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dimanche 26 juillet 2026

LE RÔLE POLITIQUE DE DOMINIQUE GARAT D'USTARITZ PENDANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (cinquième partie)

 

DOMINIQUE GARAT ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.


Dominique Garat dit "Garat-Aîné", né le 12 décembre 1735 à Ustaritz (Royaume de France) - Mort à Bassussary (Basses-Pyrénées) est un avocat et homme politique français d'origine Basque.




député tiers ustaritz avocat pays basque
DOMINIQUE GARAT "AÎNE"


Voici ce que rapporta Michel Etcheverry à son sujet dans le Bulletin de la Société des Sciences, 

Arts & Lettres de Bayonne, en janvier 1930 :



"Le rôle politique de Dominique Garat. 



... Garat était déjà suspect d'"aristocratiser le pays" comme lui-même nous l'apprendra plus loin. Les Jacobins de tout rang qui détenaient maintenant la force accentuèrent leur hostilité contre sa personne et celle de ses amis. L'un des griefs qu'on releva à sa charge, ce fut le silence qu'il avait gardé lorsque l'assemblée primaire renvoya le vote sur l'Acte constitutionnel. Sa conduite de ce jour contribua plus que tout le reste à déchaîner sur lui la colère et la vindicte de ses adversaires politiques, particulièrement celle des représentants Monestier du Puy de Dôme et Pinet aîné.



député tiers ustaritz avocat pays basque
JEAN-BAPTISTE-BENOÎT MONESTIER



Le 2 Octobre 1793 il était appréhendé chez lui. D'autres subirent le même traitement : les deux frères Haitze, Pierre et André (le cadet, Bernard, était mort à Bagnères le 5 Septembre 1793), Pierre Dithurbide, ex-député à l'Assemblée Législative, l'Abbé Harambillet, ancien curé d'Itxassou.



Aussitôt arrêtés, on les mena tous trois sous bonne escorte devant les deux terribles dictateurs. Nous avons sur cette entrevue une déposition faite par les collègues de l'ex-constituante, le 26 Plairial An IV (14 Juin 1796) devant l'Administration municipale du canton d'Ustaritz dont Garat était président. "Les citoyens Haitze frères et Dithurbide déclarent que lorsqu'à l'époque de leur arrestation, le 2 Octobre 1793, avec le citoyen Garat aîné, ils furent conduits à Bayonne devant les représentants Monestier du Puy de Dôme et Pinet qui avaient lancé l'ordre de leur arrestation, ils entendirent Monestier du Puy de Dôme adresser au citoyen Garat aîné une réprimande du style des gouverneurs despotes de l'Ancien Régime dans laquelle, parmi beaucoup d'imputations vagues et insignifiantes, celle-ci fut par eux distinguée comme ayant un peu de précision, c'est que le citoyen Garat l'aîné, présent à l'assemblée primaire de son canton où l'acceptation de la constitution de 1793 avait été suspendue jusqu'à traduction imprimée en langue Basque, ne lui avait pas sauvé cet affront soit en traduisant lui-même en Basque sur le champ à ses concitoyens, soit en n'employant pas l'ascendant qu'on lui connaissait sur eux pour le leur faire accepter au moment même".



Quoique la Terreur ne fût pas encore officiellement instaurée en France, Garat put mesurer l'arbitraire et le sans-gêne dont ces deux tout puissants despotes se montraient déjà capables. Laissons-le raconter dans cette même séance la désinvolture avec laquelle on agit à son égard : "J'atteste que lorsque je fus arrêté le 2 Octobre 1793 avec les citoyens Haitze, Dithurbide et Harambillet, vieux curé d'Itxassou démissionnaire depuis longtemps, par le même détachement qui alla mais en vain arrêter le citoyen Harriet, Gorse, commandant de ce détachement, sur ma demande qu'il eût à me notifier l'ordre de mon arrestation, s'y refusa ; qu'il mit seulement sous mes yeux la partie de cet ordre qui me nommait et les signatures de Monestier du Puy de Dôme, et Pinet auteurs de l'ordre, tâchant de me cacher les noms de mes concitoyens enveloppés dans le même ordre avec ses doigts, à travers lesquels je lus cependant ces noms ; que ce fut qu'en me déposant à Montauban dans la maison de réclusion appelée des Carmélites, que, Labourié, le chef des Gendarmes mes conducteurs, me remit une copie sur papier commun signée de lui de mon ordre d'arrestation laquelle je garde soigneusement devers moi à telles fins que de raison et laquelle est ainsi conçue :


"Les représentants du peuple près des Pyrénées Occidentales et les départements voisins.


Il est ordonné au citoyen Gorse, capitaine de Gendarmerie nationale de faire conduire sous bonne et sûre garde le citoyen Garat l'aîné ex-constituant dans la maison de réclusion de Montauban.


Les frais résultant du transport du prisonnier et de l'escorte qui lui sera fournie seront à sa charge.


Fait à Bayonne le 3 Octobre 1793 l'an II de la République Française une et indivisible.


Signé à l'original J. B. D. Monestier et J. Pinet aîné. Conforme à l'original. A Montauban le 11 Octobre 1793 l'an II de la République Française une et indivisible. Labourié lieutenant de la Gendarmerie nationale".



La réaction Thermidorienne vint arracher Garat à sa geôle. Le 28 Vendémiaire an III (19 Octobre 1794) le Comité de Sûreté Générale donnait l'ordre de le remettre en liberté et le captif rentrait à Ustaritz le 3 Frimaire suivant (23 Novembre 1794).



La municipalité d'Ustaritz semblait ignorer la marche des événements et s'acharnait encore à vouloir perpétuer la réclusion des nombreux compatriotes qu'elle avait fait incarcérer. La haine de ces fanatiques n'a rien appris ni rien oublié ! En ces mois d'Octobre et de Novembre ils renouvellent leur diatribes contre les personnages marquants qui envoient des tableaux politiques pour obtenir un avis favorable à leur élargissement. Vains efforts ! L'une après l'autre les victimes de cette furieuse persécution voient les portes de leur prison s'ouvrir avec l'assentiment des représentants Monestier de la Lozère, Baudot, Garrau ou du Comité de Sûreté Générale.



Aussi bien l'heure approchait où l'esprit nouveau balaierait ces tyranneaux. On s'étonne qu'ils n'aient pas senti la menace. Elle était claire pourtant et venait de haut. Dès le 14 Octobre 1794 Monestier de la Lozère, représentant du peuple dans les départements des Landes, des Hautes et Basses-Pyrénées, manifestait dans un arrêté son intention "d'épurer et organiser les autorités constituées" en conformité de la loi du 7 Vendémiaire (28 Septembre 1794) et la lettre du 13 du même mois (4 octobre) du Comité de Législation. La première étape allait être la reconstitution des administrations de district. Puis, ajoutait-il, "les nouvelles administrations de district indiqueront au Représentant du peuple les autorités de leur arrondissement qui ont besoin d'être épurées ainsi que les citoyens qui peuvent y être appelés par leur patriotisme, leur probité et leur amour pour la chose publique. Cette indication sera faite d'après le voeu du peuple".



Le premier acte de cette rénovation fut, en effet, le remplacement du Directoire du district composé de Delissalde, Lacoste, Duronéa, Daguerressar, Dhiriart, par un Conseil Révolutionnaire provisoire où siégeaient Danglade, Dolabaratz, Bouche, Sarrouble, Dithurbide, Destibeaux et enfin par le nouveau Directoire en titre qui comprenait les citoyens Moracin, Président, Diharce, Dubroca, Fourcade, Bertrand, Ducos et Garrou.



Le travail d'élimination se continua à l'échelon inférieur et ménagea à Dominique Garat une revanche qui dut lui être douce. Par décision du 9 Ventôse an III (27 Février 1795) le nouveau Directoire de district changeait la composition des municipalités dans diverses localités de son ressort et désignait l'ex-consultant "à l'effet de recevoir le serment et procéder à l'installation des autorités qui viennent d'être constituées pour les communes d'Ustaritz, de Hasparren et de Cambo. Le 17 Ventôse (7 Mars), le commissaire s'acquitte de sa mission à Ustaritz, on devine avec quelle joie. Il tint à dégager le sens de cette révolution de palais : "J'ai ouvert la séance, écrivait-il au Directoire du district, après un discours où, développant les vues et les principes de l'arrêté des administrateurs de district j'ai tracé un tableau rapide des crimes et des désastres dont la tyrannie triumvirale avait frappé notre pays et toutes les autres contrées de la République Française ; où j'ai fait sentir, autant qu'il m'a été possible, toutes les vertus qui dans les séances du 9 et 10 Thermidor délivrèrent la République de cette épouvantable tyrannie en envoyant à l'échafaud les 3 tyrans et leurs principaux complices ; où j'ai observé que l'épuration de toutes les autorités constituées sous la tyrannie était devenue l'un des résultats les plus nécessaires de ces séances à jamais mémorables ; où j'ai parlé de l'épuration des principales autorités constituées dans la commune de Bayonne par le représentant Monestier de la Lozère comme dirigée par la véritable opinion publique, c'est-à-dire celle de tous les hommes de bien et où enfin j'ai annoncé aux citoyens d'Ustaritz que celle des autorités constituées dans leur commune confiée par ce représentant à l'administration heureusement renouvelée de notre district leur paraitrait éclairée par la même opinion et formée selon leur voeu pressenti."



député tiers ustaritz avocat pays basque
ARRESTATION DE ROBESPIERRE 
28 JUILLET 1793




A suivre...

 

(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France et https://www.parismuseescollections.paris.fr/)




 

  







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vendredi 26 juin 2026

LE RÔLE POLITIQUE DE DOMINIQUE GARAT D'USTARITZ PENDANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (quatrième partie)


DOMINIQUE GARAT ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.


Dominique Garat dit "Garat-Aîné", né le 12 décembre 1735 à Ustaritz (Royaume de France) - Mort à Bassussarry (Basses-Pyrénées) est un avocat et homme politique français d'origine Basque.




député tiers ustaritz avocat pays basque révolution française
DOMINIQUE GARAT "AÎNE"


Voici ce que rapporta Michel Etcheverry à son sujet dans le Bulletin de la Société des Sciences, 

Arts & Lettres de Bayonne, en janvier 1930 :



"Le rôle politique de Dominique Garat. 


Dominique Garat et les institutions politiques.



... Pour l'armée, la marine, nous n'avons relevé aucune intervention ou au moins aucune vue personnelle et profonde. En matière de finance, Garat n'a formulé, non plus, à notre connaissance, aucune suggestion neuve ou simplement intéressante.



Les idées de notre député sont plus nettement accusées en ce qui concerne les rapports du pouvoir législatif et exécutif. Le 22 Avril 1790 il rappelle aux vrais principes ceux qui voulaient poursuivre la Chambre des Vacations du Parlement de Grenoble : "Cette question appartient à l'ordre judiciaire ; ce n'est pas à vous MM. à maintenir l'exécution de vos décrets." Le 26 Février 1791 il soulève une tempête soutenant, avec toute raison, que le projet de préambule qu'on veut placer en tête du projet de destitution de la municipalité de Nîmes et de l'ouverture d'une information est un empiètement sur un terrain interdit à une assemblée délibérante. La distinction des deux domaines lui tient tellement à coeur que, le 7 Avril 1791, il propose un amendement draconien au projet de décret qui visait les collusions possibles entre parlementaires et ministres. Non content d'écarter les députés présents et à venir de la place de ministre ou de tout autre emploi public, Garat ajoute : "Il faut étendre la disposition du décret non seulement aux députés, mais à leurs ascendants, descendants et collatérants." On ne le suivit pas jusque-là. 



L'institution politique qui commandait toute la constitution était le suffrage populaire, expression de la souveraineté de la nation. Il est sans doute inutile d'observer que le droit de vote tel que le comprenait Garat avec la majorité de ses collègues comportait l'exclusive pour certaines catégories. Ces restrictions paraissaient alors toutes naturelles. On se souvient d'ailleurs que même le décret du 10 Août refusera le bulletin électoral aux domestiques et que seul l'acte Additionnel du 24 Juin 1793 les en munira — pour un temps — en vertu du principe énoncé dans son préambule que "la loi ne connaît pas de domesticité."



Le corps des citoyens actifs — même ainsi limité — court le risque de tomber sous la tutelle des grands et des riches. Et Garat de rappeler avec insistance ce danger. Je note une exception, qui pourrait passer pour un hommage au sens religieux du peuple. Garat regretta que l'on n'eût pas remis l'élection des évêques à la masse des électeurs : "Si le peuple lui-même, répondait-il à Robespierre le 9 Juin 1790, pouvait intervenir dans les élections dont il s'agit, la question ne serait plus douteuse." Mais le plus souvent il cherche des barrières — et tout autant si ce n'est davantage dans les scrutins du deuxième degré — contre "l'aristocratie des riches", contre ce que nous nommerions aujourd'hui le caciquisme. Cette hantise lui valut un jour (1er Mai 1790) de la part de M. de Virieu une apostrophe désobligeante : "J'avoue que j'ai vu avec étonnement un ami aussi connu de la liberté parler d'une manière aussi peu déférente des hommes puissants." Qui osera soutenir que l'idée fixe de Garat fût chimérique ?



député tiers ustaritz avocat pays basque révolution française
MARQUIS FRANCOIS-HENRI DE VIRIEU
1754-1793
                                                                        


Dominique Garat et la royauté.



