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lundi 5 octobre 2026

LA CHASSE AUX ALOUETTES DANS LES BASSES-PYRÉNÉES EN JANVIER 1923 (quatrième partie)

   

LA CHASSE AUX ALOUETTES DANS LES BASSES-PYRENEES EN 1923.


Parmi les nombreuses chasses pratiquées dans le Pays Basque d'Antan, comme la chasse au renard, aux vautours, à la palombe, et autres goélands, la chasse aux alouettes n'en était pas la moins pratiquée.




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CHASSE AUX ALOUETTES AUTREFOIS


Voici ce que rapporta le quotidien La Gazette de Bayonne, de Biarritz et du 

Pays Basque, dans plusieurs éditions :



  • le 24 février 1923 :

"... Quelque chose qui fait du bruit encore, mais pour des causes moins graves, c'est la réponse de M. Chéron, ministre de l'Agriculture, à M. Le Barillier, sénateur, à propos de la chasse aux alouettes. Nos lecteurs ont eu sous les yeux, hier, la lettre du ministre. A ce sujet, nous avons reçu, nous aussi, une lettre intéressante et je cède bien volontiers la place à mon correspondant pour vous en donner connaissance :


"Monsieur le Rédacteur en Chef,


En réponse à une nouvelle et pressante démarche de notre sénateur, M. Le Barillier, M. le Ministre de l'Agriculture a fait connaître qu'il ne lui est pas possible de donner une suite favorable au voeu dont M. le sénateur Le Barillier s'est fait l'interprète auprès de lui, et ce pour les considérations suivantes :


La chasse à la repasse, de la grive, a été interdite d'une manière générale dans toute la France depuis plusieurs années, parce qu'il a été reconnu qu'elle favorisait le braconnage du gibier sédentaire et la destruction des petits oiseaux migrateurs utiles. Il ne pouvait être fait une exception à cette mesure pour les Basses-Pyrénées.


Les allégations des chasseurs des Basses-Pyrénées relatives aux dégâts que les alouettes causeraient aux cultures n'auraient pas été reconnues fondées. De nombreuses autopsies ont permis de constater que ces oiseaux consommaient en général des insectes et des graines nuisibles.


Pour la grive, la restriction de sa capture, au retour, ne serait pas religieusement observée dans tous les pays, si nous en croyons Pierre Benoit (Koenigsmark, la Grande-duchesse de Lautenbourg dans sa cabane de verdure.)



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LIVRE KOENIGSMARK DE PIERRE BENOIT 1923


Et, sans aller aussi loin, n'existe-t-il pas certaine contrée privilégiée en France, dans laquelle la chasse à la repasse d'un gibier, dit pie de Mars, ou merle de Corse, apparenté à la grive, est autorisée ?



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MONTICOLE MERLE-BLEU


Quant à la crainte que sa chasse (nous ne la demandons qu'au fusil) puisse favoriser le braconnage du gibier sédentaire, elle ne peut exister dans notre région, dépourvue de tout gibier sédentaire.


Pour l'alouette des champs et son alimentation, nous restons sceptiques. Il serait intéressant de connaître l'époque à laquelle ont été capturées celles ayant servi d'expérience.


Il y a lieu de supposer que c'est dans une période où il n'existe pas d'ensemencements, et dans laquelle, faute de graines utiles à absorber, l'alouette est obligée de se rabattre sur leurs succédanées.


De nouvelles expériences faites en Octobre ou Mars, donneraient, croyons-nous, un résultat bien différent.


Ch. De La Rue."



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HENRY CHERON 1921
MINISTRE AGRICULTURE DE 15 JANVIER 1922 AU 29 MARS 1924
Par Agence de presse Meurisse — Bibliothèque nationale de France, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18753429


  • le 8 mars 1923, sous la plume de R. Abéberry :

"La chasse à l'alouette.


La "Petite Gironde" publie la lettre ci-dessus adressée d'Arcangues à M. Le Barillier, sénateur :



maire homme politique pays basque
ALBERT LE BARILLIER SENATEUR MAIRE D'ANGLET
PAYS BASQUE D'ANTAN


Je suis en possession de la réponse que vous a faite M. le Ministre de l'Agriculture, au sujet de la chasse à l'alouette. Ainsi que vous me l'appreniez par votre honorée du 20 octobre : "Elle n'est pas pour nous satisfaire". 


Devenu très sceptique sans avoir cependant approfondi la doctrine philosophique de M. Pyrrhon, je doute de la véracité des arguments contenus dans la longue réponse de M. le Ministre, et, ce, d'autant plus que nos diverses allégations fournies, preuves à l'appui, n'ont pas été reconnues fondées en haut lieu, qu'il n'a été tenu aucun compte des déclarations parfaitement dignes de foi, qui avaient fourni des faits précis d'observation et d'expérimentation, pour démontrer que l'alouette n'est point insectivore. La réponse du ministre contient, entre autres, la phrase suivante : "De nombreuses autopsies ont permis de constater que les alouettes consommaient, en général, des insectes nuisibles : charançons, pyrales, etc..., et beaucoup de graines nuisibles". Je guérirais certainement de mon scepticisme si l'on voulait bien nous faire savoir, sans délai : Où ? — Quand ? — A quelles dates précises ? — Par qui ont été faites ces "nombreuses autopsies" ? — A quelle région appartiennent les chasseurs privilégiés qui ont eu mission de capturer les oiseaux à disséquer ? — Où sont gardés les procès-verbaux des médecins-légistes ou des praticiens qui ont procédé à ces "nombreuses autopsies", afin que nous puissions avoir des copies exactes de ces procès-verbaux.


