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lundi 27 juillet 2026

LA VIE COMMUNAUTAIRE ET PAROISSIALE À URT EN LABOURD AU PAYS BASQUE DU XVIÈME AU XVIIIÈME SIÈCLE (première partie)

LA VIE À URT DU 16ÈME AU 18ÈME SIÈCLE.


Au 18ème siècle, la commune d'Urt compte environ 1 300 habitants.


pays basque carte labourd communes
CARTE DE URT 1887
ETUDE LINGUISTIQUE JULIEN SACAZE





Voici ce que rapporta Guy Leichtenaur, dans le Bulletin de la Société des sciences, lettres & arts 

de Bayonne, en février 1973 :



"La Vie Communautaire et Paroissiale à Urt du XVIe au XVIIIe siècle.



Nous avons choisi la fin du XVIe siècle comme point de départ de notre étude pour l’excellente raison que les premiers statuts communaux portent la date du 14 juillet 1598. A cette date, le "Capitou" réuni sur la Place publique (actuellement Place de l’Eglise) pour traiter des affaires communes de la paroisse, approuvèrent les conventions proposées pour la police de l’usage des bois et "Padouans" communs. Ces règlements furent faits sous "le bon vouloir de Mgr de Gramont, Seigneur Baron du dit Urt" , représenté pour la circonstance par le Procureur Jurisdictionnel de ses terres. Les habitants, au nombre d’une cinquantaine, dont le bayle et les quatre jurats, sont qualifiés, dans l’acte, de témoins. Pour donner valeur légale, les contractants engageaient leurs personnes et leurs biens, meubles et immeubles, qu’ils soumettaient volontiers à "toutes rigueurs de justice de M. le Sénéchal des Lannes, ou son Lieutenant au siège de Bayonne". Nous avons, dans une étude précédente, examiné ces statuts du point de vue protection des bois et forêts, en vue d’assurer à chacun un usage raisonnable du bien public. Il est certain que chaque urtois a pu, à cette époque, bénéficier de divers droits (glandage, pâturage, fauchage de litière, ramassage de bois mort pour le chauffage, etc.). Cette jouissance indivise des biens communaux a permis au paysan non-propriétaire, de posséder en propre, quelques têtes de bétail. Nous comprenons que les déshérités aient pu tenir fermement à la sauvegarde de cette "coutume "écrite qui leur assurait un minimum de bien-être social. Les manuels nous disent que "toutes les pensées du paysan pauvre tendaient à limiter le droit de propriété individuelle pour défendre les usages collectifs qui lui permettaient de vivre, et qu’il regardait comme une propriété aussi sacrée que les autres". On verra plus tard, au XVIIIe siècle, des difficultés se faire jour, lorsqu’on essaya de favoriser l’individualisme agraire (on clôtura surtout des prés, pour sauver des regains). 



Néanmoins certains articles des statuts de 1598 posaient de façon nette le principe de sauvegarde de la propriété privée (Répression de la saisie abusive de bétail sur les terres communes, assimilée à un vol ; défense d’abattre les arbres fruitiers situés dans un héritage voisin sous prétexte que ces arbres constituaient une gêne ; défense d’ouvrir les claies qui ferment les passages donnant accès aux terres ; défense de prendre des charges de foin vert ou sec se trouvant dans les prairies d’autrui ; défense d’emprunter un bateau sans autorisation du propriétaire "sinon pour traverser l’eau", etc.). 



pays basque armorial communes
ARMOIRIE COMMUNE D'URT LABOURD



Nous avons dressé un tableau résumant l’évolution juridique de ces premiers statuts, accompagné des noms des jurats en exercice, ainsi que le nombre d’habitants les ayant approuvés. 


14 juillet 1598. — Me Jean de Vergès ; Pétrichon de Semicourbe, jurat ; Jean de La Magdeleine, jurat ; Clément de Pellot, jurat ; Pierre de Hurtetia, jurat. 

49 habitants nommés. — 24 articles votés pour 6 années. 

12 septembre 1606. — Me Jean de Vergès, bayle ; Bertrand de Latzague, jurat ; Pierre de Cruchette, jurat ; Saubat de Mimizan, jurat ; Arnaud Darremond, jurat ; Pierre de Lafourcade, jurat. 

43 habitants nommés. — Additif de 2 articles (Reconduction des statuts pour 10 années). 

26 juin 1616. — Pierre de Suhigaray, écuyer ; Sieur de Vergès, gentilhomme servant le Roy et bayle d’Urt ; Jean de Latzague, jurat ; Pierre Detchepare, jurat ; Joannès de Laserre, juat ; Clément de Pellot, jurat ; Bertrand de Merlat, jurat ; Joantha de Haïet, jurat. 

65 habitants nommés. — Additif de 4 articles (reconduction des statuts pour 20 années). 

23 mars 1642. — Me Robert de Salajuzan, bayle ; Bertrand Berhondo, jurat ; Joannès de Cazaumajour, jurat ; Jean de Samot, jurat ; Pierre de Hiriberry, jurat. 

97 habitants nommés. — Approbation des statuts afin "qu’à l’avenir on ne puisse s’oublier de ce que l’usage a converti en force de loy". 



