L'ALIMENTATION À HASPARREN EN 1908.
Au début du 20ème siècle, de nombreux savants étudient l'alimentation nécessaire à la population.
Voici ce que rapporta à ce sujet le bimensuel La Grande Revue, le 25 août 1908 :
"Nous mangeons trop........ou trop peu.
... Nous pouvons donner 2 500 calories comme chiffre moyen représentant l’énergie quotidiennement dépensée par un homme au repos. Comment alors créer une ration en rapport avec ce besoin ? La chose est assez facile.
Nous savons, en effet, que 1 gramme d’albumine dégage 4 cal. 3, 1 gramme de sucre 4 c. 1, et 1 gramme de graisse 9 c. 3.
En se plaçant uniquement au point de vue de l’énergie potentielle, on est conduit à admettre que les trois groupes de substances alimentaires se peuvent substituer les unes aux autres. C’est la théorie de l’isodynamie.
En acceptant les 100 grammes d’albuminoïdes nécessaires, représentant 430 calories, la ration pourrait être complétée par 220 grammes de graisse (220 x 9,3 = 2 010) ou par 500 gr. d’hydrates de carbone (500 x 4,1 = 2 050). Mais cette conception est purement théorique et l'expérience montre que la ration alimentaire convenable ne doit pas être constituée de cette façon, pas plus que par 600 grammes d’albumines représentant aussi 2 500 calories. La viande ordinaire, dans cette dernière hypothèse ne renfermant que 20 % d'albuminoïde sèche, il faudrait en absorber plus de 3 kg. par jour pour aboutir à ce résultat. L’appareil digestif ne saurait assurer cette digestion, en dehors des dangers dus à l’accumulation des produits toxiques résultant de la désassimilation d'une telle masse.
... Une alimentation mixte s’impose donc, et après de nombreux essais scientifiques aussi bien qu’empiriques, les auteurs sont arrivés à établir une moyenne des différents aliments, moyenne satisfaisant aux 2 500 calories exigées par les besoins nutritifs de l’homme au repos, et constituant la ration de repos, ou d’entretien.
Albuminoïdes 100 grammes
Graisses 50 grammes.
Hydrates de carbone 470 grammes.
Ce régime, comme dit A. Gautier, est le régime pauvre : celui des prisonniers, du moine, de l’ouvrier qui chôme, du bourgeois sédentaire.
Malheureusement le bourgeois sédentaire ne l’applique guère, ce régime susceptible d’introduire dans l’économie le moins de déchets azotés, et c’est l’ouvrier dont la tâche est pénible qui s'y soumet le plus souvent.
Combien cependant d’énergie, de calories, dépense-t-il de plus ? Evaluant celles-ci les physiologistes ont calculé que selon l’intensité du labeur, un travailleur dépensait quotidiennement 3 000, 4 000, 5 000 calories. Ces chiffres croissants sont réalisés par l’employé de commerce, le menuisier, le charpentier, le terrassier, le fort de la halle, le coureur cycliste.
Il va de soi que le sexe, l’âge, le poids, influent sur les besoins ; la femme, l’adolescent doivent en conséquence, avoir une ration inférieure à l’homme, à l’adulte.
Ce sont des raisons économiques qui, la plupart du temps, guident l’individu dans l'établissement de son régime ; le bourgeois sédentaire, pour lequel "le moment du repas est le meilleur de la journée", charge sa table et son tube digestif de quantités de mets ; l'ouvrier, par contre, l’ouvrière surtout, qui doit compter avec son budget modeste, se prive et gaspille en aliments inutiles les quelques sous qu’elle consacre à son repas.
Landouzy et Labbé ont justement insisté sur ce dernier point, et les tableaux qu’ils ont publiés sont pleins d’enseignements.
Dans ces tableaux, Landouzy, après une enquête minutieuse, a établi et comparé le menu quotidien des ouvriers, ouvrières et employés parisiens ; il a relevé les fautes commises contre l’hygiène alimentaire calculé la ration qui convient à chaque catégorie, donné l’exemple d’un menu, et, point capital, il a montré que, pour un prix parfois bien inférieur (ouvriers et employés), ou légèrement plus élevé de quelques centimes (ouvrière), l’individu réaliserait ce menu rationnel, physiologique.
Deux exemples ; Menu quotidien d’un maréchal-ferrant, M. V. L. 37 ans :
Pas de repas avant le travail commencé à 5 h. du matin ; 8h. 1/2 matin, 150 gr. pain ; 1/2 litre vin rouge ; 11 h. 2 absinthes ; 12 h. 150 gr. pain ; 100 gr. viande, 120 gr. légumes, 3/4 litre vin avec café, eau-de-vie, rincette ; 6 h. 1/2 soir, 1 absinthe ; 7 h. 100 gr. pain ; 100 gr. viande, soupe, 70 gr. légumes, 3/4 litre vin rouge ; soirée 1 1. vin rouge.
Soit 4 600 calories pour 4 fr. 50.
![]() |
MARECHAL-FERRANT PAYS BAQSQUE D'ANTAN |
Landouzy relève les fautes du régime ; trop de viande, pas assez de légumes, de féculents, de sucre ; trop de boissons alcooliques ; puis indiquant que 3 600 calories sont suffisantes, il établit le menu suivant, les réalisant :
Pain 520 gr., viande 200 gr., légumes frais 200 gr., légumes secs 150 gr. ou pommes de terre 500 gr. ; sucre 80 gr. ; lait 300 gr. ; beurre 40 gr. ; fromage 40 gr. ; riz 30 gr. fruits 200 gr. ; vin 1 litre ; café, une tasse. Coût 1 fr. 78.
Par contre, l’ouvrière, la plumassière par exemple, ne satisfait pas son besoin de calories. L. C. 16 ans, absorbe par jour :
250 gr. de pain ; 70 gr. de viande ; 80 gr. de légumes ; 15 gr. de crudités ; 1/4 de litre de vin.
Soit 1 400 calories pour 0 fr. 80.
![]() |
PLUMASSIER 95 VILLIERS LE BEL |
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire