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mercredi 15 juillet 2026

UN VOYAGE EN TRAIN AU PAYS BASQUE EN 1906 (première partie)

UN VOYAGE EN TRAIN AU PAYS BASQUE EN 1906.


Avec l'arrivée du chemin de fer, le tourisme se développe au Pays Basque.



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AU PAYS BASQUE
COMPAGNIE DU CHEMIN DE FER DU MIDI 1906



Voici ce que rapporta à son sujet Robert de Souza dans le bimestriel Les Pyrénées / Compagnie du 

Chemin de Fer du Midi, en 1906 :


"Euskaldunac... Ces syllabes étranges désignent les Basques dans leur langage. Les Parisiens le connaissent par la mélopée du marqueur qui, au jeu de pelote, compte à haute voix chantante les points de la partie. Sons extraordinaires ! Les voyelles sautent entre les articulations qui se précipitent cassantes comme des coquilles de noix. On entend dans les forêts des oiseaux, qui parlent ainsi. Il n'est point de langue plus primitive. Chaque fois que je l'ai entendue, je me suis senti hors de notre temps et comme plus près des bruits de la nature. N'importe quelle langue d'Europe me paraît moins étrangère, y compris le breton qui, dans le dialecte de Tréguier surtout, donne l'impression de l'allemand parlé par un Flamand. Toutes jusqu'au russe ont des inflexions plus voisines les unes des autres, des accents, des ponctuations de phrases dont l'euskarien s'éloigne. Avec cela peu de déclamation ; écoutez un Béarnais parler français avec un Basque : le Basque n'aura presque pas d'accent, le Gascon fera une horrible mixture du langage national. Cela vient de ce que l'Euskarien comme le Français du Nord module sans grands intervalles entre les sons, si ces sons mêmes ont une autre énergie et une vivacité plus aiguë.



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UNE PARTIE DE PELOTE EN 1906
PAYS BASQUE D'ANTAN



Telle langue, tel peuple. Le Basque est osseux et nerveux, net et souple comme sa parole qui se meut entre quinze cas, sans distinction de genres, sans construction particulière, de sorte que le primesaut de l'imagination et du sentiment joue à sa guise de toutes les inversions, libre de saisir l'expression instinctive. Et la démarche basque est ainsi légère et comme soulevée, mais unie, droite, sans balancements lourds.



... Je songeais à tout cela, mêlant impressions et pensées, tandis que suivait la même route que moi, vers la pointe du Socoa, aux environs de Saint-Jean-de-Luz, une jeune Basquaise portant sur sa tète une admirable cruche de terre rouge au long goulot et à l'anse quelque peu arabe. Un jeune garçon l'accompagnait, un bâton à la main, la veste sur l'épaule, le béret bleu, étroit, aux bords froncés comme un champignon de montagne. Ils s'assirent sur la rampe d'un vieux pont qui traverse le ruisseau de l'Uaxia et ils se parlaient avec gravité. La matinée était douce, grise, poudroyante d'un soleil passé au crible. Je tournais le dos à la mer, et le vallon du ruisseau où penchaient quelques vieilles masures à galeries de bois s'ouvrait sur les fantasques silhouettes de la Rhune et du Jaizquibel, ces premiers efforts encore incertains des Pyrénées, gauches et originaux comme des gestes d'enfants. Les amoureux parlaient, parlaient... La petite avait déposé sa cruche et regardait au loin sur la mer de ses larges yeux clairs sous des sourcils noirs, joints comme en une seule barre, pendant que le garçon, sec et pâle, ne détachait d'elle ses yeux en vrille. Et c'était le son étrange de leurs paroles, de ce langage si ancien qu'on ne peut le rattacher à aucun idiome connu, qui m'avait révélé tout à coup le paysage et son caractère, sans grands effets, comme celui des habitants, dans sa personnalité cependant unique.



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CARTE DES PAYS BASQUES FRANCAIS 1906



C'est que le pays basque, à le séparer, en Espagne et en France, de la chaîne naissante des Pyrénées, se montre sans romantisme tout d'abord. Il est sauvage, mais sobre, suivant les lignes nues de ces premiers mouvements de collines qui forment les vallées de la Nive, de la Nivelle, puis, avec un fond plus tourmenté, de la Bidouze et du Saison, le Labourd, la Basse-Navarre et la Soule, provinces françaises de l'Euscaldunac. La côte, aux falaises insignifiantes et délitées, a la mine pauvre, souffreteuse plus que grandiose. Ses schistes n'offrent pas à l'Océan la résistance bretonne. Elle est d'ailleurs de couleur plus espagnole que basque. Les marchands d'alcarazas qui, dans Biarritz, promènent l'eau fraîche sur le dos enfeuillagé de leur mule, portent le sombrero des Castilles ; et il n'est pas, jusqu'au village de Ciboure, de l'autre côté de Saint-Jean-de-Luz, à l'embouchure de la Nivelle, dont les maisons à balcons, toutes basques qu'elles soient dans l'ensemble de leur aspect, ne témoignent d'un guillochage assez éloigné de la sévérité euskarienne.




