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vendredi 27 février 2026

LA CHAPELLE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA À VALCARLOS EN NAVARRE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (troisième et dernière partie)

 

LA CHAPELLE DE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA.


L'antique chapelle d'Ibañeta, en Navarre, date de 1127.



pays basque autrefois religion procession navarre frontière douanes
CHAPELLE DE CHARLEMAGNE
IBAÑETA RONCEVAUX NAVARRE
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta J.-B. Daranatz dans le Bulletin du Musée Basque N° 9 de 1935 :


"La Chapelle de Saint-Sauveur ou de Charlemagne à Ibañeta.


Malgré les plaintes et les protestations de Huarte, la Chapelle de Charlemagne ne fut pas mieux pourvue de service régulier, ni restaurée comme elle le méritait. C'était la décadence ; ce sera bientôt la ruine, bientôt la fin. Il nous est resté de ce qu'elle était encore en 1670-1673, le témoignage bien curieux du prêtre bolonais D. Laffi qui allait à Compostelle et s'arrêta à Ibañeta dont il parle ainsi :


"Enfin, avec l'aide de Dieu et de saint Jacques de Galice, nous arrivâmes sur la haute cime des Pyrénées ; là est une petite chapelle très ancienne ; nous y entrâmes, car il n'y a ni porte ni fenêtres pour la fermer, et nous y chantâmes un Te Deum pour rendre grâces à Dieu de nous avoir conduits jusque-là sains et saufs ; mais avant de quitter la cime de ces hautes Pyrénées, que nous avions gravies avec tant de peine, nous nous reposâmes dans cette chapelle ; nous y vîmes beaucoup de figures et de sculptures antiques et quelques inscriptions effacées par le temps, si bien qu'on ne peut les lire. De là, on voit au levant la France, au couchant l'Espagne (ou plutôt au Nord et au Midi). C'est dans ce lieu même que Roland sonna du cor quand il appela Charlemagne à son aide et il le sonna si fort qu'il le fit éclater...


Ayant quitté cette chapelle, nous commençâmes à descendre pendant un quart de lieue, tant que nous découvrîmes ce Roncevaux si désiré de nous... Nous y descendîmes donc et nous entrâmes sous une grande voûte... (A la grille de l'église) est attaché le cor de Roland... (fendu) à l'heure où, sur la cime des Pyrénées, il sonna pour appeler Charlemagne qui était campé à Saint-Jean-Pied-de-Port."



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CHAPELLE DE CHARLEMAGNE RONCEVAUX 1872
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
NAVARRE D'ANTAN

Ce texte est l'un des plus précieux qui nous restent sur la Chapelle d'Ibañeta ; mais, depuis le XVIIe siècle, nous n'avons rien de satisfaisant au sujet de cet oratoire.



Pendant la Révolution, la Chapelle fut brûlée et il n'en restait que des murs calcinés, lorsque Guillaume de Humboldt passa par là en 1801. Il n'y a plus que des ruines. Il écrivait en effet : "On ne voit actuellement de la Chapelle d'Ibañeta que les murs, parce qu'elle fut détruite à la dernière guerre."



Un voyageur, qui visitait Roncevaux en 1823, l'appelle Notre-Dame du Bon Refuge, sans dire un mot de son état de délabrement.



Voici maintenant un texte de 1849, tiré des Délibérations capitulaires de Roncevaux, tout à fait déconcertant. La chapelle prend le nom d'édifice ; il semble y avoir deux étages : le toit est à jour et tout s'effondre. On ordonne des réparations urgentes à la toiture et "à tout l'édifice". Elles consisteront surtout à condamner les ouvertures des fenêtres pour que les voyageurs puissent y trouver un refuge à l'abri des vents et de la tempête.



En 1856, le Guide Richard dit simplement que la Chapelle d'Ibañeta servait d'étable. Vingt ans après, Fuentes, qui était monté de Roncevaux à Ibañeta, après avoir gravi les trois kilomètres de côte, fait observer qu'on y trouve de larges vestiges des fondations anciennes, sur lesquelles avaient poussé et grandi de nombreux arbres séculaires. Adoptant naturellement les idées de l'époque, il ajoutait que tout cela occupait l'emplacement du sanctuaire primitif, de l'hôpital et du monastère, "berceau du premier Ordre religieux, militaire et hospitalier de l'Espagne", la Chapelle de Saint-Sauveur d'Ibañeta.



pais vasco antes religion roncesvalles
CHAPELLE DE CHARLEMAGNE RONCEVAUX
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
NAVARRE D'ANTAN


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RUINES DE LA CHAPELLE DE CHARLEMAGNE IBAÑETA 1925
BMB N°9 1935



C'était cependant, malgré son profond abandon, encore un poste de secours pour les voyageurs. Mais depuis que la route nouvelle fut achevée en 1881, l'ancienne chapelle se trouva sur le bord du chemin, à droite en allant à Roncevaux. Ses dimensions étaient alors de 11 mètres de façade, 12 de côté, ou 8 sans compter les contreforts. A l'intérieur, il y avait un foyer central, une grande cheminée, une porte, des fenêtres cintrées et bouchées. Sur le mur Ouest, on voyait les armes de Roncevaux. Aux piliers de la tour pendait encore une vieille cloche pour avertir les pèlerins. Pendant la construction de la route, on fit de la chapelle un dépôt d'outillage.



