HISTORIQUE DES MINES DE BAÏGORRY EN 1880.
La vallée de Baïgorry possède des mines de fer sphatique, et une mine de cuivre dont l'exploitation remonte à une haute antiquité.
Voici ce que rapporta M. Reboul, ingénieur aux mines de Baïgorry, en 1880 :
"§3 — Evaluation du prix de revient de la tonne de minerai de fer rendue à Bayonne :
a. — Dans l'état actuel des voies de transport,
b. — Dans l'hypothèse où l'on améliorerait ces voies de transport.
Tout d'abord nous évaluerons quels peuvent être les frais d'extraction par tonne de minerai.
Pour une roche de la nature et de la dureté du fer spathique, l'on peut compter, pour l'ensemble, des frais d'extraction, de roulage et d'entretien des voies à l'intérieur, sur un prix de 90 francs par mètre courant de galerie de traçage, ayant de 2 mètres à 2m 20 de largeur et 2m 40 à 2 m 50 de hauteur.
Comme il faut tenir compte des travaux stériles, j'admettrai, et bien certainement c'est faire une bien large part à ceux-ci, que le tiers des galeries poussées dans le filon seront stériles ; par suite, le prix du mètre courant d'avancement de galerie donnant du minerai sera de : 90 + 90/3 = 120.
Le cube moyen excavé par mètre courant d'avancement étant de 5 mc 250, ce qui donne 18 tonnes 4 de minerai, le prix de la tonne reviendra donc à : 120/18,4 = 6 fr 52.
Ce prix de 6 fr 52 s'applique à la tonne de minerai provenant des galeries de traçage poussées dans le filon ; mais si l'on considère un chantier en gradins, c'est-à-dire un abatage quelconque ouvert sur l'épaisseur du filon, que nous avons vu être au moins de 2 mètres, le prix de l'abatage du mètre cube de roche en place ne dépassera pas 12 fr., et en admettant, comme ci-devant, un tiers pour les parties pauvres ou stériles, ce prix du mètre cube sera de 16 fr.
Par suite, le prix de la tonne de minerai dans les chantiers en abatage sera de : 16/3.5 = 4 fr 57.
Si nous admettons enfin que le cube total des galeries de traçage, soit au plus le cinquième du cube total des chantiers en abatage, l'on aura pour le prix moyen de la tonne de minerai :
(6 fr 52 + (4 fr 57 X 5))/6 = 4 fr 89, soit en nombre rond 5 francs.
Ce prix de 5 fr. est d'ailleurs celui que payaient les forges de Banca et de Mendive aux entrepreneurs et aux ouvriers.
| FORGES DE BANCA 1828 BASSE-NAVARRE D'ANTAN |
Pour connaître le prix de revient de la tonne de minerai rendue à Bayonne, il ne nous reste qu'à évaluer les frais de transport, et, pour arriver à cette évaluation, nous supposons que le minerai sorte de la mine par la galerie principale T0, sise sur le versant de Saint-Martin-d'Arrossa.
Quelle que soit la position de celte galerie de sortage, le minerai devra être rendu à Ustarits, port sur la nive, en passant par Bidarray.
Actuellement, ces deux villages, Ustarits et Bidarray, sont reliés par une route qui passe à Louhossoa et dont le parcours est de 20 k. 500.
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| VUE DES PYRENEES A USTARITZ PAYS BASQUE D'ANTAN |
De Bidarray au point W, rencontre de cette route avec le chemin reliant celle-ci à la galerie T0, il y a 3 kilomètres, et ce dernier chemin ayant une longueur de 1 kilomètre, la distance totale à parcourir jusqu'au port d'Ustarits sera donc de 24 kil. 500.
La distance moyenne qu'un cheval attelé à une charrette peut parcourir dans la journée étant de 30 kilomètres, nous ne nous éloignerons pas de la vérité en admettant qu'un cheval ainsi attelé pourra faire 4 voyages par semaine depuis la mine à Ustarits.
Si nous supposons, en outre :
1° Qu'un cheval traîne une tonne ;
2° Que l'on ait des charrettes attelées de 2 chevaux et transportant 2 tonnes ;
3° Que le même ouvrier conduise deux charrettes ;
4° Et enfin que la dépense journalière du cheval soit de 2 fr 75 et celle du conducteur de 3 fr., nous aurons par semaine et pour 2 charrettes, ou pour 16 tonnes, la dépense suivante :
28 journées de cheval à 2f,75 = 77 fr.
7 id. de conducteur à 3 fr = 21 fr.
Plus pour l'entretien du matériel, amortissement, etc. 14 fr.
Total pour le transport de 16 tonnes. . . 112 fr.
Soit pour le transport de la tonne, depuis la mine à Ustarits, 7 fr., ci : 7 fr.
| MINES DE BAÏGORRY PAYS BASQUE D'ANTAN |
D'Ustarits à Bayonne, le transport se fera à l'aide de bateaux et ne reviendra pas à plus de 1 fr. 50, ci. : 1 fr. 50.
En ajoutant enfin 0,50 pour frais divers, ci. ...: 0 fr. 50
Cela donne pour le total des frais de transport d'une tonne de minerai de fer, depuis la mine à Bayonne, en l'état actuel des voies de communication : 9 fr.
Eu admettant, ce qui me parait offrir bien des difficultés, que l'on pût se procurer les chars nécessaires pour le transport d'une quantité tant soit peu considérable de tonnes, ce chiffre de 9 fr. me paraît devoir faire renoncer à l'emploi de ce mode de transport.
