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samedi 19 septembre 2026

L'ÉLECTION DE MAULÉON EN SOULE EN PAYS BASQUE DE SEPTEMBRE 1889 (cinquième partie)

  

L'ÉLECTION DE MAULÉON DE SEPTEMBRE 1889.


En 1889, les 22 septembre et 6 octobre, ont lieu, en France, des élections législatives, et au Pays Basque, la lutte est acharnée entre les Républicains et les Conservateurs.



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LA RAGE DES ELECTIONS
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le Journal Officiel, le 22 décembre 1889 :



"Chambre des Députés.

Extrait du Journal Officiel du 22 Décembre 1889.

Rapport par M. Goirand au nom du 8e Bureau sur l'élection de l'Arrondissement de Mauléon (Basses-Pyrénées).

Séance du 21 Décembre 1889.



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LEOPOLD GOIRAND
SENATEUR DE JANVIER 1906 A JANVIER 1920


... Canton de Tardets. 



Les protestations émanées du canton de Tardets sont toutes générales et ne précisent aucun fait particulier ; elles émanent des électeurs de 16 communes et se bornent à dénoncer l'action du clergé et la pression des grands propriétaires. 


Nous relevons cependant dans la protestation suivante d’un sieur Hastoy, instituteur en retraite demeurant à Alos-Sibas, les faits suivants : 


"Une pression inouïe a été exercée auprès des électeurs par les réactionnaires et notamment par M. d’Etchandy, notaire, conseiller général de Tardets, ancien syndic du pays de Soule, lequel, à la faveur de ses fonctions, a acquis une grande influence.


Un électeur a été menacé des flammes éternelles s’il votait pour M. Berdoly. Il a voté pour M. Etcheverry. 



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LOUIS ETCHEVERRY
DEPUTE BASSES-PYRENEES 1890

Un deuxième électeur qui avait promis sa voix pour la République n'a pas tenu sa promesse. Pour se disculper il a déclaré que, d'après des conseils donnés à sa femme, il ne devait plus coucher avec elle s'il votait pour M. Berdoly et... Du reste, il a reçu 10 fr. pour prix de son vote. 


Un troisième électeur qui vote ordinairement avec les républicains a voté pour M. Etcheverry pour garder sa servante. 



Les protestations émanées de ce canton sont au nombre de 20 signées de 566 électeurs dont 341 légalisées. 



Sur l’élection de 1887, le républicain a perdu 153 voix et le conservateur en a gagné 408. 



Brochures politico-religieuses. 



L’action du clergé paraît s’être exercée non seulement par les discours publics signalés plus haut, mais encore par la distribution d’un grand nombre de brochures en langue basque, intitulées :


1° Le Devoir de l'électeur ; 

2° Le Catéchisme abrégé sur les élections ; 

3° Catéchisme électoral ; 

4° Les Prêtres soldats. 



M. Etcheverry prétend que, de ces quatre brochures, une seule, le Prêtre soldat, a été distribuée par lui à tous les électeurs ; il affirme qu’aucune d’elles n’a été distribuée par les curés et desservants. 



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BROCHURE LE PRÊTRE-SOLDAT



Mais ces brochures sont écrites en langue basque ; elles ont été publiées spécialement pour la période électorale ; la circonscription de Mauléon est la seule où dans toutes les paroisses on prêche en langue basque, et on dénonce la distribution de ces brochures, soit par les desservants, soit par les enfants de chœur. Enquêtes administratives et judiciaires sont unanimes à reconnaître le fait ; aucun doute n'est donc possible. Ces brochures ont bien été distribuées ; les quelques extraits qui suivent suffisent pour les caractériser. 



Devoirs de l'électeur


"Celui qui vote sans prendre des informations est-il coupable ? 


— Sans doute, il est coupable de nonchalance devant un devoir si grave. 


— Celui qui, après avoir consulté, vote contre les conseils qui lui ont été donnés, est-il coupable aussi ? 


— Il est deux fois plus coupable, et il a chargé sa conscience de plus en plus. 


— A qui faut-il demander conseil ? 


— Il faut consulter un homme éclairé et sensé, et comme le bien de la religion, ainsi que le mal, dépend du vote, on devrait autant que possible demander conseil à quelqu’un aimant Dieu. 


— Il n'est donc pas question de changer la forme du Gouvernement pour établir la royauté ou l'empire ? 


— Pas le moins du monde. 


— Pourquoi donc ? 


— Lorsque la maison est en feu ou envahie par des voleurs, les enfants doivent éteindre le feu ou chasser les voleurs sans se préoccuper qui en sera le maître ou l’héritier. La France est notre maison à tous, et nous tous ses enfants. 


— Qui est responsable de toutes ces dettes et de toutes ces misères ? 


—Les républicains, qui étaient au pouvoir jusqu’à présent. 


— Comment le savez-vous ? 


— Parce qu’ils arrivaient au pouvoir les chemises sales ou sans chemise, et à présent ils les ont assez propres ; parce que leurs souliers étaient troués, et aujourd’hui ils brillent ; parce que leurs vêtements étaient en lambeaux, et aujourd’hui ils ne sont plus rapiécés ; parce que leurs poches, vides autrefois, sont maintenant pleines, sur le point de crever ; parce qu'ils n'avaient que le ciel pour abri, et aujourd'hui ils ont de beaux châteaux et couchent sous des couvertures d'argent et de soie ; parce qu'ils étaient maigres autrefois, et qu’ils sont gras aujourd'hui. 


— Quels sont ceux-là ? 


Presque tous : Rouvier, Constans, Wilson, Thévenet, et tous ceux qui se sont succédé au pouvoir. Mais parmi eux il n'y a presque pas un homme dont la probité ne soit douteuse. Tant de vilenies ont été lancées contre eux : on les a traités de voleurs et ils n'ont point traduit les accusateurs devant le tribunal. 



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HOMME POLITIQUE FRANCOIS-MARIE THEVENET


— Donc, ceux qui détiennent le pouvoir sont considérés encore comme des voleurs ? 


— Comment peut-il en être autrement ? Votre maison était riche, vous en aviez chargé un homme de confiance. A la fin de l'année, vous lui demandez le règlement des comptes, il sera facile : maison vide, criblée de dettes, sans un rouge liard. Que direz-vous à votre homme ? Qu’avez-vous fait, voleur ? 


— Je ne lui dirais pas autre chose. 


— La France ne dira pas autre chose aux républicains mentionnés tout à l’heure et à leurs amis, et les prochaines élections leur seront défavorables, car partout les électeurs crient : A bas les voleurs ! 


"Un électeur chrétien ne peut pas voter pour quelqu’un qui s’est montré hostile à la religion ou qui a approuvé les mauvaises lois faites contre elle. 


— Est-ce que nous pouvons reconnaître ces hommes ? 


— Facilement. Ce sont ceux qui cachent à demi leur haine contre la religion ou leur indifférence. 


— Quel est donc le candidat le plus sûr ? 


— C’est celui qui croit en Dieu et qui le sert au grand jour. 


— Que faut-il faire des hommes sans foi, des indifférents et des partisans du Gouvernement actuel ? 


— Il faut à tout prix les repousser de la Chambre, voter et faire voter contre eux, si nous ne voulons pas être coupables devant Dieu et devant la France."



Catéchisme abrégé sur les élections



'Ne votez point pour ceux qui nous gouvernent aujourd'hui ! malheureusement tous nos républicains, ou la plupart, sont partisans de ceux-là. Et comme cette année ils craignent d'être battus, ils feront tout ce qu'ils pourront, des pieds et des mains, mensonges, tromperies, faussetés, diableries. Il faudra bien faire attention pour ne pas être trompé et rester ferme comme un rocher. 


Si vous voulez bien faire, faites ceci : voyez si le candidat qui se présente est favorable à l'Église catholique ; s'il compte faire tout son possible pour faire changer les lois impies qui existent, telles que celles qui sont contre les moines, les écoles chrétiennes, le service militaire des prêtres, les aumôniers de l'armée. Celui qui ne promet rien contre ces lois ne mérite point nos suffrages. Ces purs républicains diront qu’ils ne veulent rien faire contre la religion ; mais ils laisseront exister ce qui est déjà fait, et à l’avenir ils participeront à toutes les diableries qui se feront. Mais il faut qu'ils promettent ce que nous venons de dire ; sinon, à la porte. 


Cette année, il faut renouveler les députés et aussi quelques conseillers généraux. Si les anciens sont bons, il faut les garder ; pourquoi les exclure si d’autres ne valent pas autant ? On nous dira qu’ils ne sont pas républicains ; répondez : Tant mieux. 


O mon Dieu ! sauvez-nous de ce mauvais pas ; mettez-nous dans la bonne voie !"



A suivre...






(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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