Cette description des derniers jours de la célèbre Chapelle de Charlemagne mérite d'être conservée et reproduite. Dans son bel ouvrage sur la Navarre, Mané y Flaquer se contente d'appeler la chapelle "un ermitage abandonné, de construction moderne, converti en étable".



C'est de 1875 à 1884 que datent les rares dessins de la Chapelle d'Ihañeta. Mané y Flaquer, Léon Gautier, H. Petit de Meurville nous les ont laissés ; celui de M. de Meurville l'emporte sur les autres. On les trouvera tous dans le tome III de nos Recherches sur la Ville et sur l'Eglise de Bayonne.



La chapelle d'Ibañeta fut détruite par un incendie en 1884. Ce malheur est imputable à l'imprudence des soldats qui formaient le cordon sanitaire contre l'invasion du choléra. Elle ne fut pas restaurée et depuis lors il n'en resta que quelques murs : ce sont aujourd'hui moins que des ruines.



M. de Cardaillac a fait une description très fidèle de ces tristes débris et leur a consacré plus d'une page de son intéressante étude sur Roncevaux ; mais il se refuse à croire que cet édifice ait été refait plusieurs fois. Cependant le moindre examen le prouve bien. Naguère on avait même aménagé à l'intérieur de l'édifice une grande cheminée et un spacieux foyer ! "A l'intérieur, dit M. de Cardaiilac, on relève une caractéristique curieuse. Un mur de refend coupe profondément la chapelle... La nef unique... contenait, sous le pavé disparu, deux cryptes ou caveaux."



Y avait-il jadis une crypte et un ossuaire ? Peut-être ; mais ils ne pouvaient être antérieurs à la fin du XIIe siècle ou au XIIIe, quoique M. de Cardaiilac dise après Gaston Paris : "Sûrement encore, par son nom et par les fondations de ses murs ruinés, la Chapelle d'Ibañeta remonte, elle aussi, au roi Charles".



Ce qu'on voit aujourd'hui — quelques mauvais murs et des blocs de maçonnerie épars à terre — éveillerait à peine l'attention, si l'histoire et la légende ne venaient rappeler les récits qui font de ce coin de terre un lieu sacré et des plus émouvants du monde entier.



On ne se douterait jamais, à voir ces pauvres ruines, qu'on se trouve en face de la célèbre Chapelle de Charlemagne ; on en soupçonne à peine l'antique orientation (de l'Est à l'Ouest). Seule l'image conservera le spectacle lamentable qu'offre aujourd'hui Saint-Sauveur d'Ibañeta."





(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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samedi 31 janvier 2026

LA CHAPELLE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA À VALCARLOS EN NAVARRE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième partie)

 

LA CHAPELLE DE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA.


L'antique chapelle d'Ibañeta, en Navarre, date de 1127.



pays basque autrefois religion procession navarre frontière douanes
CHAPELLE DE CHARLEMAGNE
IBAÑETA RONCEVAUX NAVARRE
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta J.-B. Daranatz dans le Bulletin du Musée Basque N° 9 de 1935 :


"La Chapelle de Saint-Sauveur ou de Charlemagne à Ibañeta.




D'après M. Bédier. — Les pages consacrées par ce maître à Ibañeta et à ses établissements, sont extrêmement curieuses et intéressantes. Pour lui, ni la chapelle, ni l'hospice ne datent du temps de Charlemagne, mais ils étaient fort anciens, et remontaient "aux temps carolingiens". Il n'admet pas l'existence d'un Ordre religieux militaire à Ibañeta, mais, d'après lui, des "gens d'Eglise desservaient la chapelle du Saint-Sauveur" avant la Chanson de Roland, avant 1130.



chanson roland roncevaux ibañeta navarre
LA CHANSON DE ROLAND
PAYS BASQUE D'ANTAN


D'après nos Recherches sur la Ville et sur l'Eglise de Bayonne. — Notre thèse (à M. Dubarat et à moi, III, passim) diffère de l'opinion de Huarte, de Sarasa, de Gaston Paris et de M. Bédier. Un simple exposé montrera sur quels points nous différons de nos devanciers. La "Croix de Charles" que nous plaçons à Ibañeta explique et oriente toute notre démonstration.



Première conclusion. — C'est la "Croix de Charles" qui a donné son nom à la "Chapelle de Charles".


D'après nous, en effet, la "Croix de Charles" existait au sommet d'Ibañeta depuis le VIIIe siècle environ. La "Chapelle de Charles", qui y fut également, n'est pas encore nommée dans le Guide des Pèlerins au XIIe, mais plus tard, dans d'autres documents. Il s'ensuit nécessairement que celle-ci est d'une époque assez tardive et qu'elle a pris le nom de celle-là. Les vieux noms s'imposent ; et quand il s'agit surtout du nom de Charlemagne, il n'y a pas à insister sur cette vérité d'expérience. Marca identifie même, pour ainsi dire, la Croix et la Chapelle de Charles : ad Crucem sive Capellam Caroli,



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LE GUIDE DU PELERIN DE ST-JACQUES DE COMPOSTELLE
DE JEANNE VIEILLIARD



Nous savons certes que cette chapelle portait aussi d'autres noms : de Saint-Sauveur, de Saint-Sauveur du Somport, d'église du Somport, et enfin de Saint-Sauveur de Charlemagne située sur la cime des Pyrénées à Ibañeta.



