CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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lundi 3 novembre 2025
vendredi 31 janvier 2025
LE CARDINAL BAYONNAIS CHARLES LAVIGERIE PAR FRANCIS JAMMES EN MAI 1927 (deuxième et dernière partie)
LE CARDINAL LAVIGERIE PAR FRANCIS JAMMES EN 1927.
Charles Lavigerie, né le 31 octobre 1825 à Huire à Saint-Esprit (ancienne commune des Landes) et mort le 26 novembre 1892 à Alger (Algérie), est un prêtre français, missionnaire en Afrique du Nord et cardinal en 1882.
Voici ce que rapporta le quotidien La Croix, le 1er mai 1927, sous la plume de Francis Jammes :
"Lavigerie par Francis Jammes.
... Les heures les plus charmantes étaient, à Larressore, consacrées à la promenade sous un ciel limpide qui pour toujours se fixa dans l'âme de Charles Lavigerie. Sans doute ressentait-il le paysage autrement que les Basques, dont il ne fut jamais, ni par la langue ni par sa famille, auxquels cependant il se trouvait mêlé avec quelques autres Landais ou Gascons. Certes, des uns et des autres la joie est pareille dans ce plein air, dans cette libération, dans cette piété qui fait s'exhaler, de coeurs unis, le même encens. Mais un petit bonhomme du Labourd, en regardant sauter sur les pelouses les agneaux autour de leurs mères, suppute le prix de la laine et du lait, la valeur de la viande sur pied, les avantages de la fumure. Cela seulement, néanmoins sans oublier de rapporter à Dieu cette munificence pastorale, de rendre grâces, non pour la couleur, le parfum et la forme, mais pour une fécondité qui enrichit la contrée où vivent les siens.
Certes, le petit Lavigerie n'est pas moins pratique, et il nous le prouvera plus tard, soit en se procurant chaque année deux millions de francs pour ses oeuvres, alors que son budget n'en offre que dix mille, soit en montrant à ses Soeurs blanches comment, d'un bras qui ne fléchit point, un archevêque impose au soc d'une charrue de profonds sillons parallèles. Mais il est, de plus, poète ; sans quoi l'on ne saurait entreprendre ces choses surhumaines qui ressortissent à un Vincent de Paul, à un Napoléon, à un Louis Pasteur. Une fortune, issue de déductions prudentes, peut être, certes, bien honorable, mais elle est à ceux qui se contentent de réussir pour eux-mêmes, loin des coups de foudre du génie. Car, philanthrope, stratège ou biologiste, l'éclair se produit toujours dans un sursum corda qui échappe à l'expérience même de ces inspirés. Et, dis-je, c'est la poésie.
Avant que la Muse chrétienne de Lavigerie aille contempler l'azur liquide du Nyassa du Tanganyika, du Victoria-Nyanza, et méditer sous la forêt tropicale, elle goûte avec allégresse, dans son adolescence, des lieux qui s'accordent par leur douceur classique à Virgile, à La Fontaine, à Lamartine : les villas de Souraïde et de Jatxou, la vallée de Laxia où l'onde estivale se précipite et se cache sous les frênes aérés et palpitants. Je ne prête pas à l'écolier de Larressore le sérieux imperturbable, la réserve quelque peu distante du petit séminariste basque. Au contraire, il emprunte un chiroula, pour en jouer, à l'enfant qui garde les brebis ; il taille la fourche d'un piège ; il saisit par les cornes ce chevreau bondissant qu'il retrouvera plus tard en Afrique et auquel il mettra, en guise de turban, en présence de personnages officiels et du sacristain ahuris, l'un de ses bas de cardinal.
Néanmoins, l'empreinte de bon aloi qu'il reçut de Saint-Léon et de Larressore doit être ineffaçable. Et d'abord, au pampre paternel qui distille une eau de feu dont la Charente est fière, est venu se greffer le cep cueilli sur l'antique souche bayonnaise qui donne un vin plein d'équilibre, celui que devait boire son grand-père maternel, essayeur de monnaie.
A cette fusion, par la sève, de l'ardent Angoumois avec la Gascogne pratique et réfléchie, qui tire parti du désert même des Landes, il faut ajouter l'ascétisme du clergé basque, sa discipline rude jusqu'à la férule, sa réaction contre toute mièvrerie sentimentale, sa doctrine antimoderniste avant la lettre, sa conception littérale de l'enfer, la terreur de ses feux entretenue sans relâche par les prédicateurs ; cet amour de l'apostolat qui, joint sans doute à l'instinct du voyage, suscita jadis tant de croisés, aujourd'hui tant de missionnaires. Tous ces traits, nous les retrouverons dans Lavigerie, autant que chez ce prince basque dont les incursions, parmi des pays inexplorés et cruels jusqu'au satanisme, déconcertent par leurs réalisations mêmes toutes les prudences humaines : saint François Xavier. On peut dire que l'un et l'autre furent attirés par les palmes qui poussent au pays des martyrs.
Charles Lavigerie n'aura passé que 10 mois à Larressore. L'année suivante, un ensemble de prétextes, d'économie diocésaine et paternelle, que la Providence utilisa, le dirigea sur Paris où l'abbé Dupanloup, auquel son professeur de seconde l'avait recommandé, l'accueillit à Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Il n'y avait, dans ce Petit Séminaire, rien qui rappelât, à moins que le nom en raccourci du chardonneret peut-être, l'une des plus belles campagnes de France. Mais, avant que de donner à son lion apostolique les ailes d'un grand voilier, albatros ou frégate, qui lui permissent de passer la mer sans effort. Dieu avait voulu laisser tomber sur les premières plumes, encore baignées de rosée matinale, l'inoubliable poudre d'azur de Larressore."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mardi 31 décembre 2024
LE CARDINAL BAYONNAIS CHARLES LAVIGERIE PAR FRANCIS JAMMES EN MAI 1927 (première partie)
LE CARDINAL LAVIGERIE PAR FRANCIS JAMMES EN 1927.