J'ajouterai que ce chiffre de 9 fr. pourrait probablement s'abaisser un peu si la rectification projetée de la route, par le Pas-de-Rolland, était effectuée. Par cette rectification, la route ne passerait plus par Louhossoa ; elle suivrait la nive et déboucherait à Itsassou, par le Pas-de-Rolland. Une partie de ce nouveau tracé est exécutée, il ne reste que 5 kilomètres environ à ouvrir, et le département et les communes sont disposés à faire leur possible pour amener à bonne fin l'achèvement de cette voie de communication.
Par ce nouveau tracé, le parcours entre la mine et Ustarits serait réduit à 23 kilomètres, et l'on aurait une route à peu près horizontale avec pente insensible dans le sens du tirage, toutes choses favorables au transport.
Je suppose que cette rectification soit faite et que l'on se décide, en outre, à poser une voie ferrée, à traction par chevaux sur l'un des accotements de la route.
Dans ce cas, et en comptant 8 centimes par tonne et par kilomètre, la distance à parcourir, jusqu'à Ustarits, étant de 23 kilomètres, cela nous donne 1 fr. 84.
Si nous supposons, en outre, que l'on améliore le port d'Ustarits, de manière à avoir un quai de chargement et des bateaux de 30 à 40 tonnes, le fret entre ce port et Bayonne ne dépasserait pas 1 fr., ci : 1 fr.
En ajoutant pour les frais de chargement, de déchargement et l'imprévu, 1 fr. 16, ci : 1 fr. 16.
Cela nous donne pour les frais de transport de la tonne depuis la mine à Bayonne, dans le cas où les voies de communication seraient améliorées et qu'une voie ferrée à traction par chevaux serait posée, sur l'un des accotements de la route, entre la mine et le port d'Ustarits, le chiffre de 4 fr., ci : 4 fr.
En résumé, le prix de revient de la tonne de minerai de fer rendue à Bayonne dans l'état actuel des voies de communication serait de 14 fr., ci : 14 fr.
Ce même prix de revient l'abaisserait à 9 fr. dans le cas où l'on se déciderait à améliorer ces voies de transport et à poser une voie ferrée à traction par chevaux sur l'un des accotements de la route.
Troisième Partie :
Aperçu des dépenses pour l'installation d'un atelier de perforation mécanique.
Dans l'installation d'un atelier de préparation mécanique, l'on doit tenir compte :
— De la nature du minerai ; — De son degré de friabilité ; — De la composition et du degré de dureté des gangues ; — De la quantité de minerai sur laquelle l'on doit opérer journellement ; — Du degré d'enrichissement que l'on désire obtenir, etc., etc.
Le minerai de Banca est un mélange de cuivre pyriteux et de cuivre gris argentifères, à gangue généralement quartzeuse, mais assez souvent mélangée de fer carbonate et des débris des schistes encaissants les filons.
| MINES DE BAÏGORRY PAYS BASQUE D'ANTAN |
Ce minerai, très friable, se divise, par les chocs, en poussières et pellicules très fines offrant une répulsion à l'humectage par l'eau et restant suspendues sur ou dans le courant, qui les entraîne en pure perte. Cette perte, résultant de l'entraînement des matières fines, ordinairement les plus argentifères, peut être considérable, et malheureusement aucun des essais tentés jusqu'à ce jour pour arriver à faire se précipiter ces pellicules n'a abouti.
Quant à la quantité de minerai sur laquelle on devra opérer journellement à Banca, lorsque les 3 champs d'exploitation seront en activité, elle sera relativement considérable ; aussi, lors de l'installation de la laverie, sera-t-il sage de tenir compte de la surélévation de production.
| HAUT FOURNEAU DE BANCA PAYS BASQUE D'ANTAN |
Nous ferons remarquer, au sujet de cette installation, que les bâtiments de l'ancienne usine à fer de Banca, dans l'un desquels se trouve la laverie actuellement en activité, sont plus que spacieux pour y installer l'atelier de préparation mécanique en projet.
Et en ce qui concerne la quantité d'eau dont on pourrait avoir besoin, l'on n'a point à s'en inquiéter. — L'on dispose d'une hauteur de chute de 9 m. 15 et d'une force motrice de 3 à 400 chevaux.
Consistance de la laverie :
L'atelier de préparation mécanique devra comprendre :
1° Un débourbeur, sur l'axe duquel sera fixé un trommel à double enveloppe, le tout placé au-dessus de deux séries de trommels classeurs ayant deux tôles chacun.
2° 3 classificateurs à courant d'eau ascendant, suivis de Spitz Kasten ou encore d'une caisse rectangulaire divisée en compartiments à courant d'eau ascendant, — bassins de dépôt, etc..
3° Une paire de gros cylindres broyeurs.
4° Une paire de petits cylindres broyeurs.
5e Deux cribles mécaniques continus, évacuant les matières sur toute la largeur de la caisse.
6° Deux cribles mécaniques continus, dits du Hartz.
7° Quatre cribles à bras, semblables à ceux de Largentière.
8° Un bocard.
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| BOCARD 09 ARIEGE D'ANTAN |
9° Une paire de tables à secousses latérales.
Sans entrer dans les détails de description des appareils, nous ferons remarquer qu'avec ceux ci-dessus énoncés, que l'on pourra disposer du mieux possible dans les bâtiments de l'ancienne forge, l'on pourra traiter tous les minerais provenant des travaux des trois champs d'exploitation, même lorsque ceux-ci seront en pleine activité.
Par suite de la nature du minerai, de sa friabilité, de sa richesse en argent et de la nature et densité d'une partie de sa gangue (fer carbonate), l'on devra pousser aussi loin que possible le triage à la main, non seulement pour obtenir du minerai marchand, mais encore pour éliminer le fer carbonaté.
Conséquemment, le cassage des gros morceaux, venant de la mine, devra tout d'abord, comme on le fait aujourd'hui, se faire à la main."


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