Deuxième conclusion. — Le nom de "Chapelle de Charles" ne paraît pas avant le XIIIe siècle et se trouve rarement dans les textes anciens.


Au XIIe siècle encore, nous apprend le Guide des Pèlerins, il n'y a rien à Ibañeta que des croix.


Nous pouvons admettre, dans l'état de la documentation actuelle, que le nom de "Chapelle de Charles" paraît pour la première fois, en 1270, dans la fausse charte de fondation de Roncevaux. Ce texte ne nous a pas été conservé, mais Huarte l'a vu dans un procès. Il est vraisemblable que ce terme existait déjà, puisqu'on ose le mettre dans un acte d'importance capitale, malgré son indéniable fausseté.


Au XVIIe siècle, on appelait cette chapelle simplement Saint-Sauveur d'Ibañeta.



Décadence de la Chapelle de Charlemagne.


La décadence de la "Chapelle de Charlemagne" a eu pour cause la diminution des revenus de Roncevaux. Celle-ci date surtout du XVIe siècle.


Il est évident que la Chapelle de Charlemagne, qui était en somme une halte pour les voyageurs fatigués, resta prospère tant que les pèlerinages eux-mêmes furent en honneur. Le schisme sans doute, au XVe siècle, et plus tard le protestantisme leur portèrent de rudes coups. Lorsque la foi n'anima plus les âmes, notre sanctuaire resta vide et perdit peu à peu toute son ancienne gloire.



On donnait en Espagne aux oratoires épars dans la campagne le nom d'ermitage, ermita, et celui d'ermitaño au prêtre qui les desservait. Ainsi en fût-il de la chapelle du Saint-Sauveur.



Le plus ancien document que nous ayons à ce propos est la sentence de 1586-1590 portée par le visiteur Martin de Cordoba. La belle ampleur de l'hospitalité antique, si bien racontée dans le Poème de Roncevaux du XIIIe siècle, avait disparu. En ce moment même, la vieille chapelle était détruite. Le visiteur la fit rebâtir, il ordonna aussi qu'on y mit une cloche d'alarme. On devait la sonner depuis le crépuscule jusqu'à une heure après minuit pour avertir les pauvres voyageurs égarés. Le veilleur devra rester fidèle au poste et on augmentera sa provision en blé et en vin.



Huarte considérait la charge de veilleur de nuit comme très importante, car il sauvait une foule de pèlerins, fatigués, épuisés, qui seraient morts, comme beaucoup d'autres avaient péri avant l'établissement de l'abri hospitalier d'Ibañeta.



Sandoval, qui raconte en 1614 l'établissement de Roncevaux, ajoute que la Chapelle de Charlemagne paraissait de son temps nouvellement restaurée et que l'ancien édifice était tombé de vétusté. Il fut relevé au même endroit où avait eu lieu le désastre de Roncevaux.



pais vasco antes religion roncesvalles
CHAPELLE DE CHARLEMAGNE RONCEVAUX
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
NAVARRE D'ANTAN


C'est encore Huarte qui, en 1624, gémit sur l'état de ruine et d'abandon dans lequel on laisse cette noble église, si digne de respect. Il y faudrait au moins deux prêtres pour la bien desservir. Il n'y en a qu'un seul. Elle reçoit les pauvres qui descendent ensuite à l'hôpital. Il y en a cependant qui la veulent voir disparaître. "Dieu nous protège !", s'écrie-t-il avec angoisse. Entretenir avec honneur ce monument, ce serait continuer la tradition et en conserver la véritable antiquité.



pays basque autrefois religion procession navarre frontière douanes
CHAPELLE DE CHARLEMAGNE RONCEVAUX 1872
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
NAVARRE D'ANTAN



Ailleurs, Huarte se plaît à nous dire où se trouve exactement la Chapelle de Charlemagne, en venant des hauteurs de Guirizu. C'est elle qui détermine la ligne de partage des eaux. Son toit jette d'un côté les pluies vers la France et l'Océan ; d'un autre, vers l'Espagne et la Méditerranée. De ses pieds, pour ainsi dire, jaillissent une foule de petits ruisseaux qui se répandent partout, au Midi et au Nord."


A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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jeudi 29 janvier 2026

L'INSTITUT PASTEUR ET LE PAYS BASQUE EN 1885

L'INSTITUT PASTEUR ET LE PAYS BASQUE EN 1885.


Un des premiers patients du laboratoire Pasteur à Paris a été un habitant de Lasse (Basse-Navarre), en 1885.



pasteur vaccination rage basses-pyrénées basse-navarre
SALLE DE VACCINATION INSTITUT PASTEUR
75 PARIS





Voici ce que rapporta à ce sujet J.-B. Daranatz, dans le Bulletin de la Société des sciences, lettres 

& arts de Bayonne, le 1er juillet 1940 :



"L'Institut Pasteur et le Pays Basque.



Voici cinquante ans, l'Académie des Sciences ouvrait une souscription internationale pour édifier un Institut destiné à poursuivre les recherches du grand savant qui a fourni à la médecine de si puissantes armes contre la rage, la peste, les épidémies...



Riches et pauvres vinrent apporter leur offrande à Louis Pasteur. Deux millions 586 000 francs furent trouvés sur-le-champ et, par souscription nationale, l'Institut Pasteur était né.



pasteur vaccination rage basses-pyrénées basse-navarre
INSTITUT PASTEUR RUE DULOT
75 PARIS



L'histoire de l'Institut est une des plus belles qui soient. Il y avait de longues années déjà que Pasteur avait révolutionné la science et poussé ses travaux sur la prophylaxie de la rage et l'étude générale des maladies infectieuses lorsqu'en 1890 l'Institut, qui devait porter le nom du savant, fut fondé.



C'est dans un autre laboratoire que, quelques années auparavant, Pasteur, en pleine angoisse, avait victorieusement inoculé le vaccin antirabique au petit Alsacien Meister...



pasteur vaccination rage basses-pyrénées basse-navarre
SALLE D'INOCULATION INSTITUT PASTEUR
75 PARIS


Parmi les tout premiers clients de son laboratoire, Pasteur a consigné dans ses Registres, de sa propre plume, les détails suivants relatifs à un Basque, Lorda, de Lasse en Basse-Navarre, canton de Baïgorry (B. Pyr.).


"Lorda Jean, âgé de 37 ans, demeurant à Lasse (B. Pyr.).


L'observation de ce sujet est des plus intéressantes. Mordu le 25 Octobre 1885, Lorda n'est arrivé à mon laboratoire que le 21 Novembre, le vingt-septième jour après sa morsure.


Le jour où il fut mordu, 7 porcs et 2 vaches le furent également et par le même chien. Or, les 9 animaux sont morts de la rage, les porcs après une courte période d'incubation de 15 jours à 3 semaines.


C'est après la mort par rage de ces porcs que Lorda, effrayé, partit pour Paris.


La première vache mourut 34 jours après sa morsure ; la seconde, 52 jours après.


Je dois le détail de ces faits si curieux à M. Inda, vétérinaire habile de Saint-Palais.


Une observation de son rapport ne doit pas être omise : c'est qu'aussitôt après leurs morsures les vaches avaient été cautérisées profondément du fer rouge. Ce détail est souligné par M. Inda. J'ai eu des preuves assez nombreuses de l'inefficacité des cautérisations, dans certains cas ; de celles même faites du fer rouge et sans retard.


La santé de Lorda est toujours parfaite. Son traitement a été terminé le 28 Novembre dernier.


Académie des Sciences, 1er mars 1886. Séance dans laquelle fut décidée la création d'un établissement vaccinal contre la rage."



A ces détails, précieusement enregistrés par l'illustre savant, voici sur Lorda, quelques renseignements supplémentaires recueillis grâce à l'obligeance de M. le Docteur Jean Inda de Saint-Palais, fils du vétérinaire cité plus haut, et de M. l'abbé Errecart, l'obligeant curé de Lasse.



Jean Lorda était né à Irouleguy (Basses-Pyrénées) le 31 Mai 1848. Tout jeune, il s'installa à Lasse avec sa mère. Il n'était pas marié quand il fut mordu par un chien le 25 Octobre 1885, à l'âge de 37 ans. Dirigé sur l'Hôpital Pasteur à Paris, il en revint complètement guéri. Il ne ressentit jamais rien, à la suite de son traitement, par Louis Pasteur, du 21 au 28 Novembre 1885, commencé le 27e jour après sa morsure. Un an et demi après, en Février 1887, il se maria avec une jeune fille de sa paroisse, Mlle Marie Errecart. Jean Lorda est décédé à Lasse en 1903, 18 ans après sa blessure.



Cette guérison eut un retentissement énorme dans tout le Pays Basque. A la plus vive admiration se mêlait une immense gratitude générale, qu'on se sentait embarrassé d'exprimer.



La Société des Sciences et Arts de Bayonne se fit l'écho de l'opinion publique auprès de l'illustre savant, en lui adressant la lettre suivante : (Bulletin, 3 février 1886 ; 1913, 51-53).


Bayonne, le 6 Janvier 1886.


A Monsieur Pasteur, de l'Institut.


Monsieur,


Il y a trois mois, le nommé Lorda, des environs de Saint-Palais dans les Basses-Pyrénées, fut mordu par un chien enragé au milieu de circonstances fort émouvantes. On eut la bonne inspiration de l'envoyer à Paris, d'où à la suite du traitement que vous avez bien voulu lui faire suivre il est revenu moralement et virtuellement guéri. Il faut avoir connu la terreur qu'inspirait dans nos pays montagneux la seule annonce d'un chien enragé pour comprendre l'heureux effet de cette guérison parmi les populations basquaises.



Témoin de ces faits, la Société des Sciences et Arts de Bayonne, se faisant l'interprète des sentiments d'admiration et de reconnaissance des habitants du Pays Basque, a voulu, par la voix de son Président, vous adresser les plus franches félicitations.



Vous avez dit récemment, dans une dépêche aussi laconique qu'affirmative : "En dehors de ma méthode prophylactique, il n'y a pas de remède contre la rage". Instantanément et grâce à la sincère discrétion que vous mettiez dans la communication des résultats de vos travaux, on a été certain du succès de votre merveilleuse découverte ; et, pour la première fois peut-être, une vérité scientifique a été acceptée même dans son application avec une confiance et une satisfaction entières, par les savants les plus éminents de la capitale, comme par le paysan du plus petit hameau.



La Société des Sciences et Arts de Bayonne ne serait pas satisfaite, si elle ne pouvait inscrire perpétuellement votre nom dans son bulletin comme Président Honoraire, à la tête de la liste de ses membres. Bien qu'elle ne soit qu'une modeste Société d'une province éloignée, elle ose espérer que vous daignerez le lui permettre : c'est le seul moyen dont elle dispose pour honorer votre mémoire et pour transmettre à nos successeurs le souvenir d'un bienfait, dû à une ténacité admirable dans les recherches scientifiques, animée par un ardent amour de l'humanité.



Veuillez agréer, Monsieur et illustre Maître, l'expression de notre considération la plus respectueuse et la plus sincère.

Le Président de la Société des Sciences et Arts de Bayonne,

H. Durant.




chimiste physicien rage france
LOUIS PASTEUR


Voici la réponse autographe de Louis Pasteur :


Paris, le 9 Janvier 1886.


A Monsieur le Président de la Société des Sciences et Arts de Bayonne.


Monsieur le Président,


Je suis très touché des paroles indulgentes de votre adresse de félicitations, concernant le traitement de la rage que j'ai fait connaître récemment à l'Académie des Sciences. Plusieurs de vos compatriotes des Basses-Pyrénées ont pu déjà en profiter. Lorda, dont vous m'entretenez, était un sujet des plus intéressants, parce que sa morsure remontait déjà au 25 Octobre lorsqu'il s'est présenté à mon laboratoire, le 21 Novembre, et que, d'autre part, des porcs et des vaches étaient déjà morts de la rage, mordus en même temps que Lorda par le même chien. C'est du moins ce qui m'a été affirmé.


Je remercie également votre Société de m'avoir conféré le titre de Président Honoraire, que j'accepte avec empressement.


Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de ma haute considération et être l'interprète de mes sentiments de gratitude auprès de tous les membres de la Société des Sciences et Arts de Bayonne.

L. Pasteur.



pasteur vaccination rage basses-pyrénées basse-navarre
PLAN DE L'INSTITUT PASTEUR PARIS 1887



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Consigner ici, après la guérison de Lorda, et conserver à la postérité la liste officielle de nos compatriotes bénéficiers de l'Institut Pasteur : noms propres, lieu d'origine, date de traitement, résultats acquis : ah ! le magnifique tableau, rêve caressé en vain !



Malgré de pressantes instances auprès du petit-fils du grand savant, M. le docteur Pasteur, Vallery-Radot, membre de l'Académie de médecine, secrétaire-général du conseil d'administration de l'Institut Pasteur, cette récollection considérable n'a pu être entreprise. Le personnel de l'Institut est considérablement réduit par suite de la guerre et son activité grandement décuplée. 


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Se cantonnant de parti-pris dans l'horizon régional, cette modeste étude ambitionnait un second rêve : celui de reproduire la correspondance de Pasteur avec le Pays Basque. N'avait-il pas été, durant des années, le correspondant du vétérinaire de Saint-Palais, M. Inda ? Je priai donc son fils, M. le docteur Jean Inda — mon très cher et très condescendant condisciple du Petit Séminaire de Larressore — de parcourir les Archives de son regretté père, à qui Pasteur ne ménageait pas les éloges. Hélas ! des missives reçues, rien n'a survécu. Par modestie exagérée, M. Inda n'a-t-il pas attaché à leur conservation la valeur que leur aurait donnée la réputation ultérieure de Pasteur, alors à ses débuts ? Ou bien quelque main indélicate guidée par un esprit plus averti, a-t-elle cru utile de se les approprier ? Mystère."


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France et Il y a 130 ans, l’Institut Pasteur était en construction… - L'actu de l'Institut Pasteur)


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mercredi 31 décembre 2025

LA CHAPELLE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA À VALCARLOS EN NAVARRE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (première partie)

LA CHAPELLE DE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA.


L'antique chapelle d'Ibañeta, en Navarre, date de 1127.



pays basque autrefois religion procession navarre frontière douanes
CHAPELLE DE CHARLEMAGNE
IBAÑETA RONCEVAUX NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta J.-B. Daranatz dans le Bulletin du Musée Basque N° 9 de 1935 :


"La Chapelle de Saint-Sauveur ou de Charlemagne à Ibañeta.



Deux routes principales conduisent actuellement de Saint-Jean-Pied-de-Port à Roncevaux.