Charles Lavigerie, né le 31 octobre 1825 à Huire à Saint-Esprit (ancienne commune des Landes) et mort le 26 novembre 1892 à Alger (Algérie), est un prêtre français, missionnaire en Afrique du Nord et cardinal en 1882.
Voici ce que rapporta le quotidien La Croix, le 1er mai 1927, sous la plume de Francis Jammes :
"Lavigerie par Francis Jammes.
La Collection "Les Grands Coeurs", qui compte grouper, dans un ensemble de portraits moraux, les plus généreuses figures de l'humanité, commence sa première série de publications par un Lavigerie de M. Francis Jammes, oeuvre de vérité plus passionnante que toutes les fictions. Nous sommes heureux d'en donner un chapitre inédit, les pages dans lesquelles nous sont contées l'enfance et les années de Séminaire du grand cardinal africain :
Charles Lavigerie fut confié tout jeune aux maîtres de Saint-Léon de Bayonne, dont l'un, M. l'abbé Dassance, discerna et confirma la vocation naissante de son élève qui en fit part à sa famille. Après sa première Communion, préparée par M. Franchistéguy, il fut présenté à Mgr Lacroix, évêque de Bayonne, qu'il assura de son désir de devenir prêtre et paysan. On l'envoya au Petit Séminaire de Larressore.
Larressore ! Une flûte s'élève à laquelle répond le tintement de clarines, comme de doigts posés tour à tour sur les notes du silence. Virgile ! Le lait des torrents capricieux coule dans la prairie. Voici la rose des vents de cette pépinière spirituelle, où, en 1939, âgé de 14 ans, entre Charles Lavigerie.
Au Nord-Ouest. Ustaritz, dont le seul nom dit les bergers encore, le rire de la Nive, la demeure pacifique où, revenu de la Havane, de l'Argentine ou du Mexique, le Basque fait fourbir sa cuisine et sa chaîne de montre ; au Nord-Est, Hasparren, pastorale et négociante, avare, sensuelle et janséniste, peuplée aussi de revenants d'Amérique durcis comme les cuirs qu'ils tannèrent ; au Sud-Est, le massif d'Ursuya dont chaque village, à ses pieds ou sur ses flancs, n'est qu'un iris dans la verdeur ombreuse ; au Sud, Cambo, posée telle qu'une aiglonne blanche sur sa colline de cailloux roulés, Cambo dont l'aile distribue les brises bienfaisantes que 50 ans plus tard viendra respirer le lion fatigué ; au Sud encore, Itxassou dont fut curé en 1607 celui qui devait être l'abbé de Saint-Cyran, Itxassou qui proteste contre un tel desservant de toutes ses gorges qui ruissellent sous le collier des sources qui s'grène au long des noires parfois polies ; au Sud-Ouest, Espelette, enfouie tellement dans les jardins qu'elle ne s'en distingue pas, contrebandière et chevrière à l'affut, glissant une oeillade brillante comme une lame du côté de Dancharinea.
Tel était le cadre, élargi sur quelque 10 kilomètres du Petit Séminaire de Larressore. Là régnait la plus pure innocence de petits garçons tels qu'il en est encore dans un pays cependant infesté d'ondines si ardentes qu'une légende veut que, pour en rompre le charme damnable, il faille, après être confessé et communié, affronter sur un frêle esquif la vague de lait, la vague de sang, la vague de larmes, d'un lac magique et furieux.
Au doux collège ne parvenait point l'écho de ces nymphes perverses dont on dit qu'elles viennent, au clair de lune, se substituer aux simples mortelles qui dansent auprès des frontons. Mais le fronton de Larressore ne connaissait d'autres ébats que ceux des écoliers qui, durant les récréations, jouaient à la pelote sous les yeux de la Vierge, de leurs anges gardiens et de prêtres. Nul doute que Charles Lavigerie ne se soit volontiers dépensé à ce sport traditionnel où triomphent la force et la prompte riposte. Il devait renvoyer d'autres balles, déployer une vigueur plus soutenue au cours d'une existence héroïque où le jeu même se trouvait engagé du salut du monde, entre son équipe de Pères Blancs et les plus noirs démons de France, d'Asie et d'Afrique. Au Petit Séminaire de Larressore, comme à celui d'Ustaritz, qui le remplace maintenant, j'emprunte cette formule familière aux pilotaris : "Je lui porte un défi."
Et c'est bien un défi que Lavigerie, en lui lançant son gant d'osier, devait jeter au prince de ce monde.
Le Larressore de 1839 ne devait pas différer beaucoup d'avec celui qu'a chanté l'un de ses anciens élèves dont la demeure conserve des souvenirs qu'il tient de son père et qui, certainement, services fleuris ou meubles, gardent la note vive des jardins de Louis-Philippe.
