LE DÉPOT MONÉTAIRE D'URIO BEHEREA À SARE AUTREFOIS.
En 1965, des pièces romaines sont découvertes lors de fouilles à Sare.
Voici ce que rapporta à ce sujet Jean-Luc Tobie dans le Bulletin de La Société des Sciences, Arts
& Lettres de Bayonne, en janvier 1973 :
"Le dépôt monétaire d'Urio Beherea à Sare.
Apport à l'étude de la circulation du bronze avant Gallien dans l'Aquitaine Méridionale.
Le trésor de Saint-Vincent-de-Paul (Landes).
Dans cette commune, proche de Dax, 63 grands bronzes furent découverts dans un vase. D’après J.B. Daranatz, 22 sont à peu près illisibles par suite de l’usure, les 41 autres se répartissent ainsi :
Auguste 1
Vespasien 2
Trajan 10
Antonin le pieux 7
Faustine l’ancienne 3
Marc-Aurèle (César) 6
Marc-Aurèle 2
Faustine jeune 3
L. Verus 2
Lucille 1
Commode 3
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| SESTERCE FAUSTINE LA JEUNE |
Enfin, un bronze : "portant une effigie d’enfant dont la légende est illisible". Ce dernier sesterce, ainsi décrit, pourrait être, sans invraisemblance, à l’effigie du Géta ou encore de Sévère Alexandre. Retenons en tout cas de cette description succincte de monnaies dont on a dû perdre la trace, deux traits d’importance : 22 d’entre elles, c’est-à-dire une bonne partie rendues illisibles par l’usure étaient probablement représentatives du Ier siècle ; pour le second trait nous ne pouvons que reprendre la conclusion de Daranatz en la précisant peut-être, si l’on attribue à la monnaie à "tête d’enfant" au IIIe siècle — quoique sa relative usure soit paradoxale — : "Commode", dont le nom est le plus récent qui soit porté sur cette liste, mourut en 192 ; si l’on tient compte de ce fait qu’à l’époque où eut lieu la cachette des monnaies d’Auguste étaient encore en usage, on est porté à croire que ce trésor fut enfoui dans les premières années du IIIe siècle.
Là encore, nous avons très probablement affaire à un trésor de circulation, datant de la première moitié du IIIe siècle.
Le trésor de Sanguinet (Landes).
Ce trésor inédit, dont la découverte remonte à moins d’un an, nous éloigne un peu plus du secteur sur lequel porte notre étude, mais nous avons choisi d’en parler sommairement avant sa publication prochaine, car il rentre exactement dans le type de dépôt de bronze qui nous intéresse ici. Il est en outre rattaché à la station routière de Losa, connue par l’Itinéraire d’Antonin, mansio sur la voie côtière reliant Burdigala à Aquae Tarbellicae par Fines (Croix-d’Hinx) et Boii (Lamothe-Biganos), et de ce fait, dans un tel contexte routier, lié autant aux trésors des Pays de l’Adour et du piémont qu’à ceux de la vallée de la Garonne.
Il s’agit de 35 bronzes, recueillis par 8 m de fond dans l’extrémité orientale du lac de Sanguinet par des plongeurs du B.E.C., lesquels, sous la direction du Professeur Cl. Richir, ont entrepris depuis 1970 le repérage subaquatique du secteur portuaire de l’antique Losa, aujourd’hui immergée dans sa plus grande superficie.
Ces monnaies éparses furent trouvées sous un niveau de tuiles et de fragments de bois pouvant constituer des vestiges d’entrepôts et non loin d’un petit bâtiment construit en dur, dont le plan évoquerait celui d’un sanctuaire rustique. Sur le nombre, 15 d’entre elles ont été lues par M. Daniel Nony . elles se répartissent par règnes de la façon suivante :
Trajan 2
Hadrien 3
Antonin le Pieux 2
Marc-Aurèle 2
Commode 1
Sévère Alexandre 4
Trajan Dece 1
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| CESTERCE CONSECRATION MARC-AURELE |
D’après Daniel Nony, l’essai de lecture des 20 monnaies restantes devrait confirmer cette répartition et notamment celle des monnaies les plus récentes qui ont certainement été toutes lues car les moins usées. Ce dépôt ne peut donc être qu’un petit trésor de circulation car à mesure que l’on remonte dans le temps, plus l’usure est accentuée, et les émissions les plus récentes sont les moins usées.
Vers l’est, les découvertes monétaires faites dans les fouilles des villas de Lalonquette et de Montmaurin, de par la présence d’assez importantes quantités de grands bronzes des trois premiers siècles de notre ère, ne peuvent manquer d’intéresser ce sommaire panorama.
Le "Trésor 1" de Lalonquette (Pyrénées-Atlantiques).
Il s’agit d’un trésor mentionné dans Gallia, mais non encore publié ; nous nous contenterons de citer à son sujet, un rapport de Mlle Nicole Dupré, daté de janvier 1972 :
"Les soixante-deux monnaies que nous appelons Trésor I ont été retrouvées près d’un lot de petits vases globulaires de pâte blanche très fine, recouverts, pour la plupart, d’un engobe noir, gris ou brun. On a retrouvé également des vases à parois fines qui semblent attester, dès le Ier siècle, un lieu de dépôt rituel... Les monnaies étaient rassemblées près d’un petit vase cassé de 7 cm de hauteur. Elles appartiennent à la seconde moitié du 1er siècle et à la totalité du second. On note une prépondérance des exemplaires d’Hadrien : 19 pièces, d’Antonin : 11 pièces. Les règnes de Vespasien et de Domitien manquent pour les pièces du 1er siècle, qui semblent avoir beaucoup circulé... D’après M. le Professeur Labrousse, ce dépôt aurait été enfoui au début du IIIe siècle..."
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| SESTERCE SEVERE-ALEXANDRE |
Le monnayage du Haut-Empire à Montmaurin (Haute-Garonne).
Cette impression de prépondérance, jusqu’au milieu du IIIe siècle, des espèces de bronze, même frustes, du Haut-Empire, va se trouver encore renforcée par l’analyse des monnaies de cette période, au reste rares (51 sur un total de 527) trouvées sur la villa de Montmaurin, villa dont l’apogée se situe au IVe siècle.
M. Labrousse dans son étude remarque que jusqu’à Gallien on ne trouve dans la circulation courante que des grands bronzes julio-claudiens ou antonins : "polis par l’usure et frustes à force de servir", car "les antoniniani de bon aloi antérieurs à Gallien manquent totalement... Le numéraire du IIIe siècle se trouve ainsi presque exclusivement représenté par les monnaies émises au cours de la grande crise inflationniste qui va des environs de 260 à 275...".
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| 7 ANTONINIANII |
D’après les indications données par les quelques trouvailles que nous venons d’énumérer, il paraît indéniable que l’Aquitaine a longtemps gardé sa confiance dans les monnaies sénatoriales de bronze. Mais l’on peut se demander si cette confiance n’est pas obligée car engendrée par une certaine récession, par une relative autarcie qui aurait tenu, dès la fin du IIe siècle, cette région de la Gaule éloignée des "voies" qui assurent le renouvellement de la monnaie.
Il est un fait que contrairement au nord de la Gaule, où, d’après les nombreuses études menées, le numéraire semble avoir été relativement vite renouvelé, ou a fortiori à l’Italie où au IIIe siècle les émissions du IIe siècle sont presque éliminées à 80 %, l’Aquitaine doit se contenter longtemps de G.B. usés par une circulation de parfois plus de deux siècles.
Est-ce à dire que les nouveaux antoniniens d’avant Gallien, frappés parallèlement au monnayage sénatorial encore abondant sous Sévère Alexandre, Gordien III, Philippe l’Arabe ou Trajan Dèce, y circulent relativement peu ?
Nous ne le pensons pas et nous croyons qu’à l’égard du bronze sénatorial les Aquitains méridionaux réagissent comme leurs contemporains du Maghreb, par exemple, auprès desquels, pour reprendre R. Turcan : "les exemplaires très usés ou même presque entièrement effacés du premier et du second siècle, conservaient toute leur valeur métallique surtout lorsqu’à l’époque du Gallien, les antoniniani saucés, pour peu qu’ils eussent roulé quelque temps de main en main, laissaient à nu l’âme du cuivre...". Il est donc possible que pour les "trésors" datables de la première moitié du IIIe siècle que nous venons de citer, les notions de trésor-ponction ou de trésor-thésaurisation se confondent. Les espèces de bronze y sont peut-être moins renouvelées qu’ailleurs, mais celles-ci quoique usées ou rognées et dont l’alliage va s’altérant, gardent jusqu’au bout toute leur valeur officielle et intrinsèque et jusqu’à Gallien elle paraissent faire prime sur le marché aux dépens de l'antoniniamus.
Cependant, cette dernière monnaie circule en Aquitaine méridionale et la plupart des trésors des Landes et des Pyrénées occidentales, sur lesquels nous reviendrons en détail dans une prochaine étude, dont les enfouissements s’échelonnent entre 260 et 285, sont composés presque exclusivement d'antoniniani. Presque tous, à l’exception peut- être du trésor d’Hasparren-Lamarkenia dont la monnaie la plus ancienne est un sesterce à l’effigie de Aquilia Severa (seul G.B. il est vrai sur un total de 500 antoniniani environ) débutent par des émissions Valérien ou de Gallien et comportent très souvent des antoniniens du plus mauvais aloi.
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| MONNAIE AS COMMODE 172-173 |
Le règne de Gallien y marquerait donc le début d’un désaffection pour le bronze qui désormais n’est plus frappé et les antoniniens semblent avoir eu la préférence des thésaurisateurs de Sames, de Mouguerre, d’Hasparren, de Bayonne entre autres.
Jean-Luc Tobie."






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