Les statuts furent finalement homologués le 17 mai 1642, par le Parlement de Bordeaux. En 1690, une copie sur parchemin était en possession du Sieur de Gestède, jurat. En 1747, une autre copie, ou la même était "au pouvoir de la Veuve du Sieur Martin de Laforcade-Daguerre, marchand de son état", probablement une notabilité à qui on avait confié ce dépôt, qui passa à sa veuve. 



Nous avons jusqu’ici parlé des droits reconnus aux habitants appelés également "voisins", sur les documents de l’époque. Les devoirs avaient été sommairement exposés dans l’article premier qui précisait que : "Les habitants seraient tenus de continuer à payer les tailles tant ordinaires, qu’extraordinaires, au Roy, et autres charges qui pourraient survenir, et aussi de continuer à faire les chemins, réparations des ponts et autres vessiaux (édifices) accoutumées à la dite paroisse et de continuer à la garde des bois et forêts, tant le fort que le faible." On reconnaissait en 1642 que les "abus glissés par le trop de licence, ayant causé plusieurs dégâts dans les bois et terres communes appartenant à la dite communauté, il aurait été trouvé à propos, pour le bien commun d’icelle, de faire des règlements qui ont été renouvellés à diverses reprises, etc. » On lit plus loin que les règlements contiennent également que : "la distribution des charges ordinaires et extraordinaires, afin d’en faire le département (le partage), et cotisations selon les sentiments communs de tous les habitants a toujours été observée inviolablement." 



Nous avons employé indifféremment les mots "Communauté" et "Paroisse" respectant en cela le texte des articles. Il faut entendre par "Paroisse" le village proprement dit ; la "Communauté" étant l’ensemble des habitants. Plus tard, la distinction deviendra effective. 



Les habitants ayant témoigné par leur présence seule (la plupart ne sachant signer), nous révèlent des noms de maisons ou de lieux qui subsistent encore de nos jours. Citons ceux qui reviennent le plus souvent sous la plume du Notaire Royal : Jouandourdouil, Navarine, Selurt, Micalle, Mimizan, Semicourbe, Hurtetia, Sabalue, Jocou de Bas, Chandieu, Greciet, Joanpoulitneuf, Pouyanne, Larralde, Ordoby, Espaloumeyres, Bustin, Joanchicoy, Peyroutet, etc. Ces noms sont répétés avec des orthographes diverses ; seule la consonnance ne trompe pas. Toutes les maisons citées plus haut existent encore avec les réparations ou transformations subies au cours des siècles. Le fait que certains noms propres soient accolés à des noms de maisons laisserait supposer que seuls les propriétaires avaient voix au chapitre lors des Assemblées Capitulaires, mais ceci n’est pas historiquement prouvé. Les locataires ou métayers ne semblaient pas détenir de droits réels sur les forêts (ceci d’après une lettre du Notaire Royal de la Paroisse d’Urt, adressée au Duc de Gramont). 



En ce qui concerne l’organisation municipale, nous ignorons le mode d’élection et la durée du mandat des jurats. Il est évident que rien ne nous permet de comparer, sur ce point, les villes et les campagnes. En 1692, les villes qui tenaient à leurs privilèges ont eu des facilités de rachat des fonctions municipales. C’est le cas de Saint-Jean-de-Luz, dans notre région. Les premières élections se firent certainement par suffrage direct et universel ; par la suite, sans doute au XVIIe siècle, elles se firent au second degré, la nomination finale dépendant des notables. Il nous faudra attendre le XVIIIe siècle, et les nouveaux statuts de 1754, pour apprécier le rôle des jurats. 



Dans une transaction de 1617 passée entre le Baron et les habitants, les droits du seigneur, dont nous avons peu parlé, étaient nettement définis. Il se réservait le droit absolu de faire arpenter à tout moment les bois et terres du lieu, possédés "tant en général, qu'en particulier". Egalement celui de se faire délivrer le bois de chauffage ou de construction nécessaire à l’entretien de ses bâtiments (châteaux, moulins, nasses, etc.). Les habitants devaient user ensemble du bien commun, sous peine d’en être déchus, sans autre déclaration, ni jugement, moyennant la somme de 550 écus, et 15 livres de droits. La transaction permet aux habitants de continuer d’extirper (défricher) à peu près 64 arpents (une trentaine d’hectares) dans la barthe d’Etchepette ; cette surface partagée et clôturée contre paiement d’une somme raisonnable. Le Baron d’Urt se plaint dans cet acte de n’avoir pas reçu les "Lods et Ventes" qui lui sont dus depuis 27 ans (!), par l'usurpation de certaines terres : les unes prises par des particuliers et les autres baillées par les jurats, sans aucune permission. Un état ayant été dressé des sommes dues, les habitants assemblés, furent mis en demeure de s’acquitter sous peine d’être traduits en justice. Il apparaît, au cours de la lecture de ce contrat de transaction, qu’un Ecuyer du nom de Jean de Bédourède avait cédé en fief la totalité des droits de la Maison de Gramont sur notre localité, alors qu’il ne possédait qu’une hypothèque. L’affaire étant complexe, nous vous résumerons les décisions."





A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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