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jeudi 30 octobre 2025
LA SALMONICULTURE DANS LES BASSES-PYRÉNÉES EN 1934 (troisième et dernière partie)
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mardi 30 septembre 2025
LA SALMONICULTURE DANS LES BASSES-PYRÉNÉES EN 1934 (deuxième partie)
LA SALMONICULTURE DANS LES BASSES-PYRÉNÉES EN 1934.
La salmoniculture (l'élevage de la truite notamment) prend son essor à la fin du 19ème siècle grâce à deux pêcheurs, Rémy et Géhin, qui ont mis au point la reproduction artificielle des truites dans les Vosges.
Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin de la Société des Sciences, Lettres & Arts de Bayonne,
en juillet 1934 :
"... Résultats obtenus sur la Nive.
J'exposerai maintenant les résultats obtenus sur la Nive, où l'expérience s'est poursuivie méthodiquement durant neuf années.
La Nive est la seule rivière du département des Basses-Pyrénées ayant reçu son équipement piscicole complet.
Il comprend cinq stations d'élevage, une station centrale de pisciculture et de production d'oeufs, quatre stations de capture de reproducteurs, vingt stations volantes Mitchell, dix appareils Carajat, dix-huit bidons spéciaux de déversement.
Cet ensemble permet, en cas de besoin, de loger 700 000 oeufs et de produire au moins 400 000 alevins de trois mois permettant de suppléer presque complètement à une ponte naturelle.
Tout cet équipement très complet, destiné à un ensemble de rivières de 100 kilomètres dont 80 sont des eaux parfaites pour salmonidés, a coûté 69 640 fr. 60, y compris toutes les modifications dont la nécessité a été prouvée par une expérience aujourd'hui acquise.
Il est probable qu'actuellement un équipement analogue pourrait être réalisé avec 65 000 francs au maximum.
De 1925 à 1932 inclus, il a été mis en incubation 1 968 000 oeufs de salmonidés ; ils ont fourni 1 262 000 alevins de trois mois immergés dans la Nive et ses affluents.
Le tableau ci-après donne la répartition par année.
La dépense totale d'entretien a été de 60 406 fr. 65, comprenant les loyers, frais d'entretien, salaires, acquisition ou production des oeufs, nourriture des alevins, frais d'immersion.
Si l'on ajoute à ces dépenses le coût des oeufs au prix normal achetés en pisciculture (moyenne 30 fr. le mille), car un million d'oeufs environ bénéficièrent d'une subvention directe de l'Etat par l'intermédiaire du Fishing-Club, on voit que le prix de revient du millier d'alevins déversés est de 65 francs par notre méthode.
Or, en 1925, avec les anciens tarifs de transport par chemin de fer, le seul transport du millier d'alevins d'une pisciculture commerciale de la Dordogne était revenu à 76 francs, ce qui montre la nécessité pour notre région pyrénéenne de procéder par production directe.
Pour les petites rivières, nous ne saurions trop recommander les boîtes incubateurs Mitchell qui ont fait leur preuve en peuplant de truites communes les lacs et rivières du Kashmir dans l'Inde anglaise.
On trouvera en annexe les renseignements complémentaires.
La production des alevins de truite pour le repeuplement n'est qu'un des éléments du problème. Le plus important est ensuite la façon dont ces alevins sont immergés. Là encore, il n'est pas besoin de dire à des agriculteurs que la façon dont on sème est essentielle ainsi que le terrain du semis.
Les alevins doivent être mis dans les lieux mêmes où la truite eût cherché ses meilleures frayères, c'est-à-dire dans les eux pures, fraîches, à l'abri des fortes crues, des poissons carnassiers (truite adulte et poissons blancs) et des canards.
Les ruisseaux, les parties supérieures des rivières, les parties de rivière en amont des villes et usines, les sections non encaissées de la vallée (pour limiter les ravages des crues) sont les points d'élection de ces déversements.
L'alevin doit être ensuite immergé presque un à un pour éviter toute possibilité de rassemblement.
Cette dernière condition est primordiale.
En effet, le salmonidé a tendance à se grouper en bancs durant le jeune âge ; cette tendance est fortement accrue par les conditions de la pisciculture artificielle. Dans tous les bacs les petits poissons se tiennent toujours en masses compactes.
Ils prennent très rapidement l'habitude de la distribution de nourriture à heure fixe, habitude qui se révèle désastreuse durant les premiers jours de leur mise en liberté, et cela d'autant plus que leur séjour en pisciculture a été plus prolongé.
Lorsque l'on déverse ensemble une vingtaine d'alevins de deux à trois mois, leur premier mouvement est de se réunir en un petit banc et d'attendre paisiblement l'heure de la pitance. Ce petit banc est très visible et forme dans l'eau une traînée noirâtre.
Malheureusement, le soir même les truites adultes et les anguilles ont repéré les malheureux et les ont bien vite ingurgités. 95% des déversements finissent ainsi et c'est ce qui explique l'insuccès de nombreux repeuplements par jeunes alevins.
Immergés au contraire un à un à quelque dizaine de centimètres les uns des autres, les alevins commencent par se cacher sous quelque caillou, puis quand l'heure familière des distributions est bien passée, ils rayonnent autour de leur cachette pour prendre leur nourriture. Leur dispersion, leur besoin de s'abriter les soustraient aux rapaces.
Ils utilisent aussi au maximum le plancton microscopique véhiculé par l'eau.
La boîte Mitchell constitue une éleveuse où l'alevin trouve protection entrant et sortant pour chercher sa nourriture, puis se dispersant comme dans la nature.
Ce mode de déversement doit s'appliquer à tous les salmonidés, le saumon devant être nourri artificiellement le moins possible afin que toutes ses cellules se forment bien dans sa rivière natale, ce qui lui assurera son instinct migrateur.
Voilà le rôle des Sociétés de pisciculture pyrénéennes aidées par l'Administration des Eaux et Forêts. Cette dernière doit se réserver la partie la plus délicate : la capture des saumons reproducteurs et la production des oeufs de saumon jusqu'au stade de l'oeuf dit embryonné.
Au delà de ce stade, toutes les stations de pisciculture des Sociétés basco-béarnaises, aptes à l'élevage de la truite, se sont révélées excellentes pour le saumon.
Espèces à élever.
Les espèces à élever sont donc en premier lieu la truite commune et plus spécialement la variété indigène, issue de reproducteurs sauvages.
Il semble que, grâce à une longue accoutumance, les alevins issus de nos truites sauvages soient les seuls qui puissent supporter durant leurs dix premières semaines d'existence les brusques variations diurnes de température de l'eau dues à la fonte des neiges, fonte qui cesse chaque nuit, et qui provoque des oscillations considérables de température.
Plusieurs années d'expérience à Oloron ont confirmé ce point, obligeant à ne commander pour appoint en pisciculture dans le reste de la France que des oeufs de truite commune de ponte précoce, donnant des sujets déjà vieux de deux moins, au moins, lors des premières fontes de neige (oeufs éclosant fin janvier).
La truite arc-en-ciel a donné d'excellents résultats et montré ainsi l'inanité de la légende selon laquelle elle descendrait prématurément à la mer.
Ce fait ne doit se produire que si le milieu où l'on veut l'introduire ne contient pas assez de nourriture pour cette espèce particulièrement vorace. Mais dans le Saleys, près de Salies-de-Béarn, dans le Gave et le Vert, à Oloron, dans les Nives, l'espèce s'est bien maintenue.
Il y a lieu de tenir compte d'une part de ce que cette truite est très vorace et se fait prendre plus facilement que la truite commune ; d'autre part, que sa livrée devient presque toujours identique à celle de la truite commune dans les mêmes eaux et y est régie par le même mimétisme.
Les truites arc-en-ciel prises ou restant dans la rivière sont ainsi confondues avec les truites communes.
