M. le préfet des Basses-Pyrénées vient d'adresser au commandant Harriet, lieutenant de Louveterie, à Saint-Jean-de-Luz, la lettre ci-dessous :
Cabinet du Préfet.
Monsieur,
Vous avez bien voulu appeler mon attention sur l'opportunité du maintien d'une tolérance existant depuis plusieurs années dans le département, en ce qui concerne la chasse de l'alouette des prés et autres petits oiseaux.
J'ai l'honneur de vous faire connaître qu'il ne m'appartient pas d'accueillir votre requête, car je suis lié par une délibération du Conseil général, ainsi que par des instructions ministérielles très formelles.
J'ai communiqué cependant votre lettre à M. le Ministre de l'Agriculture, en lui demandant de me faire parvenir telles instructions qu'il jugera utiles.
Veuillez agréer, Monsieur, etc...
CHASSE AUX ALOUETTES AUTREFOIS
Le commandant Harriet a répondu à M. le Préfet :
J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre du 10 Janvier.
Cette réponse pourrait me faire croire que vous vous êtes fait une idée pas tout à fait exacte de la demande que je me suis permise auprès de vous.
En effet, voici la phrase que je lis : "Vous avez bien voulu appeler mon attention sur l'opportunité du maintien d'une tolérance existant depuis plusieurs années dans le département, en ce qui concerne la chasse de l'alouette des prés et autres petits oiseaux."
La demande d'autorisation de chasse que j'ai eu l'honneur de vous adresser a un caractère explicite auquel je tiens beaucoup. Cette demande a trait au passage de retour (Février et Mars) de l'alouette, à l'exclusion des autres petits oiseaux.
D'ailleurs, cette chasse spéciale comporte l'usage obligatoire d'un engin dont le modèle est imposé par un arrêté préfectoral : c'est le filet réglementaire à maille de 0,03 centimètres, cette maille laissant passer tout oiseau inférieur à l'alouette.
Les choses ainsi mises au point, il m'est permis, Monsieur le Préfet, de regretter sincèrement l'échec — je le crois immérité — que subit ma demande, cela, dites-vous, par le fait en ce qui concerne le département d'un vote passé de notre Conseil général.
CHASSE AUX ALOUETTES AUTREFOIS
Ainsi s'amoindrit peu à peu le faisceau de nos libertés de chasse séculaires. Nous le constatons amèrement.
Ces libertés, Monsieur le Préfet, nous tenons très à coeur de les défendre. Nos divers groupements sauront, je l'espère, employer à cette tâche tous les moyens dont ils disposent.
Notre cause est juste, Monsieur le Préfet ; elle est trop démocratique pour que vous ne nous aidiez pas à la faire triompher auprès de ceux qui semblent l'ignorer ou la connaître insuffisamment.
Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
CHASSE AUX ALOUETTES AUTREFOIS
Son de cloche.
Et maintenant voici un son de cloche qui nous est donné par l'"Oeuvre". Il n'y est pas, question de la chasse à l'alouette. On y parle surtout du lièvre et de la perdrix. Il n'en est pas moins intéressant à faire entendre :
"Le cheptel gibier demande à être ménagé non seulement parce qu'il est le stimulant nécessaire à un sport qui n'est pas obligatoirement barbare, mais aussi parce qu'il constitue un appoint intéressant et apprécié dans le ravitaillement de la population.
On ne peut guère invoquer, pour légitimer une prolongation de la chasse, la nécessité de détruire les lièvres, faisans et perdrix. Sauf cas exceptionnels, les dégâts causés par ces animaux ne présentent pas de gravité.
Ceux chez qui la passion de la chasse est stimulée par le désir de détruire des animaux nuisibles ont la possibilité de l'assouvir en consacrant leur activité à la destruction des lapins, corbeaux et pies : ces dernières surtout, qui pullulent de plus en plus dans un grand nombre de régions de France. Enfin ceux qui veulent quand même brûler des cartouches pourraient s'amuser à tirer des casquettes qui présentent le très grand avantage de pouvoir servir plusieurs fois."
Commandant Harriet.
Lieutenant de Louveterie."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
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