Le député du Labourd avait, dans la séance du 30 Octobre 1789, condensé sa pensée politique en une phrase expressive : "Instruire les peuples et les conduire à l'obéissance par la raison, c'est leur rendre le plus grand de tous les services." L'obéissance ? A qui ? Evidemment à ses élus, mais aussi aux agents du pouvoir exécutif et en premier lieu, au roi. Garat, ainsi que la presque totalité de ses collègues à la Constituante, regardait le roi comme la clef de voûte de tout système politique. Certes il était constitutionnel dans l'âme. On le vit bien dès le 23 Juin 1789 lorsqu'il appuya le refus de quitter la salle des Menus, le 4 Mai 1790 lorsqu'il déclamait : "Je ne suis l'esclave que de ma raison et ma raison ne peut être l'esclave que de vos décrets", le 26 Mai suivant lorsqu'il plaçait S. M. elle-même sous la surveillance du corps législatif. Mais, en dépit de ce droit de regard il admet la prérogative royale. Il a noblement, parfois courageusement défendu la personne du monarque, il a revendiqué pour la couronne la liberté de correspondre directement avec les assemblées délibérantes, il lui a attribué, malgré la légère précaution dont on vient de parler, l'autorité suprême et effective dans l'exercice du pouvoir exécutif. Le 5 Mai 1790 il donna la mesure de sa sincérité monarchique. Par qui les juges seraient-il institués ! Telle était la question à l'ordre du jour : "On croit se montrer très populaire, s'écrie Garat, en cherchant à mettre du côté du peuple tous les pouvoirs ; on croit se montrer très populaire en se cherchant à dépouiller le roi (Grands murmures à gauche). Moi je crois non me montrer, mais être plus populaire que tous ceux que je combats en soutenant que l'institution des juges doit appartenir au roi." Et il continua, au milieu des murmures des tribunes publiques pour aboutir à cette conclusion que le pouvoir judiciaire faisant partie du pouvoir exécutif, les décrets mêmes de l'Assemblée tranchaient le différend en faveur du souverain.



député tiers ustaritz avocat pays basque révolution française
MIRABEAU ET L'ASSEMBLEE CONSTITUANTE
23 JUIN 1789



En résumé, Dominique Garat, dans son rôle à la Constituante, nous apparaît bien comme représentatif du Français éclairé, libéral, réformiste de la fin du XVIIIe siècle, comme le produit typique de cette société bourgeoise où fermentaient les mécontentements légitimes, les idées neuves et fécondes, les aspirations généreuses mêlées d'erreurs et d'utopies. Ses maîtres ? Nous le devinerions, si l'on n'en retrouvait la trace à tout instant dans le Mémoire de 1784. Ce sont d'abord — naturellement, les anciens dont tout esprit cultivé était alors profondément imprégné — les philosophes dont Garat s'est souvent assimilé les doctrines et dont parfois il a hélas ! épousé les passions. Ce sont Montaigne et surtout Montesquieu, l'une des religions du Parlement de Bordeaux. Et ne serions-nous pas fondés à croire que cette belle intelligence reçut l'empreinte de la vieille cité elle-même, jadis foyer d'opposition ou même de révolte, et, en tout temps, refuge du libéralisme ? Il n'est pas jusqu'à l'Académie des bords de la Gironde qui n'inculquât à ses membres l'amour du progrès, le frisson des nouveautés : "Dix ans avant la Révolution, écrit M. Paul Courteault, l'esprit de 1789 est en elle ; il la domine, il la guide." La race, enfin, prédestinait Garat à poursuivre quelques-unes de ce qu'on est convenu d'appeler les conquêtes de la Révolution.



Le départ de l'Assemblée Constituante (30 Septembre 1791) rendit Dominique Garat à la vie privée. Les Parlements ayant été supprimés les 6 et 7 Septembre 1790, l'ancien avocat de la cour souveraine de Bordeaux ne pouvait y reprendre sa place. Il revint donc à Ustaritz, parmi ses compatriotes.



Nous n'avons aucun renseignement sur ce qu'il fit pendant les deux premières années de ce séjour dans la ville natale. Il ne paraît avoir joué aucun rôle politique, ni public jusqu'au mois de Janvier 1793.



Nous arrivons ici à un tournant important de l'histoire de la Révolution en notre pays. Jusqu'alors le sectarisme des représentants les plus fougueux de l'esprit novateur s'était contenu dans des limites prudentes. Les modérés, tout en déplorant les excès commis déjà par le législateur et le peuple contre l'Eglise et la Royauté, acceptaient sans arrière-pensée le fait accompli et ne rêvaient plus que d'une République policée et tolérante. L'Acte Constitutionnel du 24 Juin 1793, exposé hardi des idées de la Montagne, manifeste bruyant du parti qui venait de triompher au coup d'Etat des 31 Mai, 1er et 2 Juin, fut l'occasion d'une profonde scission dans le corps politique du canton d'Ustaritz.



Les divergences éclatèrent à propos du plébiscite auquel le gouvernement Jacobin avait soumis son oeuvre. Une assemblée primaire avait été convoquée au chef-lieu vers le 20 Juillet pour prononcer sur l'acceptation ou le rejet de l'Acte Constitutionnel. Garat assistait aux débats. Bien que nous n'ayons pas le procès-verbal de la réunion, nous savons que le vote sur la constitution fut ajourné jusqu'à ce que le Directoire du district en eût fait faire et répandre une traduction en Basque.



Les partisans de l'idéal Montagnard crièrent à la manoeuvre, à la perfidie. Entrant à leur tour en scène, les représentants du peuple Lefiot et Garrau décidèrent l'épuration de la municipalité d'Ustaritz dont certains membres, entr'autres Mathieu Duhalde, Maire, et Martin Dihabe, procureur de la commune, étaient convaincus d'avoir, dans une assemblée communale, réunie deux jours avant l'assemblée primaire, poussé les esprits à adopter cette attitude dilatoire. Les deux proconsuls prirent un arrêté qui renouvelait partiellement le conseil municipal. Ils révoquaient le maire, le procureur, 2 officiers municipaux, Pierre Marithurry et Jean Delissalde, le secrétaire, Jean Salaberry et à leur place nommaient Jean-Bte St-Jean pour maire, Jean Marithurry Ferrondo pour procureur, Charles Daguerre et Jean Darrambide pour officiers municipaux et Gastambide pour secrétaire.



député tiers ustaritz avocat pays basque révolution française
LES MONTAGNARDS 1793
LES MUSEES DE LA VILLE DE PARIS



Le directoire du district, chargé de mettre ces mesures à exécution, choisit un de ses administrateurs pour procéder à la destitution des fonctionnaires frappés et l'installation des nouveaux membres. L'opération eut lieu le 31 Juillet 1793. Le pouvoir passait, avec encore un léger contre-poids, aux violents. Peu à peu les terroristes allaient accaparer toute la puissance locale et faire régner sur Ustaritz d'abord, puis sur Ustaritz, Larressore et Jatxou réunis en une seule commune le 6 Pluviôse an II (26 Janvier 1794) un régime de tyrannie forcenée."