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| TRUITE ARC-EN-CIEL |
Cette truite a d'ailleurs un autre rôle économique très important que nous verrons plus loin.
Le troisième salmonidé de nos rivières est le saumon ; c'est, sinon le plus répandu, du moins, à tous égards, le plus rémunérateur.
Sa pisciculture est assez délicate par le fait qu'il faut capturer des reproducteurs dans les rivières mêmes.
Le saumon des Gaves et de la Nive est presque le plus beau spécimen de sa race.
On ne peut nier, en le voyant, qu'il existe bien au moins une race spéciale de saumons par district, comme l'a démontré l'Inspecteur Royal des Pêcheries d'Ecosse, W. J. M. Menzies.
Le saumon de l'Adour est caractérisé par une croissance notable en mer durant l'hiver, ce qui n'est pas le cas des autres variétés et s'explique par la tiédeur hivernale des eaux du Golfe de Gascogne.
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| PÊCHE AU SAUMON DANS L'ADOUR |
La région des Basses-Pyrénées doit devenir le grand centre nationale de production des oeufs de saumon, capable de réaliser le repeuplement de nombreuses rivières du Bassin de la Garonne et la reconstitution, dans la Gironde, d'une vaste zone de pêcherie maritime aussi productive que celles de l'Adour et de la Loire.
Les efforts méritoires de l'Administration des Eaux et Forêts s'associent pour cette oeuvre à ceux des Sociétés basco-béarnaises et le mouvement a maintenant un chef énergique et éclairé en la personne de M. le Conservateur des Eaux et Forêts de Lachadenède, Chef de la Commission des Barrages et de la Pisciculture pour les bassins de la Garonne et de l'Adour."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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samedi 30 août 2025
LA SALMONICULTURE DANS LES BASSES-PYRÉNÉES EN 1934 (première partie)
LA SALMONICULTURE DANS LES BASSES-PYRÉNÉES EN 1934.
La salmoniculture (l'élevage de la truite notamment) prend son essor à la fin du 19ème siècle grâce à deux pêcheurs, Rémy et Géhin, qui ont mis au point la reproduction artificielle des truites dans les Vosges.
Voici ce que rapporta à ce sujet M. Rocq, Président de la Fédération Basco-Béarnaise des Sociétés
de Pêche dans le Bulletin de la Société des Sciences, Lettres & Arts de Bayonne, en juillet 1934 :
"La salmoniculture dans les Basses-Pyrénées.
Un postulat doit tout d'abord être énoncé : La Pisciculture, cypriniculture ou salmoniculture, est une des branches de l'Agriculture.
La méconnaissance de ce principe a eu de graves conséquences pour notre économie rurale, en particulier pour toute l'économie montagnarde où la pisciculture, sous toutes ses formes, peut avoir un rendement élevé.
Comme nous ne cessons de le répéter depuis dix ans, il faut éviter, à tout prix, la rupture de l'équilibre entre l'agriculture et l'industrie, équilibre qui est l'essence de la prospérité française et de la stabilité nationale.
Sous la griserie des fallacieuses théories américaines prétendant, sur l'ignorance du passé, édifier un monde nouveau, on a compromis la prospérité française : son redressement doit s'appuyer sur un essor rural.
La salmoniculture peut y aider.
Les Basses-Pyrénées, comme tant d'autres départements pyrénéens, sont caractérisées au point de vue économique par une diminution constante des domaines ruraux.
La campagne a cependant toujours son même rôle à l'égard des villes : elle les nourrit, mais elle assure par surcroît la santé de tous ceux qui peuvent se déplacer pour venir trop brièvement hélas, s'y vivifier l'organisme. Tous les problèmes ruraux ont donc leurs deux aspects nécessaires : production agricole et tourisme.
C'est la généralisation de ces deux aspects et leur amélioration qui doit être le but de nos efforts.
La richesse des rivières.
Les rivières représentent un élément de richesse trop sous-estimé.
On n'a voulu y voir, par une véritable aberration, que potentiel mécanique ou égout commode. L'abus du premier facteur a créé une profonde perturbation dans l'économie des domaines riverains, tant particuliers que collectifs ; la généralisation du second crée une monstrueuse atteinte à l'hygiène publique.
Nos rivières pyrénéennes se sont distinguées pendant longtemps par leur régularité, leur fraîcheur, leur pureté. Dans les Basses-Pyrénées, il y a deux types de rivières : les Gaves et les Nives. Ces dernières, semblables aux rivières du Pays Basque espagnol, constituaient la rivière idéale comme capacité biogénique ; elles furent à coup sûr l'un des facteurs décisifs qui, à travers les millénaires, retinrent sur leurs rives, sous un climat favorisé par les brises maritimes, une population jalouse de ses privilèges naturels.
A la condition de conserver intactes nos rivières et nos ruisseaux, l'économie rurale doit en tirer, comme de ses autres branches, un revenu direct qui est le poisson — truite et saumon — un revenu indirect qui est le tourisme. Par surcroît, tous les domaines ruraux disposant d'un ruisseau doivent ajouter l'élevage de la truite arc-en-ciel à leurs petits élevages familiaux.
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| SAUMON |
Il faut rappeler que le revenu du sol mouillé par nos cours d'eau est aussi rémunérateur que celui d'une terre à blé ; il le dépasse si on y ajoute le revenu général touristique.
Une rivière comme la Nive, de 30 à 40 mètres de largeur moyenne, présente actuellement un rendement annuel de 300 kilos de truites au kilomètre auquel s'ajoute le rendement en saumons qui peut se chiffrer à environ 20 tonnes par an (2 500 saumons, chiffre minimum). La presque totalité des saumons sont bien pris au filet dans la partie maritime, mais ils n'en sont pas moins le produit des frayères de la Nive et de ses bancs de tocans. Ces tocans (jeunes saumons), avant de descendre à la mer, séjournent en majorité deux ans dans nos rivières parmi les truites. Comme le saumon remonte toujours dans la rivière où il est né, la montée des saumons adultes est bien un produit de la partie de la rivière apte à nourrir les tocans.
Aussi peut-on dire que dans le bassin de la Nive, les trente kilomètres où croissent les jeunes tocans produisent non seulement le rendement moyen normal en truite, mais 660 kilos de saumon au kilomètre.
Avec ces chiffres, on conçoit mieux que, selon la formule d'un expert anglais, une rivière à saumons est une mine d'or. Si l'on ajoute à cette production alimentaire le revenu touristique de la rivière, on juge mieux l'effarante erreur de certains experts en travaux hydrauliques déclarant sommairement que la suppression des poissons était sans conséquence appréciable.
Les Basses-Pyrénées ont été le Département où une enquête approfondie a pu, en 1927, grâce à l'action des Sociétés de pisciculture, apporter la preuve de la valeur de certaines rivières, et en conséquence obtenir du Conseil Supérieur des Forces Hydrauliques l'interdiction de tout nouveau barrage hydroélectrique.
Cette décision étouffait les projets de six grands barrages sur le Gave d'Oloron et de quatre sur la Nive.
L'avenir a top vite donné raison aux Sociétés de pisciculture puisque, depuis deux ans, il y a une surabondance de K. W. équipés, et la construction des barrages envisagés eût réjoui temporairement quelques puissants constructeurs mais eût ruiné une importante production alimentaire, anéanti une attraction touristique considérable pour doter la région d'usines ne vendant pas le 1/10 de la force captée.
La situation piscicole.
Résumons maintenant la situation piscicole :
Les rivières des Basses-Pyrénées, sur la majeure partie de leurs cours, sont des rivières à salmonidés qui, si on leur évite la pollution industrielle et urbaine, jouissent d'une capacité nutritive considérable. Cette capacité nutritive est maxima pour toutes les rivières ou ruisseaux ne recevant point l'apport des eaux de fonte des neiges et des glaciers au début de l'été.
La tiédeur relative de l'eau, hors cette fonte, favorise le développement du plancton. Les eaux très froides des glaciers et neiges de haute altitude retardent jusqu'en fin juillet le développement de ce plancton. C'est ce qui constitue la différence essentielle des Gaves béarnais et des Nives basques.
Le saumon qui fut, comme sur tout le littoral du "Ponant", un des éléments de base de l'alimentation locale jusqu'au début du XIVe siècle, est encore abondant dans le Gave d'Oloron, le Saison et la Nive.
Il a disparu du Gave de Pau depuis une trentaine d'années par suite des barrages d'Orthez, de la Nivelle par suite du braconnage.
Le saumon est exploité normalement au filet dans la partie dite maritime des rivières, soit de Bayonne à Peyrehorade pour l'Adour et les Gaves, de Bayonne à Villefranque pour la Nive, en tout 45 kilomètres environ.
Ces pêcheries, dans les très bonnes années comme 1929, ont produit 18 000 saumons d'un poids moyen de 9 kilos ; les prises de 20 à 50 saumons d'un coup de senne ne sont point rares. Cette pêche pourrait être considérablement développée si nos rivières recevaient enfin l'organisation qu'elles méritent.
La pêcherie de l'Adour, liée au rendement des frayères des Gaves et des Nives, a donc une importance indéniable.
Voyons la situation passée, la situation présente et l'avenir de la richesse piscicole dans notre région, et pour terminer, l'élevage piscicole.
Un des grands principes de l'agriculture, c'est qu'il faut semer pour récolter.
Cette vérité qui paraît aveuglante, a été longtemps méconnue pour nos rivières, bien qu'elles fissent partie intégrante du domaine agricole.
Certes, pendant des siècles, la capacité nutritive naturelle des rivières, l'abondance des forêts, la faible valeur du poisson, le peu d'exigence des besoins locaux, la rigueur des Tribunaux pour tous braconniers, permirent à la nature de maintenir à elle seule un juste équilibre entre la production et la destruction. Le saumon n'était sans doute plus aussi abondant que dans les temps préhistoriques où nos rivières devaient ressemble aux rivières canadiennes, mais néanmoins il était la base de l'alimentation du peuple, les domestiques se préservant même par contrat contre un régime allant jusqu'à la satiété complète.
Tout le progrès industriel, les facilités de transport, le déboisement, ont concouru à appauvrir les rivières à salmonidés, atteintes sous toutes les façons possibles : pollution et réchauffement des eaux.
Après la guerre, avec la hausse de tous les prix, on put croire que le pillage effréné de nos rivières aboutirait à l'anéantissement de leur richesse. Dans la région de la Nive, une étude méthodique fut effectuée pour reconnaître la capacité biologique des rivières ; elle fut très satisfaisante.
Les premiers déversements d'alevins de truite commune furent faits par la Société des Pêcheurs de la Nive en 1923 et 1924. 30 000 alevins furent ainsi immergés.
En juillet 1924, le regretté M. Séverac, Inspecteur principal de la Compagnie des Chemins de fer du Midi, organisa un premier Congrès de pisciculture à Toulouse. Je m'y rendis avec un ami, et après les premières données fournies par M. le Professeur Jammes à l'Institut de Pisciculture de Toulouse, nous pûmes visiter la pisciculture de Vernet d'Ariège et les très intéressantes petites stations créées en Ariège par M. Sauret, Président de la Fédération des Sociétés de pêche Ariégeoises.
Durant l'hiver 1924, quatre petites piscicultures furent créées par la Société des pêcheurs de la Nive dans le bassin de cette rivière, en profitant des expériences antérieures.
Elles furent établies : à la Madeleine (Saint-Jean-le-Vieux) sur le Laurhibar, à Saint-Jean-Pied-de-Port sur la Nive principale, à Ossès sur un ruisseau, à Eyhéralde sur la Nive de Baïgorry.
