LES CONCERTS DE SAN FIRMIN À PAMPELUNE-IRUÑEA EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1920
LES CONCERTS DE SAN FIRMIN À PAMPELUNE EN 1920.
Tous les 7 juillet, des dizaines de milliers de "festayres" se rendent à Pampelune (Iruña), en Navarre.
AFFICHE SAN FIRMIN PAMPELUNE 1920 PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta Raoul Laparra dans l'hebdomadaire, Le Menestrel, le 15 octobre 1920 :
"Le mouvement musical à l'étranger.
En Navarre : A Pampelune, les fameux concerts de San Firmin traversent une grave crise. Sarasate les fonda en 1880. On conserve encore le souvenir de la saison (1882) qui vit participer à ces séances Manuel Perez, directeur du Teatro Real ; Chapi, l'auteur de tant de zarzuelas célèbres ; les Navarrais Arrieta, Zabalzu, Guelbenzu, Gayarre et Sarasate. La mort de ce dernier, survenue en 1908, fut pour cette intéressante institution le point de départ d'une regrettable décadence. Il faut reconnaître, cependant, que la municipalité de Pampelune, tutrice de ces concerts, fit son possible pour éviter leur disparition. Elle y introduisit de nouveaux facteurs, comme la Banda municipal de Madrid et les orchestres Sinfonica et Filarmonica, que dirigent Arbos et Perez Casas, avec le concours de solistes tels que Casais, Manen, Quiroga, et des programmes embrassant de Bach à Strawinsky. Néanmoins, les édiles de la ville ont décidé de supprimer les concerts classiques, le jour de San Firmin, et les ont remis, cette année, à la date du second Congrès d'études basques. Et voilà comment, pour la première fois depuis quarante ans, le vénéré Patron de Pampelune s'est trouvé sevré de musique (symphonique, au moins, car celle des gaïtas navarras, plus dans l'ambiance après tout, ne lui manquèrent pas, je l'espère).
AFFICHE SAN FIRMIN PAMPELUNE 1919 PAYS BASQUE D'ANTAN
Avec la disparition éventuelle de ces concerts, Francisco Rebota nous affirme que la Navarre (de même que, écrit-il, l'Allemagne actuelle) peut se considérer comme morte, musicalement, après avoir alimenté du folklore de son sol les idées de tant de générations ! Ce folklore, cependant, n'a jamais été parfaitement défini et flotte entre les jotas de la baja ribera, voisine de l'Aragon, et les zortzikos de la haute montagne, limitrophe des provinces basques. Car le domaine des danseurs d'aurresku encercle la Navarre par le Nord et expire, à l'est, contre la vallée aragonaise d'Anso, qu'habitent les pythonisses vertes. C'est à ce point de contact, à Roncal, que naquit Gayarre, le ténor que l'Espagne pleura plus qu'un roi et autant qu'un toréador. Le mauvais souffleur de chandelles, mais le tueur d'hommes qu'est le vent du Guadarrama, éteignit traîtreusement, un soir, à Madrid, cette voix, que l'on assure avoir été divine, et précipita l'artiste au tombeau. Pourquoi faut-il que le sépulcre dépare le berceau et que l'on ait imposé à Roncal, village d'un si beau caractère, un tel accessoire de théâtre ? La sculpture ratée de cette prétentieuse élucubration voudrait pourtant exprimer une jolie idée : un ange, penché sur la tombe, l'oreille tendue, tâche de percevoir encore la voix qui s'est tue à jamais.
A part cela, l'ensemble de ces beaux marbres gâchés pour rien est digne des conceptions les plus navrantes de notre Père-Lachaise. Que l'on imagine le choc d'une pareille rencontre, dans cette vallée dont les hameaux, aux fermes lignes, semblent avoir été, contre la tapisserie des croupes, groupés et colorés par la main volontaire des primitifs. Tels sont, trop souvent, les produits des "sentiments officiels" comparés à ceux qui émanent de l'art véritable ou, tout bonnement, des émotions directes du coeur. Combien je préfère le simple "nicho" où, comme dans un columbarium antique, mon frère fut déposé, l'autre jour, par les Aragonais d'Hecho, ses modèles, dans le site même qui fut le sujet de sa dernière étude ! Cette question de la note juste dans le souvenir reporte aussi ma pensée au tombeau de Washington, à Mount Vernon. Martha Washington l'avait voulu sur la pente qui descend au Potomac et situé de telle façon qu'elle pût, à son réveil, l'apercevoir de sa fenêtre, dans l'aurore. Des esprits bien intentionnés se formalisèrent, plus tard, de cette humble pierre enlacée de fleurs sauvages. On éleva, à un autre endroit, une chapelle dans le style de Lourdes et l'on y transporta le Héros, altérant ainsi, dans le site, le souvenir du duo qui, silencieux, se continua, à travers la mort, entre celui qui s'était tu et celle qui aimait toujours. De même eût-on souhaité que le site inviolé de Roncal laissât revoir Gayarre dans sa jeunesse : le petit gars en béret dont la chanson paysanne s'essayait aux échos de l'étroite vallée, son univers, et que seuls écoutaient alors les anges du ciel navarrais."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
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