A suivre...

 

(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France et https://www.parismuseescollections.paris.fr/)




 

  







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mardi 26 mai 2026

LE RÔLE POLITIQUE DE DOMINIQUE GARAT D'USTARITZ PENDANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (troisième partie)

 

DOMINIQUE GARAT ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.


Dominique Garat dit "Garat-Aîné", né le 12 décembre 1735 à Ustaritz (Royaume de France) - Mort à Bassussarry (Basses-Pyrénées) est un avocat et homme politique français d'origine Basque.




député tiers ustaritz avocat pays basque
DOMINIQUE GARAT "AÎNE"


Voici ce que rapporta Michel Etcheverry à son sujet dans le Bulletin de la Société des Sciences, 

Arts & Lettres de Bayonne, en janvier 1930 :



"Le rôle politique de Dominique Garat.



Dominique Garat et la question religieuse.



Il faut bien que je la reproduise in-extenso cette page célèbre que l'on voudrait effacer pour l'honneur du député basque. Michelet en a saisi l'importance et donné — non sans joie peut-être — un dramatique raccourci. Le 13 Février 1790, l'ordre du jour comportait la suite de la discussion sur les ordres monastiques. Garat y prononça la virulente diatribe que voici : "La religion gagnera-t-elle à la suppression des religieux ? Elle gagnera des ministres ? les prêtres réguliers n'existant plus, il y aura davantage de prêtres séculiers. L'éducation nationale y gagnera-t-elle ? Elle y aurait beaucoup perdu dans l'ancien état de choses ; mais dans l'état actuel, l'éducation sera éclairée ; elle sera pure comme les principes ; il faudra, pour élever des citoyens, des hommes libres comme eux. L'indigence y gagnera-t-elle ? Le doute calomnierait nos moeurs actuelles, la bienfaisance se montre de toutes parts ; soyez confiants en votre humanité, ne doutez pas que par les lois que vous ferez sur la mendicité le sort des pauvres gens sera bien moins précaire. Les finances y gagneront-elles ? Si l'on en croit Mgr l'évêque de Nancy on dira non, mais des calculs promis par M. Dupont annoncent un résultat bien plus avantageux. Les familles y gagneront-elles ? Elles y perdront, elles redouteront cette opération, a dit hier un préopinant ? une semblable assertion fait frissonner d'horreur. Les droits de l'homme y gagneront-ils ? Voici la véritable question. Les établissements religieux étaient la violation la plus scandaleuse des droits de l'homme. Dans un moment de ferveur un jeune adolescent prononce le serment de ne reconnaître désormais ni père, ni famille, de n'être jamais époux, jamais citoyen ; il soumet sa volonté à celle d'un autre, son âme à l'âme d'un autre ; il renonce à toute sa liberté dans un âge où il ne pourrait se dessaisir de la propriété la plus modique ; son serment est un suicide civil. Y eut-il jamais plus d'époques plus défavorables pour la nature humaine que celles où furent consacrées toutes ces barbaries ! Voici ma profession de foi : je jure que je n'ai jamais pu concevoir comment l'homme peut aliéner ce qu'il tient de la nature, comment il pourrait attenter à la vie civile plutôt qu'à la vie naturelle. Je jure que jamais je n'ai conçu comment Dieu pourrait reprendre à l'homme les biens et la liberté qu'il lui a données". Le tumulte de la partie droite de l'Assemblée mit fin à ce réquisitoire.



Le lendemain 14 se livra un engagement passionné sur la proposition suivante : La religion catholique sera-t-elle déclarée nationale ou non ? Dominique Garat redemande la parole : "J'ai dû être surpris, fait-il, des soulèvements qu'a occasionnés une partie de mon discours ; je soutiens de nouveau les sentiments que j'ai exprimés et je me déclare aussi en bon chrétien catholique, apostolique que personne... J'applaudis avec transport aux voeux pour la suppression des ordres religieux". Et l'homme qui disait cela avait une soeur religieuse tout près d'ici, à la Visitation !



Pour être justes, il faut replacer cette doctrine dans son milieu historique. La condamnation des Jésuites par les Parlements en 1762, 63, 64, leur abolition par le roi de France en novembre 1764 puis par le pape Clément XIV le 21 juillet 1773 témoignent assez haut de l'impopularité attachée à une puissante congrégation. La défiance et la défaveur — soigneusement entretenues au surplus dans l'opinion par les philosophes et les économistes — avaient vite englobé toute l'institution monastique. Reconnaissons aussi que des abus incontestables s'étaient glissés dans les maisons religieuses : le Clergé le signalait lui-même au Roi en 1765 et demandait la création de cette Commission des Réguliers que Louis XV établit par édit du 23 mai 1766. On sait les coupes sombres opérées par cette Commission et qui, tout au moins, habituèrent l'esprit public à voir disparaître des communautés comme inutiles. Des natures droites, religieuses en étaient venues à concevoir l'Eglise comme parfaitement possible sans la couronne monastique. Les cahiers de Soule contiennent à ce propos des traits significatifs. Les outrances de Garat procèdent en partie de ces préjugés contemporains. Mais présenter les voeux comme une violation des droits de l'homme, un attentat aux lois de la nature, une usurpation de Dieu lui-même, c'était renverser les bases précisément du droit et de la liberté et, quoi qu'il en soit, appauvrir sinon ruiner ce christianisme qu'il professait.



