay
MONTEVIDEO URUGUAY 1889

L'accord qui règne entre cette relation et celle qui a été déjà publiée dans les journaux de la capitale ne laisse aucun doute sur la réalité des faits qui s'y trouvent. Il en résulte évidemment, en ce qui touche le navire proprement dit, que sa perte n'a été causée que par la violence des éléments, car il a fait assez preuve de solidité en résistant sur un rocher pendant dix-huit heures, à la fureur des vagues ; d'ailleurs, que pouvaient l'expérience et l'habileté reconnues du capitaine contre l'une de ces terribles tempêtes du Sud-Est, qui, à cette époque de l'année, convulsent ces parages et surtout contre les courants perfides qui, dans ces circonstances, y trompent les navigateurs les plus expérimentés ? Le capitaine Frappaz a fait assez en prolongeant pendant trois jours cette lutte opiniâtre durant laquelle il n'a pu déterminer la vraie position de son navire par aucune observation astronomique ! Ce drossage sur les rochers de Castillos était donc un malheur contre lequel l'homme ne pouvait rien ! 



emigracion vasca barco
BATEAU DE L'EMIGRATION
PAYS BASQUE D'ANTAN

Mais il est loin d'en être ainsi à l'égard de la perte des passagers, puisqu'il est avéré qu'il n'a tenu qu'à l'équipage de les sauver tous. En effet, il est certain que les dix-huit heures qui se sont écoulées depuis le moment où le navire a touché sur les rochers, jusqu'à celui où il s'est entièrement brisé, étaient, surtout à la petite distance qui le séparait de terre, plus que suffisantes pour sauver au moins tous les passagers, si les ordres du capitaine, si ses prières même, relativement à l'établissement d'un va-et-vient eussent été écoutés. Ce moyen de sauvetage, aussi simple qu'efficace, était indubitablement praticable en temps opportun ; et la facilité avec laquelle l'équipage et notamment le second capitaine se sont sauvés à la nage, douze heures avant la destruction complète du navire, donne à leur conduite un caractère si odieux que j'hésite à le qualifier. En présence de ces faits je supplie de nouveau Votre Excellence d'accueillir favorablement ma demande. Ce n'est pas à moi qu'il appartient de démontrer combien la marine du commerce est intéressée à ce qu'un grand et salutaire exemple soit fait en cette occasion ; je dirai seulement qu'il semble que l'honneur de cette marine s'y trouve engagé, jusqu'à un certain point, surtout aux yeux des étrangers, car le navire la Léopoldina-Rosa était étranger, et il avait été confié, avec l'autorisation de Votre Excellence, à l'équipage français qui l'a abandonné ! 




émigration basque naufrage uruguay
LISTE DE PASSAGERES ET DE PASSAGERS SURVIVANT.E.S
DU NAUFRAGE DU LEOPOLDINA-ROSA



Je ne sais pas, Monsieur le Ministre, si la loi écrite me permet de vous demander comme je le fais au nom des armateurs du navire et des familles des nombreuses victimes de ce naufrage, la mise en jugement de ces hommes. Le sentiment qui me guide trouvera, j'en suis sûr, écho dans le cœur de Votre Excellence. J'ai pensé aussi que si le gouvernement français honore et récompense les marins étrangers qui se sont distingués en disputant à la fureur des flots, les personnes et les propriétés de quelques-uns de nos compatriotes, il doit y avoir un châtiment au moins moral, pour les marins français qui, au mépris de leurs devoirs les plus sacrés, compromettent, par une conduite toute opposée, l'honneur du corps auquel ils appartiennent. 



La démarche que je fais auprès de Votre Excellence est autorisée d'abord par un sentiment d'humanité et ensuite par l'intervention que j'ai eue à Bayonne dans l'armement de la Léopoldina-Rosa en vertu d'une mission de surveillance et de sollicitude dégagée de tout intérêt matériel pour moi. J'ai accepté cette mission de la part de ses armateurs en m'associant à leur idée bienfaisante, et je continue de l'accomplir en ce moment. Il existe au bureau de la marine à Bayonne des preuves authentiques du soin que j'ai apporté dans cette affaire, car je me suis empressé de me mettre en rapport avec l'autorité maritime.  



Je prie Votre Excellence d'agréer l'assurance de mon profond respect, 

Alfred-Gustave Bellemare.



