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samedi 30 août 2025

LA SALMONICULTURE DANS LES BASSES-PYRÉNÉES EN 1934 (première partie)

LA SALMONICULTURE DANS LES BASSES-PYRÉNÉES EN 1934.


La salmoniculture (l'élevage de la truite notamment) prend son essor à la fin du 19ème siècle grâce à deux pêcheurs, Rémy et Géhin, qui ont mis au point la reproduction artificielle des truites dans les Vosges.




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PISCICULTURE UREPEL
BASSE-NAVARRE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet M. Rocq, Président de la Fédération Basco-Béarnaise des Sociétés 

de Pêche dans le Bulletin de la Société des Sciences, Lettres & Arts de Bayonneen juillet 1934 :



"La salmoniculture dans les Basses-Pyrénées.



Un postulat doit tout d'abord être énoncé : La Pisciculture, cypriniculture ou salmoniculture, est une des branches de l'Agriculture.



La méconnaissance de ce principe a eu de graves conséquences pour notre économie rurale, en particulier pour toute l'économie montagnarde où la pisciculture, sous toutes ses formes, peut avoir un rendement élevé.



Comme nous ne cessons de le répéter depuis dix ans, il faut éviter, à tout prix, la rupture de l'équilibre entre l'agriculture et l'industrie, équilibre qui est l'essence de la prospérité française et de la stabilité nationale.



Sous la griserie des fallacieuses théories américaines prétendant, sur l'ignorance du passé, édifier un monde nouveau, on a compromis la prospérité française : son redressement doit s'appuyer sur  un essor rural.



La salmoniculture peut y aider.



Les Basses-Pyrénées, comme tant d'autres départements pyrénéens, sont caractérisées au point de vue économique par une diminution constante des domaines ruraux.



La campagne a cependant toujours son même rôle à l'égard des villes : elle les nourrit, mais elle assure par surcroît la santé de tous ceux qui peuvent se déplacer pour venir trop brièvement hélas, s'y vivifier l'organisme. Tous les problèmes ruraux ont donc leurs deux aspects nécessaires : production agricole et tourisme.



C'est la généralisation de ces deux aspects et leur amélioration qui doit être le but de nos efforts.



La richesse des rivières.



Les rivières représentent un élément de richesse trop sous-estimé.



On n'a voulu y voir, par une véritable aberration, que potentiel mécanique ou égout commode. L'abus du premier facteur a créé une profonde perturbation dans l'économie des domaines riverains, tant particuliers que collectifs ; la généralisation du second crée une monstrueuse atteinte à l'hygiène publique.



Nos rivières pyrénéennes se sont distinguées pendant longtemps par leur régularité, leur fraîcheur, leur pureté. Dans les Basses-Pyrénées, il y a deux types de rivières : les Gaves et les Nives. Ces dernières, semblables aux rivières du Pays Basque espagnol, constituaient la rivière idéale comme capacité biogénique ; elles furent à coup sûr l'un des facteurs décisifs qui, à travers les millénaires, retinrent sur leurs rives, sous un climat favorisé par les brises maritimes, une population jalouse de ses privilèges naturels.



A la condition de conserver intactes nos rivières et nos ruisseaux, l'économie rurale doit en tirer, comme de ses autres branches, un revenu direct qui est le poisson — truite et saumon — un revenu indirect qui est le tourisme. Par surcroît, tous les domaines ruraux disposant d'un ruisseau doivent ajouter l'élevage de la truite arc-en-ciel à leurs petits élevages familiaux.



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SAUMON



Il faut rappeler que le revenu du sol mouillé par nos cours d'eau est aussi rémunérateur que celui d'une terre à blé ; il le dépasse si on y ajoute le revenu général touristique.



Une rivière comme la Nive, de 30 à 40 mètres de largeur moyenne, présente actuellement un rendement annuel de 300 kilos de truites au kilomètre auquel s'ajoute le rendement en saumons qui peut se chiffrer à environ 20 tonnes par an (2 500 saumons, chiffre minimum). La presque totalité des saumons sont bien pris au filet dans la partie maritime, mais ils n'en sont pas moins le produit des frayères de la Nive et de ses bancs de tocans. Ces tocans (jeunes saumons), avant de descendre à la mer, séjournent en majorité deux ans dans nos rivières parmi les truites. Comme le saumon remonte toujours dans la rivière où il est né, la montée des saumons adultes est bien un produit de la partie de la rivière apte à nourrir les tocans.



Aussi peut-on dire que dans le bassin de la Nive, les trente kilomètres où croissent les jeunes tocans produisent non seulement le rendement moyen normal en truite, mais 660 kilos de saumon au kilomètre.



Avec ces chiffres, on conçoit mieux que, selon la formule d'un expert anglais, une rivière à saumons est une mine d'or. Si l'on ajoute à cette production alimentaire le revenu touristique de la rivière, on juge mieux l'effarante erreur de certains experts en travaux hydrauliques déclarant sommairement que la suppression des poissons était sans conséquence appréciable.



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"VOICI LE SAUMON PROMIS"



Les Basses-Pyrénées ont été le Département où une enquête approfondie a pu, en 1927, grâce à l'action des Sociétés de pisciculture, apporter la preuve de la valeur de certaines rivières, et en conséquence obtenir du Conseil Supérieur des Forces Hydrauliques l'interdiction de tout nouveau barrage hydroélectrique.



Cette décision étouffait les projets de six grands barrages sur le Gave d'Oloron et de quatre sur la Nive.



L'avenir a top vite donné raison aux Sociétés de pisciculture puisque, depuis deux ans, il y a une surabondance de K. W. équipés, et la construction des barrages envisagés eût réjoui temporairement quelques puissants constructeurs mais eût ruiné une importante production alimentaire, anéanti une attraction touristique considérable pour doter la région d'usines ne vendant pas le 1/10 de la force captée.



La situation piscicole.



Résumons maintenant la situation piscicole :


Les rivières des Basses-Pyrénées, sur la majeure partie de leurs cours, sont des rivières à salmonidés qui, si on leur évite la pollution industrielle et urbaine, jouissent d'une capacité nutritive considérable. Cette capacité nutritive est maxima pour toutes les rivières ou ruisseaux ne recevant point l'apport des eaux de fonte des neiges et des glaciers au début de l'été.



La tiédeur relative de l'eau, hors cette fonte, favorise le développement du plancton. Les eaux très froides des glaciers et neiges de haute altitude retardent jusqu'en fin juillet le développement de ce plancton. C'est ce qui constitue la différence essentielle des Gaves béarnais et des Nives basques.



Le saumon qui fut, comme sur tout le littoral du "Ponant", un des éléments de base de l'alimentation locale jusqu'au début du XIVe siècle, est encore abondant dans le Gave d'Oloron, le Saison et la Nive.



Il a disparu du Gave de Pau depuis une trentaine d'années par suite des barrages d'Orthez, de la Nivelle par suite du braconnage.



Le saumon est exploité normalement au filet dans la partie dite maritime des rivières, soit de Bayonne à Peyrehorade pour l'Adour et les Gaves, de Bayonne à Villefranque pour la Nive, en tout 45 kilomètres environ.



Ces pêcheries, dans les très bonnes années comme 1929, ont produit 18 000 saumons d'un poids moyen de 9 kilos ; les prises de 20 à 50 saumons d'un coup de senne ne sont point rares. Cette pêche pourrait être considérablement développée si nos rivières recevaient enfin l'organisation qu'elles méritent.



La pêcherie de l'Adour, liée au rendement des frayères des Gaves et des Nives, a donc une importance indéniable.



Voyons la situation passée, la situation présente et l'avenir de la richesse piscicole dans notre région, et pour terminer, l'élevage piscicole.



Un des grands principes de l'agriculture, c'est qu'il faut semer pour récolter.



Cette vérité qui paraît aveuglante, a été longtemps méconnue pour nos rivières, bien qu'elles fissent partie intégrante du domaine agricole.



