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vendredi 17 juillet 2026

LA CHASSE À LA PALOMBE À ETCHALAR EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1919 (troisième et dernière partie)

 

LA CHASSE À LA PALOMBE À ETXALAR EN 1919.


Les villages d'Etchalar, en Navarre et de Sare, en Labourd, peuvent s'enorgueillir depuis une époque immémorable de posséder une des plus belles, sinon la plus fameuse chasse aux pantières (filets verticaux) des cols Pyrénéens



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CHASSE A ETCHALAR NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



 Voici ce que rapporta à ce sujet Jacques de Saint-Pastou, dans le Bulletin mensuel de la Société 

Centrale des Chasseurs du 15 août 1919 :



"... La physionomie de la Chasse.



La cornetta des guetteurs signale le vol... Un appel... il s'agit d'un faible passage qui se dirige droit vers le col. Le directeur Cathon siffle pour indiquer que "tout va bien". Les chatars n'ont pas à intervenir. Mais voici que le vol file vers l'est.



— Uchuac ! Domikoa ! bota ! bota ! (Les palombes ! Domicoa ! jette ! jette !) crie le directeur.



Et le rabatteur de Domicoa lance ses palettes qui tombent dans les arbres en cassant des branches : instantanément le vol baisse en tournoyant ; puis les palombes veulent changer de direction et décrivent des cercles. Elles semblent se concerter avant de rebrousser chemin.



Un ordre bref part de la tour du directeur : les chatars agitent leur drapeau blanc. Thuitha, perché sur son arbre, Arrikoa, du haut de sa tour, heurtent les palettes l'une contre l'autre en faisant : "Hù ! hù ! hù !"



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LA TOUR PALOMBIERES SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Les palombes virent de nouveau et s'engouffrent à toute vitesse, vers la seule issue qui leur reste, vers le col.



En un rien de temps, de la Tour de la Mort, dix, vingt palettes rondes s'abattent sur le vol.



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LANCEUR D'EPERVIERS SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Désemparées par cette attaque imprévue, les palombes plongent avec la rapidité de l'éclair.



Au même instant, les filets s'étalent sur le sol.



"Arrayua !" Un cri de triomphe déchire l'air, auquel répondent par de joyeux irrinzinas les rabatteurs isolés.



Les palombes viennent des pays septentrionaux.



A l'automne, saison bénie des chasseurs, elles fuient à tire d'ailes vers les climats plus chauds du sud de l'Espagne, vers les ciels plus lumineux de l'Algérie et du Maroc.



Pour prouver la rapidité de leur course, on prétend avoir trouvé, en leur ouvrant le ventre, des glands de la Forêt Noire qu'elles n'auraient pas eu le temps de digérer. Mais, ce sont là, sans doute, des histoires de chasseurs.



Elles volent le bec au vent, en troupes assez disciplinées et, parfois, fort nombreuses : on en a vu passer plus de vingt mille le même jour.



En une saison de chasse, la palombière d'Etchalar a rapporté à la Société près de cinq cents douzaines de palombes et cent cinquante douzaines de tourterelles.





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FILETS PALOMBIERE SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN


La plus belle journée fut de cent treize douzaines pour Sare contre cent huit pour Etchalar.



Sous mes yeux, le plus beau coup de filet fut de treize douzaines.



Les heures les plus favorables aux passages sont le matin jusqu'à onze heures et l'après-midi de quatre heures à la tombée de la nuit.



Les filets de la palombière d'Etchalar sont posés à dix mètres de la frontière, au nombre de cinq. On en compte six à Sare et à Lecumberry.



Chaque filet est soutenu par deux poteaux, peints en vert, de douze mètres de hauteur ; les filets sont inclinés vers la terre dans le sens opposé au vol : ils forment poche. Leurs mailles ont cinq centimètres de côté. Bien que solidement nouées, il arrive que les mailles se rompent sous la violence du choc et le nombre des palombes unis à la puissance de leur coup d'ailes.



Deux lingots de plomb de cinq kilos sont attachés à la corde maîtresse, qui tient horizontale la partie supérieure des filets. Lorsque le vol plonge, le filetier, par un ingénieux système de leviers, libère la corde maîtresse et le filet entraîné par le poids des plombs glisse le long des montants et recouvre le sol.



Les palombes sont mises en paniers sur le lieu de la chasse : les auxiliaires, armés de ciseaux, coupent le bord des ailes de celles que l'on ne destine pas au tir au pigeon ou à servir d'appeaux.



En été, on chasse la tourterelle. Toutes les palombes qui sont prises jusqu'au 29 septembre appartiennent à la "Société fermière des Tourterelles". A partir du 29 septembre jusqu'au 15 novembre, on ne chasse que la palombe. En hiver, on prend des bécasses.




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PANNEAU : PALOMBIERES D'ETCHALAR NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN

La chasse d'Etchalar — la plus ancienne du pays basque — date de trois cents ans. Elle appartient à trois Français : MM. Hernaudo, Leremboure et Abbadie et à deux Espagnols : el Marquès de Gaztelu et Viuda de A.



La palombière de Sare a vingt propriétaires.



Ces grandes chasses sont, dans la plupart des cas, louées à des entrepreneurs.



Dans les classes moyennes, les salaires se paient en nature. L'un des chasseurs préposé, au fur et à mesure qu'il encage les palombes, compte à voix haute :


"Ogaï-ta-zortzi ! ogaï-ta-bederatzi ! ogaï-ta-amar !" (vingt-huit ! vingt-neuf ! trente...)



Et il inscrit le total à la craie ; le soir, il additionne toutes les prises de la journée.



Le directeur de la chasse réunit son personnel et prélève une part pour le propriétaire du terrain, une part pour celui des filets, puis il délivre à ses auxiliaires une part ou une demi-part, selon la hiérarchie des fonctions.



Il appelle les rabatteurs par le nom de leur poste :


"Gaïkoa, tant de palombes... Amarikoa, tant..., etc..."



Le porteur d'eau et de cidre, le ramasseur de palas touchent quatre ou cinq palombes.



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PALAS ET TURUTA ETCHALAR NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le règlement de compte définitif, surtout s'il clôture une saison fructueuse, procure aux chasseurs l'occasion d'une fête.



Après les traditionnelles actions de grâce, les chasseurs se réunissent dans l'auberge du pays et mangent le bipherrada national (omelette aux piments).



Certains interrompent leur repas pour improviser des chansons sur le thème de la chasse.



Puis les gaïteros, les joueurs de chirulas et de tambourins accompagnent les danses ; le saut basque, le zortzico, l'aurrescu, véritable ballet qui se termine par un fandango endiablé.



Ainsi, pour cette race vigoureuse, les grands événements de la vie sont marqués d'une prière, d'une chanson et d'une danse."






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mardi 7 juillet 2026

LES CONCERTS DE SAN FIRMIN À PAMPELUNE-IRUÑEA EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1920

LES CONCERTS DE SAN FIRMIN À PAMPELUNE EN 1920.


Tous les 7 juillet, des dizaines de milliers de "festayres" se rendent à Pampelune (Iruña), en Navarre.



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AFFICHE SAN FIRMIN PAMPELUNE 1920
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta Raoul Laparra dans l'hebdomadaire, Le Menestrel, le 15 octobre 1920 :



"Le mouvement musical à l'étranger.


En Navarre : A Pampelune, les fameux concerts de San Firmin traversent une grave crise. Sarasate les fonda en 1880. On conserve encore le souvenir de la saison (1882) qui vit participer à ces séances Manuel Perez, directeur du Teatro Real ; Chapi, l'auteur de tant de zarzuelas célèbres ; les Navarrais Arrieta, Zabalzu, Guelbenzu, Gayarre et Sarasate. La mort de ce dernier, survenue en 1908, fut pour cette intéressante institution le point de départ d'une regrettable décadence. Il faut reconnaître, cependant, que la municipalité de Pampelune, tutrice de ces concerts, fit son possible pour éviter leur disparition. Elle y introduisit de nouveaux facteurs, comme la Banda municipal de Madrid et les orchestres Sinfonica et Filarmonica, que dirigent Arbos et Perez Casas, avec le concours de solistes tels que Casais, Manen, Quiroga, et des programmes embrassant de Bach à Strawinsky. Néanmoins, les édiles de la ville ont décidé de supprimer les concerts classiques, le jour de San Firmin, et les ont remis, cette année, à la date du second Congrès d'études basques. Et voilà comment, pour la première fois depuis quarante ans, le vénéré Patron de Pampelune s'est trouvé sevré de musique (symphonique, au moins, car celle des gaïtas navarras, plus dans l'ambiance après tout, ne lui manquèrent pas, je l'espère).



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AFFICHE SAN FIRMIN PAMPELUNE 1919
PAYS BASQUE D'ANTAN



Avec la disparition éventuelle de ces concerts, Francisco Rebota nous affirme que la Navarre (de même que, écrit-il, l'Allemagne actuelle) peut se considérer comme morte, musicalement, après avoir alimenté du folklore de son sol les idées de tant de générations ! Ce folklore, cependant, n'a jamais été parfaitement défini et flotte entre les jotas de la baja ribera, voisine de l'Aragon, et les zortzikos de la haute montagne, limitrophe des provinces basques. Car le domaine des danseurs d'aurresku encercle la Navarre par le Nord et expire, à l'est, contre la vallée aragonaise d'Anso, qu'habitent les pythonisses vertes. C'est à ce point de contact, à Roncal, que naquit Gayarre, le ténor que l'Espagne pleura plus qu'un roi et autant qu'un toréador. Le mauvais souffleur de chandelles, mais le tueur d'hommes qu'est le vent du Guadarrama, éteignit traîtreusement, un soir, à Madrid, cette voix, que l'on assure avoir été divine, et précipita l'artiste au tombeau. Pourquoi faut-il que le sépulcre dépare le berceau et que l'on ait imposé à Roncal, village d'un si beau caractère, un tel accessoire de théâtre ? La sculpture ratée de cette prétentieuse élucubration voudrait pourtant exprimer une jolie idée : un ange, penché sur la tombe, l'oreille tendue, tâche de percevoir encore la voix qui s'est tue à jamais. 



