CYCLOTOURISME AU PAYS BASQUE EN 1932.
Dès 1885, la revue Le Véloce-sport publie des circuits de randonnées à vélo.
 |
REVUE MENSUELLE DE CYCLOTOURISME 1ER DECEMBRE 1932 |
Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin officiel de la Fédération française des sociétés de
cyclotourisme, en date du 1er décembre 1932 :
"Fédération Française des Sociétés de Cyclotourisme agréée par le Ministère de la Guerre N° 13-7312.
Siège social à Paris. — Réunions : Brasserie Gruber, place de la Bastille, les Mercredis de 21 à 23 heures.
Correspondance : Fédération Française des Sociétés de Cyclotourisme, 34, rue des Archives, Paris (4e).
Compte de Chèques Postaux : Fédération Française des Sociétés de Cyclotourisme — Paris 703-68.
Cotisations : 15 francs par an, plus droit d'admission : 6 francs.
Rédacteurs en Chef : MM. J. Oudart et R. Louis.
Il faut avoir vu Albarren, il faut connaître le pays basque, pour goûter l'émotion de Ramuntcho, de même qu'il faut connaître la route de Montmajour et des Baux pour comprendre Mireille et l'Arlésienne.
La visite de ce pays est une apothéose, on se sent pris malgré soi, par la délicatesse du paysage qui défile sous vos yeux. Vous dirais-je même, on se sent devenir Basque. Et pour mieux en compléter le charme, le Basque lui-même, tout à la joie de faire valoir sa petite patrie, fait tout son possible pour en rendre le séjour agréable.
Ces hommes aux manières à la fois douces et violentes, au caractère fier et noble, aux traits francs et aristocratiques, sont généralement bons et serviables. L'hospitalité, chez eux, est spontanée et sacrée.
Ils conservent, quoi que cela paraisse bizarre, des moeurs fort anciennes. Principalement dans la campagne où l'on peut voir encore de nos jours, le départ du cadet pour une région inconnue où il devra travailler et se faire une situation avant de revenir au pays. Le droit d'aînesse a donc encore son rôle dans le pays basque, et, je crois, le seul coin de France.
Deux des principales occupations du dimanche sont : les offices religieux et la pelote. Toutes deux pratiquées avec autant de passion.
L'habitant est très pieux et par là même très superstitieux. Autant vont les légendes, d'ailleurs très intéressantes qui entourent toutes choses de ce pays.
C'est également à l'office et au match de pelote que l'on peut voir les sombres et beaux costumes des femmes, leurs belles mantilles, leurs beaux châles chamarrés. Quand aux hommes, leurs costumes blancs barrés d'une ceinture de flanelle rouge ou bleue, coiffés du célèbre béret, et chaussés d'espadrilles blanches, ils ont l'air de gymnastes en cours d'évolutions.
Aussi, je vous convie à assister à une partie de pelote, si vous arrivez un jour de jeux dans le pays. Malgré que vous n'en connaissiez pas les règles, vous vous y intéresserez et, n'ayez pas peur de ne pouvoir suivre le jeu régulièrement, car le spectateur se charge de vous faire remarquer les fautes ou les coups de force des "pelotaris", par des huées qui emplissent le stade d'un bruit de tonnerre.
Il y eut de tout temps, soit du côté espagnol, soit du côté français, des "as" de la pelote ; mais il faut remarquer, sans fausse modestie, que ces derniers sont plus nombreux et tiennent la dragée haute à leurs adversaires espagnols. N'y a-t-il pas encore, de nos jours, un Chiquito de Cambo, qui gagne aisément les matches de pelote, devant les plus célèbres "pelotaris", et cela depuis quelques années ?
 |
"ROI DE LA PELOTE" CHIQUITO DE CAMBO PAYS BASQUE D'ANTAN |
Chiquito de Cambo est le champion incontesté de la pelote basque, de même que son compatriote Borotra (le Basque bondissant) est le champion de tennis bien connu. Pour vous citer un exemple, qui vous démontrera le point qu'atteint la Pelote dans l'esprit basque, je vais vous décrire une petite histoire véridique qui est arrivée aux Aldudes. C'était sous la Terreur ; même à cette époque, le pays n'a pas cessé de s'adonner à son jeu national. Et, un beau jour, le représentant du peuple y fut averti que, dans une grande partie de pelote engagée aux Aldudes, la vallée voisine, on attendait la rentrée d'un pelotari fameux, de Perkaïn, un émigré qui avait juré de revenir pour y prendre part. Pouvait-on à ce point braver la République ? Le jacobin court au fronton désigné. On ne l'a pas trompé. Perkaïn est là. Il bondit, la main enveloppée du petit gant de cuir qui remplaçait alors la xistera. Il n'a rien perdu de son incomparable maîtrise. Il triomphe une fois de plus au milieu d'un enthousiasme frénétique. Et, quand l'homme qui incarne le pouvoir central à Ustaritz veut intervenir, six mille spectateurs, armés de leurs redoutables makilas, s'interposent entre leur glorieux compatriote et lui, le houspillent quelque peu, l'obligent à s'enfuir...
