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vendredi 18 septembre 2026

LES HÔPITAUX DU PÈLERINAGE DE SAINT JACQUES DE COMPOSTELLE AU PAYS BASQUE EN 1900 (troisième partie)

 

LES HÔPITAUX DU PÈLERINAGE DE SAINT JACQUES DE COMPOSTELLE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS.


Le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle a été créé et instauré au début du 9ème siècle.



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LES CHEMINS DE SAINT-JACQUES-DE-COMPOSTELLE


Voici ce que rapportèrent à ce sujet l'abbé V. Dubarat (Aumônier du Lycée de Pau) et l'abbé P. 

Haristoy (Curé de Ciboure), dans le numéro de janvier 1900 des Etudes historiques et religieuses 

du Diocèse de Bayonne :


"Pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle.


... III Canton d'Espelette.



Dans l'itinéraire de M. Camille Daux, Espelette est porté comme une étape des pèlerins ce qui indiquerait qu'il y avait un hôpital ou hôtellerie pour les pieux voyageurs. La situation topographique de cette paroisse sur le chemin d'Ainhoa... Urdach (Espagne) confirme cette opinion.


Ainhoa (Noster Dame d'ainhoe (1515) (charte de l'abbaye de Sainte-Claire de Bayonne). Vu la position de cette localité-frontière pour passer en Navarre, vu aussi le droit de présentation à la cure de cette paroisse par l'abbaye d'Urdach, nous croyons aussi qu'à Ainhoa il y avait un hôpital ou hôtellerie pour les pèlerins. De là ils allaient au monastère-hôpital d'Urdach (Espagne) fondé, d'après les historiens Marca et Pellicer, par Sanche-Mitarra. D'autres auteurs font remonter son origine jusqu'à l'année 430, époque où, disent-ils, il était servi par des chanoines réguliers, remplacés en 840 par les Bénédictins, relevés aussi successivement par les Augustins et les Prémontrés en 1210. Ce couvent est mentionné dans le testament de Dominique de Manx. L'abbé avait une juridiction épiscopale dans le village d'Urdach et, avons-nous dit, le droit de présentation à la cure d'Ainhoa. Nul doute que ce grand monastère n'eut un asile pour les pèlerins dans cette paroisse comme chez lui. L'ancienne chapelle de l'abbaye sert aujourd'hui d'église paroissiale, le reste offre le triste spectacle d'une maison au lendemain d'une révolution.


Cambo : Errecaldea, commanderie avec hôpital appartenant à l'évêque et au chapitre de Bayonne (pouillé du diocèse).


Souraïde : C'était un ancien prieuré avec hôpital dédié à Saint-Jacques, sanctus Jacobus de Souraïde (Gostoro) 1693 (Coll. du diocèse). 


Oxance : Hameau de Souraïde ; Prioratus sanctae Mariae Magdalanaee. Ce prieuré avec oratoire et hôpital, élevé sur une ancienne construction romaine paraît remonter au Xie siècle. Après avoir été une dépendance du prieuré de Souraïde, puis de cette paroisse, il a été démoli en 1793. — Des fouilles pratiquées assez récemment y ont fait découvrir des ossements humains que l'on croit être ceux des membres de l'antique prieuré et des pèlerins.



IV Canton de Hasparren.


Hasparren : Tout le monde connait l'inscription romaine que l'on voit encore dans la sacristie de l'église paroissiale. Cette localité était près, sinon sur la route romaine de Bayonne à Saint-Jean-Pied-de-Port. Sa cure était à la présentation du commandeur de Bonloc dépendant lui-même du monastère de Roncevaux. Hasparren avait son hôpital. Une maison porte encore de nos jours le nom d'Ospitalea. 



PIERRE ROMAINE HASPARREN
PAYS BASQUE D'ANTAN



Bonloc : Ecclesia de Bono loco 1186 (cart. de Bayonne) était une commanderie avec oratoire et hôpital dépendant de l'abbaye de Roncevaux, ainsi que nous l'avons dit à l'article Bayonne. Voyez des détails sur cet établissement dans nos Recherches historiques et dans les Etudes d'Histoire locale par M. l'abbé Dubarrat. 


Meharin et Saint Esteben : M. C. Daux dans son itinéraire des pèlerins porte ces deux localités comme deux étapes de voyageurs de Saint Jacques. Mais il se trompe quand il donne comme suite d'étapes : "Urrugne, St Pée, Espelette, Saint Esteben, Meharin et Saint Palais." Les chemins de raccourci qu'il faut établir sont : 1° St Palais, Garris, Meharin, St Esteben, Bonloc, etc. ; 2° Bidarray, Espelette, Souraïde, St Pée, Serres, St-Jean-de-Luz, etc.



V Canton d'Ustaritz.


Ustaritz : Sanctus Vincentius d'Ustariz 1186 ; — Ustaritz 1194 (cartulaire de Bayonne fos 32 et 35) avait son hôpital en dehors de la ville, du côté de Larressore, où les pèlerins étaient hébergés. Une maison porte encore son nom.


La chapelle de Sainte Barbe, à Arruntz, quartier d'Ustaritz s'appelait il y a plus de six siècles Sansanocoitz— Dans une transaction du 26 août 1573, il fut décidé que l'évêque et le chapitre de Bayonne auraient droit à la dime depuis Samotzena (?), à Arruntz, jusqu'à Bayonne.


Larressore : Ancienne annexe de Cambo il y avait un hôpital dont le nom se conserve encore dans la maison Ospitalea.


Dans la même commune, hameau d'Andariette, il y avait le prieuré de ce nom XIIIe Se (Charte des Carmes de Bayonne). Il consistait en deux modestes bâtisses, un oratoire et un hôpital. C'est là qu'au mois de novembre, en 1732, l'abbé Daguerre fondateur du petit séminaire de Larressore commença à réunir quelques jeunes gens.


Saint-Pée-sur-Nivelle : Sanctus Petrus d'Ibarron 1253 (cart. de Bayonne fos 18 et 57). — Saint-Pée-de-Labour 1690 (cart. de Cassini) est porté par M. C. Daux comme une étape de pèlerins son hôpital était entre Souraïde et Serres d'un côté et de l'autre N. D. d'Oxance. 



VI Canton d'Iholdy.


Asme : Au hameau de Harambeltz : Hospitale Sancti Nicolaï de Arambels quod est situm prope Ostavayll. Coll. Duchesne V. CXIV fo 161 Harambels, 1462 (not. d'Oloron n. 4 fo 10). Cette antique commanderie-hôpital au hameau dit Harambeltz non loin d'Ostabat, étant situé sur la voie romaine et servi, pour les hommes, par des donats (donati) et pour les femmes, par des beates, benoîtes, élus par le prieur entre les mains duquel ils faisaient les trois voeux simples d'obéissance, de pauvreté et de chasteté viduelle. Pour plus amples détails, nous renvoyons le lecteur à nos Recherches historiques.


Vers 1039 Eneco Vicente, vicomte de Baïgorry, avec son épouse et son fils Garcia, dota cet hôpital d'une rente annuelle de morlans à prélever sur les terres d'Ostabarret.


Dans son testament du 31 mars 1312, Armand-Raymond, vicomte de Tartas, laissa au même hôpital et à celui de la Guarriague (?) à chacun 50 sols morlans. Le même prince donna par le même testament, à chacune des églises de Mixe et d'Ostabarret 30 sols morlans et à celle de son Paul de sent Palay, 100 sols. La dame Gensac Lambert, mère du vicomte, ne s'était pas montrée moins généreuse que son fils. Pès de Laxague de son côté, par testament du 12 février 1392, favorisa les hôpitaux d'Utziat-Asme, c'est-à-dire de Harambels, les églises de ces localités et autres établissements hospitaliers.


L'hôpital de Harambels possédait une maison prieuriale avec plusieurs dépendances devenues, à la Révolution, des propriétés particulières. On ne voit aujourd'hui que quelques pans de murs de l'oratoire.


Irissarry. Ancienne commanderie de Malte avec hôpital. Hospitale et Oratorium de Irizuri 1186 (cart. de Bayonne fo 32) — Irissarri 1352 (coll. Duch. CXIV fo 186) ; — Ospital de Sent-Johan de Irissarri 1518 (ch. du chapitre de Bayonne). Cet établissement est mentionné dans la bulle de Célestin III. Le 12 mai 1469, dans l'Assemblée provinciale de Malte à Olite (Espagne), fut dressé l'acte de fondation du couvent-hôpital de Saint-Jean dite du crucifix, de Puente la Reina près de Pampelune. A cette assemblée prirent part, frère Ménaut de Ruthie, commandeur d'Irissarry et frère Martin de la Lanne, commandeur d'Aphat-Ospital et de Lamilaiz (?) (Ann. de Navarre liv. 34). Le commandeur présentait aux cures d'Irissarry et de Jaxu, près de St-Jean-Pied-de-Port. L'ancien hôpital fut remplacé en 1606 par une immense bâtisse à trois ou quatre étapes, à deux égouts, avec galeries ou machicoulis aux quatre angles, qui domine encore le bourg. Jusqu'à la Révolution, il possédait deux moulins et plusieurs domaines devenus depuis des propriétés particulières. Les archives départementales possèdent de riches documents sur cet établissement, dont plusieurs commandeurs furent des basques espagnols.


Ostabat : Ostebad 1167 (cart. de Sordes p. 45) : — Ostavayll XIIe Se (coll. Duch. vol. CXIV fo 161) — Aussebat 1243 (rôles gascons) Sent Johan d'Ostabat 1469 (ch. du chap. de Bayonne) ;  Nostre Done de l'ospitau d'Ostabat 1518 (ibid.). Ancien prieuré hôpital très fréquenté durant tout le moyen-âge et même depuis est aujourd'hui réduit à un modeste village de 3 à 400 âmes. Nous avons déjà dit qu'il était situé sur la route romaine d'Astorga ad Burdigaliam et que c'était le lieu de jonction du 2e, 3° et 4° chemin du codex des pèlerins sans parler d'autres chemins romains de raccord, entre autres de celui qui venait de Mauléon par Ordiarp, St Just et Utziat. 


Les pèlerins y trouvaient deux ou trois hôpitaux sans compter ceux du voisinage ceux de Harambeltz et d'Utziat. 


Hosta : Il y avait un hôpital ; on le trouve mentionné et doté dans le testament du 9 septembre 1472 d'Arnaud Guilhen, Sgr de Domezain.


Saint-Just : Sent Just deu pays d'Ostabarres 1477 (contrats d'Ohix fo 18) ; — Saint-Just 1513 (ch. de Pampelune), son église fut donnée à l'abbaye de Sordes en 1135 par Pierre Uhart et Loup d'Ainhice. On croit que les moines de Sordes furent les premiers fondateurs de la colonie de Saint-Just. M. Raymond dit qu'il finit par être servi par les Prémontrés, sans nous apprendre comment il passa entre leurs mains. Cet hôpital était des mieux situés pour les pèlerins qui de Mauléon voulaient passer à ceux d'Utziat et de Harambeltz pour aller au port de Cise.


Utziat : A Cibits, annexe de Larceveau : Utziat 1227 (Gall. Christ. Instrum. Bayonne n. 5) ; — La Magdeeine de l'ospitau d'Utziat 1441. (not. de la Bastide Villefrance n. 1 fo 35). — C'était un ancien prieuré avec hôpital, dont le titulaire siégeait aux états de Navarre. Ainsi, parmi les prieurs de cet établissement, ainsi que parmi ceux de Harambeltz, nous trouvons des ecclésiastiques des premières familles de la Navarre.


En 1227, son prieur était Pierre de Gramont. Péré de Laxague, par son testament du 12 février 1392, légua une somme de 500 florins à cet hôpital. Supprimé par lettres patentes du mois de novembre de 1787, avec ses dépendances, il fut affecté à celui de Saint-Palais. Deux ans après, la maison prieuriale fut incendiée et aujourd'hui il ne reste que quelques pans de murs de l'oratoire qui disparaitra bientôt."



A suivre...




(Source : Wikipédia et gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France et L'apogée de la Maison Gramont)




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lundi 3 novembre 2025

LE TÉNOR GUY CAZENAVE D'HASPARREN EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1912

LE TÉNOR GUY CAZENAVE EN 1912.


Guy Cazenave, né le 21 décembre 1883 à Hasparren (Basses-Pyrénées) et mort le 24 décembre 1937 à Alger, est un ténor Basque de grand talent.



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TENOR GUY CAZENAVE



Voici ce que rapporta la revue hebdomadaire Pyrenoea, le 19 avril 1912 :



"Un nouveau Caruso !



Un nouveau Caruso vient de naître, disait récemment M. Bérard, sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, en parlant de M. Guillaume Cazenave, notre compatriote, dont nous donnons ci-dessous la photographie.




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TENOR GUY CAZENAVE
PYRENEA 19 AVRIL 1912



M. Cazenave est originaire du Pays Basque et la petite ville d'Hasparren s'enorgueillit à juste titre de le compter parmi ses enfants.



M. Cazenave vient d'être engagé à l'Opéra et débutera prochainement sur cette scène. Voici en quels termes s'exprimait Paris-Musical au lendemain de la représentation d'Hérodiade où il tint si avantageusement le rôle de Jean :


"M. Cazenave (Jean) s'est déjà révélé depuis quelque deux ans comme un de nos meilleurs ténors, sa réputation justifiée ne se démentit pas. A de rares qualités vocales, cet artiste joint une articulation parfaite, il a de la sobriété, de la distinction et est tout désigné pour une de nos grandes scènes subventionnées où il ne tarderait pas à conquérir la notoriété."



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TENOR BASQUE GUY CAZENAVE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Désireuse de donner à ses lecteurs la primeur de cette révélation théâtrale, Pyrenoea, ayant demandé à M. Cazenave sa photographie. Celui-ci l'a adressée à notre Directeur avec l'aimable lettre suivante :


Mon cher Ami,



Vous me demandez ma photographie accompagnée de quelques lignes pour les lecteurs de Pyrenoea. J'accède avec plaisir à votre première demande : quant à la seconde elle... m'embarrasse quelque peu, mais pourtant me fait plaisir puisque vous m'offrez ainsi l'occasion de remettre à leur point, certains renseignements fantaisistes qui viennent de paraître sur moi.



De tout temps, dès mon jeune âge, j'ai aimé le chant. Je chantais, comme l'on chante dans nos montagnes, à chaque solennité religieuse, à chaque fête, à chaque partie de plaisir, et lorsque des amis me conseillèrent de participer au concours de ténors qui avait lieu à Bordeaux, ils me décidèrent sans grande peine. Bien que je connusse pas encore la musique, mon professeur un maître éclairé de Bayonne ayant dans mes... moyens, une confiance que je n'osais partager, résolut de me faire concourir et après vingt jours seulement de préparation, je me rendis à ce concours pour la date fixée. Le premier prix, vous savez qui l'obtint : votre serviteur, et il en fut le premier étonné. Ce succès décida de mon avenir.



Je partis d'abord pour Bordeaux, puis pour Paris. Certes les débuts furent pénibles. On n'avait pas beaucoup d'argent à la maison et la mensualité que l'on m'envoyait était bien petite ; mais je ne me décourageais pas. J'aimais profondément, j'aimais passionnément le chant, et j'étais bien décidé à endurer toutes les misères, mais à sortir victorieux de la lutte. Pour mon bonheur, je trouvais un maître au dévouement, à l'amitié duquel, je ne saurais rendre un assez public hommage : j'ai nommé mon professeur M. Téqui ; il eut confiance en moi, en mon avenir et il osa rêver pour moi l'Opéra. C'est à ses leçons, c'est à ses sages conseils que je dois d'être devenu ce que je suis ; et son rêve se trouve réalisé. Je viens de signer mon engagement à l'Académie Nationale de Musique, mes débuts auront lieu prochainement et probablement dans Sigurd.




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TENOR BASQUE GUY CAZENAVE
PAYS BASQUE D'ANTAN


J'ajoute, mon cher Ami, que pour ma part, je suis très heureux de l'apparition de Pyrenoea. Ce sera un plaisir pour nous, perdus en quelque sorte dans cette grande ville de Paris, que de trouver dans Pyrenoea, un écho de nos superbes Pyrénées, de notre cher Pays Basque. Aussi je vous promets d'en être un lecteur assidu.


Bien cordialement vôtre."


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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vendredi 31 janvier 2025

LE CARDINAL BAYONNAIS CHARLES LAVIGERIE PAR FRANCIS JAMMES EN MAI 1927 (deuxième et dernière partie)

 

LE CARDINAL LAVIGERIE PAR FRANCIS JAMMES EN 1927.



Charles Lavigerie, né le 31 octobre 1825 à Huire à Saint-Esprit (ancienne commune des Landes) et mort le 26 novembre 1892 à Alger (Algérie), est un prêtre français, missionnaire en Afrique du Nord et cardinal en 1882.



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PORTRAIT DU CARDINAL LAVIGERIE
PAR LEON BONNAT 1888



Voici ce que rapporta le quotidien La Croix, le 1er mai 1927, sous la plume de Francis Jammes :



"Lavigerie par Francis Jammes.


... Les heures les plus charmantes étaient, à Larressore, consacrées à la promenade sous un ciel limpide qui pour toujours se fixa dans l'âme de Charles Lavigerie. Sans doute ressentait-il le paysage autrement que les Basques, dont il ne fut jamais, ni par la langue ni par sa famille, auxquels cependant il se trouvait mêlé avec quelques autres Landais ou Gascons. Certes, des uns et des autres la joie est pareille dans ce plein air, dans cette libération, dans cette piété qui fait s'exhaler, de coeurs unis, le même encens. Mais un petit bonhomme du Labourd, en regardant sauter sur les pelouses les agneaux autour de leurs mères, suppute le prix de la laine et du lait, la valeur de la viande sur pied, les avantages de la fumure. Cela seulement, néanmoins sans oublier de rapporter à Dieu cette munificence pastorale, de rendre grâces, non pour la couleur, le parfum et la forme, mais pour une fécondité qui enrichit la contrée où vivent les siens.



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CARDINAL LAVIGERIE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Certes, le petit Lavigerie n'est pas moins pratique, et il nous le prouvera plus tard, soit en se procurant chaque année deux millions de francs pour ses oeuvres, alors que son budget n'en offre que dix mille, soit en montrant à ses Soeurs blanches comment, d'un bras qui ne fléchit point, un archevêque impose au soc d'une charrue de profonds sillons parallèles. Mais il est, de plus, poète ; sans quoi l'on ne saurait entreprendre ces choses surhumaines qui ressortissent à un Vincent de Paul, à un Napoléon, à un Louis Pasteur. Une fortune, issue de déductions prudentes, peut être, certes, bien honorable, mais elle est à ceux qui se contentent de réussir pour eux-mêmes, loin des coups de foudre du génie. Car, philanthrope, stratège ou biologiste, l'éclair se produit toujours dans un sursum corda qui échappe à l'expérience même de ces inspirés. Et, dis-je, c'est la poésie.



Avant que la Muse chrétienne de Lavigerie aille contempler l'azur liquide du Nyassa du Tanganyika, du Victoria-Nyanza, et méditer sous la forêt tropicale, elle goûte avec allégresse, dans son adolescence, des lieux qui s'accordent par leur douceur classique à Virgile, à La Fontaine, à Lamartine : les villas de Souraïde et de Jatxou, la vallée de Laxia où l'onde estivale se précipite et se cache sous les frênes aérés et palpitants. Je ne prête pas à l'écolier de Larressore le sérieux imperturbable, la réserve quelque peu distante du petit séminariste basque. Au contraire, il emprunte un chiroula, pour en jouer, à l'enfant qui garde les brebis ; il taille la fourche d'un piège ; il saisit par les cornes ce chevreau bondissant qu'il retrouvera plus tard en Afrique et auquel il mettra, en guise de turban, en présence de personnages officiels et du sacristain ahuris, l'un de ses bas de cardinal.



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CARDINAL LAVIGERIE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Néanmoins, l'empreinte de bon aloi qu'il reçut de Saint-Léon et de Larressore doit être ineffaçable. Et d'abord, au pampre paternel qui distille une eau de feu dont la Charente est fière, est venu se greffer le cep cueilli sur l'antique souche bayonnaise qui donne un vin plein d'équilibre, celui que devait boire son grand-père maternel, essayeur de monnaie.



A cette fusion, par la sève, de l'ardent Angoumois avec la Gascogne pratique et réfléchie, qui tire parti du désert même des Landes, il faut ajouter l'ascétisme du clergé basque, sa discipline rude jusqu'à la férule, sa réaction contre toute mièvrerie sentimentale, sa doctrine antimoderniste avant la lettre, sa conception littérale de l'enfer, la terreur de ses feux entretenue sans relâche par les prédicateurs ; cet amour de l'apostolat qui, joint sans doute à l'instinct du voyage, suscita jadis tant de croisés, aujourd'hui tant de missionnaires. Tous ces traits, nous les retrouverons dans Lavigerie, autant que chez ce prince basque dont les incursions, parmi des pays inexplorés et cruels jusqu'au satanisme, déconcertent par leurs réalisations mêmes toutes les prudences humaines : saint François Xavier. On peut dire que l'un et l'autre furent attirés par les palmes qui poussent au pays des martyrs.



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3 DECEMBRE SAINT FRANCOIS XAVIER


Charles Lavigerie n'aura passé que 10 mois à Larressore. L'année suivante, un ensemble de prétextes, d'économie diocésaine et paternelle, que la Providence utilisa, le dirigea sur Paris où l'abbé Dupanloup, auquel son professeur de seconde l'avait recommandé, l'accueillit à Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Il n'y avait, dans ce Petit Séminaire, rien qui rappelât, à moins que le nom en raccourci du chardonneret peut-être, l'une des plus belles campagnes de France. Mais, avant que de donner à son lion apostolique les ailes d'un grand voilier, albatros ou frégate, qui lui permissent de passer la mer sans effort. Dieu avait voulu laisser tomber sur les premières plumes, encore baignées de rosée matinale, l'inoubliable poudre d'azur de Larressore."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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mardi 31 décembre 2024

LE CARDINAL BAYONNAIS CHARLES LAVIGERIE PAR FRANCIS JAMMES EN MAI 1927 (première partie)

LE CARDINAL LAVIGERIE PAR FRANCIS JAMMES EN 1927.



Charles Lavigerie, né le 31 octobre 1825 à Huire à Saint-Esprit (ancienne commune des Landes) et mort le 26 novembre 1892 à Alger (Algérie), est un prêtre français, missionnaire en Afrique du Nord et cardinal en 1882.



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PORTRAIT DU CARDINAL LAVIGERIE
PAR LEON BONNAT 1888



Voici ce que rapporta le quotidien La Croix, le 1er mai 1927, sous la plume de Francis Jammes :



"Lavigerie par Francis Jammes.



La Collection "Les Grands Coeurs", qui compte grouper, dans un ensemble de portraits moraux, les plus généreuses figures de l'humanité, commence sa première série de publications par un Lavigerie de M. Francis Jammes, oeuvre de vérité plus passionnante que toutes les fictions. Nous sommes heureux d'en donner un chapitre inédit, les pages dans lesquelles nous sont contées l'enfance et les années de Séminaire du grand cardinal africain :




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LIVRE LAVIGERIE
PAR FRANCIS JAMMES



Charles Lavigerie fut confié tout jeune aux maîtres de Saint-Léon de Bayonne, dont l'un, M. l'abbé Dassance, discerna et confirma la vocation naissante de son élève qui en fit part à sa famille. Après sa première Communion, préparée par M. Franchistéguy, il fut présenté à Mgr Lacroix, évêque de Bayonne, qu'il assura de son désir de devenir prêtre et paysan. On l'envoya au Petit Séminaire de Larressore.



Larressore ! Une flûte s'élève à laquelle répond le tintement de clarines, comme de doigts posés tour à tour sur les notes du silence. Virgile ! Le lait des torrents capricieux coule dans la prairie. Voici la rose des vents de cette pépinière spirituelle, où, en 1939, âgé de 14 ans, entre Charles Lavigerie.



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SEMINAIRE DE LARRESSORE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Au Nord-Ouest. Ustaritz, dont le seul nom dit les bergers encore, le rire de la Nive, la demeure pacifique où, revenu de la Havane, de l'Argentine ou du Mexique, le Basque fait fourbir sa cuisine et sa chaîne de montre ; au Nord-Est, Hasparren, pastorale et négociante, avare, sensuelle et janséniste, peuplée aussi de revenants d'Amérique durcis comme les cuirs qu'ils tannèrent ; au Sud-Est, le massif d'Ursuya dont chaque village, à ses pieds ou sur ses flancs, n'est qu'un iris dans la verdeur ombreuse ; au Sud, Cambo, posée telle qu'une aiglonne blanche sur sa colline de cailloux roulés, Cambo dont l'aile distribue les brises bienfaisantes que 50 ans plus tard viendra respirer le lion fatigué ; au Sud encore, Itxassou dont fut curé en 1607 celui qui devait être l'abbé de Saint-Cyran, Itxassou qui proteste contre un tel desservant de toutes ses gorges qui ruissellent sous le collier des sources qui s'grène au long des noires parfois polies ; au Sud-Ouest, Espelette, enfouie tellement dans les jardins qu'elle ne s'en distingue pas, contrebandière et chevrière à l'affut, glissant une oeillade brillante comme une lame du côté de Dancharinea.



Tel était le cadre, élargi sur quelque 10 kilomètres du Petit Séminaire de Larressore. Là régnait la plus pure innocence de petits garçons tels qu'il en est encore dans un pays cependant infesté d'ondines si ardentes qu'une légende veut que, pour en rompre le charme damnable, il faille, après être confessé et communié, affronter sur un frêle esquif la vague de lait, la vague de sang, la vague de larmes, d'un lac magique et furieux.



Au doux collège ne parvenait point l'écho de ces nymphes perverses dont on dit qu'elles viennent, au clair de lune, se substituer aux simples mortelles qui dansent auprès des frontons. Mais le fronton de Larressore ne connaissait d'autres ébats que ceux des écoliers qui, durant les récréations, jouaient à la pelote sous les yeux de la Vierge, de leurs anges gardiens et de prêtres. Nul doute que Charles Lavigerie ne se soit volontiers dépensé à ce sport traditionnel où triomphent la force et la prompte riposte. Il devait renvoyer d'autres balles, déployer une vigueur plus soutenue au cours d'une existence héroïque où le jeu même se trouvait engagé du salut du monde, entre son équipe de Pères Blancs et les plus noirs démons de France, d'Asie et d'Afrique. Au Petit Séminaire de Larressore, comme à celui d'Ustaritz, qui le remplace maintenant, j'emprunte cette formule familière aux pilotaris : "Je lui porte un défi."




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CARDINAL LAVIGERIE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Et c'est bien un défi que Lavigerie, en lui lançant son gant d'osier, devait jeter au prince de ce monde.



Le Larressore de 1839 ne devait pas différer beaucoup d'avec celui qu'a chanté l'un de ses anciens élèves dont la demeure conserve des souvenirs qu'il tient de son père et qui, certainement, services fleuris ou meubles, gardent la note vive des jardins de Louis-Philippe.



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CARDINAL LAVIGERIE
PAYS BASQUE D'ANTAN

La discipline était un peu rude, mais toute mêlée de détails qui amusent follement les petits garçons en soulignant les défauts de leurs maîtres ou de leurs camarades. Tel professeur de musique, un laïque, parce qu'il avait accepté un gâteau d'une vieille dame, s'était vu refuser l'absolution par un doctrinaire qui en tenait pour Saint-Cyran ; tel serviteur, kleptomane pour les saucisses, n'avait pu, certain jour, en distraire une seule d'un pot où, pour l'humilier, on les avait liées ensemble. Toutes choses qui laissent impassibles nos âmes blasées, mais qui déridaient au bon vieux temps les grands et les petits. Il suffit aux oiseaux de quelques gouttes d'eau pour qu'ils s'enivrent de leurs propres chants. Le jeune Lavigne marquait de la véhémence. Un incident dont on parle encore dut égayer fort le collège. On rapporte qu'avant d'emboucher la clarinette dont il prenait des leçons, le futur cardinal l'envoya, un jeudi, à la tête de son instructeur. Voilà qui n'était point dans le ton d'un joueur de flûte. Mais aux violents appartient le royaume du ciel quand, à la fin, ils luttent contre eux-mêmes. Et je crois vraiment que, dans la vie d'apôtres tels que Saint Paul et Lavigerie, en butte à des haines déchaînées, la patience échappe malgré elle : leurs coeurs sont comme leurs escarcelles qui éclatent en présence de la charité."



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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samedi 26 octobre 2024

UNE PÉPINIÈRE DE PELOTARIS À HASPARREN - HAZPARNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième et dernière partie)

DE NOMBREUX PELOTARIS SONT ET ONT 

ÉTÉ ORIGINAIRES D'HASPARREN.


En effet, de grands noms de la pelote sont nés, dans la Cité des chênes, à Hasparren.

vendredi 15 décembre 2023

L'ALIMENTATION À HASPARREN EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1908

L'ALIMENTATION À HASPARREN EN 1908.


Au début du 20ème siècle, de nombreux savants étudient l'alimentation nécessaire à la population.



pays basque autrefois labourd chaussure chênes
VUE GENERALE D'HASPARREN
PRISE DU CALVAIRE 1908




Voici ce que rapporta à ce sujet le bimensuel La Grande Revue, le 25 août 1908 :



"Nous mangeons trop........ou trop peu.



... Nous pouvons donner 2 500 calories comme chiffre moyen représentant l’énergie quotidiennement dépensée par un homme au repos. Comment alors créer une ration en rapport avec ce besoin ? La chose est assez facile.



Nous savons, en effet, que 1 gramme d’albumine dégage 4 cal. 3, 1 gramme de sucre 4 c. 1, et 1 gramme de graisse 9 c. 3.



En se plaçant uniquement au point de vue de l’énergie potentielle, on est conduit à admettre que les trois groupes de substances alimentaires se peuvent substituer les unes aux autres. C’est la théorie de l’isodynamie.



En acceptant les 100 grammes d’albuminoïdes nécessaires, représentant 430 calories, la ration pourrait être complétée par 220 grammes de graisse (220 x 9,3 = 2 010) ou par 500 gr. d’hydrates de carbone (500 x 4,1 = 2 050). Mais cette conception est purement théorique et l'expérience montre que la ration alimentaire convenable ne doit pas être constituée de cette façon, pas plus que par 600 grammes d’albumines représentant aussi 2 500 calories. La viande ordinaire, dans cette dernière hypothèse ne renfermant que 20 % d'albuminoïde sèche, il faudrait en absorber plus de 3 kg. par jour pour aboutir à ce résultat. L’appareil digestif ne saurait assurer cette digestion, en dehors des dangers dus à l’accumulation des produits toxiques résultant de la désassimilation d'une telle masse.



... Une alimentation mixte s’impose donc, et après de nombreux essais scientifiques aussi bien qu’empiriques, les auteurs sont arrivés à établir une moyenne des différents aliments, moyenne satisfaisant aux 2 500 calories exigées par les besoins nutritifs de l’homme au repos, et constituant la ration de repos, ou d’entretien.

Albuminoïdes 100 grammes 

Graisses 50 grammes. 

Hydrates de carbone 470 grammes. 



Ce régime, comme dit A. Gautier, est le régime pauvre : celui des prisonniers, du moine, de l’ouvrier qui chôme, du bourgeois sédentaire.



Malheureusement le bourgeois sédentaire ne l’applique guère, ce régime susceptible d’introduire dans l’économie le moins de déchets azotés, et c’est l’ouvrier dont la tâche est pénible qui s'y soumet le plus souvent.



Combien cependant d’énergie, de calories, dépense-t-il de plus ? Evaluant celles-ci les physiologistes ont calculé que selon l’intensité du labeur, un travailleur dépensait quotidiennement 3 000, 4 000, 5 000 calories. Ces chiffres croissants sont réalisés par l’employé de commerce, le menuisier, le charpentier, le terrassier, le fort de la halle, le coureur cycliste.



Il va de soi que le sexe, l’âge, le poids, influent sur les besoins ; la femme, l’adolescent doivent en conséquence, avoir une ration inférieure à l’homme, à l’adulte.



Ce sont des raisons économiques qui, la plupart du temps, guident l’individu dans l'établissement de son régime ; le bourgeois sédentaire, pour lequel "le moment du repas est le meilleur de la journée", charge sa table et son tube digestif de quantités de mets ; l'ouvrier, par contre, l’ouvrière surtout, qui doit compter avec son budget modeste, se prive et gaspille en aliments inutiles les quelques sous qu’elle consacre à son repas.



Landouzy et Labbé ont justement insisté sur ce dernier point, et les tableaux qu’ils ont publiés sont pleins d’enseignements.



Dans ces tableaux, Landouzy, après une enquête minutieuse, a établi et comparé le menu quotidien des ouvriers, ouvrières et employés parisiens ; il a relevé les fautes commises contre l’hygiène alimentaire calculé la ration qui convient à chaque catégorie, donné l’exemple d’un menu, et, point capital, il a montré que, pour un prix parfois bien inférieur (ouvriers et employés), ou légèrement plus élevé de quelques centimes (ouvrière), l’individu réaliserait ce menu rationnel, physiologique.



Deux exemples ; Menu quotidien d’un maréchal-ferrant, M. V. L. 37 ans : 


Pas de repas avant le travail commencé à 5 h. du matin ; 8h. 1/2 matin, 150 gr. pain ; 1/2 litre vin rouge ; 11 h. 2 absinthes ; 12 h. 150 gr. pain ; 100 gr. viande, 120 gr. légumes, 3/4 litre vin avec café, eau-de-vie, rincette ; 6 h. 1/2 soir, 1 absinthe ; 7 h. 100 gr. pain ; 100 gr. viande, soupe, 70 gr. légumes, 3/4 litre vin rouge ; soirée 1 1. vin rouge.



Soit 4 600 calories pour 4 fr. 50. 


pays basque autrefois agriculture maréchal-ferrant
MARECHAL-FERRANT
PAYS BAQSQUE D'ANTAN


Landouzy relève les fautes du régime ; trop de viande, pas assez de légumes, de féculents, de sucre ; trop de boissons alcooliques ; puis indiquant que 3 600 calories sont suffisantes, il établit le menu suivant, les réalisant :


Pain 520 gr., viande 200 gr., légumes frais 200 gr., légumes secs 150 gr. ou pommes de terre 500 gr. ; sucre 80 gr. ; lait 300 gr. ; beurre 40 gr. ; fromage 40 gr. ; riz 30 gr. fruits 200 gr. ; vin 1 litre ; café, une tasse. Coût 1 fr. 78.



Par contre, l’ouvrière, la plumassière par exemple, ne satisfait pas son besoin de calories. L. C. 16 ans, absorbe par jour :


250 gr. de pain ; 70 gr. de viande ; 80 gr. de légumes ; 15 gr. de crudités ; 1/4 de litre de vin.


Soit 1 400 calories pour 0 fr. 80. 



pays basque autrefois chapeau plumassier 91
PLUMASSIER 
95 VILLIERS LE BEL



Cette ouvrière mange trop de condiments ou aliments peu nourrissants (salades, fruits, etc.) et pas assez de pain, viande, soupe, sucre...



D’après Landouzy cependant, elle pourrait fournir à son organisme 2 090 calories, à bon marché, en sachant composer ses repas : pain 370 gr., viande 125 gr., pommes de terre, 300 gr., légumes frais 200 gr., sucre 10 gr., lait 250 gr., beurre 30, riz 15 gr., fruits 100 gr., vin 1/3 de litre ; café 1 tasse. Coût 0 fr. 96.



Nous trouvant en Pays Basques, centre de l’industrie sandalière, nous avons pu faire une enquête sur l’alimentation de l’ouvrier et de l’ouvrière. Il y a lieu de distinguer la vie alimentaire de l’ouvrière basque ou espagnole, la sobriété de celle-ci est connue ; aussi nous attendions-nous à trouver un déficit de calories notable. Erreur, moins variée, si l’on veut plus rudimentaire, mais combien plus énergétique que l’alimentation de l’ouvrière parisienne, est celle de l’ouvrière espagnole !



Menu quotidien de l’ouvrière espagnole (sandalière). 8 heures, pain et lard ; midi, soupe, pain, lard et vin ; 4 heures, pain et oignons ; 7 h. 1/2 pain, lard et vin.



I kilogramme de pain (largement), un demi litre de vin, 200 gr. de lard, 50 gr. d’oignon et 400 gr. de légumes dans la soupe ; telles sont les quantités quotidiennement et en moyenne consommées : soit environ 3 000 calories.



Quant à l’ouvrier sandalier espagnol, sa ration est encore plus élevée ainsi qu’en atteste le menu ci-dessous :



8 h., pain, lard et vin ; midi, soupe, viande, pain et vin ; 4 h., pain, fromage ou sardines ; 7 h. 1/2, pain, viande ou lard et vin.



II consomme 2 litres de vin et 1 k. 500 de pain par jour. Nous dépassons certainement 3 500 calories : si l’ouvrier espagnol consomme 500 grammes de pain de plus que la femme, il absorbe dans les mêmes proportions le lard ou la viande.



Quels reproches peut-on faire à un tel régime ? C’est d’être trop riche en graisses aux dépens des albuminoïdes et des sucres, Et encore pouvons-nous reprocher si l’estomac et l’intestin le tolèrent, cet excès de graisses ? Comme le faisait remarquer Busquet récemment, les aliments gras possèdent une valeur marchande bien inférieure à celle des protéiques et leur pouvoir thermogène est deux fois plus fort.



Quoiqu’il en soit, il fournit à l’individu un nombre de calories amplement suffisant, moyennant une somme modique. L’ouvrière isolée, n’ayant pas les avantages économiques de la communauté, de la famille ne dépense pas 0 fr. 75 par jour.



L’ouvrière et l’ouvrier basques ont une alimentation analogue, mais comprenant moins de pain, substituant du fromage à l’oignon et agrémentée de café.



A l’instigation de J. Carles, Adda a fait à Bordeaux une enquête sur l’alimentation dans le milieu ouvrier. Elle démontre le défaut d'adaptation du régime au travail, l’alimentation insuffisante du plus grand nombre, des ouvriers, excessive des employés sédentaires, l’abus des boissons alcooliques chez l’homme, des crudités chez la femme.



Au premier Congrès d’hygiène alimentaire (1906), MM. Heger, Maxweiller et Slosse donnaient les intéressants résultats d’une enquête de l’institut Solvay sur l’alimentation des ouvriers belges, et ils concluaient : que la valeur énergétique de la ration, n’augmente pas mais diminue en passant de la catégorie des ouvriers à travail modéré aux ouvriers à travail dur, que c’est presque exclusivement au pain et aux aux pommes de terre que les ouvriers demandent leur ration en hydrate de carbone, que la ration est plus élevée dans les campagnes que les villes.



Ce dernier fait est absolument général : en France, aussi bien qu’en Belgique, le paysan, l’ouvrier agricole pour prendre l’exemple de Gautier, comme l’ouvrier basque, ont un régime infiniment supérieur, infiniment mieux adapté aux besoins que l’ouvrier parisien ou de la grande ville."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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vendredi 20 octobre 2023

LE CHANT DES PÈLERINS BASQUES EN ROUTE VERS LOURDES PAR FRANCIS JAMMES EN MAI 1927

LE CHANT DES PÈLERINS BASQUES EN ROUTE POUR LOURDES PAR FRANCIS FRANCIS JAMMES EN MAI 1927.


Francis Jammes est un poète, romancier, dramaturge et critique français qui a passé la majeure partie de son existence dans le Béarn et le Pays Basque, principales sources de son inspiration.



poete ecrivain france hasparren
FRANCIS JAMMES



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien L'Echo de Paris, le 4 juin 1927, sous la plume de 

Francis Jammes :



"Le chant des pèlerins basques (29 et 30 mai 1927).



Nous avons quitté Hasparren en pays basque. Et, d'abord, la route longe la rivière qui a nom "Joyeuse ", parce qu'elle rit entre les pierres. Çà et là, au flanc des coteaux, se posent des maisons ailées, toutes blanches. L'une s'appelle Iribarnia : une petite vierge, entre deux géraniums, dans une niche, et son jardin à l'ombre parfumée, et ses abeilles à qui l'on annonce rituellement la mort de leurs maîtres, la rendent vénérable entre toutes. Au tournant d'Ayherre, il y a une croix auprès d'un rocher. Là, un bouvier fut tué : Priez pour lui. 



Le bourg de Labastide-Clairence, où nous sommes passés ensuite, ouvre la Gascogne. Massif est son clocher. Son cimetière recèle un juif appelé Abraham. Sa place est bordée d'arceaux épais, à la mode mauresque. Au sortir de ce village, des peupliers frémissent sur des prairies humides et, à Belloc-sur-Joyeuse, s'élève un monastère bénédictin. J'y connais un moine, Michel, Il est vieux, et je l'affectionne. Priez pour lui. 



labastide clairence autrefois pays basque
LABASTIDE CLAIRENCE - BASTIDA
PAYS BASQUE D'ANTAN


A droite, nous avons monté vers Bardos. D'un côté, l'on voit, entre Espagne et France, les petites Pyrénées bleues comme le mantel de Notre-Dame. Et, de l'autre côté, une plaine sans fin jusqu'à la mer et les Landes, si fertile et boisée qu'il semble que ce soit une Terre-Promise. Dieu nous y mène ! 



Bardos franchi, c'est Bidache, qui fut chef-lieu de Navarre, où coule la lente Bidouze, et où sont les foires aux chevaux. Et l'on voit le château des Gramont, dont plusieurs gisent en l'église romane. Priez pour ces seigneurs ! 



pays basque 1900 autrefois château gramont
CHÂTEAU DE BIDACHE - BIDAXUNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Nous vînmes à Peyrehorade, où j'ai connu Lapeyre, bon poète gascon, et mort d'avoir trop ri. Priez pour lui ! 



A Puyoo, j'ai supplié Notre-Dame, quand l'une de mes enfants était malade, qui est maintenant bien guérie. Seigneur, soyez béni ! 



A Baigts, j'ai salué la dépouille du vénérable Tauzin, prêtre érudit, qui, aussi fut de mes amis. 



Aux portes d'Orthez, à Castétarbe, nous nous sommes assis pour manger dans la verdure, au bord du gave, sous de beaux arbres animés par la brise, qui me rappelaient les voix de ma jeunesse. Pardonnez-moi. 



Voici Orthez, et la tombe, et la maison natale de mes pères. Priez pour eux. 



Voici l'antique demeure de mes vingt ans, et de mes premières chansons. Et les autres maisons où j'ai aimé, souffert et reçu des amis. Pour ceux-ci, priez. 



pays basque autrefois hasparren orthez
FRANCIS JAMMES ORTHEZ
BEARN D'ANTAN



Après Orthez, c'est Castetis aux ruisseaux bleus de myosotis, où j'ai chassé jadis. Là est le noble château de Candau, habité par Champetier, notre chrétien député. Et, sur le fronton, se lit : "Nul pauvre en vain ici ne frappe." Priez pour tous ses hôtes.  



bearn autrefois château
CHÂTEAU DE CANDAU 64 CASTETIS
BEARN D'ANTAN



Ensuite, nous franchissons le tournant d'Argagnon, un peu lavant la gare. Là, plusieurs, en peu d'années, ont péri en automobile. Priez pour eux. 



Lacq et Mont sont aux Lestapis, qui sont chrétiens, faisant le bien. Et les d'Ariste aussi, à Lescar, où est une cathédrale. Ce sont de vieilles familles aimées. Priez pour leurs morts et pour leurs vivants. 



Les pèlerins traversant Pau ne se trompent de route : on longe le parc où Henri IV chassait biches, lièvres et bécasses ; on prend par la place Gramont, où est la statue d'un maréchal. Les cloches de Saint-Jacques et de Saint-Martin sonnent. Apôtres, priez pour nous. 



béarn autrefois place statue bosquet
STATUE MARECHAL BOSQUET PLACE GRAMONT 64 PAU
BEARN D'ANTAN



A la descente de Bizanos, au-delà du château Franqueville, les gais jardiniers cultivent leurs beaux légumes. A Meillon aussi. Et, encore à Assat, où, à vingt ans, je poursuivais la caille tandis que dans la gloire des cieux, à l'horizon de la moisson, grandissait à perte de vue la montagne. Là, j'ai écrit encore des chansons. Priez pour elles. 



A Nay, on fabrique des bérets et des manteaux avec la laine des troupeaux ; et des chapelets aussi, avec le buis de la montagne, pour les pèlerins comme nous qui les égrènent à genoux. Prions. 



A Bétharram, la Vierge a premièrement, apparu. Il y a un grand collège où j'ai dit ma chanson, où j'ai mangé avec le bon René Bazin, courageux dans l'épreuve. Priez pour lui. 



écrivain juriste romancier essayiste france
ECRIVAIN RENE BAZIN



Mais, voici Lourdes, où, secondement, la Vierge est apparue à Bernadette. Des pèlerins, des pèlerins encore, et toujours ; pèlerins basques et béarnais. C'est le rendez-vous des catholiques béarnais et basques. Il en sort de partout. Il ne se peut point qu'ils fussent davantage à Compostelle, dans le vieux temps. Nous sommes allés d'abord à la grotte, où l'eau pure prie. 



Ayant lavé notre visage et rafraîchi nos cœurs, nous allons au Rosaire, à la Crypte, à la Basilique, voir les ors, les reliques, les drapeaux, les statues, tant de richesses qui réjouissent les pauvres qui n'en ont point chez eux et n'en sont pas envieux. Il y aura toujours des pauvres parmi nous. Priez pour eux. 



religion catholique procession hautes-pyrénées
PELERINAGE DEVANT LE ROSAIRE 65 LOURDES
HAUTES-PYRENEES D'ANTAN



Mais, avant tout, prions pour ce long, cet interminable défilé d'infirmes qui appellent au secours leur Mère. Une femme craignant pour sa petite fille, tant la presse était grande, l'a placée dans les bras et sur le cœur de l'un de nous. Saint Guy, priez pour elles. 



Nous avons assisté aux vêpres solennelles et à la procession du Saint Sacrement. Elle s'avance, magnifique, avec ses filles de Marie en tête, dont la double rangée se déploie et s'évase à la fin comme un grand liseron bleu et blanc. Priez pour elles. 



hautes-pyrénées autrefois religion procession
PROCESSION SAINT SACREMENT 65 LOURDES
HAUTES-PYRENEES D'ANTAN



Nous avons salué Mgr Mostyn, archevêque de Cardiff, et Mgr Soodier, archevêque de Hiéropolis, et Mgr Vaughan, évêque de Menevia, Mgr Barrette, évêque d'Assus, et le révérend Dervey, aumônier de la Marine royale. Que Dieu les garde tous ! 



Le soir venu, étant des milliers et des milliers, et seulement des hommes, nous avons, avec des flambeaux, imité le ciel qui tourne et qui éclaire innombrablement — jusqu'à ce que nous ayons poussé un seul Credo, qui a comblé l'abîme. Entre chaque verset, Dieu descendait en silence dans nos âmes. Priez pour elles.



A minuit, plus belle qu'aucune autre qu'il m'ait été donné d'entendre, la Messe pontificale a été célébrée par notre Evêque, dont la houlette gardait ses brebis bien-aimées. Ainsi faisait Bernadette. Bernadette priez pour notre Evêque et pour nous. 



Les hymnes montaient de l'âme de l'ineffable maîtrise de Bayonne. On voyait un jeune abbé, qui a nom Lalanne, la diriger. Il semblait effeuiller, de ses mains harmonieuses, tel un enfant de chœur, des roses angéliques, qui chantaient, invisibles. On fonde sur lui de rares espérances. 



J'ai écrit ceci à la louange de mon Evêque et de mes compagnons pèlerins du pays basque et au Béarn. Amen."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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