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mercredi 23 septembre 2026

EZQUIOGA TERRE DE MIRACLES EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE EN 1931 (deuxième et dernière partie)

 

EZQUIOGA TERRE DE MIRACLES EN 1931.


Le 30 juin 1931, à Ezquioga, village de 700 personnes, en Gipuzkoa, deux enfants de 11 et 7 ans disent avoir vu la Vierge apparaître au milieu d'un verger de pommiers.



pais vasco antes religion guipuzcoa 1931
EZQUIOGA GIPUZKOA 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet J. P. Brainçère dans l'hebdomadaire Voilà, le 14 novembre 1931 :



"... En attendant l’heure de la prière en commun, du rosaire qui invoquait la nouvelle apparue, les pèlerins interrogeaient l’enfant : 


— Comment est-elle ? 


— En Douloureuse, avec un visage triste... Elle a pleuré. 



Il fallait attendre l’ombre qui confondait la terre et le ciel, les bras en croix, et les formes agenouillées. Alors s’élevait l’invocation : 


Regina Angelorum. 


— Ora pro nobis! 



Un cri déchirait le murmure immense du rosaire. Le cri d’un voyant à qui la Vierge apparaissait. Un remous tournait dans l’obscurité. Des voix anxieuses interrogeaient : 


— Vous la voyez ? Vous la voyez ? 



Autour du voyant, pour l’empêcher d’être étouffé, les gardes civils faisaient un cercle. De loin en loin, la foule s’ouvrait : un pèlerin, frappé d’extase, qu’on emportait les yeux fermés. 



L’émotion gagna le pays. Tous les soirs, ce fut, vers la montagne d’Ezquioga, une ruée. Le douze juillet, des trains spéciaux formés par la Compagnie del Urola montèrent de la côte une foule bouleversée. Les trains-tramways noyèrent les stations d’Ormaiztegui et de Zumarraga. A Saint-Sébastien, à Victoria, à Pamplona, il ne restait dans les rues ni un autocar, ni un taxi. A huit heures du soir, vingt-cinq mille pèlerins agenouillés entonnaient en basque "Egi zu zuk, co Maria". 


— Ama, zer deseatzen zaizu? Mère, que veux-tu ? Je te vois. Je vois ton manteau noir et ta couronne aux étoiles brillantes ! — criait une voix qui pinçait les nerfs. 



Victor Salazar, d’Alzazeta, Ramon Vasquez, Ramona Garmendia, de Gaviria, Evarista Galdos, Emila Bedoya, Maria de los Dolores Nunez voyaient la Vierge Douloureuse. Et Eugenio Uralde aussi, l’enseveli vivant qu’elle venait de sauver. L’un après l’autre, on les emportait dans la maison Bereciartua, où les médecins d’Ezquioga et de Zumarraga avaient organisé un poste de secours. 



Les jours suivants, les miracles se multiplièrent. Déchirés en reliques, les arbres où la Vierge était apparue furent remplacés par des croix, les ex-votos poussèrent leurs touffes de gui. Pour éviter les étouffements, il fallut entourer les voyants d’une enceinte de planches épaisses. 



Ce fut alors qu’on vit tomber sur le front Goicoechea, d’Ataun, un garçon magnifique, qui était monté à Ezquioga pour s’amuser, et qu’il fallut porter au poste de secours, évanoui.



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GOICOECHEA
VOILA 14 NOVEMBRE 1931



Cependant, le vicaire général du diocèse, Justo de Echeguren, se réservait, et niait tout caractère officiel au rosaire d’Ezquioga



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EZQUIOGA GIPUZKOA 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN


Un silence relatif s’était fait sur les apparitions lorsqu’une jeune fille de seize ans, Ramona Olazabal, tombée en extase, annonça pour le quinze octobre un grand événement miraculeux. Le quinze octobre — comme me l’avait dit le chauffeur-secrétaire de la Confédération Nationale du Travail une affluence énorme envahissait la campa. Après le troisième rosaire, Ramona Olazabal s’approcha de l’enceinte réservée aux voyants, poussa un cri, étendit les bras. Et l’on vit sur ses mains les plaies miraculeuses. Des centaines de mouchoirs vinrent étancher son sang. Lorsqu’elle fut revenue à elle, la stigmatisée raconta : 


— J’ai été blessée par Elle. Elle avait une épée dans chaque main, Elle m’a dit d’étendre les bras, les paumes vers le ciel. J’ai obéi. Je n’ai pas souffert. 



Le dimanche suivant, dix-huit octobre, plus de quatre-vingt mille pèlerins assiégeaient la croix miraculeuse d’où était descendue la Vierge aux épées.



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SUR LA ROUTE D'EZQUIOGA
VOILA 14 NOVEMBRE 1931



— Un simple calcul — me dit le portier de l’hôtel Donostiarra, à qui la morte-saison faisait des loisirs — Quatre-vingt mille personnes à quinze centimes par personne. Car ils ont mis l’entrée dans la campa à quinze centimes. Cinq mille voitures au stationnement, à une peseta par voiture. Et voilà pour les organisateurs ! Toutes les maisons d’Ezquioga ont fait fortune. La femme de chambre de votre étage a payé dix-huit pesetas une côte de mouton comme un doigt. Elle n’avait qu’à emporter son omelette, comme les autres, ou se contenter de "churros" — les "churros" sont des pâtes de farine à l’huile — car il y a là-haut, maintenant, des marchands de "churros", comme dans les fêtes foraines. ... 

D’ailleurs, vous pensez, ces bandes de jeunes gens et de jeunes filles, la nuit, avec ces réjouissances qui ne commencent que lorsqu’on n’y voit plus. Les gardes civils ont eu du travail ! 


— Rafaël ! Ce ne sont pas des choses à dire à un étranger, interrompit la téléphoniste, coiffée à la Joséphine Baker. Le portier se retourna : 


— Toi, d’abord, tu sais que ta médaille de la Vierge d’Ezquioga ne vaut pas un cupronik. Le vicaire général Echeguren les a interdites. Monsieur, vous n’avez aucune idée de ce commerce. Les spécialistes se sont abattus sur Ezquioga, après avoir exploité le Christ de Limpias. Avec leurs gravures, leurs rosaires et leurs médailles. Et, si Ezquioga rate, avant la basilique et les hôtels, ils s’en iront ailleurs.



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CHRIST DE LIMPIAS


— J'ai rencontré là-haut, dans un public de boutique foraine, un de mes vieux amis : un homme qui vous soulage de votre portefeuille sans que vous y voyiez goutte. "Je suis venu ici pour mes affaires, me confia-t-il. Si vous ne me donnez pas aux gardes civils, je vous raconterai quelque chose... Allons dans votre voiture. J’ai ici tellement de confrères ! Je l’ai emmené dans ma voiture, et voici ce qu’il m’a raconté. Le coup aurait été fait par un "carterista", un voleur de portefeuilles surnommé "le Voyageur", et spécialisé dans le cambriolage des troncs d’église. "Le Voyageur" avait été parmi les premiers pèlerins d’Ezquioga, et sa meilleure affaire avait été la bourse d’un touriste chilien venu là pour les attractions de la nuit. Une bourse de sept mille cinq cents pesetas. Mais septembre avait amené, avec une baisse du chiffre des visiteurs, un sensible ralentissement des affaires. Il fallait, pour les rétablir, une reprise des miracles. "Le Voyageur" tenait son idée... Le quinze octobre, il se glissait auprès de Ramona Olazabal, lorsque celle-ci tombait en extase, et lui ouvrait furtivement les mains avec le "chino", la lame de rasoir de la profession, qui fend les poches des vestons et les vide de leurs portefeuilles. La foule revenait... Voilà où j’en suis. Mais je n’avais jamais mis en doute la bonne foi de Ramona Olazabal, qui, dès avant les événements d’Ezquioga, faisait du somnambulisme, au point que les gens chez qui elle servait, rue Prim, comme femme de chambre, avaient dû la remercier. Il faudra aussi tirer au clair la question de l’homme à la canne, cet inconnu qui ne quittait pas la stigmatisée d’une semelle, et qui paraissait la tenir sous son pouvoir. Vous verrez que l’Espagne républicaine sait se défendre des fantômes. Et des chevaliers d’industrie ! Vous verrez !"



Le soir même, le photographe chez qui j’allais faire développer mes films me montrait l’un de ses opérateurs, un garçon de seize à dix-sept ans, pâle, le regard vide : 


— Figurez-vous que c’était le plus gai de mes employés, un boute-en-train ! Dimanche dernier, il a décidé ses camarades à monter à Ezquioga, histoire de s’amuser : "Mais quoi, c’est une romeria, une fête comme une autre !" Avec toutes ces jeunes filles... Enfin, vous avez entendu les mauvaises langues. Et bien, il est brusquement tombé à genoux : il voyait la Vierge. Il a fallu l’emporter. Depuis lors, il est méconnaissable. 



J’ai passé ma dernière nuit de Saint-Sébastien à "Tabarin", un cabaret où, à cette saison de l’année, des figurantes engagées pour un mois jacassaient autour d’une piste vide. 


— Montre-la-moi ! — disait une petite fille malaguena aux volants verts, aux bras chargés de bracelets de cuivre. — Qu’elle est jolie ! 



De son ongle rouge, elle nettoya la petite image de la Vierge d’Ezquioga. — Elle est plus jolie que celle de Lourdes. 



Le maître d’hôtel qui somnolait s’approcha pour voir :


— C’est bien ça. Mon neveu Juan l’a vue le dix-huit. Vous n’êtes pas encore monté à Ezquioga ? 



La petite malaguena aux volants verts, un peu inquiète, regarda vers moi. Puis, croyant que je ne l’entendais pas :


— Nous pourrions y aller dimanche ? Moi, je voudrais voir le jeune homme qui marche sans toucher par terre. Mais j’aurais très peur ! 



Le saxophone se pencha, pour se mêler à la conversation, qui continua à voix basse. A cause du froid de la nuit, les femmes se serraient dans leurs châles, et frissonnaient.



Je suis monté, moi aussi, à la campa d’Ezquioga. 



A droite et à gauche, deux masses d’arbres approfondissaient l’ombre. En face de moi, sur le ciel qui les frappait de lumière, la croix et les bois morts des apparitions prenaient figure de calvaire. Au pied de cette croix, qui attire la foudre et le miracle du ciel, il me semblait entendre, déchirée par les cris extatiques, la mer murmurante du rosaire. Pourtant nous étions seuls, avec le compagnon de route qui m’avait suivi comme on suit un fou. 



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CROIX ET BOIS MORTS
VOILA 14 NOVEMBRE 1931


— Vous voulez voir la Douloureuse ? dit une voix qui paraissait monter de la terre. 



Nous vîmes une vieille femme sortir d’un fourré. Elle répéta : 


— Vous voulez voir la Douloureuse ? Alors, attendez avec moi. Lorsqu’il n’y aura plus qu’un peu de lumière au bout de la croix, elle en descendra. Vous la verrez alors comme je la vois, et elle vous parlera comme je vous parle. Mais il faut que ce hibou se taise. 



Le jour se retirait de la croix. 


— Allons-nous en, me souffla mon compagnon, d’une voix changée."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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