La discipline était un peu rude, mais toute mêlée de détails qui amusent follement les petits garçons en soulignant les défauts de leurs maîtres ou de leurs camarades. Tel professeur de musique, un laïque, parce qu'il avait accepté un gâteau d'une vieille dame, s'était vu refuser l'absolution par un doctrinaire qui en tenait pour Saint-Cyran ; tel serviteur, kleptomane pour les saucisses, n'avait pu, certain jour, en distraire une seule d'un pot où, pour l'humilier, on les avait liées ensemble. Toutes choses qui laissent impassibles nos âmes blasées, mais qui déridaient au bon vieux temps les grands et les petits. Il suffit aux oiseaux de quelques gouttes d'eau pour qu'ils s'enivrent de leurs propres chants. Le jeune Lavigne marquait de la véhémence. Un incident dont on parle encore dut égayer fort le collège. On rapporte qu'avant d'emboucher la clarinette dont il prenait des leçons, le futur cardinal l'envoya, un jeudi, à la tête de son instructeur. Voilà qui n'était point dans le ton d'un joueur de flûte. Mais aux violents appartient le royaume du ciel quand, à la fin, ils luttent contre eux-mêmes. Et je crois vraiment que, dans la vie d'apôtres tels que Saint Paul et Lavigerie, en butte à des haines déchaînées, la patience échappe malgré elle : leurs coeurs sont comme leurs escarcelles qui éclatent en présence de la charité."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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samedi 26 octobre 2024
UNE PÉPINIÈRE DE PELOTARIS À HASPARREN - HAZPARNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième et dernière partie)
DE NOMBREUX PELOTARIS SONT ET ONT
ÉTÉ ORIGINAIRES D'HASPARREN.
En effet, de grands noms de la pelote sont nés, dans la Cité des chênes, à Hasparren.
vendredi 15 décembre 2023
L'ALIMENTATION À HASPARREN EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1908
L'ALIMENTATION À HASPARREN EN 1908.
Au début du 20ème siècle, de nombreux savants étudient l'alimentation nécessaire à la population.
Voici ce que rapporta à ce sujet le bimensuel La Grande Revue, le 25 août 1908 :
"Nous mangeons trop........ou trop peu.
... Nous pouvons donner 2 500 calories comme chiffre moyen représentant l’énergie quotidiennement dépensée par un homme au repos. Comment alors créer une ration en rapport avec ce besoin ? La chose est assez facile.
Nous savons, en effet, que 1 gramme d’albumine dégage 4 cal. 3, 1 gramme de sucre 4 c. 1, et 1 gramme de graisse 9 c. 3.
En se plaçant uniquement au point de vue de l’énergie potentielle, on est conduit à admettre que les trois groupes de substances alimentaires se peuvent substituer les unes aux autres. C’est la théorie de l’isodynamie.
En acceptant les 100 grammes d’albuminoïdes nécessaires, représentant 430 calories, la ration pourrait être complétée par 220 grammes de graisse (220 x 9,3 = 2 010) ou par 500 gr. d’hydrates de carbone (500 x 4,1 = 2 050). Mais cette conception est purement théorique et l'expérience montre que la ration alimentaire convenable ne doit pas être constituée de cette façon, pas plus que par 600 grammes d’albumines représentant aussi 2 500 calories. La viande ordinaire, dans cette dernière hypothèse ne renfermant que 20 % d'albuminoïde sèche, il faudrait en absorber plus de 3 kg. par jour pour aboutir à ce résultat. L’appareil digestif ne saurait assurer cette digestion, en dehors des dangers dus à l’accumulation des produits toxiques résultant de la désassimilation d'une telle masse.
... Une alimentation mixte s’impose donc, et après de nombreux essais scientifiques aussi bien qu’empiriques, les auteurs sont arrivés à établir une moyenne des différents aliments, moyenne satisfaisant aux 2 500 calories exigées par les besoins nutritifs de l’homme au repos, et constituant la ration de repos, ou d’entretien.
Albuminoïdes 100 grammes
Graisses 50 grammes.
Hydrates de carbone 470 grammes.
Ce régime, comme dit A. Gautier, est le régime pauvre : celui des prisonniers, du moine, de l’ouvrier qui chôme, du bourgeois sédentaire.
Malheureusement le bourgeois sédentaire ne l’applique guère, ce régime susceptible d’introduire dans l’économie le moins de déchets azotés, et c’est l’ouvrier dont la tâche est pénible qui s'y soumet le plus souvent.
Combien cependant d’énergie, de calories, dépense-t-il de plus ? Evaluant celles-ci les physiologistes ont calculé que selon l’intensité du labeur, un travailleur dépensait quotidiennement 3 000, 4 000, 5 000 calories. Ces chiffres croissants sont réalisés par l’employé de commerce, le menuisier, le charpentier, le terrassier, le fort de la halle, le coureur cycliste.
Il va de soi que le sexe, l’âge, le poids, influent sur les besoins ; la femme, l’adolescent doivent en conséquence, avoir une ration inférieure à l’homme, à l’adulte.
Ce sont des raisons économiques qui, la plupart du temps, guident l’individu dans l'établissement de son régime ; le bourgeois sédentaire, pour lequel "le moment du repas est le meilleur de la journée", charge sa table et son tube digestif de quantités de mets ; l'ouvrier, par contre, l’ouvrière surtout, qui doit compter avec son budget modeste, se prive et gaspille en aliments inutiles les quelques sous qu’elle consacre à son repas.
Landouzy et Labbé ont justement insisté sur ce dernier point, et les tableaux qu’ils ont publiés sont pleins d’enseignements.
Dans ces tableaux, Landouzy, après une enquête minutieuse, a établi et comparé le menu quotidien des ouvriers, ouvrières et employés parisiens ; il a relevé les fautes commises contre l’hygiène alimentaire calculé la ration qui convient à chaque catégorie, donné l’exemple d’un menu, et, point capital, il a montré que, pour un prix parfois bien inférieur (ouvriers et employés), ou légèrement plus élevé de quelques centimes (ouvrière), l’individu réaliserait ce menu rationnel, physiologique.