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MARCHANDS D'ALCARAZAS BIARRITZ 1906
PAYS BASQUE D'ANTAN



De Bayonne, par la vallée de la Nive, on entre dans le vrai pays basque. Bayonne, cette ville à la fois landaise, béarnaise, basquaise et espagnole, qui, de ce petit cosmopolitisme régional, tire un accent si savoureux ! Hélas ! elle se défigure. Elle saccage, pour l'installation d'une gare, ses admirables Allées Marines plantées d'arbres qui datent du commencement du XVIIIe siècle ; elle éventre ses remparts qui la ceinturent de la promenade ombragée la plus charmante ; elle veut abattre son "Réduit", cet éperon si pittoresque qui s'avance entre la Nive et l'Adour. Et à l'intérieur ce sont ces basques, ces mêmes basques si traditionnistes dans le fond de leurs vallées qui, détenant le gros commerce, y font les parisiens, remplacent les habitations anciennes au rez-de-chaussée en arcades, aux toitures à auvents, par d'écrasants magasins de nouveautés tout en verre et en faïence d'un bleu de casserole entaillée. Ah ! le magasin de nouveautés poulies harmonieuses petites villes de province ! Il est le grand destructeur du sens local, il le détruit par son seul aspect comme par l'inondation de ses pacotilles. Partout il s'installe, il se carre, hurleur et cynique, à Epinal, à Avignon comme à Bayonne, tout neuf. C'est qu'il date au plus de quatre ou cinq ans. Les grands centres seuls, naguère, usaient de ce mauvais goût que l'Europe nous envie à la place de notre administration dont le prestige est définitivement atteint.


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LE REDUIT BAYONNE 1906
PAYS BASQUE D'ANTAN



On ne reconnaît plus les basques riches de leurs concitoyens mitigés, mais sur les quais de la gare on rencontre souvent des groupes d'hommes au nez pointu, aux joues creuses et aux petits yeux, assis sur de longues caisses pentagonales comme sur leur cercueil. Ceux-là on les reconnaît, ce sont les pauvres qui partent pour les "Amériques". A la différence des émigrants des autres pays, on ne voit presque jamais de femmes avec eux, ni d'enfants. Les femmes restent à travailler la terre ou s'engagent comme domestiques, particulièrement à Bordeaux.



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BATEAU DE L'EMIGRATION
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le long de la Nive se dessine le véritable caractère du paysage basque et de ses villages qui couvrent  une haute colline boisée à pic sur les eaux. L'autre bord est en pentes douces ou en pâturages aux versants des coteaux nus. Les villages sont tout blancs comme Ustaritz, l'ancienne capitale du Labourd, dont les habitations éclatantes se dédoublent dans la rivière, où s'assemblait jadis le bilçar, la réunion des chefs de famille qui gouvernait cette partie du pays. Le bilçar ne se tenait ni dans un palais, ni dans une enceinte fermée de murailles, mais dans un bois, sur une éminence qui dominait la commune. Deux quartiers de rochers formaient les sièges du président et du secrétaire ; un autre bloc grossièrement poli servait de table ; les membres de l'assemblée debout, appuyés sur des bâtons d'épine, s'adossaient à de vieux chênes. Aujourd'hui, Ustaritz est devenu, en souvenir sans doute de sa gloire, la retraite préférée des "Américains". Nous avons vu tout à l'heure les basques misérables assis sur leur malle au moment de s'expatrier. En voici quelques-uns revenus de la Plata, au bout de longues, longues années. Sou à sou, ils ont rempli leur bas de laine, et ils ont rapporté la fortune au pays natal. Ils sont riches, ils ont oublié le vieux proverbe : Asco vadoc, asco beareodoc (si tu as beaucoup, tu auras d'autant plus de besoins), et ils font bâtir, mais d'affreux chalets à la parisienne, tandis que les parisiens qui s'enthousiasment de la vallée conservent les traditions et reproduisent la maison basque.




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BOULEVARD DES AMERICAINS HASPARREN
PAYS BASQUE D'ANTAN




L'endroit le plus célèbre de la vallée de la Nive est Cambo, Cambo où un poète jette tous les millions de Paris et des "Amériques", ramassés à la pointe d'un grand nez de carton. C'est bien un "Américain", le poète, car il étale en Louis XVI-troisième-République le style euskarien. Le vieux Cambo n'en est pas moins basque délicieusement avec les paliers de ses petites places blanches, le long de la rampe de son vieux chemin à cailloutis."





A suivre...





(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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