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samedi 15 août 2026

UN VOYAGE EN TRAIN AU PAYS BASQUE EN 1906 (deuxième partie)

UN VOYAGE EN TRAIN AU PAYS BASQUE EN 1906.


Avec l'arrivée du chemin de fer, le tourisme se développe au Pays Basque.



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AU PAYS BASQUE
COMPAGNIE DU CHEMIN DE FER DU MIDI 1906




Voici ce que rapporta à son sujet Robert de Souza dans le bimestriel Les Pyrénées / Compagnie du 

Chemin de Fer du Midi, en 1906 :


 

"... Le blanc, au pays basque, habille les maisons comme leurs maîtres, le blanc rayé de la ceinture rouge ou des poutres noires. Les poutres n'ornent pas les murs de dessins contrariés comme dans le Nord. Elles divisent la façade droite en damier où s'ouvrent de rares fenêtres sans moulures ni saillies, parfois horizontales et au ras des poutres, à la façon norvégienne. Les logis pauvres n'ont qu'un balcon au faîte, sous l'angle bas du toit ; mais les plus cossues étagent des galeries de bois à
colonnettes. Voici le maître sur le seuil, il a aussi un petit béret plat qui avance à peine sur les yeux et qui se plisse comme un rang de tuiles creuses ; puis, ceinturé de laine rouge, il est tout blanc de toile jusqu'à ses espadrilles, contre le mur blanc.



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1892 MAISON BASQUE



Cette sorte d'austérité, d'opposition soulignée en traits durs, se colore soudain en Basse Navarre. Saint-Jean-Pied-de-Port est une petite ville rose et rousse qui est une merveille de pittoresque. Elle étale une grande place à l'extérieur de ses vieilles murailles d'où, par une petite porte en ogive perçant un reste de tour, on pénètre dans les ruelles. Je n'ai pas vu sur cette place ce que rapportent les anciens voyageurs de la liberté des jeunes Basquaises couvrant leur amant de caresses, en plein marché, sans que personne y trouve à redire. Elles piquaient l'aiguille avec beaucoup de zèle, derrière les vitres des maisons en grès rose, ou poussaient leur âne en tricotant, portant sur leur tète fière un grand vase de bois conique cerclé de cuivres polis. Elles mêlent leur coloris trais a toutes les teintes chantantes de la petite ville de couleur rayée de jalousies de toutes les nuances sur la dominante d'un rose basané. Tout est rose : le vieux clocher, le vieux pont, les vieilles portes enrubannées de pariétaires, les remparts. Et les maisons roses plongent dans la rivière, verte de son eau pâle comme des reflets vifs des grands arbres qui la bordent et ombragent les murs. Il y a d'autres villes roses par le monde : Toulouse est une ville rose, comme Bruges et Venise, mais Toulouse est d'un rose vif, Bruges d'un rose gris, Venise d'un rose de pourpre déteinte, la petite Saint-Jean-Pied-de-Port est d'un rose de jeune chair hâlée qu'avivent les prairies des alentours pures comme des émeraudes. La coiffe boisée de sa citadelle la couvre de feuillage. Sur les pentes, je m'arrête devant un décor à souhait pour une idylle : à gauche une adorable bicoque vermoulue où grimpe une treille, avec son vieux balcon sous l'angle du toit ; à droite un banc de pierre, et plus haut, un petit clocher, d'entre des maisonnettes blanches en escalade, dominant la colline.



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PLACE DU MARCHE ET CITADELLE
SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT 1902



Je monte, et dans une de ces maisonnettes j'entre. Toute la famille est devant l'âtre immense, les vieilles femmes avec un serre-tête d'étoffe noire. Urtun hiriti, urrum ossagariti, qu'un de nos vieux proverbes traduirait ainsi : "Loing de cité, loing de santé", est l'axiome basque qui me revient en mémoire à considérer cet entassement dans la fumée et les choses obscures. Faut-il qu'ils aient confiance dans leur dicton, ces braves gens, pour se priver ainsi de la lumière et de l'air si pur de leur montagne ? (Entre parenthèses, que penser de ce proverbe à la fois français et basque sur la salubrité des anciennes villes ? Est-ce que nos conseils d'hygiène se moqueraient du monde ?) La famille dans l'ombre, éclairée des reflets de l'âtre, me reçoit avec quelque contrainte. J'ai l'air d'avoir dérangé des incantations, et il me semble que la vieille a jeté dans le feu une poignée de sel pour conjurer le mauvais sort. C'est que tout le pays basque était jadis exposé à la sorcellerie. Des villages entiers, curé en tête, partaient la nuit pour le sabbat. Il y a encore des sorcières. Mais je n'ai rien pu savoir, tandis que la vieille, je l'ai vue, continuait à jeter du sel dans les flammes.



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SABBAT
PAYS BASQUE D'ANTAN




Qui veut connaître le pays basque doit aller de Saint-Jean-Pied-de-Port à et à Tardets, passer de la vallée de la Nive dans celle de la Bidouze et de la vallée de la Bidouze par le col d'Osquish dans celle du Saison. Il n'y a pas de chemins de fer, et l'on surprend dans toute sa pureté la vie antique et pastorale.



Larcevau, Bunus, Saint-Just sont autant de villages qui, dans le paysage sévère, ne disent rien au touriste distrait. Mais ils vous font pénétrer dans l'intimité de la vie paysanne. Sur les chemins, on rencontre tous les modes de la  déambulation primitive. Voici le char aux boeufs enchemisés dans de la grosse toile bise à rayures, nouée sous leur fanon, les bons gros boeufs avec leur frontail de peau de mouton ; voici la charrette à tapissière à clairevoie, traînée par un monôme de mules à l'espagnole ; voici le montagnard juché sur la charge de son âne comme sur la bosse d'un méhari et voici le piéton, aux mollets gaînés de feutre, avec son makhila, bâton de néflier travaillé, plombé à sa partie inférieure et terminé par un trèfle de fer.




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GANICHE DE MACAYE AVEC SON MAKILA
PAYS BASQUE D'ANTAN




Les travaux des champs prennent aux alentours une grande noblesse. La terre est rousse comme de la rouille. Par les labours harmonieusement vallonnés, la charrue est attelée de quatre boeufs clairs qu'aiguillonne la femme au serre-tête noir, et l'homme conduit le soc. La charrue est aussi primitive que celle dont se servent les fellahs sur les bords du Nil, qui est toujours la charrue des anciens Egyptiens. La couleur de fer du paysage, la silhouette et le masque aigu du laboureur, ses cris stridents et gutturaux, les lignes graves des collines, la lente marche cahoteuse des bêtes, seul mouvement dans la lourde solitude, que les nuages pèsent ou que le ciel brûle, composent un décor intense. On entend au loin une cloche grêle : l'attelage s'arrête, l'homme tire son béret, la femme en face de lui penche sa tête noire et joint les mains...



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ATTELAGE BASQUE
PAYS BASQUE D'ANTAN




Mais les prés couvrent plus de terre que les labours, et les troupeaux blancs des moutons, toute leur laine ensoleillée, semblent promener la lumière dans l'ombre des coteaux.




A l'intérieur des villages que de détails savoureux ! A Bunus, l'église au milieu de son cimetière est parmi les plus significatives du pays ; cependant elle semble informe, et elle l'est. La tour est insignifiante comme un gros pavillon de maison de campagne, mais elle s'ouvre en un porche par côtés qui est le narthex des premières églises chrétiennes ; un petit escalier de pierre extérieur mène à une entrée à hauteur d'un premier étage : l'entrée des hommes qui se tiennent dans des galeries de bois contournant l'église, pendant que les femmes, seules, sont en bas dans la nef. Elles se sont réunies d'abord sous le porche où elles ont mis leur mantille noire, car elles ne vont jamais aux offices tète nue ni en chapeau. Et l'église est un rectangle tout droit comme un jeu de paume, avec plusieurs étages de balcons le long des murs.



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EGLISE DE BUNUS 1906
PAYS BASQUE D'ANTAN




On sort à travers les tombes qui sent plates et plantées d'une croix de pierre basse au ras du sol ; et l'on cause à l'entrée du cimetière sur la grille qui par terre, des larges intervalles de ses barreaux, a pour objet d'empêcher les cochons de franchir l'enclos funèbre. 



Jadis une porte spéciale était réservée aux descendants des Arabes qui, bien que chrétiens, étaient placés à part, ces Arabes que l'on reconnaît encore à leurs oreilles faites d'une seule venue sans ourlet. C'est que les Basques n'ont jamais été conquis sans avoir cependant jamais formé peut-être de nationalité politique rigoureusement déterminée. Race indépendante qui acceptait les gouvernements pourvu que leurs coutumes fussent respectées, ils n'étaient que plus jaloux de leur race et en révolte contre les infiltrations étrangères, faciles au temps où la Gascogne était presque toute entière sarrazine. (On ne se rend pas assez compte que la moitié du Midi est arabe).




A Saint-Just, les moindres coins recèlent les petits métiers d'autrefois. La tisseuse, sous ses poutres basses où s'accrochent les vieilles cordes de son métier, fabriquait, comme au soupirail d'une cave, des toiles épaisses, inusables, que ne peut remplacer le fil léger et hâtif des machines. Dans
une cour, des fileuses travaillaient : la vieille grand'mère avec la quenouille et la navette, pendant que la jeune fille était occupée aux dévidoirs ; dans une autre, le rebouteux remettait une jambe allongée sur un banc avec des coins de bois. C'était l'imprévu des scènes villageoises, un geste, une attitude en disent plus long que tous les renseignements. A une fenêtre, une jeune fille à la mantille bordée de dentelle causait avec une veuve, reconnaissable à sa longue mante noire, unie, descendant de sa tête couverte ; à la fontaine, l'éternelle scène biblique des femmes, en groupes harmonieux, redisait l'intarissable charme des papotages au murmure de l'eau.


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VIEILLE EGLISE 64 SAINT-JUST
PAYS BASQUE D'ANTAN



Enfin, je surpris une partie de pelote du curé avec ses ouailles. Il avait comme béret un petit bonnet plat et, malgré sa robe, ne manoeuvrait pas sa chistera plus mal que ses partenaires.



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PARTIE DE PELOTE 64 SAINT-JUST
COMPAGNIE DU MIDI 1906



C'était surprendre mes basques dans une de leurs manifestations les plus nationales, manifestations d'élégance et d'agilité dans l'ardeur. A ce jeu, les basques doivent cette sveltesse et cette force qui en faisaient les meilleurs soldats ou les meilleurs coursiers de nos rois. "Il court comme un basque", était un dicton qu'on retrouve dans Molière. Il y avait toujours un basque dans les grandes maisons ; il portait à sa veste des petits pans ballants par derrière qu'imitaient les dames et qu'elles appelaient des basques, devenues même des basquines. Si l'on y ajoute les termes de bayonnette et de biscaïen (de "Bayonne" et de la "Biscaye"), on voit que la langue française témoigne des instincts à la fois guerriers et élégants des "euskaldunacs"."






A suivre...





(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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