DOMINIQUE GARAT ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.
Dominique Garat dit "Garat-Aîné", né le 12 décembre 1735 à Ustaritz (Royaume de France) - Mort à Bassussary (Basses-Pyrénées) est un avocat et homme politique français d'origine Basque.
Voici ce que rapporta Michel Etcheverry à son sujet dans le Bulletin de la Société des Sciences,
Arts & Lettres de Bayonne, en janvier 1930 :
"Le rôle politique de Dominique Garat.
... Puis l'histoire recommence. En ce même Ventôse, Moncey intervint encore contre des infidélités qui se produisent. Le 6 Germinal an V (26 Mars 1797) l'Administration municipale d'Ustaritz se plaint à son tour des effets fâcheux qu'a entraînés dans notre pays la publication du sévère arrêté du Directoire Exécutif du 25 Pluviôse (13 Février). En Thermidor le Général en chef rapporte, par précaution, les congés et permissions accordés aux chasseurs Basques. Sur quoi l'Administration centrale essaie encore de la manière douce : "Il serait douloureux, écrit-elle le 14 de ce mois (1er Août) pour les Basques qui ont tant de droits à la reconnaissance nationale et qui sont presque tous propriétaires d'être non seulement privés de la récompense nationale mais encore de devoir compléter à la patrie le temps qu'ils auraient passé chez eux durant la guerre au mépris de la loi et de leur devoir".
Moncey songeait depuis quelque temps à une mesure qui ménagerait l'humeur indépendante de ses chers Basques et lui assurait d'autre part un minimum stable de ces précieux lascars. Il proposait la réduction de 4 Bataillons à un seul à condition que celui-ci fût toujours à effectif complet. L'Administration centrale approuva le projet le 5 Brumaire an VI (26 Octobre 1797). Des commissaires Basques furent adjoints au Général, entr'autres Pervieu et d'Etchats, pour mener à bonne fin cette opération. Les détails manquent pour connaître l'accueil qui fut fait dans le canton d'Ustaritz à cette solution d'inspiration bienveillante. Si nous pouvions en juger par l'exemple d'autres régions voisines, les résistances demeurèrent actives et tenaces. Quant aux réactions que provoquèrent les lois militaires postérieures, nous ne saurions en entreprendre le récit sans sortir du cadre de cette étude.
La science juridique de Dominique Garat s'avère dans plusieurs consultations qu'il donna sur des espèces nées de la législation révolutionnaire ou demeurées en suspens depuis la période antérieure. Nous reproduisons aux Pièces Annexes celle qui concerne les droits familiaux de Jean Martin Mondutéguy de lugubre mémoire. Sa compétence en cette mémoire était si bien reconnue que l'Administration centrale recourut plus d'une fois à ses lumières tantôt ouvertement, tantôt en faisant semblant de se tromper. C'est ainsi qu'on lui soumit le cas d'une dame Françoise Biaudos, veuve Lasalle, habitante de Vic dans les Pyrénées Orientales à propos d'un domaine qu'elle possédait à Itxassou. Itxassou était du canton de Cambo et à Pau on le savait bien. Aussi "l'administration d'Ustaritz est flattée, déclare Garat avec une satisfaction mêlée d'excusable vanité, d'envisager dans la demande que ses supérieurs lui font un témoignage particulier de sa confiance ; elle va le justifier selon ses lumières et ses voeux pour la justice.
Et c'est une page remarquable de clarté, de bon sens et de maîtrise technique qu'il rédige.
Au travers des rudes ennuis de cette magistrature municipale, Garat connut des jours de liesse et de bonheur. L'ancien avocat achalandé de Bordeaux, l'ancien orateur écouté de la Constituante redevenait parfois le ministre du verbe. C'était dans les séances où il s'agissait d'installer ou de remercier des membres de l'administration municipale et des fonctionnaires publics. C'était plus encore lors de la célébration des fêtes par lesquelles la loi espérait entretenir le moral du peuple. On le voit haranguer ses compatriotes, dans leur langue, le jour (30 Pluviôse an IV, 19 Février 1795) où l'on commémore, en vertu du décret du 23 Nivôse an IV (13 Janvier 1796) l'abolition de la royauté et l'établissement de la République, le jour (13 Thermidor an IV, 30 Juillet 1796) où l'on exalte les événements du 14 Juillet, 10 Août, 9 et 10 Thermidor. Il paraît heureux et un peu fier d'avoir cueilli les lauriers tout nouveaux en poussant la charrue d'une main vigoureuse le 30 Messidor an IV (18 Juillet 1796) dans la cérémonie publique consacrée à la glorification de l'Agriculture et des victoires.
