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samedi 18 juillet 2026

LES HÔPITAUX DU PÈLERINAGE DE SAINT JACQUES DE COMPOSTELLE AU PAYS BASQUE EN 1900 (première partie)

LES HÔPITAUX DU PÈLERINAGE DE SAINT JACQUES DE COMPOSTELLE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS.


Le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle a été créé et instauré au début du 9ème siècle.



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LES CHEMINS DE SAINT-JACQUES-DE-COMPOSTELLE


Voici ce que rapportèrent à ce sujet l'abbé V. Dubarat (Aumônier du Lycée de Pau) et l'abbé P. 

Haristoy (Curé de Ciboure), dans le numéro de janvier 1900 des Etudes historiques et religieuses 

du Diocèse de Bayonne :



"Pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle.


Hôpitaux du Pays Basque par cantons.


Voici, à propos du passage des pèlerins dans nos contrées, l'extrait du Voyage de Georges Martin, prêtre rouennais et musicien ambulant (publié à Lyon chez A. Robert, en 1680). Après avoir parlé de Dax, de Bayonne et de son fondateur St Léon, il ajoute :


"De là, l'envie me prit de voir les deux plus beaux bourgs de l'Europe, sçavoir S.-Jean-de-Luz et Siboure, habités par les Basques, gens des plus civils, charitables et courtois du monde. 


"Ils sont pescheurs la plus part et marchands très riches ; ils vont à la My-Carême en Terre neufve la pesche des Harens, Molües, Anchoix et Saulmonslesquels, auparavant leur embarquement, font célébrer un nombre presque infiny de messes, toutes de Requiem, pour les ames du Purgatoire, donnant à chaque celebrant 20 sols et un sol marqué, pour avoir aidé à chanter une haute messe, de sorte que vous pouvez gagner facilement trente solz par jour. J'ay remarqué que lorsqu'un prédicateur fait la prédication en langue Basque, il a pour rétribution, de la confrérie de S. Laurens et de S. Estienne, 4 ou 5 écus ; on pourroit dire icy avec vérité que ces deux gros bourgs seroient le Paradis des prêtres mercenaires, car l'argent est là commun comme l'eau de la fontaine ; allons donc tous ensemble, puis qu'il y fait bon ; pour moy je vous donne ma part, puisque David m'enseigne : Que les hommes riches ont dormy leur sommeil, et n'ont rien trouvé dans leurs mains ; et puis, si j'étois riche, je voudrois à la fin me faire adorer comme Anthiocus et Nabuchodonosor, comme un Tout-Puissant sur terre. Dieu m'en garde d'en avoir la pensée ! Absit mihi gloriari, nisi in cruce Domini nostri Jesu Christi.


"De plus ces deux bourgs sont partagez par une rivière et un bras de mer, qui incommode fort, par son flux rapide, le monastère des Urselines, qui avance dans la mer ; il y a un long pont, partie de bois, partie de pierre au milieu, dans une petite isle, un joli convent de Recollets. Voyageurs, n'oubliez pas de mettre icy la main à la bource, personne n'en est exempt, pas même les bestes, qui ne refusent pas de rendre ce tribut à César qui appartient à César, et au Tout-Puissant qui appartient au Tout-Puissant. 



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COUVENT DES RECOLLETS CIBOURE
PAYS BASQUE D'ANTAN

"Reddite ergo quoe sunt Cesaris Cesari, et quoe sunt Dei Deo. 


"Au pied des Pyrénées, je vis, sur la tête de la plus haute montagne, un hermitage qui est moitié baty sur la France et moitié sur l'Espagne, que j'estimois davantage pour sa curiosité que toutes les solitudes,


Beatae Mariae

De la SAINTE VIERGE, ceste Reine si vénérable,

Dont le nom sacré est incomparable.


"De la S. Vierge qui se voient autour de Bethléem, de sorte que ce prêtre Anglois qui y demeure, peut être dans sa cellule dans la France et dans l'Espagne ; il y a bien des faux monnoyeurs dans ces montagnes là, qui ne s'amusent pas à faire des images de la S. Vierge, mais bien à fabriquer des médailles pernicieuses du démon, père des faux monnoyeurs.


"S.-Jean-de-Luz fut l'église où se fit l'auguste cérémonie du mariage de Louis XIV, dit le Grand et le Conquérant, représenté par Son Eminence Jules Mazarin.



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INTERIEUR EGLISE SAINT JEAN-BAPTISTE
SAINT-JEAN-DE-LUZ D'ANTAN


"De l'Isle de la Conférance, je passé Endaye, dernière place de France, séparée de Fontarabie, première forteresse d'Espagne, par une rivière qui tombe des Monts Pyrénées, appelée Bidasso, très profonde et poissonneuse on la passe dans un bateau. N'oubliez pas de mettre encore la main à la bourse, car Sine ipso factum est nihil." (Pag. 129-136).


Le prêtre musicien ambulant, Georges Martin, poursuit sa route et passe en Espagne. Il traverse Irun, Renteria, Passage, et compare le cidre de Biscaye à celui de la Normandie, auquel il n'est pas inférieur ; mais il eût préféré du vin de Condieu, de Chablis ou de La Ciotat. Alors "patience ! j'aurais fait quelquefois ruby sur l'ongue". Il voit harponner une baleine énorme à Bilbao. Les matelots en firent quantité d'huile "excellente à brusler à la lampe de la S. Vierge". A S. Sébastien il apprend qu'un prêtre espagnol, enrichi par 40 années de navigation, vient de mourir instituant pour légataire universelle la Très-Sainte-Vierge en demandant que 70 000 messes de Requiem fussent célébrées pour les "Fidelles Trépassez."


Ce qu'il lui advint de drôles et risibles aventures, à ce pauvre Martin, est incroyable. Près de Pampelune, il rencontre dans les bois un de ses ennemis avec un autre compagnon. "O ! que si tu étais tout seul, comme je te ferois boire dans la rivière," pense-t-il. Au mont S. Adrian, il est reçu par les bons ermites de S. Augustin. Il faut raconter sa dernière aventure aux environs de Valladolid :


"Ce fut, dit-il, la feste Ste-Cécile, bon jour, bonne oeuvre, (sans doute, comme organiste, ils vouloient me donner mon bouquet) à six heures du soir, proche d'un village désert et ruiné, appelé Salva-Tierra, distant de la petite ville de Bailladolid d'une heure de chemin, (lieu) très mal nommé, disois-je au lieu d'y trouver mon salut, j'y ai rencontré ma perte. Je fus premièrement dépouillé tout nud par un homme de mauvaise mine, qu'on appeloit Ferdinandi Ferdinando. Pour les autres... ils étaient très expérimentez et sans miséricorde. L'un me prit 30 demy louis d'or, qui étaient renfermez dans un gros bouton couvert de fil noir qui fermoit mon haut de chausse. Un autre trouva 12 louys d'or cousus partie dans mes bas, et partie ensevelis entre les deux semelles de mes souliers, qu'ils coupèrent en pièces ; il me fallut cheminer, sans toutes fois rien mériter pour le Ciel, comme les Apôtres, nuds pieds, en jurant blasphémant et récriant contre eux. Un troisième  prit pour sa part ma montre à boete d'argent et me demandoit, si elle était del plata, c'est-à-dire d'argent je lui répondis bien modestement que, s'il me la vouloit rendre, elle en seroit d'or pour moi... Il y en eut un quatrième à qui le démon inspira de me demander en latin (vous voyez bien que c'étoient des honnêtes gens, car ils parlaient latin !) à cause que je ne savois pas l'espagnol : Domine, habesne auounz aurum in ventre tuo ? Leur ayant dit que je n'en avois pas avallé, avec toute sorte de civilité me laissèrent aller, ainsi dégraissé, dire Grâce et Benedicte en France.

"Cela est trop véritable : car tout cela m'arriva pour n'avoir pas voulu croire Messieurs du Haguet, pasteur de St-Jean-de-Luz, et celui de Siboure, qui m'avoient dit, en prenant congé d'eux, de ne pas porter d'argent sur moy que de peu, et de prendre une lettre de change sur Madrid je fis comme le bonnetier, je n'en fis qu'à ma tête.



Le voilà donc obligé de renoncer au pèlerinage de St-Jacques-de-Compostelle, mendiant le gîte et le couvert chez les bons Pères Capucins, qui lui faisaient baiser la terre avant que de boire, en prononçant ces paroles : Ad primum morsum, nisi potavero, mors sum, c'est-à-dire "A la première morsure, si je ne bois, ma mort est sûre". Il rentra enfin à Fontarabie, à peine vêtu d'une robe "faite de tant de pièces qu'elle valoit, à n'en point mentir, toutes les broderies, les dentelles, les rubans de nos jeunes demoiselles." De Fontarabie, Georges Martin passe par Hendaye pour revenir à St-Jean-de-Luz : "M'approchant toujours à pas de tortue, dit-il, festina lente, du lieu ou j'étois connu, faisant le chien couchant. Il ne faut pas demander si je fus raillé et mocqué. In me psallebant qui bibebant vinum, ce qui me sembloit bien dur à supporter, car la faim extrême que j'endurois me donnoit bien à qui penser pour lors, il y eust bien r'y lorsque l'on me vit en l'équipage peu désiré de l'Enfant Prodigue ; mes cheveux étaient souillés de poussière et tous herissez, j'avois le visage comme du papier marbré, les yeux enfoncez en chat-huant ; les misères que je souffrois depuis mon dévalisement m'avoient déjà réduit en ce funeste état ; ce nous renseigne qu'il faut toujours suivre le bon conseil de ses amis : Interroga majores tuos et dicent tibi : Un vieil Etendard à l'armée, un vieil Pilote à la mer et un vieil Médecin dans les conférences, valent mieux que toutes les raisons que nous pourions apporter pour nous en dispenser témérairement : Plus vident oculi quam oculus.


"Ce bon Pasteur céleste, qui me l'avoit ôté avec justice, me redonna en peu de tems de quoy satisfaire à mes créanciers, car la maison de cet illustre et charitable pasteur de St-Jean-de-Luz et de Ciboure ne me fut pas fermée, faveur que j'estimois plus que celle que ce jeune libertin receut de ce Père vénérable."



A suivre...




(Source : Wikipédia et gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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