LA TRAVERSÉE DE LA BASSE-NAVARRE PAR LES ROMAINS.
La voie romaine Bordeaux-Astorga est une voie romaine qui reliait Burdigala (Bordeaux) à Asturica Augusta (Astorga en Espagne dans l'actuelle province de Léon).
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| VOIE ROMAINE BORDEAUX-ASTORGA |
Elle passait par le pays de Born, Dax, Ostabat, Saint-Jean-Pied-de-Port, Roncevaux et Pampelune. Cet axe de communication est l'Iter XXXIV de l'Itinéraire d'Antonin.
Voici ce que rapporta à ce sujet le général H. Richter dans le Bulletin de la Société des sciences,
lettres & arts de Bayonne, en janvier 1945 :
"... Au demeurant est-il concevable qu'un document officiel, destiné aux relations générales de l’Impérium, ait changé d’étalon de longueur à une simple mutatio ou statio comme le Summus Pyreneus, en pleine montagne, en pleine sauvagie, en un point qui ne présentait même pas l’intérêt géopolitique de l’épine dorsale pyrénéenne, et n'est-il pas plus rationnel de penser que le même étalon a été maintenu entre les deux métropoles de Pampelune et de Dax et que le mille romain ne céda le pas à une mesure indigène qu’au chef lieu de la Cité des Tarbelli ?
Mais si le mille aquitain ou la lieue gauloise sont à rejeter parce que leur application au trajet de Summus Pyreneus à Aquæ Tarbellicœ conduit à une invraisemblance manifeste, le recours à ces mesures de longueur permet-il au moins de défendre heureusement par la distance des identifications conjecturées pour Imus Pyrenus et Carasa ?
Les tenants de la lieue gauloise comme C. Desjardins et P. Raymond ne semblent pas s’être mis en peine de justifier leurs hypothèses. C. Desjardins qui a placé Summus Pyreneus à Roncevaux et Imus Pyreneus à St Jean-Pied-de-Port, n'a pas expliqué comment 5. MP. X 2 222 = 11 k. 110 pouvaient s’accorder avec les 24 kilomètres de distance réelle de Roncevaux à St-Jean-Pied-de-Port, P. Raymond qui mettait Summus Pyreneus à Bentarté, Imus Pyreneus à St-Jean-Pied-de- Port, Carasa à Garris n’a pas expliqué davantage comment ces 11 k. 110 se conciliaient avec les 17 k. de Bentarté à St-Jean-Pied-de-Port et les 12 MP. X 2 222 = 26 k. 664 d’Imus Pyreneus à Carasa avec les 31 kilomètres de St-Jean-Pied-de-Port à Garris.
Remarquons en passant que dans son dictionnaire Topographique des Basses-Pyrénées P. Raymond n’en mentionne pas moins péremptoirement :
— Bentarté (le col de) Summus Pyreneus (itinéraire d'Antonin) voie d'Astorga à Bordeaux.
— St-Jean-Pied-de-Port, Imus Pyreneus (itinéraire d'Antonin).
— Garris, Carasa (Itinéraire d'Antonin), sans même un point d’interrogation, ce qui est au moins... téméraire, pour un document qui ne devrait avancer que des certitudes contrôlées.
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| LIVRE LES ITINERAIRES D'ANTONIN DE PARTHEY ET PINDER 1848 |
L. Colas, partisan du mille aquitain, a placé, nous l’avons vu, Summus Pyreneus à Château-Pignon, Imus Pyreneus à St-Jean-le-Vieux, Carasa à Garris. De Château-Pignon à St-Jean-le-Vieux il y a 15 à 16 kilomètres ; les 5 MP. de l’Itinéraire d’Antonin donnent en milles aquitains 14 k. 750. Si le site de St-Jean-le-Vieux ne répond pas au qualificatif d’Imus, l'identification du lieu avec l'imus Pyreneus peut se défendre au point de vue de la distance et il semble bien que ce soit pour cette justification de St-Jean-le-Vieux, Imus Pyreneus par rapport à Château-Pignon Summus que le mille aquitain ait été adopté, mais dès le tronçon suivant l’étalon est en défaut. Garris est à 27 k. de St-Jean-le-Vieux par le chemin que L. Colas donne pour celui des pèlerins Ostabat — Orsanco — Beyrie — or les 12. MP. de l’Itinéraire entre Imus Pyreneus et Carasa font en milles aquitains 35 k. 400, et c’est bien pire au delà, les 39 MP. de Carasa à Aquœ Tarbellicœ donnant en milles aquitains 115 kilomètres pour une distance réelle par Viellenave, Bergouy, Arancou, Ordios, Sordes.... de 50 kilomètres.
Dans sa dernière brochure L. Colas a inséré un croquis de la voie romaine qui s’arrête malheureusement au parallèle de Garris. On eût été curieux de savoir sur quel détour et avec quels méandres il déroulait au delà un ruban de voie qui eut excédé de 65 kilomètres l’itinéraire des pèlerins de Garris à Dax !

VOIE ROMAINE DE BORDEAUX A ASTORGA
PAR LOUIS COLAS

PAR LOUIS COLAS
Il s'est gardé de le préciser et ayant conclu avec une sorte de découragement qu’il ne faut pas s'hypnotiser sur l’argument "kilométrique" il écrit :
"On est tout d’abord dérouté, mais il ne faut pas perdre de vue que la route actuelle n’est en certains secteurs qu'un raccourci des anciens chemins".
On est encore plus dérouté par cette allégation lorsque l'on croit avec l’opinion commune et la caution de la géographie historique que les voies romaines coulaient au plus droit.
On lit dans l’Imitation de Jésus Christ Livre IV. ch. 1 : "Souvent c’est la curiosité, le désir de voir des choses nouvelles qui font entreprendre les pèlerinages".
Il ne faut donc pas confondre des pèlerins nonchalants curieux, attirés de droite et de gauche par les réclames d’hôpitaux, de prieurés, de commanderies, de cultes de reliques, avec les courriers impériaux les renforts des légions et les grands commerçants pressés par des affaires internationales, et les zigzags des chemins pérégrins avec le jet rectiligne des voies romaines !
M. Albert Grenier qui a adopté les identifications de L. Colas n’en a pas accepté les justifications. En dépit de de Jaurgain et de l'accord que celui-ci assurait établi sur l’emploi du mille aquitain nous avons vu qu'il n’admet pas cet étalon de mesure et opine pour la lieue gauloise.
Voulant à son tour défendre les identifications avancées il a recours au troisième procédé ; il déclare probablement falsifiées par les recensions successives les chiffres de distance indiqués par l’Itinéraire d’Antonin et leur substitue des nombres de son invention. Citons textuellement son argumentation :
"Jusqu’ici (Château-Pignon, Summus Pyreneus) comme partout ailleurs en Espagne, l’Itinéraire compte bien les distances en milles romains.
Mais de Château-Pignon (Summo Pyreneo) à St-Jean-le-Vieux (Imo Pyreneo) la distance est d’environ 15 kilomètres. Le chiffre de V milles est donc nettement insuffisant. C’est pourquoi M. L. Colas a pensé que la distance devait être comptée en mille ibérique de 2 924 à 2 980 mètres, ce qui donnerait le chiffre satisfaisant de 14 à 15 kilomètres. Nous proposerons plus simplement de corriger, dans l'Itinéraire d'Antonin, le chiffre V en X. Les erreurs de chiffres y sont en effet fréquentes, comme suffiraient à l'indiquer les nombreuses variantes des manuscrits. La confusion de V et de X n’a rien d'exceptionnel."
Pour la distance de St-Jean-le-Vieux à Garris, le chiffre XII et à plus forte raison VII (dont l'origine semble être la même confusion que nous supposons à la ligne précédente) sont également beaucoup trop faibles. On compte environ 33 kilomètres. (Ce n'est pas 33, c’est 27 !). M. Colas, en conséquence, a songé de nouveau à la milia qui donnerait de 35 à 36 kilomètres. Une simple correction X XII nous donnerait à peu près exactement les 33 kilomètres requis.
De Garris à Dax la distance est de plus de 40 kilomètres. Mais le chiffre de XXXVIII milles qui donne 58 kilomètres est trop fort ; le chiffre XVIII par contre, que portent d’autres manuscrits (28 kms) est trop faible. Un chiffre de XXVIII, qui précisément restituerait à la ligne précédente le X que nous avons cru devoir y rétablir, donnerait une distance parfaitement convenable de 43 kilomètres. (Mais cette distance n'est pas de 43, elle est de 50 kilomètres !)
Contentons-nous donc de corriger l'itinéraire sans y faire intervenir l'hypothèse superflue d’une nouvelle mesure itinéraire locale."
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| PLAN SOMMAIRE DES RUINES DE CHÂTEAU-PIGNON BASSE-NAVARRE D'ANTAN |




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