Deux exemples ; Menu quotidien d’un maréchal-ferrant, M. V. L. 37 ans :
Pas de repas avant le travail commencé à 5 h. du matin ; 8h. 1/2 matin, 150 gr. pain ; 1/2 litre vin rouge ; 11 h. 2 absinthes ; 12 h. 150 gr. pain ; 100 gr. viande, 120 gr. légumes, 3/4 litre vin avec café, eau-de-vie, rincette ; 6 h. 1/2 soir, 1 absinthe ; 7 h. 100 gr. pain ; 100 gr. viande, soupe, 70 gr. légumes, 3/4 litre vin rouge ; soirée 1 1. vin rouge.
Soit 4 600 calories pour 4 fr. 50.
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| MARECHAL-FERRANT PAYS BAQSQUE D'ANTAN |
Landouzy relève les fautes du régime ; trop de viande, pas assez de légumes, de féculents, de sucre ; trop de boissons alcooliques ; puis indiquant que 3 600 calories sont suffisantes, il établit le menu suivant, les réalisant :
Pain 520 gr., viande 200 gr., légumes frais 200 gr., légumes secs 150 gr. ou pommes de terre 500 gr. ; sucre 80 gr. ; lait 300 gr. ; beurre 40 gr. ; fromage 40 gr. ; riz 30 gr. fruits 200 gr. ; vin 1 litre ; café, une tasse. Coût 1 fr. 78.
Par contre, l’ouvrière, la plumassière par exemple, ne satisfait pas son besoin de calories. L. C. 16 ans, absorbe par jour :
250 gr. de pain ; 70 gr. de viande ; 80 gr. de légumes ; 15 gr. de crudités ; 1/4 de litre de vin.
Soit 1 400 calories pour 0 fr. 80.
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| PLUMASSIER 95 VILLIERS LE BEL |
Cette ouvrière mange trop de condiments ou aliments peu nourrissants (salades, fruits, etc.) et pas assez de pain, viande, soupe, sucre...
D’après Landouzy cependant, elle pourrait fournir à son organisme 2 090 calories, à bon marché, en sachant composer ses repas : pain 370 gr., viande 125 gr., pommes de terre, 300 gr., légumes frais 200 gr., sucre 10 gr., lait 250 gr., beurre 30, riz 15 gr., fruits 100 gr., vin 1/3 de litre ; café 1 tasse. Coût 0 fr. 96.
Nous trouvant en Pays Basques, centre de l’industrie sandalière, nous avons pu faire une enquête sur l’alimentation de l’ouvrier et de l’ouvrière. Il y a lieu de distinguer la vie alimentaire de l’ouvrière basque ou espagnole, la sobriété de celle-ci est connue ; aussi nous attendions-nous à trouver un déficit de calories notable. Erreur, moins variée, si l’on veut plus rudimentaire, mais combien plus énergétique que l’alimentation de l’ouvrière parisienne, est celle de l’ouvrière espagnole !
Menu quotidien de l’ouvrière espagnole (sandalière). 8 heures, pain et lard ; midi, soupe, pain, lard et vin ; 4 heures, pain et oignons ; 7 h. 1/2 pain, lard et vin.
I kilogramme de pain (largement), un demi litre de vin, 200 gr. de lard, 50 gr. d’oignon et 400 gr. de légumes dans la soupe ; telles sont les quantités quotidiennement et en moyenne consommées : soit environ 3 000 calories.
Quant à l’ouvrier sandalier espagnol, sa ration est encore plus élevée ainsi qu’en atteste le menu ci-dessous :
8 h., pain, lard et vin ; midi, soupe, viande, pain et vin ; 4 h., pain, fromage ou sardines ; 7 h. 1/2, pain, viande ou lard et vin.
II consomme 2 litres de vin et 1 k. 500 de pain par jour. Nous dépassons certainement 3 500 calories : si l’ouvrier espagnol consomme 500 grammes de pain de plus que la femme, il absorbe dans les mêmes proportions le lard ou la viande.
Quels reproches peut-on faire à un tel régime ? C’est d’être trop riche en graisses aux dépens des albuminoïdes et des sucres, Et encore pouvons-nous reprocher si l’estomac et l’intestin le tolèrent, cet excès de graisses ? Comme le faisait remarquer Busquet récemment, les aliments gras possèdent une valeur marchande bien inférieure à celle des protéiques et leur pouvoir thermogène est deux fois plus fort.
Quoiqu’il en soit, il fournit à l’individu un nombre de calories amplement suffisant, moyennant une somme modique. L’ouvrière isolée, n’ayant pas les avantages économiques de la communauté, de la famille ne dépense pas 0 fr. 75 par jour.
L’ouvrière et l’ouvrier basques ont une alimentation analogue, mais comprenant moins de pain, substituant du fromage à l’oignon et agrémentée de café.
A l’instigation de J. Carles, Adda a fait à Bordeaux une enquête sur l’alimentation dans le milieu ouvrier. Elle démontre le défaut d'adaptation du régime au travail, l’alimentation insuffisante du plus grand nombre, des ouvriers, excessive des employés sédentaires, l’abus des boissons alcooliques chez l’homme, des crudités chez la femme.
Au premier Congrès d’hygiène alimentaire (1906), MM. Heger, Maxweiller et Slosse donnaient les intéressants résultats d’une enquête de l’institut Solvay sur l’alimentation des ouvriers belges, et ils concluaient : que la valeur énergétique de la ration, n’augmente pas mais diminue en passant de la catégorie des ouvriers à travail modéré aux ouvriers à travail dur, que c’est presque exclusivement au pain et aux aux pommes de terre que les ouvriers demandent leur ration en hydrate de carbone, que la ration est plus élevée dans les campagnes que les villes.
Ce dernier fait est absolument général : en France, aussi bien qu’en Belgique, le paysan, l’ouvrier agricole pour prendre l’exemple de Gautier, comme l’ouvrier basque, ont un régime infiniment supérieur, infiniment mieux adapté aux besoins que l’ouvrier parisien ou de la grande ville."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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vendredi 20 octobre 2023
LE CHANT DES PÈLERINS BASQUES EN ROUTE VERS LOURDES PAR FRANCIS JAMMES EN MAI 1927
LE CHANT DES PÈLERINS BASQUES EN ROUTE POUR LOURDES PAR FRANCIS FRANCIS JAMMES EN MAI 1927.
Francis Jammes est un poète, romancier, dramaturge et critique français qui a passé la majeure partie de son existence dans le Béarn et le Pays Basque, principales sources de son inspiration.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien L'Echo de Paris, le 4 juin 1927, sous la plume de
Francis Jammes :
"Le chant des pèlerins basques (29 et 30 mai 1927).
Nous avons quitté Hasparren en pays basque. Et, d'abord, la route longe la rivière qui a nom "Joyeuse ", parce qu'elle rit entre les pierres. Çà et là, au flanc des coteaux, se posent des maisons ailées, toutes blanches. L'une s'appelle Iribarnia : une petite vierge, entre deux géraniums, dans une niche, et son jardin à l'ombre parfumée, et ses abeilles à qui l'on annonce rituellement la mort de leurs maîtres, la rendent vénérable entre toutes. Au tournant d'Ayherre, il y a une croix auprès d'un rocher. Là, un bouvier fut tué : Priez pour lui.
Le bourg de Labastide-Clairence, où nous sommes passés ensuite, ouvre la Gascogne. Massif est son clocher. Son cimetière recèle un juif appelé Abraham. Sa place est bordée d'arceaux épais, à la mode mauresque. Au sortir de ce village, des peupliers frémissent sur des prairies humides et, à Belloc-sur-Joyeuse, s'élève un monastère bénédictin. J'y connais un moine, Michel, Il est vieux, et je l'affectionne. Priez pour lui.
| LABASTIDE CLAIRENCE - BASTIDA PAYS BASQUE D'ANTAN |
A droite, nous avons monté vers Bardos. D'un côté, l'on voit, entre Espagne et France, les petites Pyrénées bleues comme le mantel de Notre-Dame. Et, de l'autre côté, une plaine sans fin jusqu'à la mer et les Landes, si fertile et boisée qu'il semble que ce soit une Terre-Promise. Dieu nous y mène !
Bardos franchi, c'est Bidache, qui fut chef-lieu de Navarre, où coule la lente Bidouze, et où sont les foires aux chevaux. Et l'on voit le château des Gramont, dont plusieurs gisent en l'église romane. Priez pour ces seigneurs !
| CHÂTEAU DE BIDACHE - BIDAXUNE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Nous vînmes à Peyrehorade, où j'ai connu Lapeyre, bon poète gascon, et mort d'avoir trop ri. Priez pour lui !
A Puyoo, j'ai supplié Notre-Dame, quand l'une de mes enfants était malade, qui est maintenant bien guérie. Seigneur, soyez béni !
A Baigts, j'ai salué la dépouille du vénérable Tauzin, prêtre érudit, qui, aussi fut de mes amis.
Aux portes d'Orthez, à Castétarbe, nous nous sommes assis pour manger dans la verdure, au bord du gave, sous de beaux arbres animés par la brise, qui me rappelaient les voix de ma jeunesse. Pardonnez-moi.
Voici Orthez, et la tombe, et la maison natale de mes pères. Priez pour eux.
Voici l'antique demeure de mes vingt ans, et de mes premières chansons. Et les autres maisons où j'ai aimé, souffert et reçu des amis. Pour ceux-ci, priez.
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| FRANCIS JAMMES ORTHEZ BEARN D'ANTAN |
Après Orthez, c'est Castetis aux ruisseaux bleus de myosotis, où j'ai chassé jadis. Là est le noble château de Candau, habité par Champetier, notre chrétien député. Et, sur le fronton, se lit : "Nul pauvre en vain ici ne frappe." Priez pour tous ses hôtes.
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| CHÂTEAU DE CANDAU 64 CASTETIS BEARN D'ANTAN |
Ensuite, nous franchissons le tournant d'Argagnon, un peu lavant la gare. Là, plusieurs, en peu d'années, ont péri en automobile. Priez pour eux.
Lacq et Mont sont aux Lestapis, qui sont chrétiens, faisant le bien. Et les d'Ariste aussi, à Lescar, où est une cathédrale. Ce sont de vieilles familles aimées. Priez pour leurs morts et pour leurs vivants.
Les pèlerins traversant Pau ne se trompent de route : on longe le parc où Henri IV chassait biches, lièvres et bécasses ; on prend par la place Gramont, où est la statue d'un maréchal. Les cloches de Saint-Jacques et de Saint-Martin sonnent. Apôtres, priez pour nous.
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| STATUE MARECHAL BOSQUET PLACE GRAMONT 64 PAU BEARN D'ANTAN |
A la descente de Bizanos, au-delà du château Franqueville, les gais jardiniers cultivent leurs beaux légumes. A Meillon aussi. Et, encore à Assat, où, à vingt ans, je poursuivais la caille tandis que dans la gloire des cieux, à l'horizon de la moisson, grandissait à perte de vue la montagne. Là, j'ai écrit encore des chansons. Priez pour elles.
A Nay, on fabrique des bérets et des manteaux avec la laine des troupeaux ; et des chapelets aussi, avec le buis de la montagne, pour les pèlerins comme nous qui les égrènent à genoux. Prions.
A Bétharram, la Vierge a premièrement, apparu. Il y a un grand collège où j'ai dit ma chanson, où j'ai mangé avec le bon René Bazin, courageux dans l'épreuve. Priez pour lui.
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| ECRIVAIN RENE BAZIN |
Mais, voici Lourdes, où, secondement, la Vierge est apparue à Bernadette. Des pèlerins, des pèlerins encore, et toujours ; pèlerins basques et béarnais. C'est le rendez-vous des catholiques béarnais et basques. Il en sort de partout. Il ne se peut point qu'ils fussent davantage à Compostelle, dans le vieux temps. Nous sommes allés d'abord à la grotte, où l'eau pure prie.
Ayant lavé notre visage et rafraîchi nos cœurs, nous allons au Rosaire, à la Crypte, à la Basilique, voir les ors, les reliques, les drapeaux, les statues, tant de richesses qui réjouissent les pauvres qui n'en ont point chez eux et n'en sont pas envieux. Il y aura toujours des pauvres parmi nous. Priez pour eux.
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| PELERINAGE DEVANT LE ROSAIRE 65 LOURDES HAUTES-PYRENEES D'ANTAN |
Mais, avant tout, prions pour ce long, cet interminable défilé d'infirmes qui appellent au secours leur Mère. Une femme craignant pour sa petite fille, tant la presse était grande, l'a placée dans les bras et sur le cœur de l'un de nous. Saint Guy, priez pour elles.
Nous avons assisté aux vêpres solennelles et à la procession du Saint Sacrement. Elle s'avance, magnifique, avec ses filles de Marie en tête, dont la double rangée se déploie et s'évase à la fin comme un grand liseron bleu et blanc. Priez pour elles.
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| PROCESSION SAINT SACREMENT 65 LOURDES HAUTES-PYRENEES D'ANTAN |
Nous avons salué Mgr Mostyn, archevêque de Cardiff, et Mgr Soodier, archevêque de Hiéropolis, et Mgr Vaughan, évêque de Menevia, Mgr Barrette, évêque d'Assus, et le révérend Dervey, aumônier de la Marine royale. Que Dieu les garde tous !
Le soir venu, étant des milliers et des milliers, et seulement des hommes, nous avons, avec des flambeaux, imité le ciel qui tourne et qui éclaire innombrablement — jusqu'à ce que nous ayons poussé un seul Credo, qui a comblé l'abîme. Entre chaque verset, Dieu descendait en silence dans nos âmes. Priez pour elles.
A minuit, plus belle qu'aucune autre qu'il m'ait été donné d'entendre, la Messe pontificale a été célébrée par notre Evêque, dont la houlette gardait ses brebis bien-aimées. Ainsi faisait Bernadette. Bernadette priez pour notre Evêque et pour nous.
Les hymnes montaient de l'âme de l'ineffable maîtrise de Bayonne. On voyait un jeune abbé, qui a nom Lalanne, la diriger. Il semblait effeuiller, de ses mains harmonieuses, tel un enfant de chœur, des roses angéliques, qui chantaient, invisibles. On fonde sur lui de rares espérances.
J'ai écrit ceci à la louange de mon Evêque et de mes compagnons pèlerins du pays basque et au Béarn. Amen."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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jeudi 5 octobre 2023
UN VOYAGE AU PAYS BASQUE EN NOVEMBRE 1897 (deuxième partie)
UN VOYAGE AU PAYS BASQUE EN 1897.
Le Pays Basque est, depuis longtemps, une terre d'excursions pour les voyageurs du monde entier.
Voici ce que rapporta à ce sujet la revue mensuelle La Revue du Palais, le 1er novembre 1897 :
"En Pays Basque.
... Nous pénétrons dans l’église d'Itxassou : les hommes par la petite porte qui s’ouvre de plain-pied sur le sol du cimetière ; les femmes par le portail couvert d’ombre, sous le porche à colonnes. Dans l’intérieur, des deux côtés de ce portail, des bancs de bois sont réservés aux vieillards : des bancs si bien sculptés qu'aux extrémités de quelques-uns on voit d’énormes têtes chevelues qui grimacent. Les hommes montent aux galeries de bois. Le béret aux genoux, les mains jointes, ils prennent place sur le banc sans dossier.
| EGLISE D'ITXASSOU PAYS BASQUE D'ANTAN |
En bas, les femmes ont déjà retiré leurs vêtements religieux des casiers de leurs chaises. Ces casiers contiennent aussi les rondelles de cire, quelles allument pendant l’office des enterrements et dont la flamme représente l’âme du mort. Elles se sont agenouillées, la mantille noire voilant leurs cheveux, la cape noire s’étalant en plis sévères sur le carreau. Dans la maison de Dieu, il faut que toutes les créatures soient égales. Autrefois, les hommes s’enveloppaient de manteaux noirs, dont ils ne font plus usage qu’aux enterrements.
| AU CIMETIERE EN 1894 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Un passage, du portail au chœur, partage l’assemblée des femmes. Le sacristain a, dans ce large sillon, jeté des joncs et des fougères. Les soldats y entrent en ordre, d'un pas cadencé par deux clairons, dont les éclats ébranlent les murs sans ornements. Deux drapeaux maintenant flottent, pendant que les sapeurs gravissent les degrés de l’autel, à droite et à gauche, et que le tambour-major s’arrête au seuil du chœur, tenant d’un bras tendu sa longue canne dont le bout vient, sur la marche de granit, toucher ses pieds.
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| PROCESSION DE LA FÊTE-DIEU 1912 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Le vicaire dit la messe : un homme jeune, d’une taille élancée, les joues rouges, les yeux brillants de décision et de franchise. Il sert ici depuis peu. Lors de son arrivée, on donna une fête, selon la coutume. Desservant à Ainhoue, dernier village français sur la Nivelle, il se rendit par les chemins de montagne à la frontière de sa nouvelle commune. Là, il quitta sa charrette pour en prendre une seconde, dont les roues semblables aux roues pleines des chars antiques étaient parées de feuillages. Au bord d’un ruisseau, sous le pic d’Ezeandray, les habitants d’Itsatsou s’étaient rassemblés, sous les plis du drapeau de la Place (la Place est le plus important quartier du village). Le maire souhaita la bienvenue au vicaire ; le drapeau s’inclina vers la commune voisine, en signe de respect et de fraternité. Le vicaire, après avoir remercié ses paroissiens nouveaux, dont la plupart lui étaient connus, s’installa sur le siège de la charrette, que des toiles grossières protégeaient du soleil. Le conducteur toucha de sa gaule le joug des bœufs, et l’on partit, au son du fifre et de la chichoula. De temps à autre, des clameurs lentes et graves, des cris puérils de joie, s’élevaient du peuple. Le curé, droit dans sa soutane des dimanches, attendait son vicaire à l’entrée du presbytère, sur le seuil de la cour tapissée d’herbes folles.
A cette heure, le jeune prêtre n’est plus pour les fidèles l'ami qui bavarde sur les chemins, au hasard des rencontres, et qui parfois, en passant, aide les travailleurs dans leurs cultures. Il est l’officiant sacré. Il dit la messe d’une voix profonde qui conduit dans la prière les voix simples du peuple. Soudain, l’office interrompu, il lève ses mains robustes et se tourne vers l’assistance, tandis que la lumière du jour, filtrant par le vitrail percé au-dessus de l’autel, verse sur sa face brune une poussière d’or. Il prêche en basque : c’est un torrent d’exclamations suppliantes, de défis et de menaces. Lorsqu'il se tait, le silence régna une minute, à l’infini, un silence d'angoisse.
Les soldats, sur les jonchées du large passage, sont restés immobiles, au port d'armes. Les deux sapeurs, à droite et à gauche de l'autel, semblent deux statues, la hache sur l'épaule, leur petit tablier éclatant de blancheur. Egalement rigide, le tambour-major soutient de son bras tendu la longue canne à pommeau d'argent. Les cantiques ont recommencé, à l'unisson. Ces voix harmonieuses du peuple, dans une église pauvre, au milieu des montagnes, impressionnent l'âme. Soudain, un silence encore. C'est l'élévation. Le capitaine de la jeunesse, levant son grand sabre recourbé, prononce un commandement : aussitôt, les soldats se prosternent, à genoux sur les fougères ; les femmes s'agenouillent, suivant le rite du pays, sur des lambeaux d’étoffe noire, disposés à même les dalles. Les deux drapeaux, s’étant croisés, s'inclinent très bas devant l’autel, et les clairons sonnent. J'éprouve un frisson de joie très pure, une émotion heureuse de piété.
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| SAPEURS FÊTES EUSKARIENNES PAYS BASQUE D'ANTAN |
L’office est terminé. Le tambour-major brandit sa canne, les sapeurs rejoignent la colonne qui se met en marche vers le portail, pendant que le fifre et la chichoula exécutent une polka très entraînante. Le cortège s'en va au jeu de pelote, revient sous les noyers du pré, où les jeunes filles et les garçons qui ne sont point armés ne peuvent s'empêcher de s'unir, deux par deux, et de sauter sur l'herbe. Ils sautent, en souriant à peine, avec une sorte de passion extatique. Enfin, par les chemins sinueux, les soldats montent à la Place, distante au moins de deux kilomètres : les danseurs les accompagnent, par couples, la main dans la main....
Vers midi, je pars pour Cambo. Cinq kilomètres de grand'route blanche, bordée de peupliers et de platanes. Cambo est charmant, restauré à neuf, sur sa falaise au pied de laquelle coule la Nive. De la terrasse des Thermes, on découvre tout le pays : à l'est, le mont Ursouia, un mont excessivement pointu, haut de 750 mètres, où Bayonne prend ses eaux ; à l'ouest, le gros bourg d'Espelette sur son riant plateau ; au sud, vers Errosibala, entre des collines basses, les prairies et les vergers, rouges surtout de cerises. En descendant vers la Nive, je rencontre des loueurs d’ânes : des ânes maigres et pelés, pauvrement harnachés ; des loueurs qui n'ont pas un air très catholique.
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| VUE SUR MONDARRAIN DEPUIS THERMES CAMBO PAYS BASQUE D'ANTAN |
La Nive coule avec tranquillité, la sournoise. Je la franchis, moyennant dix centimes, sur un pont suspendu, et poursuis à travers champs un sentier peu foulé. Les sentiers mènent toujours quelque part. Celui-ci, non. Il s’arrête à la voie ferrée, où je m’engage avec la certitude de retourner ainsi à mon Pas-de-Roland. La montagne effrayante surplombe. Des eaux ruissellent avec bruit de ses flancs entamés. Mes pas sur le gravier résonnent, comme dans les caveaux du Panthéon. Alors, une peur insensée me saisit ; je reviens en arrière, à la course. Je grimpe sur la montagne, et j’atteins un sommet non sans peine. Sur la rive opposée, la montagne tombe presque droit, garnie d’arbres touffus. Autour de moi, dans les broussailles, tintent des clochettes : je ne vois pourtant ni pâtre ni troupeau. Je descends, longe la voie de nouveau : après un quart d’heure de marche, j’arrive enfin à la route de Bayonne à Saint-Jean-Pied-de-Port. Le garde-barrière, stupéfait de me voir dans son domaine, entre les rails, ne veut pas me laisser passer. Il me faut donner de longues explications, fournir presque mon état civil.
Ce mardi, on ne parle que de la fête d'Hasparren, un bourg considérable, enrichi par ses fabriques de chaussures, fameux par ses couturières, ses joueurs de pelote et ses poètes. C'est là que les demoiselles de la contrée vont chercher la mode, auprès des cordonnières qui se croient bien plus distinguées que les travailleuses de la terre.
Le train m'amène donc à Cambo, où le courrier est, en quelques minutes, bondé de voyageurs. Ah ! vantez-moi un tel courrier ! Un véhicule du temps de Dagobert, qui contient quatre personnes à l'intérieur et huit ou dix sur l’impériale ! A l’intérieur, deux prêtres ont pris place, ainsi que deux paysans gras et ventrus, deux Sancho Pança, et de plus, une femme qui s’obstine à rester serrée entre les deux Sancho sur l’impériale, les banquettes sont remplies de jeunes filles. Que faire ? Je m’installe bravement sur le marchepied. Et fouette, cocher ! En route pour Hasparren ! Mes cinq Basques discutent avec animation. Impossible de comprendre un mot.
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| HASPARREN DEPART DU COURRIER POUR CAMBO PAYS BASQUE D'ANTAN |
Le paysage me ravit. L'omnibus grimpe tout le temps, au milieu des champs de maïs et de vignes. Au sud, dans l'azur limpide, s'érige la cime du Mondarrain, jolie comme un oeuf verdâtre ; à l'ouest, tout à fait loin, après les vallons de la Nivelle et des collines d'argile rouge, la très haute chaîne de la Rhune, qui marque la frontière.
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| PIC DU MONDARRAIN ESPELETTE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Cahin-caha, nous arrivons. Hasparren a de l'argent et le montre. Les maisons blanches aux volets couleur d'ocre respirent le bien-être, sur des terrasses ombragées de platanes. Sur la façade de chacune, au-dessus de la porte, la date de la construction et le nom du maître sont gravés en grosses lettres que domine une croix. D'ailleurs, ces inscriptions se trouvent partout en ce pays, même dans les plus humbles hameaux.
Je parcours des rues fraîches, occupées par des magasins et des boutiques, un peu trop de cafés. L'affiche de la fête annonce une partie de rebot : quatre joueurs espagnols contre quatre joueurs d'Hasparren, parmi lesquels le chantre de la commune est cité le premier, l'invincible. Je vais donc au jeu de pelote. Les demoiselles y sont déjà, très nombreuses, parsemant de leurs toilettes vertes, jaunes ou rouges, le peuple en veste courte et béret, en robe noire et mantille, assemblé sur les gradins qui entourent la place. Une demoiselle brune, à la taille ferme et élancée, porte une jupe à fourreau, un corsage à manches bouffantes, un col de satinette échancré. Joignez à ce costume tout écarlate des gants de peau noire, un menu foulard blanc au bout du chignon, une ombrelle à dentelles blanches. La musique, fifre et chichoula perdus parmi les trombones et cornets à piston de Bayonne, s'avance bientôt, escortant le conseil municipal et les deux équipes de joueurs. Chacun dans la foule s'efforce de maîtriser son émotion, même les enfants. Le silence règne, un silence anxieux où l'on entend bourdonner la rumeur des voeux et des présages. La partie commence... et se termine sans que j'aie compris la moindre chose. Personne ne parle français. J'ai pourtant vu les joueurs, dans les deux camps séparés par un trait souvent renouvelé sur le sol, sauter dans la poussière, piétiner, bondir, se coucher, sauter encore, en pourchassant et renvoyant la balle qui claque. Hasparren, paraît-il, a gagné. Les hommes se précipitent dans les cafés. Les femmes se félicitent en riant, ou se querellent en faisant des gestes, au milieu du jeu de pelote. Quant à moi, qui aurais voulu assister le lendemain au concours de poésies basques, tenu dans une salle d’auberge, je rejoins vite mon courrier.
Cette lois, je grimpe sur l’impériale, et avec moi deux prêtres, l’un très grand et gros, l’autre maigre et petit. Ils ne font point de manières. La fête les a dégourdis. Ne sont-ils pas de la franche et vive race d’un peuple qui n’a ni peur ni honte ? Sur la route, ils saluent tous les passants. Ils interpellent deux amoureux qui, le long d’un champ de maïs, marchaient la tête basse, épaule contre épaule.
— Hé là ! Si vous nous montriez un peu le visage !... Et de rire, et de chanter du basque à plein gosier. Aux villages que nous traversons, ils saluent riches et pauvres d'adios familiers. A une halte, monte auprès de nous un bonhomme muni d'un panier, dans lequel ballottent des œufs et une bouteille de vin. Il y a, sur le siège de cuir, auprès du cocher, trois jeunes filles qui me paraissent également dégourdies par la fête. Nous lions vite connaissance, nous chantons ensemble, et à l'arrivée, en gare de Cambo, je croyais bien que nous allions en chœur nous embrasser. Le bonhomme aux œufs ne trouve dans son panier qu'une omelette. Il est navré : pour comble de malheur, personne ne le console. Nous rions, au contraire ; il rit, à son tour. Ces êtres simples, si attachés à leur patrie, confinés dans des mœurs séculaires, sont vraiment heureux, plus heureux encore de le savoir."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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