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samedi 31 octobre 2026

À LA FRONTIÈRE À BÉHOBIE (PAUSU) EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN AOÛT ET SEPTEMBRE 1936

À LA FRONTIÈRE AU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1936.


En 1936, les villages de Béhobie et de Biriatou, le long de la Bidassoa, sont à proximité des combats de la Guerre Civile Espagnole.




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LA POSTE 64 BEHOBIE
PAYS BASQUE D'ANTAN





Voici ce que rapporta l'hebdomadaire La Française : journal de progrès féminin, le 16 janvier 

1937 :



"A la frontière d'Espagne.

Quelques journées vécues par Mme H*** au Bureau de Poste de Béhobie.



Le bureau situé face à l’Espagne, à 100 mètres à vol d’oiseau de la frontière, a, de par sa situation, essuyé bien des coups de feu. 



Dès le début du mois d’août, les combattants espagnols étant encore à 3 ou 4 kilomètres de Béhobie, plusieurs balles sont venues s'écraser sur la façade sud-est du bureau, dont une sur le mur à 10 centimètres de mon visage, alors que je remettais les sacs postaux au courrier ; balle venue de loin, certes, mais avec assez de force pour faire un trou dans le mur et s’émousser fortement. Les jours suivants, les balles tapaient plus nombreuses et plus fortes. 



Dès le 26 août j'ai condamné la porte de service dont le passage constituait un danger, assurant la rentrée du personnel par la porte centrale, entrée du public protégée par la maison même. 



Au guichet, trafic considérable, les touristes ayant encore accès à Biriatou et Béhobie. 



Au téléphone, les journalistes et les touristes ont apporté une progression énorme. Pour écouler le trafic journalier, il a fallu fournir un gros travail supplémentaire jusqu’à une heure avancée de la nuit. J’ai, seule, assuré le service téléphonique jusqu'à une et deux heures du matin pour satisfaire à toutes les demandes. 



Dès ce même jour le facteur n’a pu assurer la remise du courrier dans ce coin de Biriatou sis près de la rivière et recevant journellement des balles et même des obus. Le 31 août la route elle-même était impraticable et défendue. Ne pouvaient y aller que les gens munis de laissez-passer qui les autorisaient à circuler à leurs risques et péril ; de ce jour, j’ai fait assurer à Biriatou une seule distribution par le chemin de la montagne, chemin plus sûr, mais bien plus long. 



Le 28 août, sachant que le champ d'action se rapprochait et voyant les balles frapper plus fortes et plus nombreuses, j’ai placé les armoires métalliques renfermant les imprimés, devant la porte de service et la fenêtre sise face au front de guerre. Les événements m’ont prouvé que la mesure était urgente et sage. 



Le 29 au matin, vive fusillade, une balle traverse la porte et vient s’écraser contre l'armoire mise la veille ; sans cette dernière, le facteur à sa table de tri la recevait dans le dos. D'autres frappent les murs de tous côtés. Pour renforcer notre sécurité, j’ai alors mis nos matelas aux deux fenêtres avec vue sur l’Espagne, pour nous protéger à hauteur d’homme tout au plus. La suite m’a montré combien était précaire, insuffisante, cette protection.



Le 30 août. — Vive fusillade toute la journée. Les deux jeunes employées continuent à assurer leur service, profitant, selon mes instructions d'une accalmie dans le tir pour aller et venir sans souci de l’heure de rentrée ou de sortie. Font preuve d’un grand courge et de dévouement. Gros travail au téléphone. Nous n’arrivons, pas avec nos 4 circuits à écouler facilement le travail, ce qui m’impose chaque soir une longue veille.



Le 31 août. — La lutte se fait chaque jour plus proche et nous ne pouvons compter toutes les balles qui sifflent ou viennent taper les murs à chaque instant. Vue la situation du bureau qui avec ses ouvertures sans volets de bois est complètement dans le sens du tir. Fusillade intense toute la journée. Pas d'incident.



Mois de septembre.



Le 1er septembre. — Comme il pleut littéralement des balles sur la route et dans le village et qu’elles viennent chaque fois plus vives (il y a déjà 4 blessés, dont un gravement à Béhobie), le facteur a reçu avis, de ma part, de ne point s'exposer. 


Sa maison située sur la hauteur reçoit plus de balles que les autres. Il est en grand danger déjà pour venir au bureau. 


Fusillade intense. Plusieurs balles sont entrées dans les volets de bois tenus clos ces jours derniers au 1er étage. Bombardement et canonnade violente en face. Un obus vient de tomber chez nous, à moins de 50 mètres ; il n’a pas, fort heureusement pour nous, éclaté. 



Le 2 septembre. — La lutte fait rage à Béhobie même, à moins de 100 mètres à vol d’oiseau. La route est impraticable et une des aides n’a pu se risquer à 8 heures. Nous assurons à deux le service très chargé. A midi, j'héberge l'auxiliaire que je ne veux pas laisser s'exposer. Personne ne circule, que des gardes mobiles en mission.


Toutes communications interrompues avec Biriatou. Fil rompu par les balles. Un peu plus tard dans la journée, l'autre seul abonné de Biriatou a son fil coupé de la même manière. Impossible dès lors de savoir ce qui se passe là-bas. 


A 14 h. 30 les journalistes obligés d'essuyer le feu pour venir téléphoner ici venant de Biriatou complètement isolé sont mécontents.


Grand mouvement et gros travail dans l’après-midi l'attaque se faisant heure par heure plus proche, plus précise. On ne s’occupe plus de toutes les balles explosives ou autres qui tapent la maison ou rentrent dans les volets tellement c’est courant. Personne ne songe non plus à se mettre hors d’atteinte en interrompant son service. 


A 23 h. 30. — Au bureau, alors que je donnais à un journaliste anglais sa communication avec Londres, une balle est entrée face au guichet, a troué la vitre et a pénétré dans l'armoire métallique que je me suis félicitée d’avoir mise là, un tas d’imprimés l’a seul, arrêtée, sans cela je la recevais dans la tête. Détail inédit en marge de la guerre civile espagnole que ce journaliste, a séance tenante, ajouté à son article pour le journal.



Le 3 septembre. — Le danger me paraît bien plus grand encore vue l’intensité de la fusillade. La bataille est plus acharnée et plus proche.


A 7 h. 10, en allant fermer une porte, mon mari reçoit une balle dans le bras droit. Je continue malgré cela à assurer mon service et essayer de garantir encore plus les autres s'il est possible. L'armoire n’étant pas de largeur suffisante j’emprunte deux matelas que M. Caron, en villégiature à Béhobie, nous apporte lui-même dans sa voiture sous une pluie de balles. J'en installe un au bureau et un autre à la cuisine où il n'y a aussi que des vitres.


A 9 h. 50, j’avise par téléphone monsieur le directeur à Pau que notre situation devient très difficile. Cependant, sauf les facteurs, tout le monde est à son poste. Trafic téléphonique intense que nous avons peine à écouler avec notre petit tableau insuffisant pour cette occasion. Messieurs les officier militaires et de gendarmerie, monsieur le préfet, monsieur le député-maire de la commune sont sur les lieux. Biriatou toujours isolé. Nous n'avons encore que nos quatre circuits que des balles nous enlèveront un à un dans la journée. 


Vers les 10 heures, monsieur le directeur de P... me fait savoir qu’il a décidé de nous adjoindre un commis. Jugeant que notre sécurité matérielle n’y gagnerait rien et ne voulant pas faire exposer inutilement une personne de plus, j’ai remercié et refusé net. 


Le courrier d'entreprise n'a pu porter et venir prendre nos dépêches ce matin. Tous mes abonnés ayant leurs lignes vers Biriatou sont interrompus peu à peu.


A 14 heures les assaillants espagnols ayant lancé une de leurs plus fortes attaques (elle devait leur livrer le pont de Béhobie), la fusillade crépite avec une rage inouïe. C’en est assourdissant et dans notre pauvre bureau qui paraît servir de cible, nous devons nous crier dans l’oreille pour nous faire entendre.


A 17 h. 30 (moment de la prise du pont de Béhobie) M. le capitaine de gendarmerie accompagné de M. le maire d’Urrugne, a été obligé de venir sous les balles terminer une conversation commencé chez un abonné, le fil venait d’être coupé ; ici, pendant qu’il parlait, le circuit a été également rompu de la même manière. 



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FRANQUISTES PONT INTERNATIONAL BEHOBIE 1936
PAYS BASQUE D'ANTAN


A 18 h. 50 sur 4 fils avec Hendaye il ne nous en reste plus qu’un ; pas pour longtemps d’ailleurs. 


A 19 h. 10. — Une balle traversant un matelas, vient s'écraser sur le mur devant la table où je travaillais, séparée seulement du mur par la largeur de la table, et par ricochet fait sauter une lamelle du tiroir situé à ma gauche. Je viens de l’échapper belle. 


A 19 h. 30. — Au bureau encore (il y a tant de travail qui reste pour moi !) une balle vient également à travers un gros matelas, trouer une porte qu’elle traverse avec une grande force, faire sauter une encoignure, perforer une série de vêtements accrochés au vestiaire à l’intérieur de la maison. Au même moment une autre vient, après une courbe capricieuse, se planter dans une case de la table de tri. Le vacarme continue et la maison très sonore nous laisse entendre tous ls chocs qu'elle subit. Me trouvant peu en sécurité au bureau malgré les matelas (tous traversés) et les armoires qui ne résistaient pas non plus et d’autre part le fil de lumière ayant été aussi rompu, j’ai jugé n’avoir plus rien à faire au bureau. 


Sans lumière, sous une fusillade tragique, plus affreuse dans la nuit, nous avons attendu le matin. L’auxiliaire a également passé la nuit ici.


Cette nuit-là, des balles entrées partout dans l'appartement jusque dans le placard de la cuisine, dans le bûcher, dans la cave et le plus grave dans une chambre sur un lit que j’avais fait évacuer. 



Le 4 septembre. — Nos circuits avec Hendaye sont tous rompus. Sommes complètement isolés. Le danger diminue à chaque instant maintenant. La bataille se poursuit bien plus avant vers un autre point. 


Le courrier enfin paraît vers midi et demi. Il me remet, émanant de ma direction un ordre d’évacuation ; ne l’ayant nullement sollicité, je ne l'exécute pas ; d'ailleurs le danger n'est plus pour l’instant et si l’on entend encore fortement la fusillade, du moins sait-on que les balles ne peuvent rebrousser chemin pour nous frapper.


Services très chargés que nous accomplissons à trois, toujours les mêmes, chacune fournissant un gros effort. Le trafic a repris très grand. Nous avons maintenant à faire face à tous ces réfugiés téléphonant et télégraphiant de toutes parts. 


Je tiens à signaler que durant ces jours de fièvre aucun service n'a souffert et n’a été négligé ; pas de retard dans mes comptabilités malgré mon surmenage passant les nuits à moitié à travailler ; quant au repos... Pendant plusieurs jours nos matelas sont restés aux fenêtres ! 



Le 5 septembre. — La vie a repris à peu près normale. En résumé pour Béhobie : deux morts et douze blessés dont mon mari, et c’est miracle que le chiffre n'en ait été plus élevé.



Il peut sembler exagéré que de France nous ayons été à ce point sous les balles. Il faut savoir que nous sommes très près de la rive frontière et que les combattants espagnols avaient à défendre un mont (Saint-Marcial) en face que les assaillants prenaient par escalade et à coups de fusils. Donc toutes les balles qui n’atteignaient pas leur objectif (et il y en avait) venaient en France, c’est-à-dire sur nous, à moins d’un kilomètre du lieu de combat dont rien ne nous isolait. La rivière seule fait la frontière.



Malgré mon refus d’être secondée par un commis, M. le directeur s’était mis à la recherche d’un volontaire... il n’en a pas trouvé. Il y avait trop de danger. 



Nous n’ajouterons aucun commentaire à ces souvenirs vécus qui marquent la vaillance si simple de nos femmes françaises."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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