Jusque là, les pauvres chasseurs d'Anglet, d'Arcangues et d'ailleurs resteront insensibles à tous les regrets exprimés par M. le Ministre et son chef de cabinet, tandis que je continuerai à demander, en vieux Basque têtu, que l'on fasse disparaître au plus tôt le génie malfaisant qui nous empêche d'avoir gain de cause, ne réclamant, je le répète encore, qu'une chose parfaitement juste et raisonnable. Demandons, sans nous lasser, jusqu'à obtention.


J'allais clore mon épitre, lorsque je reçois d'un vieil ami de Saint-Jean-Pied-de-Port "pour toutes fins utiles avec souhaits de plein succès", un extrait de journal, libellé comme suit : "On annonce que le préfet de la Corrèze autorise la chasse à l'alouette du 20 février au 2 avril inclus ; l'autorisation est générale sans formalités préalables".


Et alors quoi, la Corrèze ne dépend plus de la France ???


Je vous supplie de nouveau, Monsieur le Sénateur, d'agir sans relâche et sans perdre courage. Et dans l'attente toujours de la bonne nouvelle, je suis, avec un profond respect, votre humble serviteur."



  • le 26 avril 1923 :

"La chasse aux Alouettes et à la Bécasse vue au Conseil Général.



Nous avons parlé à plusieurs reprises de la chasse aux alouettes dans notre département. Aussi devons-nous signaler spécialement le rapport présenté au Conseil général des Basses-Pyrénées par M. Dufourcq sur la fixation des dates d'ouverture et de clôture des différentes chasses et la discussion qui s'en suivit.



L'ouverture générale a été fixée au mercredi 15 août 1923. La clôture générale, au 27 janvier 1924. La clôture anticipée de la chasse à la caille aura lieu le 30 novembre 1923. 



A ce propos, M. Le Barillier s'est élevé contre l'intervention de M. Chéron, ministre de l'Agriculture, intervention déplorable au point de vue cynégétique , pour tout le littoral.



M. Minier a fait remarquer que la chasse à la bécasse de retour est autorisée jusqu'au 31 mars ; il ne doute pas que cela soit dû à l'intervention heureuse de M. le Préfet, à qui il adresse les remerciements des chasseurs.



Une longue discussion s'est engagée ensuite sur les mérites et les défauts de l'alouette, ce qui a donné à M. le Préfet l'occasion de lire une circulaire fort pittoresque du Ministre de l'Agriculture.



M. Argacha a soutenu que l'alouette n'est pas un oiseau insectivore, mais bien granivore, et très nuisible à l'agriculture.



M. Léon Bérard s'est efforcé de concilier enfin la bonté que nous devons à nos frères inférieurs, avec les intérêts des agriculteurs qui souffrent des ravages dont l'alouette est responsable.



Et la question, on le voit, est restée en état."



  • le 28 avril 1923 :

"... Pourtant avant de tirer notre chapeau à MM. les Conseillers généraux qui, cette session close, se retirent dans leurs terres ou vont prendre le chemin du Palais Bourbon ou du Luxembourg, jetons un dernier regard sur leurs travaux, écoutons un dernier écho de leurs débats. 



Entendez la voix, on l'entend toujours avec plaisir, de M. Léon Bérard. Notre ministre de l'Instruction publique n'est pas qu'un grand et délicat lettré : c'est même un poète fort distingué qui volontiers ferait comme le sous-préfet aux champs d'Alphonse Daudet, dont nous évoquions tout à l'heure le souvenir. Mais c'est aussi un homme politique, qui doit tenir compte des voeux de la population de son département. Or on sait que dans le département des Basses-Pyrénées, il se trouve une majorité fort imposante et fort ardente de gens qui ne se contentent pas, comme dans l'autre Midi, où l'on vit surtout d'illusions, d'aller au moins chaque dimanche chasser la casquette en compagnie de Bézuquet, de Costecalde et de Tartarin. Ici l'on chasse la bécasse et quand la bécasse ne donne pas, l'alouette, comme faute de merles on mange des grives. Donc les chasseurs bas-pyrénéens ont déclaré aux bécasses et aux alouettes une guerre dans merci. Au cours de cette session ils ont supplié les pouvoirs publics de n'y mettre aucun obstacle et c'est alors qu'un malicieux conseiller a demandé comment les pouvoirs publics, c'est-à-dire la gouvernement, pourraient leur donner toute satisfaction alors que dans une récente circulaire, le ministre de l'Instruction publique a recommandé aux professeurs de nos écoles de développer dans le coeur des jeunes français l'amour et le respect des petits oiseaux.



homme politique béarn ministre sénateur
LEON BERARD
MINISTRE INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX-ARTS
DU 16 JANVIER 1921 AU 29 MARS 1924

M. Léon Bérard, qui est homme d'esprit, a répondu que comme conseiller général il ne pouvait qu'approuver la circulaire du ministre de l'Instruction publique, mais qu'il fallait bien s'efforcer de concilier la bonté que nous devons à nos frères inférieurs avec les intérêts des agriculteurs.



J'ignore si les bécasses et les alouettes saisiront la finesse de cette dimension, mais elles pourront, si elle en comprennent la portée, tomber héroïquement sous le plomb des chasseurs, au cri de : "Vive l'agriculture française !" — ce qui ne pourra manquer de faire plaisir à M. Chéron."



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 





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