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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vendredi 3 avril 2026

LE NAUFRAGE D'UN NAVIRE DE L'ÉMIGRATION BASQUE "LA LÉOPOLDINA-ROSA" EN SEPTEMBRE 1842 (première partie)

LE NAUFRAGE DE LA "LÉOPOLDINA-ROSA" EN SEPTEMBRE 1842.


Lors de ce naufrage, plus de 230 personnes, la plupart originaires des Basses-Pyrénées périssent.



émigration basque naufrage uruguay
CARTE DU LIEU DU NAUFRAGE DE LA "LEOPOLDINA-ROSA"
4 OCTOBRE 1842



Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire L'Echo des Vallées, le 29 septembre 1842 :



"Naufrage de la Léopoldina-Rosa.

Demande de mise en jugement de l'équipage.



Nous ne reproduisons pas ici les détails que tous les journaux ont déjà publiés sur cette déplorable catastrophe. Nous nous contenterons de faire connaître à nos lecteurs une pétition qui vient d'être adressée à M. le Ministre de la Marine pour obtenir que l'équipage de ce malheureux navire soit mis en jugement. On y trouvera d'ailleurs l'extrait d'une lettre qui vient d'être reçue de Montévidéo du médecin de l'expédition. Elle revêt un certain caractère d'authenticité et mérite le plus vif intérêt. Ces nouveaux détails nous confirment entièrement dans l'opinion que nous avions déjà formée en lisant la première relation, à l'égard de la véritable cause de la perte des passagers ; et il nous en coûte de le dire, elle est en tout conforme à celle qui se trouve exprimée dans la pétition. Nous souhaiterions beaucoup pour la satisfaction des équipages de la marine marchande que celui de la Léopoldina-Rosa pût alléger la terrible accusation qui pèse sur lui. Nous le désirerions aussi pour la localité d'où il a été tiré, et qui, voisine de Bayonne, fournit ordinairement des marins si bons et si vaillants ! Les Basques se sont toujours montrés jaloux de la réputation maritime qu'ils ont si justement acquise, et ils s'en montreront encore plus dignes en s'associant à nous pour flétrir, comme on doit le faire, une conduite que rien ne semble pouvoir justifier. 

emigracion vasca uruguay
MONTEVIDEO URUGUAY 1889


Nous louons beaucoup la pensée nationale et humanitaire qui a présidé à la rédaction de cette pétition. Il serait en effet déplorable que l'insubordination et la lâcheté restassent impunies, surtout après avoir eu des résultats si funestes et si douloureux pour le pays. Outre que cette impunité serait du plus pernicieux exemple, elle augmenterait le douloureux sentiment qu'on éprouve en lisant les détails de ce naufrage ; car chacun s'y trouve profondément blessé dans ses sentiments d'humanité ; c'est en vain que l'on y cherche cette consolation qu'offrent souvent les grandes catastrophes, et qui consiste dans l'impuissance où l'homme se voit de leur résister ; impuissance dont le sentiment nous révèle la supériorité des décrets de la Providence et la nécessité de nous y soumettre sans murmurer. Mais ici la Providence avait laissé à l'homme une chance et des moyens de salut ! Anathème sur ceux qui, en cette occasion, ont outragé toutes les lois divines et humaines !... 


emigracion vasca barco
BATEAU DE L'EMIGRATION
PAYS BASQUE D'ANTAN

Nous faisons donc des vœux pour que M. le Ministre de la Marine puisse accéder à la demande qui lui est adressée. Cette réparation semble être due aux mânes des victimes de ce naufrage. Et nous, qui sommes entourés ici de familles qu'il plonge dans le deuil, nous pouvons assurer que cette marque de sollicitude sera reçue avec reconnaissance et enthousiasme. — Nous invitons tous nos collègues de la presse à se joindre à nous pour appuyer cette demande, puisqu'il s'y agit d'un intérêt général. 



Nous ne pouvons terminer sans payer ici un tribut bien mérité à la mémoire du brave et infortuné capitaine Frappaz ; marin habile et expérimenté, homme distingué sous beaucoup de rapports très précieux dans la société, il est mort à son poste victime de son dévouement ! il lègue à ses frères de la marine un noble souvenir ! mais sa famille reste plongée dans la douleur et dans le dénuement le plus absolu. MM. les armateurs et surtout MM. les capitaines au long cours ne resteront pas indifférents à une si grande infortune, puisqu'elle est principalement le résultat d'une conduite dont le corps auquel ils appartiennent s'énorgueillira toujours. Ils allégeront cette infortune, nous en sommes certains, car le doute ici serait une injure ; il semble même qu'un noble esprit de corps leur en fait un devoir. C'est dans cette certitude que nous prenons des mesures pour que ces lignes arrivent à la connaissance de chacun d'eux. Leur offrande, quelle qu'elle soit, sera considérée autant comme une preuve de leur sympathie pour la noble conduite du capitaine que comme une marque de bienfaisance. Il nous paraît qu'une souscription, qui serait ouverte dans chacun de nos ports de mer les plus étroitement liés avec la rivière de la Plata, serait une œuvre belle et bonne à entreprendre. Nous savons déjà qu'on en ouvre une à Bayonne, chez M. le Consul de l'Uruguay ; à Bordeaux, chez MM. Bechet père et fils, banquiers ; Delmetre, Tournay, courtiers maritimes ; Merilhou et C°. Au Havre, chez M. Moulinié et chez MM. Delaroche, Delessert et Cie A Saint-Malo, chez M. Fontan. A Cette, chez MM. Bencker et Comp. A Marseille, chez MM. Fournier frères. A Nantes, chez MM. J. et V. Lauriol. A Paris chez M. J. Linard, négociant, place des Victoires, n° 12, et chez MM. Guérin-Seris et Compie, rue Basse-Porte St-Denis, n° 8.— Les produits de cette souscription devront être remis à M. Rougemont de Lowemberg, banquier, à Paris.



Nous espérons que ce généreux exemple sera suivi dans tous les autres ports de France ; et nous supplions encore nos collègues de la presse de se joindre à nous pour recommander cette œuvre de justice et de bienfaisance.

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Bagnères-de-Bigorre, le 25 septembre 1842.


Monsieur le Ministre, 

J'ai l'honneur de m'adresser à Votre Excellence pour appeler instamment son attention sur les détails que je viens de recevoir de Montevideo relativement au naufrage de la Léopoldina-Rosa ; d'après ce rapport, il n'est plus permis de douter que la perte des deux cent trente-une personnes qui ont succombé dans ce désastre ne doive être attribuée principalement à l'insubordination de l'équipage de ce navire et au criminel abandon où il l'a laissé au moment du danger. Je viens demander aussi à Votre Excellence, en vertu des motifs ci-après exposés, qu'il soit fait une justice prompte et surtout exemplaire de la conduite de cet équipage qui, par un tel mépris de ses devoirs, a seul consommé cette perte si déplorable.



Dans une affaire aussi grave et aussi délicate que celle-ci, puisqu'il s'agit de mettre au ban du monde maritime (en attendant un autre châtiment, s'il y a lieu dans cette circonstance), ces hommes si indignes du titre de marins français, l'autorité des faits doit seule être invoquée ; je demande donc à Votre Excellence la permission de lui présenter la lettre que je reçois à l'instant de Montévidéo de M. le docteur Duchesnois, médecin de l'expédition. Cette lettre a un caractère solennel, car cet homme généreux et dévoué est resté à son poste auprès du capitaine pendant les dix-huit heures qu'a duré la cruelle agonie du navire et des nombreux passagers qu'il abritait encore..."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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samedi 23 octobre 2021

LE GOLFE DE GASCOGNE EN 1879 (deuxième et dernière partie)

LE GOLFE DE GASCOGNE EN 1879.


Le golfe de Gascogne est une partie de l'océan Atlantique Nord située entre la Bretagne et la côte Cantabrique en Espagne.



pays basque autrefois golfe gascogne
GOLFE DE GASCOGNE




Voici ce que rapporta à ce sujet le journal L'Echo des Vallées, dans son édition du 20 mai 1879, 

sous la plume d'Albert Chéri :




"Le Golfe de Gascogne (panorama à vol d’oiseau) 



A quelque distance, on aperçoit Capbreton, renommé pour son Gou, dont les eaux profondes assurent un mouillage aux navires de tout tonnage. Capbreton a aussi une plage de bains de mer qui a son charme et son mérité. Oasis au milieu du désert, le port landais a éveillé l’attention du gouvernement : c’est un port de refuge qui se créera dans notre golfe. 



landes port quais
SUR LES QUAIS CAPBRETON
LANDES D'ANTAN



Un port de refuge s’impose par la force même des choses, par la masse des écueils, des rochers et des courants qui l’environnent ; par la violence de la tempête qui sévit, par les vents qui s’y engouffrent. 



Tant d’épaves humaines sont jetées sur nos plages. 



Pauvres mères ! pauvres enfants !



Aussi, nous le répéterons encore, les plus beaux monuments que l’on puisse léguer à la postérité ne sont pas ceux qui sont consacrés aux vaines jouissances de ce monde, mais bien ceux que l’on élève pour protéger et sauver la vie des hommes. La reconnaissance des peuples reste gravée sur ces barrières.



Enfin le navire passe la barre ; il voit le Boucau, les Allées-Marines, délicieuse promenade que toutes les villes de France envient à Bayonne, les remparts aux glacis verdoyants, la citadelle, les hauteurs de St-Etienne, les belles tours de la cathédrale, digne couronnement d'un long et saint épiscopat, aujourd’hui achevées par les soins de Mgr Lacroix, évêque de Bayonne ; les flèches de l’Eglise Saint-André, l’embouchure enfin de la Nive. Le navire ralentit alors sa marche et s’arrête près du quai de la place de la Liberté. 



bayonne quais port
QUAIS MARITIMES BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Débarqué à Bayonne, le voyageur visite le Cabinet d’histoire naturelle et le Musée du théâtre, où il admirera un tableau du célèbre Bonnat, compatriote dont nous sommes tous fiers. De là, suivant les arceaux du Port-Neuf, abri agréable pour la pluie et la chaleur, échelonnés de magasins élégants, il se rend, à notre cathédrale, un des plus beaux monuments historiques de la France. De là encore, contournant l’hôpital de la ville, à qui nous ne reprochons qu’une chose, c’est d’être trop beau, après avoir suivi les bords ravissants de la Nive, il rencontre sur sa route l’église St-André, l’hôpital militaire, le pont Saint-Esprit sous lequel coule l’Adour, fleuve dont les rives sont pleines de coquetterie et de fraîcheur ; la ville de Dax, renommée par ses Thermes, en forme le couronnement, de même que pour la Nive la jolie station thermale de Cambo. 


pays basque autrefois nive
VUE DE CAMBO
PAR LES SOEURS FEILLET



Si l’on voulait pénétrer dans notre pays de Labourd, que de belles choses n’y aurait-il pas encore à voir et à admirer ! La vallée d’Ustaritz, arrosée par la Nive, avec ses gracieux coteaux de Halsou et de Jatxou et son petit séminaire de Larressore, aussi beau à contempler de loin que joli à visiter ; la croix de Mouguerre, les vallons de Hasparren, les bords de la Joyeuse, sillonnant la vallée de l’Arberoue, serpentant autour de Labastide-Clairence ; Ayherre, Isturitz, St-Martin-d’Arberoue ; les bords riants de l’Adour, Bonloc, où le voyageur n’entend que le murmure des eaux qui roulent sous ses pas ; Ainhoa, Espelette, deux sentinelles avancées gardant nos frontières, et au milieu de tout cela, des mœurs, des costumes, des usages, une foi religieuse, des jeux, un idiome comme on n’en entend nulle part au monde. On aura beau faire, le Basque tel qu’il est et son admirable langue mère résisteront à tout. 



Avec un peu de bonne volonté, on trouve un peu plus loin, après Cambo, le fameux Pas-de-Roland où, d’un côté, à droite, à 2 heures de chemin on a la grotte de Sare et à la même distance, à gauche, la grotte d’Isturitz, palais souterrain féerique dont une triple rangée de nains et de géants de pierre semblent garder les longues galeries. L’eau, en s’infiltrant pendant des siècles à travers la voûte supérieure, a créé de gigantesques colonnes cristallines, ornées de draperies étranges coupées de bizarres arabesques. On y voit couchés des blocs cyclopéens semblables aux sphynx de la Haute-Egypte et sur lesquels paraissent avoir été gravées les mystérieuses figures des hiéroglyphes antiques. 



grotte basse-navarre
COLONNADES ORIENTALES ISTURITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Et quand il est rentré chez lui, le voyageur peut dire avec vérité : quel délicieux séjour, quel paysage admirable et varié. 



Les merveilles de toutes nos Pyrénées se groupent d’ailleurs autour de notre golfe de Gascogne ; les stations thermales s’y donnent la main : ce sont les Eaux-Bonnes, les Eaux-Chaudes, Cauterets, Barèges, St-Sauveur, St-Christau, Bagnères-de-Bigorre, Capvern, ce Vichy des Pyrénées, etc. Le malade y trouve la santé, et le touriste des promenades agréables et des sites ravissants. 



Voilà notre golfe de Gascogne, voilà nos Pyrénées (Courrier de Bayonne)."



(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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jeudi 23 septembre 2021

LE GOLFE DE GASCOGNE EN 1879 (première partie)

LE GOLFE DE GASCOGNE EN 1879.


Le golfe de Gascogne est une partie de l'océan Atlantique Nord située entre la Bretagne et la côte Cantabrique en Espagne.



pays basque autrefois golfe gascogne
GOLFE DE GASCOGNE




Voici ce que rapporta à ce sujet le journal L'Echo des Vallées, dans son édition du 15 mai 1879 :




"Le Golfe de Gascogne (panorama à vol d’oiseau) 



Le voyageur qui longe en bateau le golfe de Gascogne dans les eaux françaises contemple avec admiration, du haut de la dunette, le splendide panorama qui se déroule devant lui. 



Le golfe du côté de l'Espagne présente également un spectacle non moins beau, mais d’un caractère tout différent. L'Océan semble contenu par une rampe de falaises, espèce de chaîne de montagnes commençant au phare du Socoa et s’arrêtant à St-Sébastien. Il semblerait que la terre ait voulu jeter un défi à la mer et lui dire : "Tu n’iras pas plus loin."



pays basque autrefois golfe gascogne
GOLFE DE GASCOGNE



Mais l’Océan dans le golfe de Gascogne se rit des vains efforts que l’on tente pour briser ses colères ; les flots sont implacables, et un jour, dans sa fureur, la mer franchit les montagnes que la terre semblait lui opposer ; elle s’ouvrit une issue, et comme si elle eût voulu étaler sur le continent sa puissance et sa majesté, elle créa elle-même, au milieu d’une ceinture de montagnes, le plus beau port naturel peut-être du monde "Le Passage". C’est là qu’à une époque non très éloignée, des jésuites français vinrent chercher asile ; ils y fondèrent un collège célèbre sous le nom du Passage, toujours regretté de ceux qui l’ont connu et apprécié. 



pais vasco antes arrue
PASAJES - PASAIA GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Après le Passage, et comme pour faire contraste avec cette nature grandiose et sinistre, le voyageur voit apparaître la charmante et gracieuse silhouette de St-Sébastien, ville autrefois incendiée, aujourd'hui rebâtie à nouveau dans le style le plus élégant et le plus moderne. Rien de coquet, de séduisant comme ce mamelon vert s’élevant en amphithéâtre, baigné de tous les côtés par les eaux de la mer, sa citadelle qui domine, ses promenades que la vague caresse, son cirque de taureaux, sa plage de bains, la plus belle de l’Espagne, sa place et son palais de la Constitution, le palais royal en miniature, son port, son théâtre, ses rues élégantes alignées au cordeau. Tout est beau, grandiose, et gracieux à St-Sébastien. 



Mais rebroussons chemin et revenons aux eaux françaises.



C’est d’abord Hendaye avec sa plage ravissante, son sable velouté, sur lequel le pied se repose comme sur le plus doux satin ; il n’y rencontre ni le plus mince galet, ni la moindre aspérité. Une eau toujours limpide mouille à peine jusqu’à la taille le corps du baigneur ; il peut sans danger, comme dans une vaste piscine, avancer dans la mer jusqu’à perte de vue. La Bidassoa déverse nonchalamment ses eaux presque endormies dans ce bassin immense que l’Océan, dans sa plus grande fureur, n’ose pas même troubler. On dirait un lac suisse sur le bord de la mer. 




pays baque autrefois golfe gascogne
GOLFE DE GASCOGNE



En face, sur le territoire espagnol, se dresse sur son rocher la vieille Fontarabie, aux ruines sévères et historiques ; un clocher dentelé domine son église, qui conserve encore les traces de son antique splendeur. Au loin est Irun, l’île des Faisans avec sa colonne commémorative se dressant au milieu des eaux, rappelant le mariage du grand roi Louis XIV et de l'infante d’Espagne ; et plus près, le pont de Béhobie, et Biriatou offrent à la curiosité du touriste un but d’excursions agréables et variées. 