Des études très suivies, des mises au point aboutirent à l'agrandissement, en 1925, des stations de la Madeleine et d'Ossès, au transfert de la station d'Eyhéralde à Cambo-les-Thermes sur un ruisseau descendu de l'Ursuya, à la création d'une cinquième station à Urepel vers les sources de la Nive de Baïgorry.
Après des visites à de nombreuses piscicultures, principalement à la Pisciculture de Normandie à Bernay (Eure), une station centrale fut construite en 1927 sur un ruisseau de la Nive de Baïgorry : la station Chambeau, d'une capacité de 400 000 oeufs. Elle sert en même temps de station de capture de reproducteurs, ce que l'expérience me révéla nécessaire.
Cette station emploie des incubateurs danois fort pratiques, dont le modèle me fut indiqué à la Pisciculture de Normandie.
Sur mes conseils et mes plans, une pisciculture pour 200 000 oeufs fut construite à Oloron par la Société de pêche du Gave d'Oloron, suivie d'une petite station à Salies-de-Béarn pour la même Société.
A Licq-Athérey, la Société de pêche de Tardets créa une station pour 40 000 oeufs.
L'Orthézienne utilisa en 1930 la vieille Tour du Pont pour une station très originale.
Enfi, pour terminer, la Gaule Paloise vient de construire un magnifique Etablissement à Gan, sur le Néez.
Toutes ces Sociétés possèdent en outre un total de 70 appareils Mitchell, incubateurs volants très pratiques, contenant chacun 5 à 6 000 oeufs. Ils me furent indiqués par un éminent expert anglais.
Pour le saumon, l'Administration des Eaux et Forêts a construit à Oloron un important établissement avec un bief de stabulation à Monein."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mercredi 12 janvier 2022
LA PISCICULTURE EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1934
LA PISCICULTURE EN BASSE-NAVARRE EN 1934.
Dans les années 1930, sont créées des piscicultures en Basse-Navarre.
Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, le 6
septembre 1934 :
"Pisciculture et Piscifacture.
Jacques Béritz, publie, dans la Petite Gironde, l’article que nous reproduisons-ci-dessous :
Puisque la baisse très grande des eaux de nos rivières, leur transparence, le ciel clair, les temps chauds règnent en ce moment et nous privent de l’agrément de belles captures de salmonidés, contentons-nous aujourd'hui de luire le point ; nous noterons ensuite quelques renseignements sur la "pisciculture" et la "piscifacture".
Mais, d'abord, voyons ce que les premiers mois de pêche depuis l'ouverture ont donné en ce qui concerne spécialement la truite dans notre région.
Nous ne parlerons pas du saumon qui, cette année, a été assez rare, avec de médiocres captures à la ligne dans nos Nives et gaves.
Pour la truite, l’on peut dire, d'après les constatations de bons pêcheurs et de riverains que la saison de printemps de 1934 a été la meilleure depuis une quarantaine d'années.
Quelle différence avec ce que nous avons connu quelque temps après la guerre dans nos deux Nives ! Quelle différence surtout avec la situation que signalent les journaux de pêche, en ce qui concerne les rivières du centre de la France où abondaient, il y a quelque vingt ans, la truite aux reflets d'or et l'ombre aux lueurs d’argent ! Et ici nous avons le devoir d’adresser un juste et très vif tribut d’éloges à la Société des Pêcheurs de la Nive et à son infatigable président, car depuis près de dix ans son action soutenue de surveillance et de repeuplement a porté des fruits que tout le monde peut constater, et surtout a ouvert les yeux à bien des personnes qui continuaient à considérer la production des rivières à salmonidés comme une question négligeable, alors qu'elle représente un intérêt très considérable au point de vue alimentation, tourisme, sport, afflux d’amateurs locaux et étrangers, commerce d’articles de pêche, etc...
| BULLETIN DE LA SOCIETE DES PÊCHEURS DE LA NIVE N16 1933 |
Le succès obtenu par la Société des Pêcheurs de la Nive dans ses stations de pisciculture, d’où sont sortis tous les ans des alevins de truite par centaines de mille, s'est manifesté incontestablement par l’abondance du poisson, dont nos amateurs de pêche ont largement profité en 1934.
Mais la réussite de ces piscicultures de la Société a eu un autre résultat. Des personnalités entreprenantes, constatant le succès des élevages d’alevins et se rendant compte d’autre part de la quantité considérable de truites nécessaires â la consommation de la clientèle estivale de la Côte Basque, ont entrepris de réaliser des stations non de pisciculture mais de piscifacture, ce qui est bien différent. La première consiste en effet â faire naître d’œufs récoltés ou achetés, des alevins pour les mettre dans les rivières après qu’ils ont résorbé dans les bassins d’élevage leur poche vitelline. La seconde au contraire continue l’alimentation et le développement des alevins obtenus sur place jusqu'à ce qu’ils soient devenus de taille marchande, pesant de 150 à 250 grammes, et même quelquefois davantage.
| VUE ARIENNE DE BAIGORRY ET PISCICULTURE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Bien entendu, la piscifacture ne compose pas son stock d'élevage de truites communes, mais bien de truites arc-en-ciel à développement plus rapide et surtout résistant mieux à une température un peu élevée et allant jusqu’à 25 ou 26 degrés, que ne pourrait supporter la truite ordinaire. L’eau fraîche de nos ruisseaux, non polluée par des résidus chimiques, procure des poissons sains, avec une mortalité très faible, offrant une ressource nouvelle aux hôteliers de nos plages et stations climatiques.
Une conséquence imprévue est celle de la faillite du métier de braconnier de pêche, exercé de père en fils dans nos ruisseaux, par des bohémiens. Ils ont bien du mal, en cas de commande de truites, à les capturer, d’autant plus que les gardes de la Société des Pêcheurs de la Nive, ainsi que la gendarmerie les traquent partout. Et puis, ils ne peuvent plus vendre le produit de leur pêche prohibée aussi cher, puisque les piscifacteurs ont toujours un stock, immédiatement livrable et à des prix modérés.
| PISCICULTURE D'AHAXE PAYS BASQUE D'ANTAN |
C'est à Bidarray que se trouve l’une de ces stations. Située sur la rive droite du pittoresque ruisseau du Baztan, qui prend sa source en Espagne et court dans un vallon étroit avant de se jeter dans la Nive, elle couvre un large espace de son bâtiment d'incubateurs et de ses bassins en ciment armé, de deux sortes : 24 moyens pour jeunes poissons et 2 grands pour truites immédiatement livrables.
Un énorme tuyau en ciment amène une eau cristalline et fraiche, qui coule à flots dans tous les bassins en tombant d'une certaine hauteur, afin d'être mieux oxygénée. Les jolies truites garnissent abondamment les bassins.
L'autre piscifacture est située à Saint-Etienne-de-Baïgorry sur la Nive des Aldudes qui lui dispense largement son eau limpide et froide. Entourée d'un treillis de fil de fer, elle offre une trentaine de bassins de dimensions diverses et renferme également un nombre considérable de poissons de toutes tailles.
| PISCICULTURE DE BAÏGORRY PAYS BASQUE D'ANTAN |
Les deux stations sont organisées pour livrer annuellement environ trente tonnes de truites. Cette quantité pourrait être facilement augmentée suivant les besoins, dès que les avantages de ce nouvel approvisionnement seront suffisamment connus et appréciés.
Un spectacle peu ordinaire est celui du repas des truites ; il consiste en une sorte de bouillie de poissons passés dans un hachoir américain actionné par un moteur ; les truites s’élancent sur l'aliment qui leur est offert en sautant même hors de l'eau, afin de saisir leur part de victuailles.
Le meilleur accueil est réservé aux touristes et amateurs d'élevage par MM. les Directeurs de ces deux établissements de piscifacture, qui ont résolu des problèmes non encore abordés dans nos régions et méritent à ce titre de connaître le succès."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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