A part cela, l'ensemble de ces beaux marbres gâchés pour rien est digne des conceptions les plus navrantes de notre Père-Lachaise. Que l'on imagine le choc d'une pareille rencontre, dans cette vallée dont les hameaux, aux fermes lignes, semblent avoir été, contre la tapisserie des croupes, groupés et colorés par la main volontaire des primitifs. Tels sont, trop souvent, les produits des "sentiments officiels" comparés à ceux qui émanent de l'art véritable ou, tout bonnement, des émotions directes du coeur. Combien je préfère le simple "nicho" où, comme dans un columbarium antique, mon frère fut déposé, l'autre jour, par les Aragonais d'Hecho, ses modèles, dans le site même qui fut le sujet de sa dernière étude ! Cette question de la note juste dans le souvenir reporte aussi ma pensée au tombeau de Washington, à Mount Vernon. Martha Washington l'avait voulu sur la pente qui descend au Potomac et situé de telle façon qu'elle pût, à son réveil, l'apercevoir de sa fenêtre, dans l'aurore. Des esprits bien intentionnés se formalisèrent, plus tard, de cette humble pierre enlacée de fleurs sauvages. On éleva, à un autre endroit, une chapelle dans le style de Lourdes et l'on y transporta le Héros, altérant ainsi, dans le site, le souvenir du duo qui, silencieux, se continua, à travers la mort, entre celui qui s'était tu et celle qui aimait toujours. De même eût-on souhaité que le site inviolé de Roncal laissât revoir Gayarre dans sa jeunesse : le petit gars en béret dont la chanson paysanne s'essayait aux échos de l'étroite vallée, son univers, et que seuls écoutaient alors les anges du ciel navarrais."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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mercredi 17 juin 2026

LA CHASSE À LA PALOMBE À ETCHALAR EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1919 (deuxième partie)

LA CHASSE À LA PALOMBE À ETXALAR EN 1919.


Les villages d'Etchalar, en Navarre et de Sare, en Labourd, peuvent s'enorgueillir depuis une époque immémorable de posséder une des plus belles, sinon la plus fameuse chasse aux pantières (filets verticaux) des cols Pyrénéens.



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CHASSE A ETCHALAR NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet Jacques de Saint-Pastou, dans le Bulletin mensuel de la Société 

Centrale des Chasseurs du 15 août 1919 :



"Les postes.



Chaque point culminant a son poste, chaque poste son utilité et chaque gardien de poste son rôle.



Mais, s'il est vrai que le plus court croquis en dise plus long qu'un long rapport, n'hésitons pas à placer sous les yeux de nos lecteurs un plan schématique montrant la situation des divers postes et l'emplacement des filets.



A Etchalar, on compte neuf postes : les uns sont al suelo (sur le sol) — et ce sont les plus éloignés — les autres sont situés sur les arbres et sur les tours.



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PANNEAU : PALOMBIERES D'ETCHALAR NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Les postes "al suelo" : guetteurs et rabatteurs.



Les postes "al suelo" — littéralement au sol — sont dans l'ordre, à gauche et à droite de la vallée, celui d'Iroeikoa — de la montagne d'Iroeic — et celui d'Amarikoa — de la montagne d'Amaric. Voilà les guetteurs.



Les rabatteurs "al suelo" tiennent, à gauche, le poste de Larrekoa — poste dit "de la colline" — et celui plus élevé de Gaikoa — poste d'"en haut" — ; à droite, enfin le poste de Domikoa — de la montagne de Domic.



Le gardien des premiers est une véritable sentinelle avancée. Son rôle se borne à annoncer l'arrivée du vol, ce dont il s'acquitte en soufflant dans un cornet à bouquin appelé Manjureta, plus communément, corneta ou turruta.



Le signal varie selon l'importance des passages ; voici, d'ailleurs, la gamme des conventions.



Dès que le guetteur aperçoit le vol, il tire de sa corneta une série de sons brefs. Cinq ou six coups de langue rapides, suivis de trois appels longs signifient qu'un grand vol est en vue : deux appels prolongés signalent un vol d'importance moyenne (regular) ; enfin, l'annonce d'un petit vol se traduit par un seul appel prolongé ou, plus souvent par un cri guttural.



Deux notes longues et une brève indiquent que les palombes volent "haut" ; une suite de notes brèves qu'elles volent "bas".



Si deux vols nombreux se suivent, les guetteurs avertissent deux fois de suite. Il peut fort bien se faire qu'un vol signalé change subitement de direction, qu'il ne s'engage pas dans la passe d'Etchalar ; dans ce cas, il n'y a pas d'avertissement particulier. C'est, seulement, une forte déception pour les chasseurs qui attendent sans voir venir... ainsi que soeur Anne.



Durant la chasse, on conseille aux guetteurs de ne point révéler leur présence. Ils se tapissent dans la bruyère ou entre deux rochers et ils observent.



Cependant, pour parer à toute éventualité, on les munit, comme leurs camarades, des postes intermédiaires, d'une sorte de drapeau, dont nous allons voir l'utilité aux mains des rabatteurs "al suelo".



Les rabatteurs "al suelo", les chatars, ont une mission différente et très définie : ils agitent au bout d'un bâton un linge blanc, afin d'effrayer les palombes qui s'écarteraient de la bonne voie, soit qu'elles aient des velléités de piquer dans la direction de la montagne, soit qu'elles veuillent rétrograder vers la plaine.



Les chatars, tout en faisant claquer au vent leur drapeau poussent des cris aigus : "Hù! Hù! Hù!..."



Les rabatteurs des arbres et des tours.



Des chênes, des frênes et des hêtres montent à l'assaut du col : cependant, tout là-haut, on a déboisé pour laisser le passage libre, ne conservant à droite et à gauche que quelques bouquets d'arbres d'où émerge la plate-forme des tours. A gauche, à une centaine de mètres de la ligne des filets, se trouve un arbre dont la cime dépasse toutes les autres ; sur cet arbre, une cabane occupée par un rabatteur ; un panier, à proximité de l'homme, le fournit abondamment de cet accessoire indispensable : la pala, palette de bois peinte au lait de chaux, qui servira, lancée à plat, à faire baisser le vol ou, verticalement, à le faire s'éloigner.



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PALAS ET TURUTA ETCHALAR NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Ce rabatteur s'appelle par son nom ou par son sobriquet. Celui que l'on désigne par le sobriquet de Thuitha (prononcez Touitia) a plusieurs rôles importants, dont il s'acquitte au commandement de la chasse.



Si le vol oblique dans sa direction, Thuitha a pour mission de l'éloigner, soit en frappant deux palettes l'une contre l'autre, avec un bruit de battoir, soit en se servant d'une palette ainsi que d'un projectile. La palette remplit alors l'office d'une pierre lancée de haut en bas. Mais il arrive, parfois, que le vol s'élève : s'il continue à monter, il survolera les filets : Thuitha doit alors le rabattre ; il jette sa palette horizontalement sous le vol qui plonge, redoutant d'être aux prises avec un épervier.



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LANCEUR D'EPERVIERS SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



C'est le directeur qui indique à son collègue la tactique à employer et le moment où il faut l'employer par ces injonctions brèves :


Thuita! bota! bota! (ou tira! tira! sous-entendu pala)... aphalecoa!

— Thuitha ! jette ! jette la palette par en dessous !



Lorsque le directeur crie :


"Bota! bota goïtic! (jette ! jette la palette en haut !) c'est que le vol se présente à lui comme étant très haut.



Si le vol est à hauteur moyenne, le directeur crie seulement :


"Bota! bota!" (jette ! jette !)



Si le vol passe "bas", le directeur ajoute : "Petic", "en bas".



Thuitha possède dans le rabatteur de la tour d'Arricoa (la tour de pierre) un vis-à-vis qui remplit les mêmes fonctions.



La Tour de la Mort, occupée par le second chef, se situe à environ quinze mètres en avant et à gauche des filets.



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LA TOUR PALOMBIERES SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Du haut de cette tour part l'ultime palette, la palette de la mort (pala de la muerte) qui fait plonger le vol et le fait capturer.



Ce poste, on s'en rend compte, a une importance capitale ; il est confié à l'illustre Ramon, l'homme le plus habile dans l'art de poursuivre les palombes par un jet soutenu de palette, un jet à tour de bras, et il est unique, paraît-il, pour affoler le vol par ses clameurs. Son adresse, ses ruses sont proverbiales ; son expérience date de l'enfance, car sa charge se transmet de père en fils.



Le directeur de la chasse.



Tous obéissent au directeur dont le poste de commandement est situé sur un pylône aux assises de pierre, voisin des filets, du haut duquel la vue embrasse la chasse entière.



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FILETS PALOMBIERE SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN


"El director" Cathon (prononcez Catione) est un vieux Navarrais, au profil sévère et sombre de moine espagnol. Sa responsabilité est énorme : de son à-propos, de son sang-froid, de sa décision, de sa science dépend la capture de centaines de palombes.



C'est lui et lui seul qui conduit la chasse ; il conseille les rabatteurs "al suelo" et ceux des tours ; il réfrène leur ardeur ou l'encourage ; il déclenche le jet de "la pala de la muerte" et, par un autoritaire "guardia!" il prévient les Saretakoak (les hommes de filets) d'avoir à rabattre les filets."



A suivre...






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dimanche 17 mai 2026

LA CHASSE À LA PALOMBE À ETCHALAR EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1919 (première partie)

LA CHASSE À LA PALOMBE À ETXALAR EN 1919.


Les villages d'Etchalar, en Navarre et de Sare, en Labourd, peuvent s'enorgueillir depuis une époque immémorable de posséder une des plus belles, sinon la plus fameuse chasse aux pantières (filets verticaux) des cols Pyrénéens



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CHASSE A ETCHALAR NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet Jacques de Saint-Pastou, dans le Bulletin mensuel de la Société 

Centrale des Chasseurs, du 15 août 1919 :



"Dans les Landes et dans les Pyrénées, dès les premiers jours d'octobre jusqu'à la mi-novembre, les hommes industrieux et sournois tendent des pièges aux palombes craintives qui émigrent vers les pays de soleil.



Ici, on les attire par des appeaux, puis on les tue à coup de fusil.



Là, on les oblige à s'engager dans des cols tenus de filets gigantesques, où elles tombent par centaines.



Telles sont les deux méthodes : l'une, la chasse à l'appeau ; l'autre, la chasse aux filets.



La chasse du guet-apens.



La chasse à l'appeau est une embuscade dont on use dans le département des Landes, en Armagnac surtout, pays de plaines et de bois, et, ailleurs, dans les chasses de moyenne importance.



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CHASSE A LA PALOMBE AVEC APPEAU
BAZADAIS D'ANTAN



Les chasseurs, l'arme au pied, se dissimulent dans des cabanes construites de branchages construites de branchages entrelacés et camouflés de fougères. Une double haie en bruyères, formant couloir, réunit les cabanes.



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POSTE DES CHASSEURS A LA PALOMBE
LANDES D'ANTAN



En avant de nos chasseurs, sur un arbre judicieusement choisi, on place un appeau — un ramier à qui l'on a cousu les yeux.



L'appeau est fixé par les pattes sur une raquette à charnière reliée par un montant à un châssis mobile qui vient coller contre une potence clouée à l'arbre. Et, alors, voici le mécanisme : lorsque la raquette bascule, l'appeau, pour reprendre son équilibre, bat des ailes comme s'il allait se poser : ce que voyant, les palombes qui tournoient suivent l'invitation qui leur est faite et viennent s'abattre sur les arbres alentour. Le vol étant posé à bonne portée, les chasseurs postés dans les couloirs et juchés jusque dans les arbres tirent au commandement.



Un bon appeau se paie relativement cher : le succès dépend de lui et aussi de l'habileté du rusé paysan qui, en tirant sur la corde, fait jouer la raquette. L'appeau doit battre de l'aile comme s'il se posait et non comme s'il devait s'envoler, sous peine de produire un effet contraire à celui que l'on cherche.



Un ramier, pour devenir appeau, ne doit pas avoir été blessé, car son coup d'ailes serait gêné et anormal ; n'oublions pas que les palombes, nées méfiantes, ont un regard perçant qui voit et juge de loin.



La Chasse au pays de Ramuntcho.



Au pays de Ramuntcho, la chasse en faveur est celle "aux filets", plus productive que la chasse "à l'appeau", plus originale aussi, mais peut-être moins passionnante, sportivement parlant. Elle est une véritable industrie des paysans et des grands propriétaires du pays basque.



Dans cette région privilégiée, les palombières abondent. En Basse-Navarre, l'une des trois provinces basco-françaises, on cite la chasse de Behorleguy, qui appartient à M. Jean Ybarnegaray, le député de Mauléon et celle de Lecumberry, dont le propriétaire est Mlle Duthey, une petite-nièce du maréchal Harispe.



Mais les deux plus connues, parce que les plus importantes et les mieux organisées, sont les palombières de Sare, en Labourd, et leurs voisines et rivales d'Etchalar, en Guipuzcoa : l'une et l'autre chevauchent, pour ainsi dire, la frontière.



Une palombière modèle : Etchalar.



"A l'automne, prends ton fusil, Ramon, dit un dicton basque, et observe d'où vient le vent ; s'il souffle du Sud ou de l'Ouest, raccroche ton fusil ; s'il souffle de l'Est, dirige-toi vers les palombières de Sare ; s'il souffle du Nord, monte un peu plus haut, au col voisin d'Etchalar : les passages y seront plus nombreux et plus fournis."



Le vent du Nord nous étant favorable, montons au col d'Etchalar.



Le sentier court entre les fougères couleur de rouille : sentier de contrebandiers, qui fausse notre direction, nous perd délicieusement en des sous-bois charmants de chênes et de hêtres et nous oblige à traverser des torrents sur des arbres abattus.



Le matin est exquis, léger, caressant. Une échappée sur la plaine nous fait dire : "Comme nous sommes loin !" et le calme de ce paysage nous fait penser : "Comme c'est bon et comme c'est beau !"



Baletecogaha! l'Atchuria!... Ils sonnent étrangement les terres lointaines, ces deux pics qui limitent le col d'Etchalar. Et, cependant, de leur sommet qui se défend à peine, on aperçoit Biarritz et les flèches hardies de la cathédrale de Bayonne, le Boucau et ses usines, sur qui plane toujours un tourbillon de fumées noires, la côte basque, l'océan et la ligne bleue des pignadas.



Plus près de nous, la vallée se resserre et le paysage basque si classique en ses lignes, si harmonieux, si profondément humain, se ferme, se replie, lutte contre l'envahissement des étrangers. Le col d'Etchalar réalise ce paradoxe d'être le bout du monde à notre porte.



Les palombières d'Etchalar.



Pour nous permettre d'expliquer cette chasse aux filets, longue, minutieuse, patiente, dont les moindres incidents sont prévus, il est nécessaire de se rendre un compte exact de la topographie des lieux.



A partir du village de Sare, à mesure que l'on s'élève, la vallée va en s'étranglant : elle emprunte la forme d'un couloir aux côtés souvent abrupts.



A gauche, ce sont les pentes de l'Atchuria et de la montagne d'Abataric ; à droite, les contreforts des pics d'Ibantelly — 698 mètres — et de Baletecogaha : merveilleuse route de l'air des oiseaux migrateurs, jalonnée de distance en distance et à des hauteurs différentes par des postes d'observation et des postes de commandement.



Au fond de ce couloir et au centre : la passe déboisée du col d'Etchalar que barrent cinq filets (cinco redes).



pays basque guerre seconde chasse palombes sare
FILETS PALOMBIERE SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Toute la chasse consiste à diriger les palombes sur le col, puis à rabattre les filets au moment psychologique."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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vendredi 27 février 2026

LA CHAPELLE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA À VALCARLOS EN NAVARRE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (troisième et dernière partie)

 

LA CHAPELLE DE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA.


L'antique chapelle d'Ibañeta, en Navarre, date de 1127.



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CHAPELLE DE CHARLEMAGNE
IBAÑETA RONCEVAUX NAVARRE
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta J.-B. Daranatz dans le Bulletin du Musée Basque N° 9 de 1935 :


"La Chapelle de Saint-Sauveur ou de Charlemagne à Ibañeta.


Malgré les plaintes et les protestations de Huarte, la Chapelle de Charlemagne ne fut pas mieux pourvue de service régulier, ni restaurée comme elle le méritait. C'était la décadence ; ce sera bientôt la ruine, bientôt la fin. Il nous est resté de ce qu'elle était encore en 1670-1673, le témoignage bien curieux du prêtre bolonais D. Laffi qui allait à Compostelle et s'arrêta à Ibañeta dont il parle ainsi :


"Enfin, avec l'aide de Dieu et de saint Jacques de Galice, nous arrivâmes sur la haute cime des Pyrénées ; là est une petite chapelle très ancienne ; nous y entrâmes, car il n'y a ni porte ni fenêtres pour la fermer, et nous y chantâmes un Te Deum pour rendre grâces à Dieu de nous avoir conduits jusque-là sains et saufs ; mais avant de quitter la cime de ces hautes Pyrénées, que nous avions gravies avec tant de peine, nous nous reposâmes dans cette chapelle ; nous y vîmes beaucoup de figures et de sculptures antiques et quelques inscriptions effacées par le temps, si bien qu'on ne peut les lire. De là, on voit au levant la France, au couchant l'Espagne (ou plutôt au Nord et au Midi). C'est dans ce lieu même que Roland sonna du cor quand il appela Charlemagne à son aide et il le sonna si fort qu'il le fit éclater...


Ayant quitté cette chapelle, nous commençâmes à descendre pendant un quart de lieue, tant que nous découvrîmes ce Roncevaux si désiré de nous... Nous y descendîmes donc et nous entrâmes sous une grande voûte... (A la grille de l'église) est attaché le cor de Roland... (fendu) à l'heure où, sur la cime des Pyrénées, il sonna pour appeler Charlemagne qui était campé à Saint-Jean-Pied-de-Port."



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CHAPELLE DE CHARLEMAGNE RONCEVAUX 1872
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
NAVARRE D'ANTAN

Ce texte est l'un des plus précieux qui nous restent sur la Chapelle d'Ibañeta ; mais, depuis le XVIIe siècle, nous n'avons rien de satisfaisant au sujet de cet oratoire.



Pendant la Révolution, la Chapelle fut brûlée et il n'en restait que des murs calcinés, lorsque Guillaume de Humboldt passa par là en 1801. Il n'y a plus que des ruines. Il écrivait en effet : "On ne voit actuellement de la Chapelle d'Ibañeta que les murs, parce qu'elle fut détruite à la dernière guerre."



Un voyageur, qui visitait Roncevaux en 1823, l'appelle Notre-Dame du Bon Refuge, sans dire un mot de son état de délabrement.



Voici maintenant un texte de 1849, tiré des Délibérations capitulaires de Roncevaux, tout à fait déconcertant. La chapelle prend le nom d'édifice ; il semble y avoir deux étages : le toit est à jour et tout s'effondre. On ordonne des réparations urgentes à la toiture et "à tout l'édifice". Elles consisteront surtout à condamner les ouvertures des fenêtres pour que les voyageurs puissent y trouver un refuge à l'abri des vents et de la tempête.



En 1856, le Guide Richard dit simplement que la Chapelle d'Ibañeta servait d'étable. Vingt ans après, Fuentes, qui était monté de Roncevaux à Ibañeta, après avoir gravi les trois kilomètres de côte, fait observer qu'on y trouve de larges vestiges des fondations anciennes, sur lesquelles avaient poussé et grandi de nombreux arbres séculaires. Adoptant naturellement les idées de l'époque, il ajoutait que tout cela occupait l'emplacement du sanctuaire primitif, de l'hôpital et du monastère, "berceau du premier Ordre religieux, militaire et hospitalier de l'Espagne", la Chapelle de Saint-Sauveur d'Ibañeta.



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CHAPELLE DE CHARLEMAGNE RONCEVAUX
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
NAVARRE D'ANTAN


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RUINES DE LA CHAPELLE DE CHARLEMAGNE IBAÑETA 1925
BMB N°9 1935



C'était cependant, malgré son profond abandon, encore un poste de secours pour les voyageurs. Mais depuis que la route nouvelle fut achevée en 1881, l'ancienne chapelle se trouva sur le bord du chemin, à droite en allant à Roncevaux. Ses dimensions étaient alors de 11 mètres de façade, 12 de côté, ou 8 sans compter les contreforts. A l'intérieur, il y avait un foyer central, une grande cheminée, une porte, des fenêtres cintrées et bouchées. Sur le mur Ouest, on voyait les armes de Roncevaux. Aux piliers de la tour pendait encore une vieille cloche pour avertir les pèlerins. Pendant la construction de la route, on fit de la chapelle un dépôt d'outillage.



Cette description des derniers jours de la célèbre Chapelle de Charlemagne mérite d'être conservée et reproduite. Dans son bel ouvrage sur la Navarre, Mané y Flaquer se contente d'appeler la chapelle "un ermitage abandonné, de construction moderne, converti en étable".



C'est de 1875 à 1884 que datent les rares dessins de la Chapelle d'Ihañeta. Mané y Flaquer, Léon Gautier, H. Petit de Meurville nous les ont laissés ; celui de M. de Meurville l'emporte sur les autres. On les trouvera tous dans le tome III de nos Recherches sur la Ville et sur l'Eglise de Bayonne.



La chapelle d'Ibañeta fut détruite par un incendie en 1884. Ce malheur est imputable à l'imprudence des soldats qui formaient le cordon sanitaire contre l'invasion du choléra. Elle ne fut pas restaurée et depuis lors il n'en resta que quelques murs : ce sont aujourd'hui moins que des ruines.



M. de Cardaillac a fait une description très fidèle de ces tristes débris et leur a consacré plus d'une page de son intéressante étude sur Roncevaux ; mais il se refuse à croire que cet édifice ait été refait plusieurs fois. Cependant le moindre examen le prouve bien. Naguère on avait même aménagé à l'intérieur de l'édifice une grande cheminée et un spacieux foyer ! "A l'intérieur, dit M. de Cardaiilac, on relève une caractéristique curieuse. Un mur de refend coupe profondément la chapelle... La nef unique... contenait, sous le pavé disparu, deux cryptes ou caveaux."



Y avait-il jadis une crypte et un ossuaire ? Peut-être ; mais ils ne pouvaient être antérieurs à la fin du XIIe siècle ou au XIIIe, quoique M. de Cardaiilac dise après Gaston Paris : "Sûrement encore, par son nom et par les fondations de ses murs ruinés, la Chapelle d'Ibañeta remonte, elle aussi, au roi Charles".



Ce qu'on voit aujourd'hui — quelques mauvais murs et des blocs de maçonnerie épars à terre — éveillerait à peine l'attention, si l'histoire et la légende ne venaient rappeler les récits qui font de ce coin de terre un lieu sacré et des plus émouvants du monde entier.



On ne se douterait jamais, à voir ces pauvres ruines, qu'on se trouve en face de la célèbre Chapelle de Charlemagne ; on en soupçonne à peine l'antique orientation (de l'Est à l'Ouest). Seule l'image conservera le spectacle lamentable qu'offre aujourd'hui Saint-Sauveur d'Ibañeta."





(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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samedi 31 janvier 2026

LA CHAPELLE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA À VALCARLOS EN NAVARRE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième partie)

 

LA CHAPELLE DE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA.


L'antique chapelle d'Ibañeta, en Navarre, date de 1127.



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CHAPELLE DE CHARLEMAGNE
IBAÑETA RONCEVAUX NAVARRE
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta J.-B. Daranatz dans le Bulletin du Musée Basque N° 9 de 1935 :


"La Chapelle de Saint-Sauveur ou de Charlemagne à Ibañeta.




D'après M. Bédier. — Les pages consacrées par ce maître à Ibañeta et à ses établissements, sont extrêmement curieuses et intéressantes. Pour lui, ni la chapelle, ni l'hospice ne datent du temps de Charlemagne, mais ils étaient fort anciens, et remontaient "aux temps carolingiens". Il n'admet pas l'existence d'un Ordre religieux militaire à Ibañeta, mais, d'après lui, des "gens d'Eglise desservaient la chapelle du Saint-Sauveur" avant la Chanson de Roland, avant 1130.



chanson roland roncevaux ibañeta navarre
LA CHANSON DE ROLAND
PAYS BASQUE D'ANTAN


D'après nos Recherches sur la Ville et sur l'Eglise de Bayonne. — Notre thèse (à M. Dubarat et à moi, III, passim) diffère de l'opinion de Huarte, de Sarasa, de Gaston Paris et de M. Bédier. Un simple exposé montrera sur quels points nous différons de nos devanciers. La "Croix de Charles" que nous plaçons à Ibañeta explique et oriente toute notre démonstration.



Première conclusion. — C'est la "Croix de Charles" qui a donné son nom à la "Chapelle de Charles".


D'après nous, en effet, la "Croix de Charles" existait au sommet d'Ibañeta depuis le VIIIe siècle environ. La "Chapelle de Charles", qui y fut également, n'est pas encore nommée dans le Guide des Pèlerins au XIIe, mais plus tard, dans d'autres documents. Il s'ensuit nécessairement que celle-ci est d'une époque assez tardive et qu'elle a pris le nom de celle-là. Les vieux noms s'imposent ; et quand il s'agit surtout du nom de Charlemagne, il n'y a pas à insister sur cette vérité d'expérience. Marca identifie même, pour ainsi dire, la Croix et la Chapelle de Charles : ad Crucem sive Capellam Caroli,



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LE GUIDE DU PELERIN DE ST-JACQUES DE COMPOSTELLE
DE JEANNE VIEILLIARD



Nous savons certes que cette chapelle portait aussi d'autres noms : de Saint-Sauveur, de Saint-Sauveur du Somport, d'église du Somport, et enfin de Saint-Sauveur de Charlemagne située sur la cime des Pyrénées à Ibañeta.



Deuxième conclusion. — Le nom de "Chapelle de Charles" ne paraît pas avant le XIIIe siècle et se trouve rarement dans les textes anciens.


Au XIIe siècle encore, nous apprend le Guide des Pèlerins, il n'y a rien à Ibañeta que des croix.


Nous pouvons admettre, dans l'état de la documentation actuelle, que le nom de "Chapelle de Charles" paraît pour la première fois, en 1270, dans la fausse charte de fondation de Roncevaux. Ce texte ne nous a pas été conservé, mais Huarte l'a vu dans un procès. Il est vraisemblable que ce terme existait déjà, puisqu'on ose le mettre dans un acte d'importance capitale, malgré son indéniable fausseté.


Au XVIIe siècle, on appelait cette chapelle simplement Saint-Sauveur d'Ibañeta.



Décadence de la Chapelle de Charlemagne.


La décadence de la "Chapelle de Charlemagne" a eu pour cause la diminution des revenus de Roncevaux. Celle-ci date surtout du XVIe siècle.


Il est évident que la Chapelle de Charlemagne, qui était en somme une halte pour les voyageurs fatigués, resta prospère tant que les pèlerinages eux-mêmes furent en honneur. Le schisme sans doute, au XVe siècle, et plus tard le protestantisme leur portèrent de rudes coups. Lorsque la foi n'anima plus les âmes, notre sanctuaire resta vide et perdit peu à peu toute son ancienne gloire.



On donnait en Espagne aux oratoires épars dans la campagne le nom d'ermitage, ermita, et celui d'ermitaño au prêtre qui les desservait. Ainsi en fût-il de la chapelle du Saint-Sauveur.



Le plus ancien document que nous ayons à ce propos est la sentence de 1586-1590 portée par le visiteur Martin de Cordoba. La belle ampleur de l'hospitalité antique, si bien racontée dans le Poème de Roncevaux du XIIIe siècle, avait disparu. En ce moment même, la vieille chapelle était détruite. Le visiteur la fit rebâtir, il ordonna aussi qu'on y mit une cloche d'alarme. On devait la sonner depuis le crépuscule jusqu'à une heure après minuit pour avertir les pauvres voyageurs égarés. Le veilleur devra rester fidèle au poste et on augmentera sa provision en blé et en vin.



Huarte considérait la charge de veilleur de nuit comme très importante, car il sauvait une foule de pèlerins, fatigués, épuisés, qui seraient morts, comme beaucoup d'autres avaient péri avant l'établissement de l'abri hospitalier d'Ibañeta.



Sandoval, qui raconte en 1614 l'établissement de Roncevaux, ajoute que la Chapelle de Charlemagne paraissait de son temps nouvellement restaurée et que l'ancien édifice était tombé de vétusté. Il fut relevé au même endroit où avait eu lieu le désastre de Roncevaux.



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CHAPELLE DE CHARLEMAGNE RONCEVAUX
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
NAVARRE D'ANTAN


C'est encore Huarte qui, en 1624, gémit sur l'état de ruine et d'abandon dans lequel on laisse cette noble église, si digne de respect. Il y faudrait au moins deux prêtres pour la bien desservir. Il n'y en a qu'un seul. Elle reçoit les pauvres qui descendent ensuite à l'hôpital. Il y en a cependant qui la veulent voir disparaître. "Dieu nous protège !", s'écrie-t-il avec angoisse. Entretenir avec honneur ce monument, ce serait continuer la tradition et en conserver la véritable antiquité.



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CHAPELLE DE CHARLEMAGNE RONCEVAUX 1872
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
NAVARRE D'ANTAN



Ailleurs, Huarte se plaît à nous dire où se trouve exactement la Chapelle de Charlemagne, en venant des hauteurs de Guirizu. C'est elle qui détermine la ligne de partage des eaux. Son toit jette d'un côté les pluies vers la France et l'Océan ; d'un autre, vers l'Espagne et la Méditerranée. De ses pieds, pour ainsi dire, jaillissent une foule de petits ruisseaux qui se répandent partout, au Midi et au Nord."


A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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