Le Socoa et Ste-Barbe apparaissent bientôt avec leurs grands travaux en cours d’exécution, leurs falaises, leurs rochers, leurs promontoires dominant majestueusement la mer.



Au fond du tableau, abritée à l'horizon par les montagnes de la Rhune et des Cinq-Couronnes, protégée du côté de la mer comme par deux sentinelles avancées, par les forts du Socoa et de Ste-Barbe, est assise, comme endormie sur les eaux, la ville de St-Jean-de-Luz, capitale jadis de nos contrées, toujours fière de ses souvenirs et n’oubliant pas son orgueilleuse devise d’un jour : "St Jean-de-Luz, petit Paris ; Bayonne, son écurie." Elle est toujours charmante cette ville, que de nombreux baigneurs aiment à visiter pendant l’été ; une ceinture de collines verdoyantes l’entoure, et de ce centre de verdure, elle donne la main au gracieux village d’Ascain, baigné par la Nivelle, et à deux des plus belles communes du Pays Basque, St-Pée et Urrugne, avec ses riants vallons et ses bosquets fleuris. D’Ascain, l’on peut gravir à pied ou à cheval la montagne de la Rhune, une des ascensions les plus pittoresques de nos Pyrénées. L’étranger qui traverse la place principale d’Urrugne ne doit pas manquer de fixer son regard sur le mode de cadran d’horloge de l’église ; il y verra cet aphorisme gravé en grosses lettres : Vulnerant omnes, ultima necat, belle pensée philosophique à laquelle Théophile Gautier doit sa plus ravissante poésie. Sa voisine près de la mer, Ciboure, étale sans orgueil ses simples et jolies villas, ses coteaux de Bordagain et son petit, mais confortable, établissement de bains. 



Voici Guéthary, joli village si aimé des mères de famille, pour sa plage tranquille et le calme dont on y jouit ; c’est plaisir d’y voir pendant l’été les petits enfants jouer avec la mer comme avec un lion apprivoisé, et caresser sans crainte sa crinière écumante. 



Bidart vient après, avec ses maisons blanches, ses tuileries et ses fours à chaux, ses belles carrières de pierre et ses champs si bien cultivés. A côté de ce riant et pittoresque village, comme autant d’oasis verdoyantes et couronnées de bosquets, s’échelonnent Ahetze, Arbonne, Bassussarry, Arcangues, si renommés par leurs Koskilarias ou danseurs basques en temps de carnaval. 



Ici, inclinons-nous : A tout seigneur, tout honneur. Biarritz se présente avec ses splendides hôtels, ses châteaux luxueux, ses villas opulentes et ses plages si fréquentées du monde élégant et riche, après celle de Hendaye les plus belles de France ; sa villa Eugénie, portant le nom de celle dont la main découvrit, perdu au milieu des dunes, ce bloc de diamant aperçu par la duchesse d’Angoulême. Cette villa est aujourd’hui déserte et solitaire, il ne lui reste que le souvenir du bien que ses hôtes ont fait dans le pays. Aussi la reconnaissance de tous lui est acquise, quelle que soit l’opinion politique de chacun. Pour les âmes bien nées, en effet, la reconnaissance est un devoir ; c’est le cri spontané de la conscience et du cœur. 



Le navire salue ensuite le Phare, la Chambre-d’Amour avec sa grotte humide, objet d’une touchante légende ; Anglet au milieu de ses jardins et de ses vignes de chasselas si recherché du gourmet ; et si le voyageur dirige son regard à travers la forêt de pins qui se présente à ses yeux, il peut apercevoir de grandes constructions s’élevant sur une vaste plaine d’une fertilité prodigieuse. C’est le Refuge, fondation merveilleuse d’un vénérable et savant prêtre, l’abbé Cestac. Là, l’enfance abandonnée et pauvre, les âmes désillusion nées et repentantes trouvent un asile ; elles ont, pour les diriger et les protéger, de saintes femmes que la piété a retirées du monde pour les consacrer à Dieu et à l’humanité. Chose admirable ! ces sables naguère arides sont aujourd’hui fécondés, et l’on peut dire avec vérité que le désert a fleuri sous le souffle de la charité de ce saint fondateur. 


(Courrier de Bayonne). (La fin au prochain numéro).



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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