Etait-ce regret ? Etait-ce effet d'une association d'idées aussi sincère qu'étrange ? Dominique Garat se montra dans la discussion sur la constitution du clergé curieusement respectueux de la hiérarchie et de la discipline. Il n'est pas pour les conseils qu'on veut adjoindre aux évêques, il combat l'élection des évêques faite sans le concours du clergé. Le ministère rural lui paraît chose bonne et bienfaisante. Il voudrait en multiplier les centres : "Dans ma province et dans les provinces voisines, s'écrie-t-il le 8 juin, les paroisses sont très rares ; aujourd'hui que vous possédez des biens ecclésiastiques, vous ne vous occupez qu'à mettre une extrême parcimonie dans les dépenses du culte" et le 15 du même mois un véritable sursaut de révolte le saisit devant les différences de traitement qu'on prétend édicter entre les curés des paroisses à 1 000 âmes ou moins (1 500 l. et 1 200l.). "Tout ceci, clame-t-il, n'est que calcul de finance. Ces calculs mériteraient quelque considération si la nation devait fournir à ces dépenses ; mais les fidèles y avaient fourni et la nation a tiré ces fonds à elle. Ce n'est donc pas du plus pur des trésors de l'Etat que les traitements des curés seront payés. A vrai dire, la nation ne dépense rien ici ; elle ne fait que dispenser une partie de ce qui était destiné à ce service. Il faut continuer ce souvenir de justice, devant lequel disparaissent les calculs de finance. En donnant même 1 500 l., comme vous avez supprimé le casuel, vous ne ferez pas aux curés un sort plus heureux que quand ils étaient à portion congrue". Garat justifiait amplement ici la fière profession d'indépendance qu'il devait faire le 28 juin suivant : "Je ne suis d'aucun parti et j'ai pris pour cela le moyen le plus sûr : je ne suis d'aucun club".



Dominique Garat et les institutions politiques.



Vous nous rappelez la malicieuse boutade de Figaro : "Je m'en rapporte à votre équité, quoique vous soyez de notre justice". Quoiqu'ayant fréquenté le Palais, Garat n'avait pas perdu la notion des grandes vérités morales qui doivent présider à la mission délicate et redoutable entre toutes, celle du juge. Quelques-uns des plus beaux aphorismes qu'ait entendus la tribune française sont de lui. Le 24 mars 1790, alors que l'honnêteté de M. le duc du Châtelet est l'objet de violentes attaques, il jette : "Quand un fait est sujet à deux interprétations, l'une bonne, l'autre mauvaise, la justice et la raison veulent qu'on s'arrête à la première... Il suffit que M. du Châtelet atteste les détails qu'il nous a donnés pour que nous ne doutions point". Le 28 juin 1791 il condamne toute mesure de répression à priori contre les égarés de St-Domingue : "Un principe certain en fait d'intentions, prononce-t-il, c'est qu'il faut tenir pour bonnes celles qu'on ne peut prouver mauvaises". 




député tiers ustaritz avocat pays basque
PORTRAIT DE LOUIS MARIE FLORENT DU CHÂTELET



Aussi Garat s'est particulièrement dépensé dans les débats relatifs à la réorganisation judiciaire. Il y avait beaucoup à faire, si nous l'en croyons. Le 5 juillet 1790 notre compatriote soutenait la nécessité de rendre publiques les opinions des juges, de ce que nous appellerions les considérants de leurs arrêts. Il laissa échapper ce terrible aveu : "Si tout ce qui se passe dans les délibérations clandestines était révélé, nous rougirions de honte. Ce secret est la cause des prévarications et des injustices dont nous avons si souvent gémi". La crainte des prévarications lui avait fait le 1er Mai précédent, repousser, dans un morceau fort bien venu, l'institution des juges ambulants. C'est sous l'empire de la même appréhension — il le confesse sans détours — qu'il avait également, le 3 mai, revendiqué l'inamovibilité de la magistrature : "Si vous décidez la possibilité des réélections, vous aurez des juges, accessibles à l'intérêt personnel". Enfin son attitude du 18 janvier 1791 s'explique encore par ce sentiment : ce jour-là il réclamait et obtenait contre Barnave que les dépositions des témoins en matière criminelle fussent écrites, afin d'augmenter les garanties de loyauté chez eux d'abord, chez les magistrats ensuite.




député tiers ustaritz avocat pays basque
PORTRAIT présumé d'ANTOINE BARNAVE VERS 1791



Avec l'intégrité des juges un autre souci le hante ; leur compétence. Il admet des jurés dans les tribunaux militaires (28 avril 1790) parce que "les délits y sont simples". Il les écarte des prétoires au civil et au criminel (30 avril 1790) et voit dans cette innovation un acte de basse démagogie : "L'abus le plus honteux pour des législateurs est de proposer et de promettre au peuple des lois qu'on ne pourra pas exécuter". Il demande le maintien des Cours Consulaires avec leurs jurys particuliers et la raison invoquée est que les procès y seraient confiés à des spécialistes entendus : "Des marchands nommés par des marchands jugeraient des affaires de commerce (27 Mai 1750)". Garat, abondant dans le même sens, comprend très bien que les juges puissent, pour éclairer leur religion, adresser aux corps législatifs des représentations, c'est-à-dire solliciter des précisions sur les lois (5 Juillet 1790).



Une 3e préoccupation se décèle enfin dans les réformes préconisées par Garat : la réduction des degrés de juridiction. Il voudrait que les officiers municipaux fussent chargés de la justice de paix puisqu'elle n'est qu'une justice de conciliation (7 Juillet 1790). L'opinion contraire ayant prévalu, il conçoit pour ces humbles officiers judiciaires un domaine contentieux sans appel jusqu'à 50 l. , et au delà de ce chiffre, le pourvoi direct devant un siège supérieur."




A suivre...


(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 




 

  







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mercredi 29 avril 2026

LE RÔLE POLITIQUE DE DOMINIQUE GARAT D'USTARITZ PENDANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (deuxième partie)

 

DOMINIQUE GARAT ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.


Dominique Garat dit "Garat-Aîné", né le 12 décembre 1735 à Ustaritz (Royaume de France) - Mort le 9 décembre 1799 à Bassussarry (Basses-Pyrénées) est un avocat et homme politique français d'origine Basque.




député tiers ustaritz avocat pays basque
DOMINIQUE GARAT "AÎNE"


Voici ce que rapporta Michel Etcheverry à son sujet dans le Bulletin de la Société des Sciences, 

Arts & Lettres de Bayonne, en janvier 1930 :



"Le rôle politique de Dominique Garat.



... Dominique Garat et la Petite Patrie.



Le cahier du tiers-état du Labourd avait chargé les députés de cette province de demander la conservation de la constitution particulière à elle octroyée par les ordonnances royales. Les habitants, y était-il-dit, "se trouvent assez bien de ce régime ; ils craindraient d'en changer". Qu'on juge de la réception de ces régionalistes fervents lorsque la nuit du 4 août vint faire table rase de leurs immunités. Les deux Garat avaient cédé à l'entraînement général, ils avaient subi l'effet de cette ambiance égalitaire, de cette superstition idéologique, si bien décrite par Taine — qui vit dans l'unité Française un fétiche ennemi de toutes les diversités, même des plus légitimes, des plus respectables, des plus fécondes. Leur vote sanctionne ce farouche article 10 qui disait : "Une constitution nationale et la liberté publique étant plus avantageuses aux provinces que les privilèges dont quelques-unes jouissaient et dont le sacrifice est nécessaire à l'union intime de toutes les parties de l'empire, il est déclaré que tous les privilèges particuliers des provinces, principautés, pays, cantons, villes et communautés d'habitants, soit pécuniaires, soit de toute autre nature, sont abolis sans retour et demeureront confondus dans le droit commun de tous les Français". Je vous renvoie simplement à l'ouvrage déjà mentionné de M. Darricau pour connaître le mécontentement ; disons même l'irritation qu'on ressentit en Labourd à la nouvelle de cette hécatombe politique. Je me contente d'une citation qui intéresse les deux représentants du Tiers. Dans une lettre à eux adressée par le Comité de correspondance, au nom du Bilçar, à la date du 5 septembre, nous trouvons ces lignes, énergiques et digne rappel à l'ordre : "La question de votre destitution avait commencé à s'agiter au Bilçar ; nous avons cru devoir l'étouffer, mais nous ne l'avons fait que dans l'espérance de plus d'exactitude de votre part ; nous ne vous dissimulons pas que si vous trompiez cette espérance, aucune considération ne contrarierait de notre part l'exécution de cette menace humiliante".



Cette sévère mercuriale fit sans doute réfléchir les deux Constituants. Venus à résipiscence nous les verrons tout à l'heure appuyer avec ardeur certaines revendications Labourdines. Peut-être même est-ce à cette leçon de patriotisme local qu'il faut rapporter la double intervention de Dominique Garat en faveur du maintien dans les actes royaux du titre de roi de Navarre (8 et 12 octobre 1789). Le détail en ayant été donné par M. Morbieu dans sa brochure : "Le Royaume de Navarre et la Révolution Française", je passe sur cet épisode.




CARTE DE NAVARRE 1749



Une question allait se poser qui causa une véritable alarme en pays basque : la fusion avec le Béarn pour la composition du département des Basses-Pyrénées. Le Labourd prit nettement position contre le projet. La 5e proposition votée par le Bilçar le 18 Novembre 1789 donne mandat au Syndic Général, conjointement avec le Bureau du Comité de correspondance "de solliciter de l'Assemblée Nationale la maintenue de sa constitution actuelle et de lui demander, dans le cas qu'il ne puisse y réussir, à être réuni aux provinces de la Basse-Navarre et de la Soule seulement". Et dans le mémoire qui suivit, le même voeu était formulé en ces termes : "Si, contre notre attente, il y avait une impossibilité absolue de laisser le Labourd en lui-même, c'est avec les Basques Navarrais et ceux de la Soule qu'il pourrait fraterniser le mieux". On sent bien que la cause de la constitution elle-même apparaît gravement compromise à nos ancêtres, que, s'ils s'obstinent à la défendre, c'est sans grande illusion et que leur espoir suprême réside dans la création d'un organisme administratif national. Le 8 janvier 1790 M. Bureau de Puzy, rapporteur, avouait les difficultés que rencontrait l'établissement d'un département Basque-Béarnais et remettait la solution à une date ultérieure.



L'affaire revint en discussion le 12. Les deux Garat s'opposèrent avec vigueur à l'amalgame. Dominique insista sur la différence irréductible des langues et sur le danger de porter atteinte à l'intégrité de l'âme Basque par le mélange avec des peuples plus éloignés des moeurs patriarcales. (Ce plaidoyer a été reproduit par M. l'abbé Haristoy au tome II de ses Recherches historiques sur le pays basque, p. 210). Ni ces considérations, ni les protestations véhémentes de son frère ne purent conjurer l'événement. "L'assemblée, en suivant l'avis du Comité, décrète la réunion du pays des Basques et du Béarn" insère le Moniteur (t. III, p. 113). Le 15 la mesure était confirmée par le vote de la division définitive en 83 départements. Garat l'aîné essaya pourtant le 8 Février, à l'occasion de la formation des six districts, de rouvrir le débat. Ce fut peine perdue. Le 16 février l'assemblée adoptait les articles généraux puis, le 26, les derniers détails liquidés, décrétait la nouvelle carte politique de la France et, le 4 Mars, les Lettres Patentes du roi apportaient la consécration décisive à l'oeuvre ainsi accomplie.



Quelques mois plus tard, Dominique Garat se faisait derechef l'interprète des desiderata de ses concitoyens en plaisant la cause du Séminaire de Larressore. C'était le 7 juin 1790. L'assemblée délibérait sur l'article IX de la constitution du clergé que voici : "Il ne sera conservé qu'un seul séminaire dans chaque diocèse ; tous les autres seront éteints et supprimés". Bien que collège mixe en fait, Larressore était établissement diocésain. Cette disposition le menaçait dans son existence. Puisque l'évêché départemental allait être, le 7 juillet, fixé à Oloron, il semblait naturel que le séminaire de cette ville subsistât seul. Garat essaya de parer le coup : "Il serait imprudent, dit-il, de supprimer ainsi des maisons absolument utiles à certaines provinces ; la mienne surtout le verrait avec déplaisir". Il eut satisfaction. Le texte fut déclaré valable pour les seuls séminaires proprement dits, "sans entendre rien préjugé, ajoutait le décret, quant à présent sur les autres maisons d'instruction et d'éducation". C'est donc à lui apparemment que notre antique maison dut deux années de vie. Puisse-t-il lui avoir été tenu compte de ce geste ; il n'était pas de trop pour en compenser d'autres, ainsi qu'on s'en convaincra bientôt.



Le 25 Novembre 1790, M. Lasniel, rapporteur des Comités d'agriculture et de commerce, amorçait un sujet d'un intérêt primordial pour notre pays : il s'agissait de la franchise accordée par les Lettres de Juillet 1784 à Bayonne, St-Jean-de-Luz et la rive gauche de la Nive. Ce régime spécial avait créé des divergences ardentes ici-même parmi les populations auxquelles il s'appliquait disait l'orateur, et il prenait visiblement parti pour sa suppression. Ce fut une belle joute. Le maintien, au moins provisoire, du statu quo trouva des avocats éminents, dont Mirabeau, Barnave, l'abbé Maury pour ne nommer que les plus connus. Dominique Garat, malgré son organe affaibli, rompit sa lance dans la controverse. Je résume le double argument auquel il en appela pour faire respecter l'état de choses existant. Les marchandises étrangères iront dans les ports francs d'Espagne et la fraude les introduira dans la zone en litige à travers des montagnes impossibles à garder. D'autre part abolir la franchise c'est chasser de Bayonne les marchandises espagnoles et perdre la prime de 5% — heureux temps ! — que le commerçant Français avait touchée en espèces lors de leur achat par échange". "Vous ne recevrez plus l'or Espagnol, les lingots qui servent à augmenter la masse de votre numéraire". Cette longue passe d'armes aboutit à un ajournement sine die.



