L'AFFAIRE SAINT-JEAN EN 1869.
En juin 1869, a lieu un crime sordide à Bayonne.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Mercure d'Orthez, le 14 août 1869 :
"Cour d'assises des Basses-Pyrénées.
Audience du 4 août 1869. (suite)
Présidence de M. De Bordenave-d'Abère, conseiller.
Affaire St-Jean.
Double assassinat suivi de vol.
... La foule se presse plus que jamais dans l’enceinte et aux abords de la cour d’assises. Le drame qui s’y déroule a le privilège d’exciter au plus haut point la curiosité publique. Cependant les aveux complets de l’accusé enlèvent aux débats le piquant de l’imprévu. Le verdict sera-t-il impitoyable ? Là est toute la question.
L’accusé est plus pâle que la veille. Les débats lui ont-ils révélé la gravité de son crime et aussi la rigueur de l’expiation qui peut l’atteindre ? Nous posons cette question, parce que certains renseignements nous permettent de croire qu’il n’avait pas jusqu’alors entrevu la terrible condamnation qu’il pouvait encourir. On nous assure même que de sa prison il avait écrit à celle qu’il aimait une lettre où l’avenir ne lui apparaissait point dépourvu d’espérances. Son attitude maintenant est morne. Il a dû cruellement songer.
L’audition des témoins continue, dès la réouverture de l’audience. Nous résumerons rapidement les dernières dépositions.
Trois témoins rendent compte de l’attitude de l’accusé, lors de la découverte du crime. Il feint l’ignorance. Sa mère se trouve mal, il aide à la soigner. Il dit, à un certain moment : — Il faut être bien barbare pour avoir fait pareille chose, pour avoir assassiné deux femmes sans défense.
Un témoin rapporte que, deux heures avant le crime, l’accusé buvait et chantait dans un café.
M. Lagelouze raconte les soustractions commises chez lui par l’accusé, ses aveux et l'indulgence qu’il eut pour son jeune âge (12 ans). Le contre-maître de M. Lagelouze déclare que St-Jean lui a avoué avoir soustrait à la caisse de 6 à 700 fr. — L’accusé proteste.
Martin Larrebat raconte que la veille de la Toussaint, 1868, sortant d’un café où il avait soupé et bu, il fut rencontré par l’accusé sous une porte cochère où il s’abritait à cause de la pluie. L’accusé le fit tomber, lui mit la main à la poche, et lui vola 20 francs, ses économies de la quinzaine. L’accusé nie. Le témoin ajoute qu’il ne s’est pas plaint, parce qu’il eut peur de la vengeance de St-Jean.
L’audience, suspendue à midi, est reprise à une heure pour le réquisitoire de M. l’avocat général.
M. Lespinasse, premier avocat général, prend la parole en ces termes :
A la nouvelle du crime affreux qui est aujourd'hui déféré à la justice, la ville de Bayonne éprouva tout entière la plus vive émotion. Ce mur escaladé, cette porte forcée, ce faux testament, ces cadavres de deux femmes martyrisées, une maison inondée de sang, frappèrent vivement l'imagination et, soulevèrent un mouvement général d’indignation et d'horreur, Bien que le crime ait été commis au mois de juin dernier, les premières impressions ne seront pas affaiblies. Lorsque naguère l’accusé a été extrait de la prison de Bayonne pour comparaître devant le jury, les imprécations de la foule qui lui servait de cortège lui prouvèrent qu’on n’obtient pas aussi facilement qu'il peut le penser l’expiation que la loi et la justice réclament.
M. l’avocat général fait un intéressant portrait de l'infortunée Mlle Baltet. Il décrit sa situation, son caractère bienveillant et charitable, la façon dont elle venait en aide aux nécessiteux, et particulièrement à la famille St-Jean. Sa domestique, Léonie, l’aidait ou la remplaçait dans son dévouement pour autrui. C’est ainsi qu’elles avaient soigné, avec affection, la femme St-Jean, dans une longue maladie.
Dans la famille St-Jean, dit M. l’avocat général, Mlle Baltet avait remarqué un enfant. Elle l’avait recommandé au respectable curé de la cathédrale de Bayonne, où il fut pendant quelques années enfant de choeur ; plus tard, quand il dut tirer au sort pour le service militaire, Mlle Baltet lui fut utile et contribua à le faire exempter. Comme les parents n’étaient pas en position de pourvoir à son vestiaire, elle lui donnait elle-même des vêtements et du linge ; elle lui tricotait de ses mains des chaussettes. Cet enfant, c’était Arnaud St-Jean, celui qui devait devenir un jour son assassin.
A peine avait-il fait sa première communion qu’il entra en qualité de commis chez M. Lagelouze ; il ne tarda pas à révéler de coupables instincts.
Le caissier en faisant sa caisse s’aperçut plusieurs fois, tantôt d’un déficit de quarante, tantôt d’un déficit de cinquante francs. Les soupçons pouvaient tomber sur tous les commis. On convint de tendre un piège au voleur en laissant une pièce d’or de vingt francs exposée sur une table du magasin. Arnaud fut pris à ce piège et forcé d’avouer ses soustractions antérieures. Grâce à son jeune âge, il avait treize ans, et à l'indulgence de M. Lagelouze, Arnaud échappa aux poursuites de la justice. Ces premiers délits sont prescrits, mais il faut les noter pour apprécier la moralité de l’accusé. Quand on ne combat pas un mauvais penchant au moment où il se manifeste, il gagne chaque jour du terrain ; il finit par envahir l’âme tout entière et puis, entraîne aux crimes les plus épouvantables ; c’est ce qui est arrivé pour Arnaud St-Jean.
M. l’avocat général entre alors dans l’examen des faits relevés dans l'acte d’accusation. Il met en relief toutes les particularités importantes, avec une grande beauté de langage.
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| VUE GENERALE DE BAYONNE 1870 PAYS BASQUE D'ANTAN |

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