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vendredi 1 mai 2026

UNE EXCURSION AUX EAUX D'AHUSQUY À AUSSURUCQ EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1853 (première partie)

UNE EXCURSION À AHUSQUY EN 1853.


Depuis fort longtemps, on a attribué aux eaux minérales une action physiologique bénéfique, d'où l'utilisation séculaire de certaines d'entre elles.



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LA SOURCE D'AHUSQUY
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voici ce que rapporta à ce sujet, Ulysse Barberen, avocat :



"Une excursion aux eaux d'Ahunski (Pays Basque).



Voulant rendre de plus en plus complet le Manuel Indicateur de l'Etranger aux Etablissements Thermaux des Pyrénées, nous avons cru devoir faire imprimer, séparément, dans le même format, in intéressant feuilleton qui vient de paraître dans le Mémorial. Les Eaux d'Ahunski jouissent, dans le pays Basque, d'une réputation qui ne fait que s'accroître chaque jour. Les personnes qui seront conduites vers cette source pour soulager leurs infirmités, comme les touristes qui voudront visiter un pays digne, à tous égards, d'être plus connu, nous sauront gré de cette publication.



I. Parmi les groupes de promeneurs, qu'attire à Pau, sur la Place Royale, la beauté du point de vue, l'on discourait, un jour, des sites les plus remarquables des Pyrénées.



"J'en connais, et des plus beaux, dont le nom ne figure même pas sur vos Guides, observa l'un des promeneurs, habitant du pays.  Voilà deux ans que vous courez les Pyrénées, continua-t-il, en s'adressant à l'un de ses interlocuteurs, prétendu touriste, qui ne voyageait qu'en chaise de poste, je parie que vous n'avez pas visité la vallée d'Aspe, le Josbaigt, ni la vallée de Soule  Ce sont pourtant, les plus belles pages d'un Album des Pyrénées.  Regardez donc si votre Guide vous parle des eaux d'Ahunski ?  Comment dites-vous, s'écria le Touriste, ceci, c'est du Polonais.  Non, c'est du Chinois, Ahuns-ki ou A-huns-ki, répartit gravement un troisième, orientalise de profession.  Ni l'un ni l'autre, messieurs, Ahunski est situé sous le 128 degré de latitude, à environ un degré ouest du méridien de Paris ; mais plutôt, tournez les yeux, s'il vous plait, vers les Pyrénées : voyez-vous, à droite, ce pic bleuâtre qui ferme l'horison ? C'est Orhi. — A ses pieds, c'est-à-dire à 12 ou 1 300 mètres au-dessus du niveau de la mer, sont les eaux dont je vous parle, les eaux d'Ahunsqui, véritable oasis champêtre, d'autant plus digne de la visite des touristes, qu'il ne ressemble pas, comme la plupart de nos établissemens du même genre à un quartier de Paris transporté dans les montagnes. 

— A quelle distance sont elles de Pau ?  Six heures de voiture jusqu'à Mauléon, et de là, à quatre heures à cheval. — En tout, un jour de marche." Moitié curiosité, moitié désoeuvrement, car l'on touchait à cette époque de l'année où la ville devient une solitude, le voyage fut décidé à l'instant même.



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LE PIC D'ORHY
PAYS BASQUE D'ANTAN



En Route.



Nous partîmes, dans la nuit même, par la route de Monein. — Du haut de la côte d'Arbus, nos regards envoyèrent un dernier adieu, vers les blanches maisons de Pau, cachées à demi par le Parc, comme dans un nid de verdure.  Sur le fond du paysage éclairé par la lune, se découpaient en noir, à la manière des ombres chinoises, les silhouettes bizarres des massifs d'arbres et des coteaux.

— Tout, dans cette admirable vallée qui se déroule de Betharram à la tour de Moncade, dormait à cette heure, sous la molle influence de la lumière nocturne.



Les bruits du gave montaient, seuls, jusqu'à nous, comme la respiration mystérieuse de ce monde endormi, dont il semblait être l'âme et la vie.



Nous arrivâmes sur les coteaux de Lucq, aux premières heures du matin.  Qui ne connaît cette heure ravissante, pleine de sève et de fraîcheur, où l'univers semble naître à une vie nouvelle, à mesure qu'il sort des ombres de la nuit ?  Jamais, tableau mieux fait pour lui servir de cadre, que celui qui, dans ce moment, s'offrait à nos yeux.



La vallée de Navarrenx étale, sous nos pieds, les couleurs les plus variées de cette riche palette dont le printemps se réserve le divin secret.  Vers la gauche, près des premières assises des montagnes de la vallée d'Aspe, le vieil Oloron groupe ses toits pittoresques, autour de son antique église de Ste-Croix.  De jolis villages s'éparpillent joyeusement dans la plaine, parmi les prairies et les moissons ; et le gave fuit à droite, vers Sauveterre, où les vapeurs du matin, balayées par le vent, se replient en ondulant sur elles mêmes, pareilles aux vagues de la mer, dont elles imitent, à l'horizon, les grandes perspectives.



De l'autre côté de la vallée, s'élèvent en face de nous, les riches côteaux du pays Basque, avec cet air de majesté, qui sied au sol fécond d'un peuple antique, patria telluscomme dit le poète.  Chacun de leurs verdoyans étages forment les degrés successifs d'une sorte d'amphithéâtre qu'il nous reste à gravir, pour dormir ce soir aux pieds de ces pics lointains, dont l'azur semble se fondre avec celui du ciel.



II. Mauléon.


Au centre de ces coteaux, s'arrondit mollement, comme une corbeille de verdure et de fleurs, la délicieuse vallée de Soule qui est avec la vallée d'Aspe, la reine des Pyrénées. — De peur de surprise, l'entrée en est gardée, ainsi qu'aux siècles gothiques, par un vieux fort qui domine Mauléon.




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CHÂTEAU DE MAULEON
PAYS BASQUE D'ANTAN

  Elle semble ménagée, là, par la nature, sous les pas du voyageur prêt à franchir les Pyrénées, comme une invitation gracieuse à quelques heures de repos.

Que faire ? demanda quelqu'un, pendant les heures brûlantes qui nous séparent du départ ?



— Doucement, s'écria le gros touriste ; et de déjeuner, n'est-il pas l'heure à votre appétit ? Cette motion rallia, comme par enchantement, les opinions les plus divergentes. — Pascal a dit que les deux portes de la persuasion, chez l'homme sont le cœur et la raison.



Il en a oublié une troisième, qui est le ventre. Combien d'hommes qui ne s'apprivoisent pas autrement !



Malgré les provocations épicées d'une excellente cuisine Basquaise, on ne saurait rester six heures à table... Tout en discutant sur l'origine des Basques, nous parcourions les rues de la ville, à la piste de ces jolis minois de Basquaises, qui se dérobaient malicieusement, derrière les jalousies.




Nous nous arrêtâmes sous une superbe allée d'ormeaux qui semble tirée, comme un rideau, sur une partie de la ville, pour l'abriter du vent du nord. Notre orientaliste était en train d'affirmer sur la foi d'un monsieur du Mège, que les Basques ne pouvaient être que des trainards Visigoths, oubliés dans les gorges des Pyrénées.




"Je ne m'attendais pas à voir les Basques traités de Cagots," s'écria brusquement un vieux prêtre en cheveux blancs, assis à quelques pas de nous, et qui suivait avec intérêt notre débat. — A cette exclamation, je reconnus un digne fils des Cantabres et des Eskaldunac. 
 Le vieux prêtre vint vers nous, en nous saluant ; dès ses premières paroles, nous fîmes cercle autour de lui.




"Ne demandez pas, nous dit-il, à la civilisation Eskuara, les merveilles architecturales de ses puinées, l'Assyrie ou l'Egypte, ni les poèmes et les beaux arts de la Grèce, son arrière petite-fille, dans la généalogie des sociétés. 
 Elle n'a laissé d'autre monument que sa langue, parce qu'elle correspond à cet âge pastoral et nomade qui fut le premier du monde et qui s'est perpétué jusqu'à nos jours par les patriarches et par les tribus arabes. — A ceux qui l'interrogent sur ses titres de noblesse, elle répond par le nom de son père, Sem, l'aîné des fils de Noé ; le fils par excellence, selon le droit antique, nom sacré, que nos générations se sont religieusement transmis et dont la langue Basque se sert encore aujourd'hui, pour désigner ses fils... Sémé... Sémee... Sémia.



Vous êtes nos cadets, messieurs ; vous les hommes de race Japhétique, vous nous avez supplantés dans les sombres contrées du froid occident ; et l'histoire de tous vos peuples est fatalement marquée d'une origine violente, par la disparition mystérieuse d'une nation primitive, aborigènes ou autochtones, qui n'était autre que nos aïeux. 
 Mais nos frères de l'Inde ont sû garder, pour eux, le soleil de l'Orient et les trésors qu'il fait éclore, sous leurs riches climats. — La langue Basque retrouve dans le Sanskrit ses titres de parenté.


Pour moi, je vais plus loin, continua le vieux prêtre, avec une sorte d'enthousiasme juvénile ; je soutiens, sans crainte du ridicule, qu'à cette aurore du monde, où la bible nous montre le Seigneur prenant une voix et conversant avec l'homme comme pour assouplir les lèvres muettes de sa créature, au mécanisme de la parole, c'est en Basque qu'il a dû parler. — Oui ! messieurs, dit-il , en voyant un léger sourire accueillir ses paroles, je regrette que vous ne sachiez pas le Basque, les preuves abondent."



Rien n'est fortuit, vous le savez, dans les langues anciennes, chaque radical a sa raison d'être et son histoire. Cela posé, je vais vous montrer que dans la langue Basque, le même radical ad ou ar se retrouve dans le mot qui désigne le 1er homme, Adam ou Aram, et le mâle Ada ou Ara.



Le nom de la première femme est Eve prononcé Eba, dans les langues anciennes. — Or en Basque, le mot eba est le radical du verbe ebaki (couper, fractionner), de sorte qu'il désigne à la fois le nom de la première femme, et l'idée de coupure. — Ce rapprochement n'est que la traduction de la cosmogonie biblique , qui nous montre la femme faite d'une côte de l'homme. Le mot arreba (ar-eba) (fraction de l'homme), signifie ta sœur, c'est-à-dire la femelle.




Une preuve, entr'autres, de l'antiquité de notre langue, c'est que les savants qui bornent, à trois
jours, la division de la semaine primitive, auraient pu demander au Basque la confirmation de leurs recherches. Asté-lehena (de la semaine le premier)... asté-arthea... (de la semaine le milieu)..
aste-esquéna... (de la semaine le dernier.) 



Le vieux prêtre n'avait pas achevé, que notre orientaliste lui répondait par une dissertation en plusieurs points sur l'origine du langage.



Vous avez un mot Basque qui en dit plus que tous les philosophes, disait l'orientaliste ; le premier son, la première voix qui se module aux lèvres du nouveau-né est une plainte, un gémissement.




C'est par la douleur (min), en Basque, que l'homme commence l'apprentissage de la vie ! — De ce radical, min, douleur, vous avez fait mintza, parler. — Mintzaia, le langage, n'est que le perfectionnement de cette première voix inarticulée, à mesure qu'il s'est fait, dans notre intelligence, une perception plus nette de nous-même et du monde extérieur.




Pour ramener la conversation de ces problèmes transcendants, où elle s'égarait, quelqu'un demanda d'où pouvait venir l'origine de Mauléon.



"C'est un nom dont s'énorgueillit, à bon droit, la petite capitale de la Soule, répondit le vieux curé ; Mauléon, traduction française du mot latin malleo, malus leo. Ces lieux-ci furent les thermopyles des vieux Cantabres. Dans les nombreuses entreprises des Romains, contre nos aïeux, cette vallée fut toujours le boulevard de leur indépendance, et les Romains, en se retirant, ont attaché cette injure glorieuse, à ce défilé que jamais ils n'ont pu franchir. Telle était d'ailleurs l'impression profonde qu'ils avaient emportée de la bravoure des Basques, que pour la traduire, ils n'ont qu'un mot, toujours le même, leo, le lion !




— Pas d'écolier Basque qui ne connaisse ce vers du poète latin : "Cantaber in bello dicitur esse leo."



On vint nous avertir en ce moment, que les chevaux étaient prêts et nos légers bagages chargés sur des mulets. — Mais où donc allez-vous ? demanda le vieux prêtre, comme nous prenions congé de lui. — Nous allons à Ahunski. — Ahunski, reprit-il, c'est le pays des chèvres, Ahunskia ; d'Ahunsa la chèvre. Mais ne vous effrayez pas, d'avance, de cette étymologie qui semble ne vous promettre que des rochers semés de précipices.



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DEPART POUR AHUSQUY  
PAYS BASQUE D'ANTAN

— Vous trouverez une belle pelouse, au midi, sur le penchant d'une montagne riche de nombreux troupeaux et de grands pâturages. — Nulle part, ne se sont mieux conservés les derniers vestiges de la vie pastorale de nos ancêtres, et peut-être, à votre retour, Messieurs, serez-vous moins fiers des charmes de vos villes et de la supériorité de votre civilisation ?"



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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