Pendant ce temps, l'émigré remonte la vallée où rêve, près de son vieux pont, Saint-Etienne-de-Baïgorry et franchit la frontière espagnole, auréolé d'un succès nouveau.
 |
PONT ST-ETIENNE-DE-BAÏGORRY 1938 PAYS BASQUE D'ANTAN
|
La pelote est un instinct chez les Basques. Elle remonte très haut dans l'histoire. Quel est donc ce jeu capable de passionner à ce point ce peuple d'habitude silencieux et calme ?
Il fait partie d'une grande famille dont la souche est la longue paume française, qui, elle-même, dérivait des Grecs et des Romains ; elle se rattache aussi actuellement au pallone en Italie, au tamis en Belgique, et au tennis.
Elle prit une vogue extraordinaire au XIXe siècle. De 1840 à 1865, le jeu, alors appelé lachoan, fut lancé par un bouvier d'Hasparren, Gascoïna, qui fut un véritable champion. Viennent ensuite les champions Chiquito de Azpeitia, Chiquito de Eibar, Eloy, Chiquito de Cambo, Melchior et Arrué pour ne citer que les meilleurs.
Peu à peu le gant de cuir de Perkaïn tend à s'allonger, à se transformer : en 1858, apparut la xistera, cette espèce de main en osier qui modifie complètement le jeu. Le rebot, à son tour, est délaissé. Gatsa, Chilar, Larronde le voient peu à peu disparaître. Il est remplacé par le blaid, qui est plus simple. Les véritables amateurs de pelote déplorent, dit-on, tous ces changements. Cependant le blaid prospère et est le plus joué à cette heure.
La gloire des pelotaris, à notre époque de sport, a débordé les frontières du pays basque. Il y a des frontons dans tout le Sud-Ouest, de Toulouse à Bordeaux, et dans le monde entier on s'intéresse aux matches les plus importants.
Mais le Basque possède d'autres dons que celui de la pelote, c'est le chant et la danse.
Beaucoup d'entre eux chantent très juste, et l'on en voit assez souvent arriver avec succès sur les planches du Grand Opéra de Paris.
Afin d'avoir un aperçu de leur voix, il faut pour cela entendre la célèbre chorale Alégéra de Saint-Jean-de-Luz, et Lous muts de Bayonne.
 |
DISQUE FESTERA CHORALE ALEGERA SAINT-JEAN-DE-LUZ BNF |
Le chant basque est lent, mélodieux, sentimental à l'excès. Il décrit d'une façon surprenante l'âme du Basque.
Dans leurs chansons, l'amour tient la plus grande place. Parmi celles-ci, relevons : La Dacquoise, chanson très populaire dans le Sud-Ouest de la France, qui vante les charmes et surtout les beaux yeux de la femme dacquoise. Maritchu, jeune fille basquaise, à une demande ironique qui lui est faite sur le but de sa promenade avec son amant, répond qu'elle va à une certaine fontaine où l'on boit le vin le plus délicieux (celui de l'amour) et où, en s'aimant, on oublie le reste du monde (littéralement : on peut se moquer de l'opinion des gens du Pays Basque).
Adios Ene Maïtia (les Adieux de l'Aimée). Cette romance souletaine est très connue dans tout le pays basque français et espagnol.
Boga-boga, chanson de pêcheurs de la côte qui vante la beauté, du port d'Ondarroa, dans la province de Guipuzcoa.
Ay ori Beguï Ederra (Les jolis yeux de ma mie), chanson basquo-espagnole, très populaire en Navarre.
Goïzeko Izarra (Etoile du Matin), très jolie romance basque espagnole.
Et enfin : Guernikako Arbola, l'hymne basque. Chant d'adoration pour le chêne de Guernica, emblème de la liberté pour les Basques.
 |
GUERNIKAKO ARBOLA
|
Généralement, tous ces chants sont accompagnés par un orchestre appelés Existularis, qui possède comme instruments la xülüla (flûte à trois trous) et le ttunttuna (tambour). Ce groupe rappelle, par l'équipement des musiciens et leurs instruments, les orchestres de Provence. Outre ces instruments, l'accordéon est très utilisé dans le pays. Vient ensuite la danse. "Les Basques ? disait M. de Voltaire. Un petit peuple qui danse au pied des Pyrénées !"
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 7 100 autres articles vous attendent dans mon blog :
N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire