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jeudi 2 juillet 2026

UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE EN 1941 (septième partie)

 

UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE.


Depuis des siècles, il y a des pêcheurs au Pays Basque.



pays basque autrefois pêche baleine morue
TERRE-NEUVAS 1941
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet Madame Maxime Dégros dans le Bulletin de la Société des 

sciences, lettres & arts de Bayonne, en juillet 1941 :



"La grande Pêche Basque des Origines à la fin du XVIIIe siècle (Suite).



... La politique du gouvernement de "l’Ancien Régime" et la grande pêche.



Il peut être intéressant de terminer cette étude historique de la grande pêche basque en résumant l’attitude qu’eut vis-à-vis d’elle le gouvernement de l’ancienne France. 



Les encouragements qu’il lui donne sont de deux sortes : directs et indirects. Ces derniers, tout en favorisant la pêche, ne la concernent pas spécialement, telles, par exemple, les lois douanières permettant l'entrée libre dans la province des denrées nécessaires à l'équipement ou à l'approvisionnement des navires, la libre sortie du royaume de certaines quantités de vivres. Telle la création à Saint-Jean-de-Luz d’un entrepôt pour emmagasiner sans frais de circulation tout ce qui est nécessaire à la pêche. 



Telle est la franchise dont jouit le sel destiné à la conservation du poisson. Telle enfin la franchise du Labourd, qui laissant les étrangers, Espagnols surtout, s’approvisionner en marchandises diverses, favorise le commerce général de la ville et en particulier le débouché des fruits de la mer. 



Les encouragements directs sont ceux qui s’appliquent aux produits de la pêche, primes pour les favoriser à certains égards, exemptions pour les soustraire à un règlement commun. 



Il existe des primes à l’armement et à l’exportation. La première prime à l’armement semble être de 1765 ; elle accorde une gratification de 40 livres par tonneau à l’armateur d’un baleinier, d’autres ensuite accordèrent à l'armateur d’un bâtiment, pêchant entre Bonavista et St-Jean, 500 livres pour un équipage de moins de 40 hommes ; 750 livres pour un équipage de 40 à 60 hommes et 1 000 livres ensuite (1768) ; ou encore 75 livres par homme pour un navire pêchant entre Cap de Raye et Ingornachoa (1785). 



pays basque autrefois pêche baleine morue
CARTE DE TERRE-NEUVE 1783


Parmi les primes à l'exportation, signalons celle de 1767, renouvelée en 1775, accordant une gratification de 25 sous par quintal de morue sèche expédié aux Îles d’Amérique (en plus des 5 livres habituelles depuis la création des colonies) ; celle de 1785 portant à 10 livres par quintal la somme donnée à l’armateur (si l'envoi est d’au moins 50 quintaux) et celle de 1787 la portant à 12 livres ; enfin la prime de 1788 qui favorise la préparation et l’expédition de la rogue en France. 



Parmi les exemptions, les unes sont purement matérielles ; elles dispensent par exemple du droit de coutume la morue sèche venant de l'Ile Royale, les fanons, les huiles, à condition que le chargement soit bien, de pêche nationale. Ou bien elles suppriment les droits de circulation intérieure pour les produits venant de Miquellon (1767).


emigration basque terre neuve
CARTE ST PIERRE 1793


D’autres exemptions concernant des règlements sociaux que, par faveur, l’Etat consent à supprimer : exemption du service des classes pour quelques matelots privilégiés, plus souvent pour les pilotes ou capitaines ; dispenses d’âge pour l’obtention de leur grade. 



Une des mesures les plus efficaces que prit le gouvernement pour relever la pêche de la baleine, fut d’appeler les Nantuckois qui s’installèrent à Dunkerque en 1786 et donnèrent vraiment à la pêche une nouvelle impulsion dont la ville profita et qui aurait pu s’étendre aux autres ports si la Révolution n’avait arrêté les armements. 



Il faut mettre au nombre des encouragements, la protection qu’il accorda contre l’invasion des produits étrangers en les taxant à l’entrée du royaume, plus ou moins fortement suivant les nécessités (on verra les variations des droits pour les huiles et fanons de baleines et pour les morues). 



Est-ce à dire que le gouvernement ait pris toutes les mesures nécessaires et se soit occupé de la pêche avec une grande sollicitude ? affirmons le contraire. Sauf au temps de Colbert, il néglige sa marine en général et la pêche particulièrement lui est très indifférente. Il n’accorde les encouragements qu’après avoir reçu force doléances, quand la situation est déjà trop compromise pour se rétablir rapidement ; or il ne les accorde qu’à titre provisoire, pas assez généreusement et avec des restrictions de cas d’espèce. Ainsi, les armateurs ne peuvent obtenir que la prime à l’exportation de la morue sèche, s’applique à celle de la morue verte, ni que l’exemption des
droits d’entrée concernant la morue pêchée à l’Ile Royale ou Saint-Pierre s’étende à celle provenant de Terre-Neuve



pays basque autrefois pêche baleine morue
CARTE DE TERRE-NEUVE CANADA


La protection qu’il accorde aux produits français est insuffisante ; il faudrait, à certains moments, prohiber complètement l’importation étrangère. 



Mais surtout il laisse subsister beaucoup trop de droits qui tuent le commerce ; les armateurs sont souvent obligés de vendre le poisson à perte pour pouvoir s’en débarrasser et sont encore rebutés par les chinoiseries qu’une administration semble multiplier à plaisir. 



Il faut convenir cependant que, ne pouvant satisfaire tout le monde, le gouvernement eut quelquefois des intentions meilleures que le résultat obtenu. En créant, par exemple, des compagnies à monopole, il crut favoriser la pêche ; il le fit effectivement, quand la compagnie, de caractère national, était un groupement contre une rivale étrangère (ainsi la compagnie havraise). Mais quand une province obtenait le monopole de la vente en France, c’était au détriment de la province voisine, obligée de lui vendre ses produits à un prix très bas, et des consommateurs obligés de les acheter au prix imposé par la compagnie et généralement assez élevé.



Quand un armateur obtenait le monopole de la pêche dans une région,  son action paralysant celle des autres. 



De plus, certains habitants des îles, sous prétexte qu’un droit exclusif leur avait été donné, interdisaient aux pêcheurs de faire leur saison. 



Le gouvernement eut aussi une bonne intention en octroyant la franchise du Labourd. S’il n’en obtint pas les résultats espérés, la faute en est, et ce n’est pas à sa décharge car il aurait dû les surveiller mieux, aux employés des fermes qui se montrèrent trop négligents pour n’être pas complices des fraudeurs. A cause d’eux, 10 000 quintaux de morue étrangère entrèrent en France par Bayonne et Saint-Jean-de-Luz entre 1784 et 1786. Cette introduction frauduleuse fit diminuer le prix de la morue française et risqua d’annuler les avantages procurés par la franchise.



Dans bien d’autres cas aussi, l’Etat fut trahi par ceux qui auraient dû le servir. 



Les Basques résumèrent ce qui les attendait dans leurs Cahiers de revendications, à la veille de la Révolution. Noblesse et Tiers-Etat demandèrent des "encouragements pour le commerce de la morue", les primes à l’armement permettaient au pays de soutenir la concurrence étrangère. Le Clergé réclama la prohibition complète de la morue étrangère et le Tiers, d’accord avec lui sur ce point, revendiqua de plus l’abolition des droits intérieurs. 


Madame Maxime Dégros."




A suivre...




(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France et Wikipédia)


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