Le 1er jour complémentaire de l'an V (17 Septembre 1797) après avoir consigné sur le registre que la proclamation du 18 Fructidor et les principaux articles de la loi du 19 Fructidor ont été traduits en Basque, publiés et affichés. Garat ajoute ce voeu où ne perce aucune inquiétude personnelle. "Puisse cette secousse paisible être la dernière en tout genre et notre constitution de l'an III régner désormais tranquillement dans toute la sagesse de ses principes."
Rien, en effet, ne pouvait faire prévoir à notre compatriote l'étrange aventure qui allait lui arriver et qui montre à quel point la nouvelle terreur fut incohérente et aveugle. Le 13 Vendémiaire an VI (4 Octobre 1797) la lettre suivante parvenait aux membres du conseil municipal réunis en séance :
"A l'administration municipale du canton d'Ustaritz le citoyen Garat l'aîné Président de la même administration.
Administrateurs citoyens, mes collègues, vous savez que sur des avis privés d'amis qui de Bayonne m'annoncèrent il y a 3 ou 4 jours qu'on m'y avait vu nommé dans une liste générale d'émigrés, nous allâmes de suite au seul exemplaire d'une liste de ce titre transmise au dépôt de notre administration et que nous vérifiâmes que je n'y étais point porté.
Je vous prévins que j'allais me transporter à Bayonne pour vérifier s'il en existait quelqu'autre qui m'y nommât.
On vient de m'y en montrer une autre, où j'ai trouvé cette inscription : "Garat aîné, bec d'Ambès Floriac en Frimaire de l'an II".
Les mots "aîné" et "Floriac ou Florac" nom d'une petite commune près Bordeaux entre deux mers où je possède un petit domaine n'ont pu permettre de douter que ce fût moi qu'on y désignât.
Je viens de faire part de cette découverte à l'administration centrale du Département et je lui observe l'ineptie de cette inscription calomniatrice qui me porte émigré en Frimaire de l'an II, époque où vous le savez tous j'étais incarcéré à Montauban, comme aristocratisant, d'Ustaritz, le peuple Basque depuis mon retour de l'Assemblée Constituante.
Quoique l'esprit de la loi du 19 Fructidor me la rende, je crois, inapplicable dans une pareille hypothèse, je crois devoir l'expliquer contre moi, par mon obéissance à sa lettre, dès qu'elle ne me manifeste pas suffisamment son esprit.
Je vais donc me rendre à l'une des communes voisines d'Espagne, les plus voisines de vous, mes chers collègues, et je vous demande à cet effet, au bas même de cette pétition, un passeport, vous priant d'inscrire le tout sur nos Registres.
Notre séparation ne sera pas longue, je l'espère, mes chers collègues. Aux premiers avis qui me furent donnés de Bayonne, jamais, vous le savez, adressé à mon frère toutes les pièces probatives de ma résidence continue à Ustaritz depuis l'Assemblée Constituante. Je viens de lui écrire encore à ce sujet ; je me trompe fort ou il m'enverra bien promptement un arrêté du Directoire de qui, au surplus, à la majorité de ses membres, mon inébranlable fidélité au sol de ma patrie est parfaitement connue.
Vous avez déjà dans vos papiers des signalements exacts de ma personne.
De Bayonne le 12 Vendémiaire an VI.
Garat l'aîné."
La municipalité apporta l'appui au Président et délivra le passeport demandé dans les termes que voici :
"Vu la pétition ci-dessus, attestant autant que de besoin la vérité de tout son contenu pour la fidélité constante du pétitionnaire au sol de la République.
Faisant droit d'icelle, nous, membres soussignés de l'administration municipale du canton d'Ustaritz, disons à tous ceux qui ces présentes verront.
Laissez passer le citoyen Dominique Garat l'aîné Président de notre administration municipale, âgé de près de 63 ans, visage oblongue et maigre tâché de petite vérole, nez moyen, bouche moyenne, yeux gris foncés, sourcils noirs, taille de 5 pieds 4 pouces plus ou moins et prêtez-lui, en cas de besoin, aide et assistance. A Ustaritz au lieu de nos séances le jour mois et an que dessus."
La méprise odieuse dont Garat était victime ne pouvait durer. Il avait à Paris des protecteurs trop puissants pour subir longtemps cette criante injustice. Le 9 Frimaire an V (29 Novembre 1797) ses collègues trouvent dans le courrier un billet de lui où il les prie "d'inscrire sur le Registre la lettre qu'il vient de recevoir du ministre des Relations Extérieures" et dont la teneur suit :
"Le citoyen Talleyrand ministre des Relations Extérieures au citoyen Garat l'aîné Président de l'administration municipale du canton d'Ustaritz.
![]() |
| PORTRAIT DE CHARLES-MAURICE DE TALLEYRAND-PERIGORD Par Pierre-Paul Prud'hon — AllPosters.com, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=497847 |
.jpg)


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire