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mardi 19 mai 2026

L'ÉLECTION DE MAULÉON EN SOULE EN PAYS BASQUE DE SEPTEMBRE 1889 (première partie)

L'ÉLECTION DE MAULÉON DE SEPTEMBRE 1889.


En 1889, les 22 septembre et 6 octobre, ont lieu, en France, des élections législatives, et, au Pays Basque, la lutte est acharnée entre les Républicains et les Conservateurs.



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LA RAGE DES ELECTIONS
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le Journal Officiel, le 22 décembre 1889 :



"Chambre des Députés.

Extrait du Journal Officiel du 22 Décembre 1889.

Rapport par M. Goirand au nom du 8e Bureau sur l'élection de l'Arrondissement de Mauléon (Basses-Pyrénées).

Séance du 21 Décembre 1889.



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LEOPOLD GOIRAND
SENATEUR DE JANVIER 1906 A JANVIER 1920



M. Goirand, rapporteur. Messieurs, l'élection du 22 septembre 1889 dans l'arrondissement de Mauléon a donné les résultats suivants :


Electeurs inscrits, 14 357, dont le quart est de 3 590.

Nombre des votants, 12 850.

Suffrages exprimés, 12 797, dont la majorité absolue est de 6 399.


Ont obtenu :

MM. Etcheverry : 6 906 voix, Berdoly : 5 891. 

Voix perdues, bulletins nuls : 53.

Total égal 12 850 voix.



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MARTIAL BERDOLY REPUBLICAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN


L'élection au scrutin de liste du 6 octobre 1885 a fait ressortir, pour l'arrondissement de Mauléon, une majorité de 2 683 suffrages hostile au gouvernement républicain ;


Mais dans une élection partielle qui eut lieu le 27 février 1887, M. Vignancour, candidat républicain, l'emportait sur son concurrent, dans ce même arrondissement, de 2 046 suffrages.


Bien que l'élection de 1887 ait été une élection partielle, nous devons cependant remarquer que la lutte a été presque aussi vive que pour une élection générale, le nombre des votants ayant été peu inférieur à celui que nous relevons pour les élections de 1885 : il avait été de 12 547 en 1885 ; il était de 11 568 en 1887.


Mais le scrutin du 22 septembre 1889 marque un recul considérable dans l'expression de l'opinion républicaine ; le candidat conservateur, M. Etcheverry, l'emporte avec une majorité de 1 015 voix, soit avec l'élection de 1887 une différence de 3 059 sur 12 850 votants.




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LOUIS ETCHEVERRY
DEPUTE BASSES-PYRENEES 1890


Ce brusque revirement dans les manifestations du suffrage universel paraît être dû à l'intervention violente du clergé et à des faits de pression et de corruption qui ressortent clairement des documents joints au dossier, notamment des enquêtes administratives et judiciaires auxquelles il a été procédé et de 77 protestations émanant de 1 270 électeurs appartenant à 58 communes, sur 107 qui composent l'arrondissement. — 614 signatures seulement sont légalisées.


Bien qu'il soit assez difficile de faire un choix parmi les faits signalés dans les protestations, tous ayant presque un égal caractère de gravité, nous avons cependant éliminé ceux qui n'ajoutaient rien au caractère de la lutte, afin de limiter les proportions de ce rapport.



Canton de Saint-Palais.


Commune de Béguios. — Ingérence du clergé. — Seize électeurs de la commune de Béguios dont les signatures sont légalisées affirment que le curé, dans ses sermons du premier dimanche de la période électorale et du dimanche précédant le jour du scrutin, a commenté en chaire les brochures répandues pour les besoins de la lutte électorale dans l'arrondissement, le Catéchisme électoral et les Curés soldats, représentant le Gouvernement et les candidats républicains comme ennemis de l'Eglise et persécuteurs de la religion.



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MANUEL PETIT CATHECHISME ELECTORAL 1848





Il faisait du vote de l'électeur un cas grave de conscience, d'où pouvait dépendre le salut ou la damnation.



Les mêmes électeur affirment encore que la distribution de ces brochures a été opérée à domicile par l'enfant de choeur et les membres de sa famille, toute dévoué au curé.


Corruption. — L'agent Barnèche fils a offert 10 fr., à la porte de la salle du vote, à l'électeur Lartigue pour acheter son suffrage en faveur du candidat monarchique.


Dans la commune d'Orsanco, cinq électeurs dont les signatures sont légalisées relatent les faits suivants :


L'abbé Diharce, curé d'Orsanco, à l'autel, le 15 et le 22 septembre dernier, a prononcé ces paroles :


"A qui faut-il donner sa voix ? — Au bon. Et si nous ne connaissons pas ce bon, il faut demander conseil aux personnes attachées à la religion et en même temps instruites ; elles nous le feront connaître.


Surtout, rappelons-nous que si nous votons pour l'ennemi de la religion, nous serons, auprès de Dieu, responsables de tous les actes mauvais qu'il pourra commettre pendant qu'il sera notre représentant.


J'ajoute que la religion me donne le droit, et j'en userai, de demander à un pénitent en confession pour qui il a voté et de lui refuser l'absolution si, le sachant tel, il a donné sa voix au candidat ennemi de la religion. J'ai encore le droit de demander aux femmes pour qui ont voté leurs maris ; celles-ci, quoique ne devant pas s'occuper de politique, ont le devoir de veiller à ce que leurs maris votent consciencieusement, c'est-à-dire pour ceux qui veulent soutenir la religion catholique."


Dans la commune d'Aïcirits, le curé desservant aurait observé une complète neutralité ; mais celui-ci d'Arbouet-Sussaute se serait, au contraire, lancé dans la lutte avec la plus grande violence.


Ce prêtre, dans plusieurs conversations avec bon nombre d'habitants d'Aïcirits, interprétant la loi militaire, n'a pas craint de dire, quelques jours avant l'élection, qu'envoyer les séminaristes à l'armée c'est comme si les pères et mères de famille envoyaient leurs filles dans une maison de prostitution.


Le fait est attesté par 19 électeurs de cette commune, dont les signatures sont légalisées.


Corruption. — Un dîner attendait à l'auberge tous ceux qui votaient pour M. Etcheverry ; 50 fr. ont été distribués entre trois électeurs ; les propriétaires accompagnaient les métayers jusqu'à l'urne. (19 signatures légalisées.)


Commune de Beyrie— Corruption. — Les métayers ont été accompagnés et surveillés jusqu'à l'urne, et ils ne recevaient leurs bulletins qu'au moment du vote.


D'autres électeurs ont été gagnés par une distribution d'argent, 5, 10, 15 et 20 fr. par voix, des victuailles, des boissons, des vêtements ; le jour même de l'élection, les réactionnaires avaient organisé un banquet de 80 à 90 couverts. (4 signatures légalisées.)


Il y a encore au dossier 13 protestations ayant le même caractère et revêtues de 186 signatures, la plupart légalisées.


A ces protestations M. Etcheverry oppose 12 contre-protestations revêtues de 284 signatures presque toutes légalisées.


Dans la plupart de ces contre-protestations les faits allégués sont énergiquement déniés. "M. le curé d'Orsanco, disent les contre-protestataires, s'est borné à dire que chacune devait voter selon sa conscience. M. le desservant de Garris a, du haut de la chaire, fidèlement rempli son devoir vis-à-vis de nous en nous instruisant de nos obligations d'électeurs, et nous a engagés à n'avoir en vue ans le choix d'un député que le bien de la religion et de la patrie. Les agents de M. Etcheverry n'ont distribué ni argent ni victuailles ; ce sont ceux de M. Berdoly qui ont tenu table ouverte dans l'auberge du sieur Arrazat.


Dans ce canton le candidat républicain, qui en est conseiller général, a perdu 52 voix sur l'élection de 1887, tandis que le candidat conservateur en a gagné 247 sur la même élection.



Canton de Saint-Jean-Pied-de-Port.


Commune d'Ahaxe— Dans la commune d'Ahaxe, une protestation signée de 12 électeurs, dont le maire a refusé de légaliser les signataires, signale les faits suivants :


Le curé a distribué pendant la période électorale des brochures cléricales : "Les curés soldats" et "le Catéchisme électoral".


La première communion, qui ordinairement avait lieu le 15 août, a été fixée au 6 octobre, dans un but électoral.


M. le curé, dans ses sermons, s'est toujours attaché à faire ressortir qu'il est impossible de servir deux maîtres à la fois, Dieu et le diable. "Vous ne pouvez pas donner la main aux ennemis de l'Eglise et être avec Jésus-Christ. Priez pour que les élections soient favorables à la religion ; quand l'Eglise est forte, la France est forte. Malheureusement, elle est horriblement persécutée de nos jours par des insensés, des renégats, qui ne songent même pas, dans leur état misérable d'aveuglement, qu'ils vont brûler en enfer pendant l'éternité".


Le curé a parcouru de jour et de nuit, la semaine avant les élections, plusieurs maisons de la commune qui ne veulent pas encore complètement accepter sa domination. Connaissant la crédulité de la famille Arostéguy, il s'est rendu chez elle. "Voulez-vous, a-t-il dit, aller en enfer ? Non, n'est-ce pas ? Eh bien, votez pour M. Etcheverry si vous ne voulez pas être damné ; je vous enverrai un bulletin demain matin."


Il s'est rendu aussi la veille de l'élection chez le sieur Arronagaray, connu par ses tendances républicaines. "Afin, a-t-il dit, que je puisse faire connaître votre vote à la famille Dutey, qui vous porte beaucoup d'intérêt, faites-vous accompagner par un agent réactionnaire, qui constatera que vous avez bien voté. Vous pouvez vous servir d'un bulletin Berdoly rayé et convenablement arrangé."


39 électeurs de la commune d'Estérençuby, dont les signatures sont légalisées, signalent dans leur protestation l'action exercée par M. Patient, desservant la paroisse, au cours de la période électorale.


Le traitement de ce curé avait été suspendu après les élections de 1885.


"Le 15 septembre, à la réception d'instructions sur la dévotion à Saint-Joseph, il s'exclame : "Baste ! nos vicaires généraux n'ont pas autre chose à faire maintenant que de nous adresser ces instructions. Ils feraient beaucoup mieux de s'occuper ces jours-ci d'élections plutôt que de nous embêter de la sorte. J'avais l'intention de m'absenter toute la semaine pour qu'on ne dise pas que je m'occupe de politique ; mais non, je veux rentrer jeudi même et faire de toutes mes forces la propagande les derniers jours, dussé-je voir mon traitement suspendu."


"Le 21 septembre, veille des élections, le desservant accompagnait un grand propriétaire qui menaçait ses fermiers de les mettre dehors s'ils ne votaient pas pour M. Etcheverry. Il substitue de sa main le nom d'Etcheverry à celui de Berdoly sur un grand nombre de bulletins de vote, puis il se présente au dépouillement avec une dizaine de ses amis qui violentent le bureau, enhardis qu'ils sont par sa présence.


Le lendemain du vote il crie d'une voix frénétique de la fenêtre de sa chambre : Vive M. Etcheverry ! Il a 2 500 voix de majorité ! Il monte sur son cheval, parcourt d'abord la commune en annonçant la bonne nouvelle, puis il s'en va au marché d'où il rentre de bonne heure, contrairement  à ses habitudes, en disant : Je m'en vais, car il ne fera pas bon ici tout à l'heure. En effet, quelques instants après, une bande d'individus avinés apparaissent à Saint-Jean-Pied-de-Port, pour manifester en faveur de M. Etcheverry, et la police a du verbaliser contre une cinquantaine d'entre eux."



A suivre...






(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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