Certes, pendant des siècles, la capacité nutritive naturelle des rivières, l'abondance des forêts, la faible valeur du poisson, le peu d'exigence des besoins locaux, la rigueur des Tribunaux pour tous braconniers, permirent à la nature de maintenir à elle seule un juste équilibre entre la production et la destruction. Le saumon n'était sans doute plus aussi abondant que dans les temps préhistoriques où nos rivières devaient ressemble aux rivières canadiennes, mais néanmoins il était la base de l'alimentation du peuple, les domestiques se préservant même par contrat contre un régime allant jusqu'à la satiété complète.



Tout le progrès industriel, les facilités de transport, le déboisement, ont concouru à appauvrir les rivières à salmonidés, atteintes sous toutes les façons possibles : pollution et réchauffement des eaux.



Après la guerre, avec la hausse de tous les prix, on put croire que le pillage effréné de nos rivières aboutirait à l'anéantissement de leur richesse. Dans la région de la Nive, une étude méthodique fut effectuée pour reconnaître la capacité biologique des rivières ; elle fut très satisfaisante.



Les premiers déversements d'alevins de truite commune furent faits par la Société des Pêcheurs de la Nive en 1923 et 1924. 30 000 alevins furent ainsi immergés.



En juillet 1924, le regretté M. Séverac, Inspecteur principal de la Compagnie des Chemins de fer du Midi, organisa un premier Congrès de pisciculture à Toulouse. Je m'y rendis avec un ami, et après les premières données fournies par M. le Professeur Jammes à l'Institut de Pisciculture de Toulouse, nous pûmes visiter la pisciculture de Vernet d'Ariège et les très intéressantes petites stations créées en Ariège par M. Sauret, Président de la Fédération des Sociétés de pêche Ariégeoises.



Durant l'hiver 1924, quatre petites piscicultures furent créées par la Société des pêcheurs de la Nive dans le bassin de cette rivière, en profitant des expériences antérieures.



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BULLETIN DE LA SOCIETE DES PÊCHEURS DE LA NIVE 1926
PAYS BASQUE D'ANTAN


Elles furent établies : à la Madeleine (Saint-Jean-le-Vieux) sur le Laurhibar, à Saint-Jean-Pied-de-Port sur la Nive principale, à Ossès sur un ruisseau, à Eyhéralde sur la Nive de Baïgorry.



Des études très suivies, des mises au point aboutirent à l'agrandissement, en 1925, des stations de la Madeleine et d'Ossès, au transfert de la station d'Eyhéralde à Cambo-les-Thermes sur un ruisseau descendu de l'Ursuya, à la création d'une cinquième station à Urepel vers les sources de la Nive de Baïgorry.



Après des visites à de nombreuses piscicultures, principalement à la Pisciculture de Normandie à Bernay (Eure), une station centrale fut construite en 1927 sur un ruisseau de la Nive de Baïgorry : la station Chambeau, d'une capacité de 400 000 oeufs. Elle sert en même temps de station de capture de reproducteurs, ce que l'expérience me révéla nécessaire.



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PISCICULTURE
27 BERNAY



Cette station emploie des incubateurs danois fort pratiques, dont le modèle me fut indiqué à la Pisciculture de Normandie.



Sur mes conseils et mes plans, une pisciculture pour 200 000 oeufs fut construite à Oloron par la Société de pêche du Gave d'Oloron, suivie d'une petite station à Salies-de-Béarn pour la même Société.



A Licq-Athérey, la Société de pêche de Tardets créa une station pour 40 000 oeufs.



L'Orthézienne utilisa en 1930 la vieille Tour du Pont pour une station très originale.



Enfi, pour terminer, la Gaule Paloise vient de construire un magnifique Etablissement à Gan, sur le Néez.



Toutes ces Sociétés possèdent en outre un total de 70 appareils Mitchell, incubateurs volants très pratiques, contenant chacun 5 à 6 000 oeufs. Ils me furent indiqués par un éminent expert anglais.



Pour le saumon, l'Administration des Eaux et Forêts a construit à Oloron un important établissement avec un bief de stabulation à Monein."




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