Divisés sur le terrain économique, les Luziens l'étaient aussi en matière électorale. Les échos de ces contestations retentirent jusque dans l'enceinte de la Constituante à plusieurs moments de l'année 1790. On ne voit pas que Dominique Garat soit entré en lice. Il n'y a pas à s'en étonner ; le problème était fort embrouillé. Il se peut d'ailleurs qu'il fut d'accord avec le vicomte de Macaye qui, le 8 juin, déposait un projet de décret animé d'un esprit de conciliation très louable. Ce qui surprend davantage, c'est que le même Nicolas de Haraneder ait été seul à protester contre le choix de Pau pour chef-lieu du département. Je rappelle brièvement les faits. On avait au début de février 1790 incité les députés du nouveau département des B. P. à indiquer la capitale administrative. La mésentente éclata aussitôt et les représentants en référèrent aux électeurs. Ceux-ci — après de vives polémiques à travers le pays sur le siège de la première assemblée électorale — avaient été par décret de la Constituante du 17 février, convoqués à Navarrenx. Ils devaient au terme de ce décret "délibérer sur le choix de la ville dans laquelle sera fixé le département ou sur l'alternat, s'ils le jugent convenable". Navarrenx naturellement travailla le corps électoral ; Pau de son côté cherchait à le gagner. Ce fut la petite ville qui l'emporta ; mais la cité d'Henri IV ne se tint pas pour battue. Aussi le 4 octobre M. Gossin, mandaté par le Comité de constitution réclamait contre la décision des électeurs et l'assemblée votait le transfert des services départementaux sur les bords du Gave. Le lendemain M. de Macaye s'élevait énergiquement contre la mesure "au nom de tous les Basques-Français et d'une grande partie du Béarn". Pourquoi Dominique Garat pas plus d'ailleurs que son frère — ne joignit-il pas sa voix à celle du gentilhomme ? Est-ce qu'il jugeait la partie perdue ? De fait la réclamation de M. de Macaye n'obtint aucun résultat ; le roi sanctionnait le 14 octobre le décret du 4."



pays basque autrefois revolution
GARAT JOSEPH-DOMINIQUE "LE JEUNE"



A suivre...


(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 




 

  







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jeudi 26 mars 2026

LE RÔLE POLITIQUE DE DOMINIQUE GARAT D'USTARITZ PENDANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (première partie)

DOMINIQUE GARAT ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.


Dominique Garat dit "Garat-Aîné", né le 12 décembre 1735 à Ustaritz (Royaume de France) - Mort à Bassussarry (Basses-Pyrénées) est un avocat et homme politique français d'origine Basque.




député tiers ustaritz avocat pays basque
DOMINIQUE GARAT "AÎNE"


Voici ce que rapporta Michel Etcheverry à son sujet dans le Bulletin de la Société des Sciences, 

Arts & Lettres de Bayonne, en janvier 1930 :



"Le rôle politique de Dominique Garat.



... Nous prendrons pour thème de notre entretien la personnalité de Dominique, l'aîné de la famille.



Il s'en faut d'ailleurs que notre héros soit une figure négligeable ; dans la galerie des noms qui ont marqué au 18e siècle — au moins en province — il occupe un rang honorable. Je n'en veux pour preuve que ces lignes qu'écrivait de Bordeaux votre concitoyen, M. Vienne, clerc assesseur de votre Hôtel de Ville, à la date du 7 septembre 1765 : "J'aurai peut-être la satisfaction de me retirer en compagnie d'un cher compatriote aussi célèbre par ses talents qui en font un des principaux ornements du barreau que par ses autres qualités et qui se fait autant aimer soit du Parlement, soit du public ; il serait inutile après ce portrait de dire que c'est M. Garat ; il mène avec lui Madame son épouse, qui est des plus dignes de l'être".



Venant d'un témoin aussi averti, cet éloge met en un singulier relief la valeur et la séduction de l'homme. Vous pardonnerez à un Basque d'avoir recherché ce qui fut dans une partie de sa vie publique le frère de race qui forçait ainsi le respect, disons le mot, l'admiration de ses contemporains. Peut-être m'excuserez vous même d'avoir voulu procéder à une enquête aussi large que possible et de pousser, la foi dans l'intérêt de cet examen jusqu'à accaparer deux de vos séances.



Dominique Garat était né à Ustaritz, maison Mailléa, de Pierre de Garat, médecin et de Marie d'Hiriart, le 12 Décembre 1735. Où fit-il ses classes secondaires ? Dans son ouvrage "France et Labourd", M. Darricau avance que "les deux frères Garat avaient commencé et poursuivi leurs études à Bordeaux". Il s'appuie, semble-t-il, sur un passage du Mémoire de Novembre 1789 rédigé par ordre du Bilçar où il est dit que ni l'un ni l'autre de ces fils du Labourd "n'avaient jamais habité leur patrie". Ceci est une exagération manifeste, comme il ressort des paroles mêmes de Dominique Garat dans un Mémoire lu par lui à l'Académie de Bordeaux et dont la Bibliothèque Municipale possède une copie, défectueuse d'ailleurs : "Rien de ce qui regarde un pais où j'ai reçu le jour et où j'ai joui d'un bonheur dont je n'ai même pas vu ailleurs l'image ne peut m'être indifférent". Il n'est donc pas impossible que l'aîné du moins ait reçu l'enseignement dans ce séminaire de Larressore, ouvert en 1734 qui, dès le début, accueillit les jeunes gens destinés aux carrières laïques aussi bien que les aspirants à l'état ecclésiastique.



pays basque autrefois labourd ustaritz biltzar
CHÂTEAU D'HAITZE LABOURD
PAYS BASQUE D'ANTAN


A l'exemple des familles aisées d'Ustaritz qui, nous apprennent les registres de cette commune, envoyaient leurs garçons sur les bancs des Universités "dans les villes éloignées", les parents de Dominique le dirigèrent vers quelque centre important pour y prendre les leçons de l'Alma mater. M. Darricau veut que ce centre fût Bordeaux. De fait le courant principal pour les études de droit se portait en ce qui concerne notre pays, vers Bordeaux. Est-ce donc dans l'antique maison d'Ausone que notre éphèbe s'initia aux Pandectes, aux codes Michau et Louis et aux secrets de l'art oratoire ?



En tout cas il avait de toute éternité hérité du signe qui vous fait Bordelais, et Bordelais de distinction c'est-à-dire véritable Bordelais. Inscrit comme avocat au Parlement — où le rejoignit plus tard son cadet — il prit peu à peu une place éminente dans ce barreau qui comptait tant de membres en vue. Des causes importantes, célèbres mêmes, lui ont été confiées ; je n'en citerai qu'une, dont vous savez le retentissement à l'époque et qui était une affaire Bayonnaise, l'affaire Lichigaray. Ainsi que nous l'avons vu, l'Académie de Bordeaux, corps illustre qui a jeté un si vif éclat dans le domaine des sciences, de la médecine, et, vers la fin, des lettres et de l'histoire, l'avait admis dans son sein.



Comment cela se fit-il ? Est-ce lui qui sollicita un mandat politique ? Alla-t-on le chercher ? Crut-il ou crut-on que dans ces Etats Généraux dont l'annonce avait éveillé de si grands espoirs et qui apparaissaient comme un tournant capital de l'histoire aucun enfant du Labourd n'était plus désigné pour siéger avec compétence et plus capable de faire honneur au pays ? M. Darricau (op. cit. p. 10) et, à sa suite M. Yturbide (Bulletin de la Société, 1909 p. 9) ont accusé l'avocat Bordelais d'ambition et d'intrigue. L'ambition ? Peut-être ; mais que de candidats, dans les annales électorales, qui se sont crus appelés, même quand ils n'ont pas été élus ? L'intrigue ? Je ne voudrais pas faire de mon compatriote une rosière, mais je me figure volontiers qu'il n'eut guère d'autre agent que lui-même ni d'autre moyen de pression que son prestige et sa popularité ! Il y a dans les Registres municipaux d'Ustaritz une page qui me paraît témoigner en faveur de cette thèse. Nous sommes le 18 Avril 1789. A Kapitoharri, lieu de réunion ordinaire des habitants de ce bourg, se tient l'assemblée qui doit choisir les électeurs des députés aux Etats Généraux et leur confier le cahier des doléances, après sa définitive mise au point. Les deux frères Garat sont là et ne disent rien. Au moins le compte rendu ne fait aucune allusion à une harangue d'eux. Se taire en une pareille circonstance, dans la langue même des électeurs — car les deux Garat étaient restés fidèles à leur idiome maternel — voilà qui révèle une curieuse ignorance ou — et pourquoi pas ? — un fier dédain du battage électoral.



Les Ustariztars savaient gré aux deux grands hommes du lustre qu'ils jetaient sur le clocher natal. Et ils leur portaient aussi une vive affection. Dominique avoue le plaisir qu'il éprouvait, lors de ses visites au pays, à causer dans les champs avec les laboureurs. Comment refuser sa sympathie à une âme demeurée si simple et si modeste malgré l'encens de la renommée ? Quant au puîné — la future vedette de la scène politique — je ne résiste pas à la tentation de signaler les rapports de cordialité et même de familiarité charmante qu'il entretenait avec ses compatriotes. Vous me passerez, j'espère, cette digression... Savez-vous le délicieux diminutif en lequel on avait cristallisé ses prénoms de Joseph Dominique ? On dirait vraiment une coquille recueillie jadis sur ses propres lèvres, à l'époque, où petit bambin, il avait d'exquises gaucheries de prononciation. Ustaritz l'appelait Doncoseph. Et, le plus curieux, c'est que lui-même, lui, l'avocat, le journaliste, le professeur de Paris signe ce jour-là Doncoseph Garat. Gentillesse d'enfant gâté ? Joie de se retrouver parmi les amis d'autrefois ? (Joseph avait alors 40 ans). Elan de reconnaissance pour les braves gens qui venaient de lui accorder leurs suffrages ainsi qu'à Dominique, en leur donnant même le pas sur les cinq notables de la ville, nommés le même jour ? En tout cas le geste ne manque pas de saveur.



Les sentiments des Basques d'Ustaritz à l'égard des Garat devaient être, n'en doutons pas, partagés par ceux de tout le Labourd. Et il n'est pas, me semble-t-il, besoin de recourir à d'autre hypothèse pour expliquer l'élection de tous les deux, le 22 Avril, en qualité de députés aux Etats-Généraux. Joseph Garat recueillit l'unanimité. Quelle fut la majorité de l'aîné ? N'ayant pas le procès-verbal des opérations électorales du Tiers, et M. Armand Brettes s'étant, sauf erreur, abstenu de reproduire le chiffre des voix dans son "Recueil des Documents relatifs à la convocation des Etats-Généraux", je n'ai pu élucider ce point. Permettez-moi à ce propos de relever une erreur qui traîne chez nombre d'historiens. Salvador Paul Leremboure aurait été désigné comme suppléant pour le Tiers, dans cette journée du 22 Avril. Il n'y a rien de tel dans le récit de M. Brettes ; et d'autre part les registres municipaux d'Ustaritz, à la date du 20 Mai, insinuent nettement le contraire.



député tiers ustaritz avocat pays basque
OUVERTURE DES ETATS GENERAUX
5 MAI 1789



Investi de la grandiose mission d'aller à Versailles aider à la régénération de l'Etat, Dominique Garat partit, laissant sa famille à Bordeaux. Pas plus que ses collègues, il ne prévoyait l'immensité de la tâche qui s'imposerait à lui, la longue durée d'une séparation qui le tiendrait deux ans et demi éloigné des siens. Il devait connaître là-bas des heures de nostalgie. A deux reprises, le 10 Avril 1790 (déjà) et le 21 Février 1791, on l'entendra exhaler ses regrets en pleine séance ; mais il se raidira par devoir patriotique, restera jusqu'au bout et, sauf pendant le temps où il fut secrétaire, se mêlera activement aux débats. Signataire du serment du jeu de Paume (A. Brettes, Le Serment du Jeu de Paume), il remplira fidèlement son engagement.




député tiers ustaritz avocat pays basque
LE SERMENT DU JEU DE PAUME
20 JUIN 1789

Nous ne songerions à feuilleter page par page la "Réimpression du Moniteur" pour noter à mesure les interventions de Dominique Garat à la Constituante. Je me suis donc attaché à dégager les principaux aspects de cette activité parlementaire et à les ordonner suivant un plan méthodique. Ce système me paraît préférable à un relevé chronologique. Nous distribuerons, si vous voulez, toute cette matière en quatre chapitres fondamentaux."



A suivre...


(Source : Wikipédia et gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



 

  







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