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dimanche 27 septembre 2026

LA VIE COMMUNAUTAIRE ET PAROISSIALE À URT EN LABOURD AU PAYS BASQUE DU XVIÈME AU XVIIIÈME SIÈCLE (troisième partie)

LA VIE À URT DU 16ÈME AU 18ÈME SIÈCLE.


Au 18ème siècle, la commune d'Urt compte environ 1 300 habitants.




pays basque carte labourd communes
CARTE DE URT 1887
ETUDE LINGUISTIQUE JULIEN SACAZE




Voici ce que rapporta Guy Leichtenaur, dans le Bulletin de la Société des sciences, lettres & arts 

de Bayonne, en février 1973 :



"La Vie Communautaire et Paroissiale à Urt du XVIe au XVIIIe siècle.



... Le Port.



Le port d’Urt a eu dans le passé une importance, due, en partie à l’absence d’un bon réseau routier, et d’autre part à la facilité du transport fluvial qui bénéficiait le plus possible des marées. C’était, disent les archives de Bayonne : "une véritable flotte de petits bateaux qui circulent sur l’Adour, apportant à Bayonne, les grains, les eaux de vie, les vins, les résines, goudrons, planches, et autres produits des Landes, de la Chalosse, de l’Armagnac, du Béarn, et qui remportent les denrées nécessaires à ces divers produits". Il est bon de préciser que la navigation sur le cours supérieur de l’Adour et sur ses affluents a souvent été entravée par les nasses destinées à la capture du poisson, notamment à Saubusse, en aval de Dax, mais ceci n’intéresse que fort peu les activités fluviales de notre village. Urt était situé dans les limites du "coutumat" de Bayonne qui s’étendait, en ce qui concerne l’Adour, jusqu’à Guiche. Par Lettres-patentes de 1498 et 1511, le roi Louis XIII, tout comme ses prédécesseurs, avait confirmé la concession à la ville, de la moitié des droits de la Coutume, ce qui entraînait l’interdiction aux marchands et négociants de décharger et mettre en vente leurs marchandises depuis Hourgave, autorisant seulement la vente dans la ville de Bayonne. Le droit de coutume, d’origine fort ancienne, était prélevé sur toutes les marchandises, entrant ou sortant de Bayonne. Il est probable que cette "zone douanière", nettement délimitée, ne fut pas très populaire dans notre région, car on vit même un bayle d’Urt reprendre de force un bateau chargé de grains qui avait été saisi au port de Bardos ; ceci se passait en 1575. Le bayle fut condamné à payer une amende. Vers cette époque, un habitant d’Hasparren est poursuivi pour avoir déchargé au port d’Urt, sans licence, un chargement de dix-sept balles de drap d’Angleterre. En 1627, des Urtois brutalisèrent le "Garde-port" et un échevin de Bayonne. De ce fait, fis furent condamnés, avec des habitants de Guiche, pour infraction aux privilèges de la Juridiction de Bayonne sur l’Adour. Un commis des recettes de la ville était en poste, probablement dans une maison du quartier du port, afin de mieux surveiller les activités portuaires. Les archives nous livrent des états d’enregistrement de barriques de vins, notamment de ceux débarqués à Urcuit, Bardos et "Pitres", de pommes et cidres chargés au port d’Urt. Des états également de droits perçus sur le poisson avant sa mise en vente etc. Nous savons qu’au XVIIIe siècle, et sans doute bien avant, il y avait à Urt, un bureau de la coutume et une Brigade de surveillance. Sur la rive opposée, à Saint-Laurent-de-Gosse, une Brigade de 12 hommes était installée "au bord de la rivière". 


pays basque carte labourd communes
BORDS DE L'ADOUR
40 ST LAURENT DE GOSSE



Il subsiste de nos jours, au port, quelques vieilles demeures qui datent très certainement du XVIe siècle, et qui feront l’objet d’une étude particulière dans le cadre d’une enquête sur le passé de nos vieilles maisons, répertoriées par "quartier". 



Le transport par voie d’eau ne constituait, à dire vrai, avec ses entraves, obligations et avatars, qu’un des aspects de la vie fluviale de notre village. Les fonctionnaires de l’ancien régime ont d’ailleurs qualifié Urt, de "paroisse nautique". La pêche et les constructions maritimes, ont dans le passé, donné à notre localité une grande importance. L’ancienneté de la pêche professionnelle à Urt est attestée par un document ancien, qui nous apprend que les pêcheurs des "Îles de d’Adour" devaient payer un liard par semaine à la Compagnie des Tilloliers de Bayonne. L’emprise de la ville apparaît également ici dans toute son autorité. 



L’histoire de la pêche à Urt, qui reste à écrire, est jalonnée d’incidents ayant pour cause principale, les règlements édictés par Bayonne. Nous citerons la révolte de 1727, provoquée par l’interdiction d’emploi de certains filets. En 1788, nos pêcheurs récidivèrent ; Laborde-Lissalde, lieutenant général de l’Amirauté, organisa alors une expédition punitive. Il était accompagné de 60 grenadiers du Régiment de Cambrésis, en garnison à Bayonne, et d’une Brigade de Maréchaussée. Deux marins-pêcheurs furent mis en prison. A cette époque, la Compagnie des Tilloliers imposait le versement d’une certaine somme par "chalan" ou par corbeille de poisson, pris hors de Bayonne et mis en vente dans la ville. Elle réussit à faire imposer à son profit des taxes sur les poissons. Sur tout chargement passant par Bayonne, ou vendu sur place, il était perçu : 14 sols pour une charrette de poisson entrant dans la ville, ou à Saint-Esprit ; 1 sol, 6 deniers pour une corbeille de poisson pris dans les étangs d’eau douce ; 1 sol pour chaque saumon ; pour chaque cheval chargé d’anguilles (piballes ?) que les Espagnols font acheter à Urt et autres lieux, passant par la ville : 14 sols. Ces perceptions provoquèrent des plaintes et des réclamations. On pensait que ces droits exorbitants feraient que les pêcheurs des lieux voisins ne porteraient plus le poisson à Bayonne, et que les Espagnols ne viendraient pas le chercher, ce qui serait préjudiciable au commerce bayonnais. Nous ne savons pas si les Tilloliers furent invités à ne plus imposer de droits, dont au demeurant, ils semblaient incapables de fournir l'ancienneté.


pays basque carte labourd communes
PÊCHE A LA PINASSE
33 CAP FERRET


Pour ce qui a trait à la "coutume", un document daté du 24 avril 1289, nous révèle que les gens du Labourd ne devaient pas de droits pour les poissons qu’ils prenaient dans leurs "pinasses", et qu’ils venaient vendre à Bayonne. Ajoutons que les Tilloliers en plus de l’exclusivité de la pêche en rivière, pêchaient aussi en mer. Dans ce cas, ceux qui prenaient plus de 50 livres de poisson payaient 10 sols à la Corporation, mais c’était surtout des pêcheurs en eau douce. On les appelait : Pescadors de mar doulce dans les textes anciens (A.C.-F 4). 



Voici un extrait d’une plainte adressée à Messieurs les Maire, Echevins et Conseil de la Ville de Bayonne par le Patron et le Clavier des Pêcheurs de la paroisse d’Urt, en date du 30 janvier 1741 : "Or on ne saurait trop caractériser la conduite des Tilloliers. Ils s’ingèrent sans autorité légitime et contre les déffences formelles qui leur ont été faites, à établir et percevoir des droits sur le poisson, denrée sy nécessaire, et sur la pêche qui demande toute la faveur. C’est une exaction. Ils ont usé de violence, c’est une rébellion à justice. Tout cela contre le droit des gens, la liberté et la tranquillité des marchés. Il est donc de votre équité et du bien public, Messieurs, de réprimer sévèrement tous ces abus, tous ces désordres, et de les faire cesser une fois pour toutes, d’autant plus que l’impunité pourrait porter les coupables à de plus grands excès". 



Au siècle dernier, la construction maritime faisait vivre encore une fraction importante de la population (en 1870, il y avait cinq constructeurs de bateaux). Cette industrie était ancienne. Nous n’en voulons pour preuve que la mention de la mise à l’eau, à Urt, en 1587, d’un navire de 300 tonneaux appartenant à un marchand bayonnais ; il s’agissait là d’un grand bâtiment. Bien entendu on construisait des bateaux de moindre tonnage (de 4 à 10 tonneaux qui avaient noms : chaloupes et pinasses) à Urt, et aussi à Urcuit. Pour la période du XVIII siècle, nous pouvons citer les navires suivants : 1740 : Notre Dame de Bayonne de 30 tonneaux ; 1742 : L’Heureuse Lucie de 40 tonneaux (Corsaire armé de deux canons) ; 1744 : Saint Pierre de 9 tonneaux et La Reine de Hongrie de 40 tonneaux (Corsaire armé de 4 canons) ; 1750 : La Sirène de 60 tonneaux ; 1754 : L’Aventurière (navire refondu) ; 1789 : La Marianne de 6 tonneaux. Le Corsaire L’Heureuse Lucie appartenait à Dominique Simonin de Bayonne, et avait pour capitaine Denis Etcheverry. Il était armé en plus des 2 canons, de 8 pierriers et autres menues armes. Il fut capturé le 20 avril 1748 par un bâtiment anglais. Le propriétaire fit abandon du Corsaire plutôt que de payer la rançon qu’on lui demandait ; ceci en dépit des protestations du capitaine."






A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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