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vendredi 27 février 2026

LA CHAPELLE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA À VALCARLOS EN NAVARRE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (troisième et dernière partie)

 

LA CHAPELLE DE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA.


L'antique chapelle d'Ibañeta, en Navarre, date de 1127.



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CHAPELLE DE CHARLEMAGNE
IBAÑETA RONCEVAUX NAVARRE
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta J.-B. Daranatz dans le Bulletin du Musée Basque N° 9 de 1935 :


"La Chapelle de Saint-Sauveur ou de Charlemagne à Ibañeta.


Malgré les plaintes et les protestations de Huarte, la Chapelle de Charlemagne ne fut pas mieux pourvue de service régulier, ni restaurée comme elle le méritait. C'était la décadence ; ce sera bientôt la ruine, bientôt la fin. Il nous est resté de ce qu'elle était encore en 1670-1673, le témoignage bien curieux du prêtre bolonais D. Laffi qui allait à Compostelle et s'arrêta à Ibañeta dont il parle ainsi :


"Enfin, avec l'aide de Dieu et de saint Jacques de Galice, nous arrivâmes sur la haute cime des Pyrénées ; là est une petite chapelle très ancienne ; nous y entrâmes, car il n'y a ni porte ni fenêtres pour la fermer, et nous y chantâmes un Te Deum pour rendre grâces à Dieu de nous avoir conduits jusque-là sains et saufs ; mais avant de quitter la cime de ces hautes Pyrénées, que nous avions gravies avec tant de peine, nous nous reposâmes dans cette chapelle ; nous y vîmes beaucoup de figures et de sculptures antiques et quelques inscriptions effacées par le temps, si bien qu'on ne peut les lire. De là, on voit au levant la France, au couchant l'Espagne (ou plutôt au Nord et au Midi). C'est dans ce lieu même que Roland sonna du cor quand il appela Charlemagne à son aide et il le sonna si fort qu'il le fit éclater...


Ayant quitté cette chapelle, nous commençâmes à descendre pendant un quart de lieue, tant que nous découvrîmes ce Roncevaux si désiré de nous... Nous y descendîmes donc et nous entrâmes sous une grande voûte... (A la grille de l'église) est attaché le cor de Roland... (fendu) à l'heure où, sur la cime des Pyrénées, il sonna pour appeler Charlemagne qui était campé à Saint-Jean-Pied-de-Port."



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CHAPELLE DE CHARLEMAGNE RONCEVAUX 1872
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
NAVARRE D'ANTAN

Ce texte est l'un des plus précieux qui nous restent sur la Chapelle d'Ibañeta ; mais, depuis le XVIIe siècle, nous n'avons rien de satisfaisant au sujet de cet oratoire.



Pendant la Révolution, la Chapelle fut brûlée et il n'en restait que des murs calcinés, lorsque Guillaume de Humboldt passa par là en 1801. Il n'y a plus que des ruines. Il écrivait en effet : "On ne voit actuellement de la Chapelle d'Ibañeta que les murs, parce qu'elle fut détruite à la dernière guerre."



Un voyageur, qui visitait Roncevaux en 1823, l'appelle Notre-Dame du Bon Refuge, sans dire un mot de son état de délabrement.



Voici maintenant un texte de 1849, tiré des Délibérations capitulaires de Roncevaux, tout à fait déconcertant. La chapelle prend le nom d'édifice ; il semble y avoir deux étages : le toit est à jour et tout s'effondre. On ordonne des réparations urgentes à la toiture et "à tout l'édifice". Elles consisteront surtout à condamner les ouvertures des fenêtres pour que les voyageurs puissent y trouver un refuge à l'abri des vents et de la tempête.



En 1856, le Guide Richard dit simplement que la Chapelle d'Ibañeta servait d'étable. Vingt ans après, Fuentes, qui était monté de Roncevaux à Ibañeta, après avoir gravi les trois kilomètres de côte, fait observer qu'on y trouve de larges vestiges des fondations anciennes, sur lesquelles avaient poussé et grandi de nombreux arbres séculaires. Adoptant naturellement les idées de l'époque, il ajoutait que tout cela occupait l'emplacement du sanctuaire primitif, de l'hôpital et du monastère, "berceau du premier Ordre religieux, militaire et hospitalier de l'Espagne", la Chapelle de Saint-Sauveur d'Ibañeta.



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CHAPELLE DE CHARLEMAGNE RONCEVAUX
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
NAVARRE D'ANTAN


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RUINES DE LA CHAPELLE DE CHARLEMAGNE IBAÑETA 1925
BMB N°9 1935



C'était cependant, malgré son profond abandon, encore un poste de secours pour les voyageurs. Mais depuis que la route nouvelle fut achevée en 1881, l'ancienne chapelle se trouva sur le bord du chemin, à droite en allant à Roncevaux. Ses dimensions étaient alors de 11 mètres de façade, 12 de côté, ou 8 sans compter les contreforts. A l'intérieur, il y avait un foyer central, une grande cheminée, une porte, des fenêtres cintrées et bouchées. Sur le mur Ouest, on voyait les armes de Roncevaux. Aux piliers de la tour pendait encore une vieille cloche pour avertir les pèlerins. Pendant la construction de la route, on fit de la chapelle un dépôt d'outillage.



Cette description des derniers jours de la célèbre Chapelle de Charlemagne mérite d'être conservée et reproduite. Dans son bel ouvrage sur la Navarre, Mané y Flaquer se contente d'appeler la chapelle "un ermitage abandonné, de construction moderne, converti en étable".



C'est de 1875 à 1884 que datent les rares dessins de la Chapelle d'Ihañeta. Mané y Flaquer, Léon Gautier, H. Petit de Meurville nous les ont laissés ; celui de M. de Meurville l'emporte sur les autres. On les trouvera tous dans le tome III de nos Recherches sur la Ville et sur l'Eglise de Bayonne.



La chapelle d'Ibañeta fut détruite par un incendie en 1884. Ce malheur est imputable à l'imprudence des soldats qui formaient le cordon sanitaire contre l'invasion du choléra. Elle ne fut pas restaurée et depuis lors il n'en resta que quelques murs : ce sont aujourd'hui moins que des ruines.



M. de Cardaillac a fait une description très fidèle de ces tristes débris et leur a consacré plus d'une page de son intéressante étude sur Roncevaux ; mais il se refuse à croire que cet édifice ait été refait plusieurs fois. Cependant le moindre examen le prouve bien. Naguère on avait même aménagé à l'intérieur de l'édifice une grande cheminée et un spacieux foyer ! "A l'intérieur, dit M. de Cardaiilac, on relève une caractéristique curieuse. Un mur de refend coupe profondément la chapelle... La nef unique... contenait, sous le pavé disparu, deux cryptes ou caveaux."



Y avait-il jadis une crypte et un ossuaire ? Peut-être ; mais ils ne pouvaient être antérieurs à la fin du XIIe siècle ou au XIIIe, quoique M. de Cardaiilac dise après Gaston Paris : "Sûrement encore, par son nom et par les fondations de ses murs ruinés, la Chapelle d'Ibañeta remonte, elle aussi, au roi Charles".



Ce qu'on voit aujourd'hui — quelques mauvais murs et des blocs de maçonnerie épars à terre — éveillerait à peine l'attention, si l'histoire et la légende ne venaient rappeler les récits qui font de ce coin de terre un lieu sacré et des plus émouvants du monde entier.



On ne se douterait jamais, à voir ces pauvres ruines, qu'on se trouve en face de la célèbre Chapelle de Charlemagne ; on en soupçonne à peine l'antique orientation (de l'Est à l'Ouest). Seule l'image conservera le spectacle lamentable qu'offre aujourd'hui Saint-Sauveur d'Ibañeta."





(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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samedi 31 janvier 2026

LA CHAPELLE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA À VALCARLOS EN NAVARRE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième partie)

 

LA CHAPELLE DE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA.


L'antique chapelle d'Ibañeta, en Navarre, date de 1127.



pays basque autrefois religion procession navarre frontière douanes
CHAPELLE DE CHARLEMAGNE
IBAÑETA RONCEVAUX NAVARRE
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta J.-B. Daranatz dans le Bulletin du Musée Basque N° 9 de 1935 :


"La Chapelle de Saint-Sauveur ou de Charlemagne à Ibañeta.




D'après M. Bédier. — Les pages consacrées par ce maître à Ibañeta et à ses établissements, sont extrêmement curieuses et intéressantes. Pour lui, ni la chapelle, ni l'hospice ne datent du temps de Charlemagne, mais ils étaient fort anciens, et remontaient "aux temps carolingiens". Il n'admet pas l'existence d'un Ordre religieux militaire à Ibañeta, mais, d'après lui, des "gens d'Eglise desservaient la chapelle du Saint-Sauveur" avant la Chanson de Roland, avant 1130.



chanson roland roncevaux ibañeta navarre
LA CHANSON DE ROLAND
PAYS BASQUE D'ANTAN


D'après nos Recherches sur la Ville et sur l'Eglise de Bayonne. — Notre thèse (à M. Dubarat et à moi, III, passim) diffère de l'opinion de Huarte, de Sarasa, de Gaston Paris et de M. Bédier. Un simple exposé montrera sur quels points nous différons de nos devanciers. La "Croix de Charles" que nous plaçons à Ibañeta explique et oriente toute notre démonstration.



Première conclusion. — C'est la "Croix de Charles" qui a donné son nom à la "Chapelle de Charles".


D'après nous, en effet, la "Croix de Charles" existait au sommet d'Ibañeta depuis le VIIIe siècle environ. La "Chapelle de Charles", qui y fut également, n'est pas encore nommée dans le Guide des Pèlerins au XIIe, mais plus tard, dans d'autres documents. Il s'ensuit nécessairement que celle-ci est d'une époque assez tardive et qu'elle a pris le nom de celle-là. Les vieux noms s'imposent ; et quand il s'agit surtout du nom de Charlemagne, il n'y a pas à insister sur cette vérité d'expérience. Marca identifie même, pour ainsi dire, la Croix et la Chapelle de Charles : ad Crucem sive Capellam Caroli,



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LE GUIDE DU PELERIN DE ST-JACQUES DE COMPOSTELLE
DE JEANNE VIEILLIARD



Nous savons certes que cette chapelle portait aussi d'autres noms : de Saint-Sauveur, de Saint-Sauveur du Somport, d'église du Somport, et enfin de Saint-Sauveur de Charlemagne située sur la cime des Pyrénées à Ibañeta.



Deuxième conclusion. — Le nom de "Chapelle de Charles" ne paraît pas avant le XIIIe siècle et se trouve rarement dans les textes anciens.


Au XIIe siècle encore, nous apprend le Guide des Pèlerins, il n'y a rien à Ibañeta que des croix.


Nous pouvons admettre, dans l'état de la documentation actuelle, que le nom de "Chapelle de Charles" paraît pour la première fois, en 1270, dans la fausse charte de fondation de Roncevaux. Ce texte ne nous a pas été conservé, mais Huarte l'a vu dans un procès. Il est vraisemblable que ce terme existait déjà, puisqu'on ose le mettre dans un acte d'importance capitale, malgré son indéniable fausseté.


Au XVIIe siècle, on appelait cette chapelle simplement Saint-Sauveur d'Ibañeta.



Décadence de la Chapelle de Charlemagne.


La décadence de la "Chapelle de Charlemagne" a eu pour cause la diminution des revenus de Roncevaux. Celle-ci date surtout du XVIe siècle.


Il est évident que la Chapelle de Charlemagne, qui était en somme une halte pour les voyageurs fatigués, resta prospère tant que les pèlerinages eux-mêmes furent en honneur. Le schisme sans doute, au XVe siècle, et plus tard le protestantisme leur portèrent de rudes coups. Lorsque la foi n'anima plus les âmes, notre sanctuaire resta vide et perdit peu à peu toute son ancienne gloire.



On donnait en Espagne aux oratoires épars dans la campagne le nom d'ermitage, ermita, et celui d'ermitaño au prêtre qui les desservait. Ainsi en fût-il de la chapelle du Saint-Sauveur.



Le plus ancien document que nous ayons à ce propos est la sentence de 1586-1590 portée par le visiteur Martin de Cordoba. La belle ampleur de l'hospitalité antique, si bien racontée dans le Poème de Roncevaux du XIIIe siècle, avait disparu. En ce moment même, la vieille chapelle était détruite. Le visiteur la fit rebâtir, il ordonna aussi qu'on y mit une cloche d'alarme. On devait la sonner depuis le crépuscule jusqu'à une heure après minuit pour avertir les pauvres voyageurs égarés. Le veilleur devra rester fidèle au poste et on augmentera sa provision en blé et en vin.



Huarte considérait la charge de veilleur de nuit comme très importante, car il sauvait une foule de pèlerins, fatigués, épuisés, qui seraient morts, comme beaucoup d'autres avaient péri avant l'établissement de l'abri hospitalier d'Ibañeta.



Sandoval, qui raconte en 1614 l'établissement de Roncevaux, ajoute que la Chapelle de Charlemagne paraissait de son temps nouvellement restaurée et que l'ancien édifice était tombé de vétusté. Il fut relevé au même endroit où avait eu lieu le désastre de Roncevaux.



pais vasco antes religion roncesvalles
CHAPELLE DE CHARLEMAGNE RONCEVAUX
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
NAVARRE D'ANTAN


C'est encore Huarte qui, en 1624, gémit sur l'état de ruine et d'abandon dans lequel on laisse cette noble église, si digne de respect. Il y faudrait au moins deux prêtres pour la bien desservir. Il n'y en a qu'un seul. Elle reçoit les pauvres qui descendent ensuite à l'hôpital. Il y en a cependant qui la veulent voir disparaître. "Dieu nous protège !", s'écrie-t-il avec angoisse. Entretenir avec honneur ce monument, ce serait continuer la tradition et en conserver la véritable antiquité.



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CHAPELLE DE CHARLEMAGNE RONCEVAUX 1872
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
NAVARRE D'ANTAN



Ailleurs, Huarte se plaît à nous dire où se trouve exactement la Chapelle de Charlemagne, en venant des hauteurs de Guirizu. C'est elle qui détermine la ligne de partage des eaux. Son toit jette d'un côté les pluies vers la France et l'Océan ; d'un autre, vers l'Espagne et la Méditerranée. De ses pieds, pour ainsi dire, jaillissent une foule de petits ruisseaux qui se répandent partout, au Midi et au Nord."


A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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mercredi 31 décembre 2025

LA CHAPELLE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA À VALCARLOS EN NAVARRE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (première partie)

LA CHAPELLE DE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA.


L'antique chapelle d'Ibañeta, en Navarre, date de 1127.



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CHAPELLE DE CHARLEMAGNE
IBAÑETA RONCEVAUX NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta J.-B. Daranatz dans le Bulletin du Musée Basque N° 9 de 1935 :


"La Chapelle de Saint-Sauveur ou de Charlemagne à Ibañeta.



Deux routes principales conduisent actuellement de Saint-Jean-Pied-de-Port à Roncevaux.



L'une part du quartier de Saint-Michel où commence la Voie romaine ; les pentes, rudes d'abord, finissent en chemin de crête, qui passe à Château-Pignon, à Altabiscar et descend enfin à Ibañeta par les cols de Bentarte et de Lepeder.



La seconde route est celle qui mène à Arnéguy, où se trouve un pont jeté sur la Nive, entre la France et l'Espagne. Le chemin monte en pente assez douce, passe à Valcarlos, traverse des bois de hêtres et de châtaigniers. C'était jadis une sorte de sentier. Le 20 octobre 1881, dit le Courrier de Bayonne, a été inaugurée la magnifique route dont l'aménagement fait honneur à l'Espagne ; creusée aux flancs de la montagne, elle se prolonge pendant une quinzaine de kilomètres au milieu d'une nature sauvage et splendide. A l'horizon et devant soi, des cimes élevées bornent la vue et forment un cirque grandiose où s'étagent en un beau désordre des forêts d'arbres touffus ; çà et là, à certaines heures, de nombreuses et blanches buées, semblables à des nuages égarés et épars, voltigent et montent lentement ; sur la gauche, apparaissent d'abord les coteaux d'Ondarolle, puis de hautes montagnes, vertes, nues, rocheuses, striées de filets d'argent qui vont s'abîmer en eaux rapides au fond des ravins où grondent les torrents.


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ONDARROLA VALCARLOS NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Pendant que l'on gravit les pentes boisées de la montagne, on se rappelle Le Cor, poème d'Alfred de Vigny "écrit à Pau, en 1825" et l'on se prend à dire, en face de cette nature magnifique :

J'aime le son du cor, le soir, au fond des bois !



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LE COR
D'ALFRED DE VIGNY



On s'arrête soudain, on regarde et l'on répète les vers sonores et émouvants du poète :

Ames des chevaliers, revenez-vous encor ?

Est-ce vous qui parlez avec la voix du cor ?

Roncevaux ! Roncevaux ! dans ta sombre vallée,

L'ombre du grand Roland n'est donc pas consolée ?

.....................................................................................


C'est ainsi qu'en murmurant ces strophes tristes et sublimes, on atteint l'antique refuge de Gorosgaray, et enfin Ibañeta, où, d'après une vieille légende, Roland vint jeter les derniers sons du cor plaintif.



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ROLAND A RONCEVAUX
PAYS BASQUE D'ANTAN


C'est ce que rappelle, au XVIIe siècle, le prêtre bolonais Domenico Laffi, dans cette page curieuse qui trouvera bien sa place ici : "Enfin, avec l'aide de Dieu et de Saint Jacques de Galice, nous arrivâmes sur la haute cime des Pyrénées : là est une petite chapelle très ancienne." La chapelle de Saint-Sauveur ou de Charlemagne à Ibañeta. "C'est dans ce lieu même que Roland sonna son cor quand il appela Charlemagne à son aide, et il le sonna si fort qu'il le fit éclater."...



A en croire le Guide des Pèlerins, qui date de 1139, le Col d'Ibañeta était d'un passage difficile au moment où Charlemagne franchit les Pyrénées en 778. Aujourd'hui, plateau nu et désert, à peine marqué de quelques ruines, Ibañeta forme la ligne de partage des eaux, qui s'en vont, les unes au versant Sud, du côté de l'Espagne, pour se jeter dans la Méditerranée, les autres au versant Nord, du côté de la France, pour se jeter dans l'Océan. Ibañeta se dresse comme un vrai promontoire.



L'inappréciable Guide des Pèlerins nous apprend qu'au XIIe siècle, il n'y avait à Ibañeta que la Croix de Charles et un millier de petites croix, placées là par les pieuses caravanes et par les croyants qui allaient à Saint-Jacques de Compostelle. Depuis le VIIIe siècle jusqu'au XIIe — et peut-être jusqu'au XIIIe — il n'y eut à Ibañeta que des croix. Au XIIe siècle, Ibañeta était inhabité. Il n'y avait là ni monastère, ni moines, ni Ordre religieux, ni Ordre militaire. C'était la solitude, une étape de prières où l'on ne faisait que passer.



Il ne faut donc pas proclamer la prétendue antériorité et la prééminence supposée d'Ibañeta sur Roncevaux, dont parlent plusieurs documents et presque tous les auteurs, jusqu'à présent.



Le mérite exceptionnel du Guide des Pèlerins consiste à nous avoir fixés, d'une manière très claire et définitive, sur ce point si important qui renouvelle toute l'histoire des origines de ces lieux célèbres.



La chapelle de Saint-Sauveur ou de Charlemagne à Ibañeta est un grand souvenir entouré de beaucoup de légendes..



Origines de cette chapelle.



D'après Huarte. — Cet auteur, du XVIIe siècle, comme d'ailleurs son copiste Sarasa, a composé un véritable roman sur les origines de la chapelle de Charles. Comment a-t-il pu remonter, de bonne foi, aux premières années du christianisme ? rien ne saurait mieux l'expliquer que son amour passionné pour Roncevaux. La tradition — absolument certaine, croit-il, indubitada — du passage de Saint Saturnin, en Navarre, avec son compagnon Saint Honeste, et son disciple Saint Firmin, premier évêque de Pampelune, donnait, aux yeux de Huarte, du poids à cette pieuse légende. Pour attester la foi qu'il avait introduite en Navarre, Saturnin, dit-il, fit élever, au-dessus de Roncevaux, la très ancienne basilique de Saint-Sauveur d'Ibañeta. Vingt-deux ans après l'Ascension de Notre Seigneur ! ! ! L'église de Saint-Sauveur, ajoute-t-il, subsista jusqu'à l'invasion maure qui la détruisit. Charlemagne la releva et c'est depuis lorsqu'elle prit le nom de Chapelle de Charlemagne. Si les Normands ont renversé celle-ci au Xe siècle, ce ne fut pas pour longtemps.



Ainsi, Huarte et Goldaraz mettent à Ibañeta, depuis les plus lointaines origines, des établissements religieux et militaires avec une église et des prêtres. Surviennent les invasions des Maures et des Normands, tout est détruit, mais tout se relève comme par enchantement, non pas à Ibañeta, mais à Roncevaux, où les grands établissements sont descendus, disent-ils.



D'après Sarasa. — Sarasa, qui a emboîté le pas à Huarte, tient à deux choses qui sont pour lui l'histoire vraie des origines : la fondation d'un hôpital et d'un ordre militaire à Ibañeta par Charlemagne ; leur continuation possible ensuite à Roncevaux. Il appelle cela les "traditions de l'Eglise de Roncevaux". Il aurait dû au préalable établir l'existence antique de cette Eglise. Il n'y réussit pas.



D'après Gaston Paris. — Faut-il s'étonner que les maîtres eux-mêmes se trompent parfois dans leurs hypothèses ? Ainsi Gaston Paris accepte la fondation de la Chapelle d'Ibañeta par Charlemagne lui-même, vers 778, et, plus tard, en 1127, la création de l'hôpital de Roncevaux, d'après la fausse charte de fondation.



pays basque autrefois religion procession navarre frontière douanes
PHILOLOGUE ET MEDIEVISTE GASTON PARIS



Gaston Paris accepte donc de bout à bout toute la charte de 1127, avec ses "milliers de pèlerins... étouffés sous la neige ou dévorés par les loups." Tout cela est la conséquence de sa fausse opinion sur l'emplacement de la Croix de Charles à Château-Pignon."




A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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mercredi 23 mars 2022

LES CHAPELLES DE SARE-SARA EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (dixième et dernière partie)

   

LES CHAPELLES DE SARE AUTREFOIS.


Le village de Sare est, dans la province du Labourd, l'un des plus riches en édifices religieux.






pays basque autrefois chapelle religion
CHAPELLE DE SAINTE-CATHERINE SARE
DESSIN DE PHILIPPE VEYRIN




Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin du Musée basque n°14, en 1937, sous la plume de 

Pierre Dop :



"La chapelle Sainte-Catherine.



Type. - Site sur une voie particulièrement importante dans le passé. - Aspect extérieur. - Description intérieure. - Le bénitier.



Par ses dimensions, par ses dispositions tant intérieures qu'extérieures, cette chapelle s'écarte du type des oratoires qui ont fait l'objet des chapitres précédents. Elle se classe dans la catégorie des édifices religieux, à laquelle appartient également Sainte-Madeleine, sa voisine de Saint-Pée, au quartier d'Amotz. Son importance égale et même supérieure à celle de bien des églises rurales, a permis de penser qu'elle représenterait le sanctuaire primitif de la paroisse de Sare, ou tout au moins antérieur à l'église actuelle.



pays basque autrefois chapelle religion
CHAPELLE DE SAINTE-CATHERINE SARE
DESSIN DE PHILIPPE VEYRIN



L'hypothèse peut se soutenir.



Sainte-Catherine est édifiée sur le bord d'un chemin, qui a été manifestement très fréquenté dans les temps anciens.



Il apparaît de plus en plus certain que le large val où se sont créés les villages de Sare, Ainhoa, Zugaramurdi était traversé depuis les âges les plus reculés, par l'un des principaux itinéraires, sinon le principal, suivis pour la traversée des Pyrénées Occidentales. De récentes découvertes de dolmens, ouvrages qui constituent le meilleur jalonnement des pistes de la préhistoire, sont venus confirmer ce qui ressortait déjà de considérations géographiques et d'observations topographiques. C'était l'opinion de M. Camille Jullian. En particulier elle a été rapportée dans la séance du 6 novembre 1922 de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne par son président, le Commandant de Marien. Des vues semblables ont été exposées par le Commandant Rocq dans l'intéressante étude qu'a publiée le Bulletin de cette même société de Juillet-Décembre 1935.



A une époque moins lointaine, le passage rendu plus facile à travers les "rias" du littoral détourna le trafic et les voyageurs des anciennes voies de montagne dans la région voisine de la mer. Cependant l'une d'elles continua à être fort utilisée, comme nous en relevons les témoignages.



Franchissant le cold de Vera, dont le peu d'altitude est si favorable, cette voie passe sous les tours du vieux manoir d'Haramburua, toujours dressées dans leurs fonctions de sentinelles à l'orée de la vallée, s'engage sur la longue croupe de Lehembiscaye, où la vie qu'elle a attirée sur ses bords s'est fixée dans des habitations, rapprochées les unes des autres. Après une descente dans la plaine, elle remonte une pente où elle a créé la vieille agglomération d'Eyhalar, dont les maisons d'un si joli caractère labourdin se pressent de part et d'autre à l'instar de celles d'une bourgade, passe à 800 mètres de là devant la chapelle Sainte-Catherine, puis, sous les regards de l'antique château d'Ibarola, se divise en deux tronçons, l'un se dirigeant vers Saint-Pée et Bayonne, par le défilé d'Amotz, l'autre conduisant part le col d'Espelette à de multiples directions à travers le pays.




pays basque autrefois château labourd
CHÂTEAU HARAMBURUA SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le bourg de Sare, qui groupe peu de maisons anciennes, ne se trouvait autrefois que sur un chemin secondaire reliant celui dont nous venons de parler avec la région côtière.



Cette situation, comparée à celle du quartier d'Eyhalar, fait voir dans celui-ci l'agglomération primitive de Sare, et l'idée que Sainte-Catherine en fut l'église vient tout naturellement à l'esprit. Cependant cette supposition ne repose ni sur un document ni sur une tradition orale sérieusement établie. La distance qui sépare le quartier et la chapelle n'est pas non plus pour l'appuyer. Il est plus prudent de ne considérer Sainte-Catherine que comme une annexe de l'église de Sare, où le nombreux clergé dont été doté la paroisse avant la Révolution, permettait des offices réguliers et fréquents.



De nos jours, on y dit la messe, seulement deux fois par an : le second jour des Rogations, où l'on y vient en procession, et le dimanche qui suit le 25 novembre, fête de Sainte-Catherine, ou qui coïncide avec cette date.




pays basque autrefois religion procession
PROCESSION DE LA FÊTE-DIEU SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le site de la chapelle a été affecté d'une façon fâcheuse par la route créée vers 1860 entre Sare et Saint-Pée. La petite place qui l'entourait a disparu du côté méridional. Elle a été creusée de quelques mètres, presque au ras du mur, pour le passage de la route. Il en résulte que l'édifice reste bizarrement perché, l'accès d'une de ses portes n'étant plus possible que par une étroite bande de terrain.




La structure essentielle de Sainte-Catherine, comme de la plupart des édifices religieux de la région, se rapproche de la simplicité de construction d'une grange : gros murs soutenant la charpente d'un toit à deux versants. Cependant, celui sur lequel s'adosse l'autel, au lieu d'être rectiligne, est à trois pans, tous trois égaux. Celui du fond se continue  au-dessus de la toiture. Un petit fronton le couronne, percé d'une ouverture pour le logement de la cloche. De ce côté, une étroite fenêtre, aujourd'hui comblée, permettait au sonneur de guetter l'arrivée des processions.



L'entrée est protégée par un large auvent, susceptible de servir d'abri aux pèlerins. Son toit en pente repose d'une part sur la chapelle, de l'autre sur un mur peu élevé.




La porte rectangulaire est accolée à une vaste fenêtre garnie de barreaux de fer, au-dessus d'un banc de pierre. Cette disposition permet aux passants qui s'arrêtent pour une prière, de découvrir l'intérieur, d'y jeter leurs aumônes. Un bénitier est creusé, à leur usage, dans la base interne de l'ouverture. Le millésime de 1654 est sculpté sur le linteau. Doit-on y voir la date de l'édification primitive ou celle d'une restauration ? Il est manifeste que la porte a été restaurée. Le seuil actuel est fait d'une pierre marquée du logement de barreaux de fer et retirée par conséquent d'une fenêtre plus ancienne.



La documentation fait totalement défaut. Nous savons seulement que la chapelle fut dévastée par la Révolution et les guerres qui suivirent. Des travaux de réparations la rendirent plus tard au culte. Sans doute ces travaux ne furent-ils pas suffisants. En effet, vers le milieu du siècle dernier, l'état était tel que la chapelle fut menacée d'être désaffectée et convertie en bâtiment agricole. L'aspect intérieur, malgré de nouvelles réparations effectuées, reste misérable. La charpente qui soutient le toit est à nu. Autrefois elle était masquée aux regards par un plafond de bois dont les traces subsistent. Ce plafond est maintenu seulement au-dessus du choeur.




Des galeries à deux étages courent sur les côtés et le fond de l'édifice, comme dans toutes les églises du Labourd. Elles ne conservent qu'en partie les balustres anciens faits au tour. Très simples, elles ne portent de taille décorative que sur les têtes des poutres. Celles-ci sont ornées d'un motif où se retrouve, comme à l'église de Sare, l'inspiration locale de la fougère. Les galeries latérales sont soutenues par des poteaux quadrangulaires, à gauche, plantés verticalement, à droite, inclinés, la base encastrée entre le sol et le mur. Celle du fond est supportée par une colonne en pierre, d'un modèle qu'on retrouve également à l'église de Sare.




pays basque autrefois chapelle labourd
CHAPELLE DE SAINTE-CATHERINE SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le sol est entièrement dallé de grands carreaux de brique rouge. Ce dallage, d'une facture antique, est malheureusement fort abîmé dans beaucoup de ses parties.



Une balustrade en bois isole le choeur qui est élevé de deux marches. L'autel, auquel on accède par deux autres marches, est d'une extrême simplicité. Au-dessus de la table, deux gradins, dont le plus élevé encastre un grossier tabernacle de forme quadrangulaire, sorte de caisse peinte en vert, ornée cependant de bordures dorées, et, sur la porte, d'un calice en bas-relief, également doré.



pays basque autrefois chapelle labourd
CHAPELLE DE SAINTE-CATHERINE SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Dans le fond, un petit retable, qui semble copié sur un trumeau de cheminée, encadre un tableau de Sainte Catherine. Bien que sans aucune prétention cet ouvrage est marqué d'un style qui décèle la première moitié du siècle dernier. Deux pilastres nus supportent une corniche agrémentée de deux rosaces et d'un ornement central allongé. Au-dessus, une ligne de minuscules rosaces. Le tout en bois, recouvert de plâtre blanchi.



Nous voilà loin de ces beaux retables qui parent le maître-autel de la plupart de nos églises basques. Nul doute que la chapelle ne possédât elle aussi, avant la Révolution, une oeuvre de ce genre garnissant les murs de l'abside. Mais maintenant, c'est la pauvreté, et même le délabrement rendus plus sensibles par les proportions de l'édifice. Une chaire en bois se trouvait autrefois sur le côté droit du choeur. Elle s'est écroulée il y a quelques années, et ses débris gisent pêle-mêle sous l'escalier qui mène aux galeries.



Cependant, ne parlons pas d'abandon. Par les soins d'une brave femme du voisinage, détentrice de la clé, l'autel est tenu toujours propre et orné de fleurs disséminées naïvement dans une multitude de petits vases.



Et voici qu'avant de nous retirer, nos yeux rencontrent avec intérêt après trop de choses attristantes, le bénitier posté à l'entrée, près de l'escalier intérieur. Robuste, intact, il est creusé dans une des pierres qui encadrent la porte. Sa cuvette présente cinq pans sur la face extérieure, trois d'entre eux portant, en taille nette et forte, un motif de ceux qu'on rencontre sur les tombes discoïdales de nos vieux cimetières.



Nous quitterons la chapelle, réservant nos derniers regards à cette modeste fleur de l'art populaire du passé, sortie indemne des périodes du désordre, qui ont laissé tout autour d'elle les traces de leurs ravages."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






 

 






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mercredi 23 février 2022

LES CHAPELLES DE SARE-SARA EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (neuvième partie)

   

LES CHAPELLES DE SARE AUTREFOIS.


Le village de Sare est, dans la province du Labourd, l'un des plus riches en édifices religieux.






pays basque religion chapelle labourd
CHAPELLE ST-IGNACE SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin du Musée basque n°13, en 1937, sous la plume de 

Philippe Veyrin et P Garmendia :


Chapitre V. 

Les chapelles disparues. - Sainte-Barbe. - Sainte-Croix d'Olhaïn. - L'ermitage de la Rhune.



...L'ermitage de la Rhune.

A l'inverse d'Olhaïn, on ne distingue pour ainsi dire plus une pierre de cette pieuse fondation. Mais des témoignages de différentes époques nous permettent de conjecturer approximativement l'importance de ce sanctuaire.



Pour la première fois à notre connaissance, il se trouve mentionné en 1578 dans le testament de Mgr Johannes de Sossiondo. Natif d'Ascain, possesseur du beau manoir d'Ascubea, au flanc même de la montagne, l'évêque de Bayonne léguait par cet acte "Dix livres au Saint-Esprit de Larhune."





pays basque autrefois manoir
MANOIR D'ASCUBEA ASCAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN



Cette chapelle, plantée audacieusement sur la cime culminante du pays de Labourd, devait être d'assez bonne dimension. En effet, sur la vue de Saint-Jean-de-Luz dessinée en 1612 par le Hollandais Joachim de Weert on discerne fort bien un édifice religieux au sommet d'une des montagnes en pain de sucre prodiguées en arrière-plan du tableau par la fantaisie de l'artiste. L'inexactitude des proportions et même des formes, ne doit pas cependant nous faire suspecter la véracité des détails notés d'après nature par le dessinateur : pour que la chapelle n'ait pas été oubliée dans ce vaste panorama pris de Sainte-Barbe, il est certain qu'elle devait se détacher très visiblement au faîte de la Rhune.



Aussi, n'avait-elle pas échappé à l'oeil inquisiteur de Pierre de Lancre. Le féroce et crédule magistrat cite, en effet, dans son fameux ouvrage, la chapelle du Saint-Esprit de Larhune au nombre des sanctuaires où les sorciers basques célébraient leur sabbat.





pays basque sabbat sorciere
TABLEAU AKELARRE 1798
PAR FRANCISCO DE GOYA



L'ermitage existait-il dès lors ? Ou n'aurait-il été fondé que pour lutter plus efficacement contre les maléfices du démon, et tout au moins contre les propos des mauvaises langues ? Il est impossible de la savoir.



D'après Haristoy, suivi par Daranatz, la construction du sanctuaire et de l'ermitage aurait eu lieu en 1654 seulement. Si cette date est bien fondée, - ce qui reste, croyons-nous à démontrer, - il ne saurait s'agir que d'une restauration et d'une transformation. On peut supposer que l'antique chapelle du Saint-Esprit devenue trop vétuste ou dégradée par les intempéries ait fait place à cette époque à un nouvel édifice consacré à la Sainte Trinité (c'est le seul nom qui, dès lors, va prédominer) auquel était annexé un enclos et une demeure pour la résidence d'un chapelain.




pays basque autrefois paroisses
LIVRE LES PAROISSES DU PAYS BASQUE
PENDANT LA PERIODE REVOLUTIONNAIRE

DE L'ABBE PIERRE HARISTOUY TOME II


Toute cette oeuvre n'était point due à la seule commune de Sare. La Rhune (comme aujourd'hui encore) appartenait, en effet, conjointement à Sare, Ascain, Urrugne et Vera ; aussi ces quatre communes étaient-elles associées dans le patronage de la pieuse entreprise.



Est-ce à l'érection de l'ermitage que serait due une recrudescence de la dévotion à la chapelle de La Rhune ? Toujours est-il que depuis le milieu du 17ème siècle, la Rhune semble devenir un but d'excursion assez couru, des voyageurs de marque ne dédaignent pas d'en faire l'ascension.



Nous en trouvons pour preuve dans un mémoire (déjà cité) où Me Jean de Larralde, curé de Sare, développait ses griefs contre certains de ses paroissiens. Un des objets en litige était le projet de construction d'un nouveau presbytère en l'année 1687, et parmi les motifs énumérés par le requérant , afin d'être logé aussi largement qu'il le désirait (ses prétentions n'étaient d'ailleurs pas minces), on lit ceci :

"Le curé de Sare est fort sujet aux courbées (corvées ?) visites et hospitalités des gens de toute sorte de qualité, soit faute de bonnes commodités aux environs de lad. maison où il loge, soit à l'occasion de la dévotion de l'hermitage de la montaigne de Larhune."



Quel dommage qu'aucun de ces pèlerins ne nous ait laissé (tout au moins à notre connaissance) aucun dessin représentant la chapelle et l'ermitage ! Faute de mieux, contentons-nous d'une fade description  (en vers, s'il vous plaît !) qu'un jésuite, le R.P. J. Antoine du Cerceau dédiait en 1719 à la Marquise de Mirepoix :

Contre son chef audacieux

Qui touche presque jusqu'aux cieux

Paraît cloué comme une cage

Un pauvre petit ermitage ;

Deux cellules pour logement

Avec un peu de jardinage

Qui cultivé légèrement,

Fournit assez abondamment

Herbes et fruits pour le ménage.

Joignez encore au bâtiment

Sur l'un des bouts une chapelle.

Et de l'ermitage charmant

Vous aurez un portrait fidèle.



Jésuite poésie
POESIES DU PERE DE CERCEAU



Convenons que pour le P. du Cerceau n'était pas un fameux peintre. Il semble d'ailleurs qu'à force de vouloir glorifier l'humilité de l'ermite, il ait exagéré l'exiguïté de son habitation. Il est hors de doute, par exemple, que les deux cellules faisaient partie d'un solide corps de logis n'ayant pas moins d'un étage. Un inventaire de 1680 publié par M. le Chanoine Daranatz fait allusion à "la salle d'en haut ou seconde cuisine", ce qui, avouons-le, n'évoque pas tellement une vision d'austérité. En revanche, l'inventaire dont nous venons de parler (qui est conservé aux archives de Vera) pêche plutôt par excès d'emphase quand il gratifie la chapelle du titre de basilique. Le texte, quelque peu obscur sur ce point, fait même mention, parmi les représentants des parties intéressées, des "patrons d'une autre basilique". Serait-ce une allusion à la chapelle primitive, celle du Saint-Esprit ? On ne sait.



Le dernier témoignage notable que nous possédions sur la thébaïde de la Rhune est celui du capitaine Vedel qui, écrivant en 1847 son "Historique de la Commune de Sare", était encore en mesure de recueillir les souvenirs des survivants de l'Ancien Régime. