LES CHÂTEAUX DE LA FAMILLE BELSUNCE EN LABOURD ET BASSE-NAVARRE.
La famille de Belsunce est une famille de la noblesse française, d'extraction féodale, originaire du pays d'Arberoue, qui dépendait autrefois du Royaume de Navarre.
Voici ce que rapporta à ce sujet Pierre Nogaret dans le Bulletin du Musée Basque N°1 de 1931 :
"... Au XVIIIe siècle, Armand de Belsunce suivit la carrière des armes comme la plupart de ses prédécesseurs. Après qu'il eut fait la campagne de Bohème sous les ordres du maréchal de Saxe, on le nomma gouverneur de Saint-Domingue et ensuite de Belle-Isle où il mourut, en 1764, âgé de quarante et un ans, sans laisser de postérité.
Son frère, Dominique, colonel d'Infanterie, épousa à Paris, en 1764, Angélique de la Live d'Epinay, fille du fermier général de ce nom et de Louise Tardieu d'Esclavelle qui fut la célèbre Madame d'Epinay, femme d'esprit sinon de bonne conduite, auteur de mémoires et amie de Jean-Jacques Rousseau. Louis XV et la famille royale signèrent au contrat.
Dominique de Belsunce était très aimé dans le pays. Un jour qu'il revenait de la campagne de Hanovre, le foule se pressait au pied du perron du château sur lequel se tenait le vicomte entouré des notables de sa juridiction. Au milieu des chaleureux vivats qui l'acclamaient, on vit un aveugle, guidé par un enfant, monter lentement les marches du perron et demander à être conduit auprès du vicomte. Secouant alors sa longue chevelure blanche, les mains tendues vers la foule, ce barde inspiré entonna, au milieu d'un silence religieux, des couplets que tous reprirent en chœur. Recueillis séance tenante, conservés par le vicomte de Belsunce et communiqués à Francisque Michel, ils ont été reproduits par ce dernier dans son ouvrage "Le Pays Basque".
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| LIVRE LE PAYS BASQUE 1857 PAR FRANCISQUE MICHEL |
Le fils aîné de Dominique de Belsunce, Denis Joseph, embrassa, comme son père, la carrière des armes. Il était major au Régiment de Bourbon-Infanterie à Caen lorsqu'éclata la Révolution. Au cours des troubles qui eurent cette ville pour théâtre, on le traita d'aristocrate et les bourgeois mutinés, l'ayant tué, portèrent son cœur en triomphe. On a dit qu'il était l'amant de Charlotte Corday et que c'était pour venger sa mort qu'elle aurait, plus tard, assassiné Marat dont les fougueuses déclarations auraient allumé la rage populaire contre celui qu'elle aimait.
| ASSASSINAT DE MARAT 13 JUILLET 1793 |
Cette explication du meurtre de Marat, admise par certains critiques, a été combattue avec des arguments qui semblent ne laisser aucun doute sur son inexactitude.
Jean-Antoine, fils de Dominique, le dernier vicomte avant la Révolution, émigra, servit dans l'armée du prince de Condé à Coblentz où il épousa, en 1793, Jeanne-Marguerite de Roux de Beuil, chanoinesse à Maubeuge.
Son fils, Charles-Louis-Philippe-Henri, né en 1796 à l'étranger, revint en France à la Restauration, reçut le grade de capitaine de la garde royale sous Charles X et la charge de gentilhomme de la chambre du prince de Condé. Sur ses vieux jours, il revint dans son château de Méharin où il donna l'hospitalité à la princesse de Beïra dans des circonstances assez romanesques.
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| PORTRAIT DE MARIE-THERESE DE BRAGANCE PAR NICOLAS-ANTOINE TAUNAY VERS 1817 |
La princesse de Beïra était la femme de don Carlos prétendant au trône d'Espagne. On connait les causes de la guerre civile de 1833. A la mort du roi Ferdinand VII, l'infante Isabelle âgée de trois ans, succéda à son père le 18 septembre 1833, sous la régence de sa mère, la reine Christine. Don Carlos frère de Ferdinand revendiqua la couronne en vertu de la loi salique. La reine était soutenue par le parti libéral, tandis que don Carlos avait pour lui les éléments cléricaux et conservateurs.
La guerre civile désola la péninsule pendant sept ans de 1833 à 1840. Les hostilités se déroulèrent surtout dans les provinces basques où le prétendant comptait ses plus nombreux et plus chauds partisans.
Le gouvernement français favorisait ouvertement la cause d'Isabelle. Aussi lorsqu'il apprit que la princesse de Beïra devait rejoindre don Carlos, en traversant la France, il mit tout en œuvre pour l'en empêcher et les troupes qui gardaient la frontière reçurent les instructions les plus sévères à cet égard.
La princesse réussit à gagner Méharin où elle savait devoir trouver chez le vicomte de Belsunce la meilleure hospitalité et des précieuses indications pour réaliser la seconde partie de son programme de beaucoup la plus difficile à exécuter. Elle y parvint cependant grâce aux bons offices d'un contrebandier nommé Ganich qui joignait à une audace à toute épreuve, une connaissance approfondie du pays des deux côtés de la frontière.
C'est avec ce seul compagnon qu'elle partit une nuit, ayant à dépister les poursuites dont elle était l'objet en même temps qu'à surmonter les obstacles que la Nature semblait élever à dessein pour contrarier ses projets. Poursuites dans la nuit, passage de rivières débordées, orages dans la montagne, etc. ; rien ne manqua pour faire de cette équipée un véritable roman d'aventures. Cependant, après bien des vicissitudes, la princesse atteignit la frontière et rejoignit son mari.
Henri fut le dernier vicomte ayant fait de Méharin sa résidence Habituelle ; il y vécut jusqu'à sa mort en 1872. Il y écrivit une histoire des Basques en deux volumes, publiée en 1847, mais qui est moins une histoire du pays basque que de la Navarre, car il y est parlé de ce royaume à l'exclusion des autres provinces basques.
Son fils, Dominique-Arnolt, eut cinq enfants dont trois fils qui ont quitté le pays. A la mort de la vicomtesse de Belsunce, le château passa, par achat, à M. Larrabide, puis à M. Chenn et enfin à un diplomate espagnol, M. de Valerino qui apporta de nombreuses modifications à l'intérieur et réalisa d'importants travaux de terrassements extérieurs. A sa mort, sa veuve ne le conserva pas bien longtemps et le vendit à Mme Amespil de Hasparren qui en est la propriétaire actuelle.
| LE CHÂTEAU DE MEHARIN DESSIN DE P. GARMENDIA BMB N°1 1931 |
Pour clore l'historique des châteaux de Belsunce, il convient d'ajouter quelques mots sur celui de Macaye.
Il échut à une époque et dans des circonstances relatées plus haut à Jacques de Castaignolés, aide de camp des armées du roi qui reçut confirmation, par le roi Louis XIV, de son titre de vicomte de Macaye. Sa petite-fille et héritière Marie-Renée-Thérèse, épousa, en 1719, Per Ernauton de Haraneder, écuyer, avocat au Parlement de Paris et vicomte de Jolimont. Le nouveau seigneur de Macaye appartenait à une ancienne famille de Saint-Jean-de-Luz ayant fait dans le commerce une fortune considérable pour l'époque et comptant plusieurs branches.
Le petit-fils de Per Ernauton, Pierre-Nicolas, député de la noblesse aux Etats Généraux de 1789, prit part au serment du Jeu de Paume ; mais, après cette journée, il refusa de se joindre aux députés du Tiers et quitta Versailles. Il se rendit à Nantes et de là dans l'Inde où il mourut, en 1827, à Chandernagor, laissant une situation des plus obérées.
| LE SERMENT DU JEU DE PAUME 20 JUIN 1789 |
Le domaine de Macaye fut déclaré national comme bien d'émigré ; mais la veuve de Pierre-Nicolas établit, par un acte du notaire de Chandernagor, que son mari était resté en terre française et par conséquent n'avait pas émigré. Elle réussit ainsi à rentrer en possession de l'ancienne seigneurie de Macaye où elle vécut jusqu'à sa mort. Elle la laissa à sa nièce par alliance, Mme d'Irumberry, dont l'héritier fut son neveu M. Agénor de Pontchevron, ancien officier des Haras. Le château et les terres sont aujourd'hui la propriété de sa veuve.
Ainsi qu'on l'a vu plus haut, les Belsunce ont eu trois résidences.
Le premier de leurs châteaux, celui d'Ayherre, ne présente que des ruines, mais qui donnent une idée de ce qu'a été cette demeure seigneuriale. Il se trouve à deux kilomètres du coquet village de ce nom, sur une éminence située au milieu de la vallée que sillonne l'Arberoue, d'où il domine le pays. C'est un édifice à peu près carré, avec quatre tours d'angle circulaires. Il était autrefois entouré d'un fossé. II cessa de bonne heure d'être habité car un inventaire de 1670 mentionne que, déjà à cette époque, il était "avec les murailles, boisages et parois fort ruinés."
| CHÂTEAU DES BELSUNCE AYHERRE DESSIN PEDRO GARMENDIA BMB N 1 1931 |
On y pénétrait par une porte ogivale précédée d'un pont-levis et qui accédait à une grande salle. Il ne semble pas qu'il y ait eu de cour intérieure ou, s'il y en avait une, elle devait être de petites dimensions.
Dans les murs étaient percées, de tous côtés, des embrasures et des meurtrières. De hautes fenêtres à meneaux qui, aux étages supérieurs, dressent leurs encadrements entourés de lierre, des cheminées, quelques fragments de corniches prouvent que l'antique manoir, ouvrage militaire de premier ordre au Moyen Âge, mais modifié et embelli dans la suite, était devenu une habitation un peu sévère sans doute mais ne manquant pas d'une certaine grandeur.
Le château de Macaye, que les Belsunce habitèrent plus tard, est situé à l'extrémité de cette commune, sur la route de Louhossoa, à une centaine de mètres des premières maisons de ce village. C'est une grande maison d'une architecture n'appartenant à aucun style et ayant subi des réparations relativement récentes. Sa façade, percée d'une porte en plein cintre encadrée de belles pierres de taille et surmontée d'une fenêtre à meneaux, rappelle les maisons infançonnes de la Basse-Navarre.