L'une part du quartier de Saint-Michel où commence la Voie romaine ; les pentes, rudes d'abord, finissent en chemin de crête, qui passe à Château-Pignon, à Altabiscar et descend enfin à Ibañeta par les cols de Bentarte et de Lepeder.



La seconde route est celle qui mène à Arnéguy, où se trouve un pont jeté sur la Nive, entre la France et l'Espagne. Le chemin monte en pente assez douce, passe à Valcarlos, traverse des bois de hêtres et de châtaigniers. C'était jadis une sorte de sentier. Le 20 octobre 1881, dit le Courrier de Bayonne, a été inaugurée la magnifique route dont l'aménagement fait honneur à l'Espagne ; creusée aux flancs de la montagne, elle se prolonge pendant une quinzaine de kilomètres au milieu d'une nature sauvage et splendide. A l'horizon et devant soi, des cimes élevées bornent la vue et forment un cirque grandiose où s'étagent en un beau désordre des forêts d'arbres touffus ; çà et là, à certaines heures, de nombreuses et blanches buées, semblables à des nuages égarés et épars, voltigent et montent lentement ; sur la gauche, apparaissent d'abord les coteaux d'Ondarolle, puis de hautes montagnes, vertes, nues, rocheuses, striées de filets d'argent qui vont s'abîmer en eaux rapides au fond des ravins où grondent les torrents.


pays basque autrefois religion procession navarre frontière douanes
ONDARROLA VALCARLOS NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Pendant que l'on gravit les pentes boisées de la montagne, on se rappelle Le Cor, poème d'Alfred de Vigny "écrit à Pau, en 1825" et l'on se prend à dire, en face de cette nature magnifique :

J'aime le son du cor, le soir, au fond des bois !



pays basque autrefois religion procession navarre frontière douanes
LE COR
D'ALFRED DE VIGNY



On s'arrête soudain, on regarde et l'on répète les vers sonores et émouvants du poète :

Ames des chevaliers, revenez-vous encor ?

Est-ce vous qui parlez avec la voix du cor ?

Roncevaux ! Roncevaux ! dans ta sombre vallée,

L'ombre du grand Roland n'est donc pas consolée ?

.....................................................................................


C'est ainsi qu'en murmurant ces strophes tristes et sublimes, on atteint l'antique refuge de Gorosgaray, et enfin Ibañeta, où, d'après une vieille légende, Roland vint jeter les derniers sons du cor plaintif.



pays basque autrefois religion procession navarre frontière douanes
ROLAND A RONCEVAUX
PAYS BASQUE D'ANTAN


C'est ce que rappelle, au XVIIe siècle, le prêtre bolonais Domenico Laffi, dans cette page curieuse qui trouvera bien sa place ici : "Enfin, avec l'aide de Dieu et de Saint Jacques de Galice, nous arrivâmes sur la haute cime des Pyrénées : là est une petite chapelle très ancienne." La chapelle de Saint-Sauveur ou de Charlemagne à Ibañeta. "C'est dans ce lieu même que Roland sonna son cor quand il appela Charlemagne à son aide, et il le sonna si fort qu'il le fit éclater."...



A en croire le Guide des Pèlerins, qui date de 1139, le Col d'Ibañeta était d'un passage difficile au moment où Charlemagne franchit les Pyrénées en 778. Aujourd'hui, plateau nu et désert, à peine marqué de quelques ruines, Ibañeta forme la ligne de partage des eaux, qui s'en vont, les unes au versant Sud, du côté de l'Espagne, pour se jeter dans la Méditerranée, les autres au versant Nord, du côté de la France, pour se jeter dans l'Océan. Ibañeta se dresse comme un vrai promontoire.



L'inappréciable Guide des Pèlerins nous apprend qu'au XIIe siècle, il n'y avait à Ibañeta que la Croix de Charles et un millier de petites croix, placées là par les pieuses caravanes et par les croyants qui allaient à Saint-Jacques de Compostelle. Depuis le VIIIe siècle jusqu'au XIIe — et peut-être jusqu'au XIIIe — il n'y eut à Ibañeta que des croix. Au XIIe siècle, Ibañeta était inhabité. Il n'y avait là ni monastère, ni moines, ni Ordre religieux, ni Ordre militaire. C'était la solitude, une étape de prières où l'on ne faisait que passer.



Il ne faut donc pas proclamer la prétendue antériorité et la prééminence supposée d'Ibañeta sur Roncevaux, dont parlent plusieurs documents et presque tous les auteurs, jusqu'à présent.



Le mérite exceptionnel du Guide des Pèlerins consiste à nous avoir fixés, d'une manière très claire et définitive, sur ce point si important qui renouvelle toute l'histoire des origines de ces lieux célèbres.



La chapelle de Saint-Sauveur ou de Charlemagne à Ibañeta est un grand souvenir entouré de beaucoup de légendes..



Origines de cette chapelle.



D'après Huarte. — Cet auteur, du XVIIe siècle, comme d'ailleurs son copiste Sarasa, a composé un véritable roman sur les origines de la chapelle de Charles. Comment a-t-il pu remonter, de bonne foi, aux premières années du christianisme ? rien ne saurait mieux l'expliquer que son amour passionné pour Roncevaux. La tradition — absolument certaine, croit-il, indubitada — du passage de Saint Saturnin, en Navarre, avec son compagnon Saint Honeste, et son disciple Saint Firmin, premier évêque de Pampelune, donnait, aux yeux de Huarte, du poids à cette pieuse légende. Pour attester la foi qu'il avait introduite en Navarre, Saturnin, dit-il, fit élever, au-dessus de Roncevaux, la très ancienne basilique de Saint-Sauveur d'Ibañeta. Vingt-deux ans après l'Ascension de Notre Seigneur ! ! ! L'église de Saint-Sauveur, ajoute-t-il, subsista jusqu'à l'invasion maure qui la détruisit. Charlemagne la releva et c'est depuis lorsqu'elle prit le nom de Chapelle de Charlemagne. Si les Normands ont renversé celle-ci au Xe siècle, ce ne fut pas pour longtemps.



Ainsi, Huarte et Goldaraz mettent à Ibañeta, depuis les plus lointaines origines, des établissements religieux et militaires avec une église et des prêtres. Surviennent les invasions des Maures et des Normands, tout est détruit, mais tout se relève comme par enchantement, non pas à Ibañeta, mais à Roncevaux, où les grands établissements sont descendus, disent-ils.



D'après Sarasa. — Sarasa, qui a emboîté le pas à Huarte, tient à deux choses qui sont pour lui l'histoire vraie des origines : la fondation d'un hôpital et d'un ordre militaire à Ibañeta par Charlemagne ; leur continuation possible ensuite à Roncevaux. Il appelle cela les "traditions de l'Eglise de Roncevaux". Il aurait dû au préalable établir l'existence antique de cette Eglise. Il n'y réussit pas.



D'après Gaston Paris. — Faut-il s'étonner que les maîtres eux-mêmes se trompent parfois dans leurs hypothèses ? Ainsi Gaston Paris accepte la fondation de la Chapelle d'Ibañeta par Charlemagne lui-même, vers 778, et, plus tard, en 1127, la création de l'hôpital de Roncevaux, d'après la fausse charte de fondation.



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PHILOLOGUE ET MEDIEVISTE GASTON PARIS



Gaston Paris accepte donc de bout à bout toute la charte de 1127, avec ses "milliers de pèlerins... étouffés sous la neige ou dévorés par les loups." Tout cela est la conséquence de sa fausse opinion sur l'emplacement de la Croix de Charles à Château-Pignon."




A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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lundi 22 septembre 2025

DEUX VICTIMES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE À SARE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1794 (quatrième et dernière partie)

 

DEUX VICTIMES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE À SARE EN 1794.


La Révolution française a fait disparaître les institutions particulières du Pays Basque Nord.



pays basque autrefois révolution histoire
COMPAGNIE FRANCHE DE BAYONNE 1793
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet J. -B. Daranatz, dans le bulletin de la Société des Sciences, Lettres 

& Arts de Bayonne, en octobre 1936 :



"Deux victimes de la Révolution à Sare.



Conclusions.



Ainsi donc, au point de vue officiel, la cause est jugée. Madeleine était une "tisseranne" de Sare. Elle avait 35 ans. Elle a porté de la toile à Véra. "Elle avait reçu d'Espagne le fil nécessaire pour la fabrication de cette toile."



Elle est restée sur le territoire Espagnol "tandis que nous étions déjà en guerre". Elle a travaillé à Véra "pour l'alcalde du tyran de Madrid". "Lorsque nos troupes victorieuses sont entrées à Véra, elle s'y est tenue cachée". Elle "a entretenu des intelligences avec les ennemis de la République." "Conséquemment elle est émigrée".



Et, au point de vue traditionnel, Madeleine avait 15 ou 16 ans. Elle était fille de charpentier. Elle fut déclarée émigrée, parce qu'elle avait été recevoir les sacrements chez les Capucins de Véra, qu'elle le déclara hautement jusqu'à la fin, et ne voulut pas sauver sa tête en dissimulant la vérité ou par un mensonge formel.



Quel désaccord entre l'écho populaire et le glas officiel ! entre les notes argentines du Salve Regina et le bruit sourd du couperet !



Comment départager une double version aussi dissemblable ? Il semblerait au moins que la question d'âge ne souffrît pas de difficultés, grâce aux Registres de Baptêmes. Et la question est insoluble.



L'acte de baptême de Madeleine Larralde est introuvable, qu'on lui attribue, en 1794, 15 ou 16 ans, ou bien de 34 à 36 ans. Les documents sur lesquels l'abbé Haristoy se basa pour donner à Madeleine cinq frères et soeurs : Gracianne en 1749, Saubat en 1754, Garachina en 1755, Marie en 1765, Pierre en 1766, font totalement défaut. Il nous semble tout à fait inadmissible que la même mère Gratianne de Luc, qui aurait mis au monde l'aînée de ses enfants en 1749, ait donné le jour à Madeleine en 1779 — à trente ans de distance... Point d'acte de baptême de Madeleine, ni en 1779, ni les années précédentes.



Reste la réalité de Madeleine, âgée de 35 ans en 1794, car le Tribunal révolutionnaire n'a pas pu se tromper de 20 ans. La victime a dû dire son âge certainement, elle qui avait le mensonge en horreur.



Son acte de baptême devrait se trouver entre 1758 et 1760. Eh ! bien, non, il n'existe pas. M. Amirin, le très obligeant secrétaire de la Mairie de Sare, l'a cherché vainement, pour nous, aux Archives communales. 



Voici le résultat de ses recherches :


"Je trouve bien pour l'année 1758 une liasse, n° 6 de l'inventaire, contenant 5 feuilles volantes et 56 actes de baptême signés : Robin, curé, ou Lorda et Pagez vicaires, savoir : janvier 3, février 11, mars 8, avril 6, mai 5, du 10 au 14 juin 3, du 14 juin au 1er 8bre néant, 8 bre 7, 9 bre 9 et X bre 4. Total : 56.


La liasse n° 5 comprend les baptêmes de 1719 à 1723, un cahier bien conservé : celle n° 7, trois feuilles volantes pour les naissances de 1764. Rien entre 1723 et 1758, ni entre 1759 et 1764.


Les actes de la liasse n° 6 n'étant pas numérotés, on peut croire que Magdeleine Larralde serait née entre le 14 juin et le 1er octobre 1758 et que la feuille comprenant son acte de baptême aura été détruite ou enlevé à dessein, car cette lacune de juin à octobre est assez significative." La supposition de M. Amirin est erronée, car Madeleine aurait eu 36 ans en 1794.



Comme on voit, l'acte de baptême de Madeleine Larralde est introuvable, comme celui de Marie Harotsenne d'ailleurs. M. Duvoisin, on a pu le constater, n'indique pas son âge. Faute de documents, il nous est impossible de le préciser, à notre tour. Cependant le texte de la loi du 28 Mars 1793 qui lui fut appliqué est formel : "Les juges du Tribunal condamneront l'émigré à mort, ou à la déportation s'il s'agit d'une femme de 21 ans et au-dessous jusqu'à 14 ans." Marie Harotsenne n'avait pas 21 ans ; Madeleine Larralde avait dépassé 21 ans. Âgée de 35 ans en septembre 1794, Madeleine serait donc née en 1759 ; mais, avons-nous dit déjà, cette année manque dans les Archives municipales de Sare.



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GUILLOTINE SOUS LA TERREUR



Même difficulté pour la maison natale. Etait-ce Larrondo-zahar ou Belchanea, Hirigoyenea ou Larralde-Chaharria ? M. Haristoy, qui avait vu les actes de Baptêmes des frères et soeurs de Madeleine, de 1749, 1754, 1755, 1765 et 1766, dit Larrondo-zahar ou Belchanea (Mgr Diharassarry parle aussi de Belchanea, dans sa poésie). Ces actes ont disparu. Mais un second Pierre, autre frère de Madeleine, échappé aux investigations de M. Haristoy, et dont l'acte de baptême subsiste, naquit en 1767, à Hirigoyenea, dont Michel Larralde, maître charpentier et Gratianne de Luc ses père et mère étaient locataires. Et les documents officiels (Registre des Domaines, Jugement de condamnation et Procès-verbal d'exécution) appellent Madeleine, fille de Larralde-chaharria. Peut-être bien, après avoir habité Larrondo-zahar que, d'après Haristoy, Michel Larralde avait "acquise" et "appelée depuis, de son nom, Belchanea", celui-ci aurait fait de mauvaises affaires, au point d'être simple locataire, à Hirigoyenea en 1767, et à Larralde-chaharria en 1794. On comprend ainsi comment Madeleine , habitant alors Larralde-chaharria, et âgée de 35 ans, fût née à Larrondo-zahar ou Belchanea.



Inutile de chercher à accorder les dissemblances bien plus grimaçantes des motifs d'arrestation et de mort. Pour le lecteur non prévenu, l'impression générale qui se dégage de la double version, officielle et populaire, est très nette :


Pour asseoir une condamnation suprême, la loi d'émigration du 28 Mars 1793 suffisait aux juges ; il paraît assez naturel, vu leurs convictions familiales et personnelles, que des militaires n'aient pas voulu y entremêler de considérations religieuses. Mais comment attribuer à de l'imagination pure la tradition unanime et constante de tout un peuple, depuis près d'un siècle et demi, sur l'arrestation et le supplice de Madeleine ?



M. Duvoisin a raison. Son récit est vrai. La tradition populaire n'a jamais subiet ne trahit encore aucune discordance sur la fin de Madeleine Larralde.



L'acte de condamnation ne parle pas du motif principal qui avait amené Madeleine à Véra (confession, communion, et, comme conséquence, refus de mensonge). Il nous aurait fallu, pour nous en assurer, les détails de la "procédure" et des "débats" dont parle l'acte de condamnation, c'est-à-dire l'interrogatoire de l'accusée. Rien de tout cela n'a été conservé.



Faute de pièce officielle, les éléments d'une Cause de Béatification manquent décidément.



C'est bien dommage."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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