CHÂTEAU DE MACAYE
DESSIN PEDRO GARMENDIA
BMB N 1 1931
DESSIN PEDRO GARMENDIA
BMB N 1 1931
Dès qu'on y a pénétré, on se trouve dans une grande salle paraissant d'autant plus vaste que l'escalier conduisant aux étages est accolé à un des murs latéraux. Ce vestibule où l'on ne trouve que des sièges, est d'un très bel effet dans sa simplicité. Au premier étage, de grandes pièces, garnies d'anciens meubles de famille, parmi lesquels plusieurs armoires à cabinet tiennent une grande place, donnent l'impression d'un milieu vraiment cossu et confortable.
Une quinzaine de tableaux de famille attirent les regards, depuis des aïeules aux coiffes démodées jusqu'à des enfants charmants dans leur costume du XVIIIe siècle. On remarque en particulier le portrait de Mgr. de Belsunce l'évêque de Marseille, celui du dernier M. de Pontchevron en militaire, un troisième, l'abbé de Pontchevron, l'aumônier de la duchesse de Berry et plusieurs autres excellentes toiles représentant des personnages dont l'identité n'est pas établie. C'est tout un passé que rappellent ces vieilles peintures.

MGR HENRI DE BELSUNCE

Quant au château de Méharin, il ne présente d'intérêt que par sa situation dominant le pays d'alentour. C'est une grande maison aux quatre angles de laquelle ont été ajoutées des tourelles circulaires. Cette modification, d'un goût douteux et de création sans doute récente, jure avec le reste de l'édifice plutôt qu'elle ne l'embellit, et lui enlève le caractère de simplicité qui est celui de presque tous les châteaux basques.

CHÂTEAU DES BELSUNCE MEHARIN
DESSIN PEDRO GARMENDIA
BMB N 1 1931
DESSIN PEDRO GARMENDIA
BMB N 1 1931


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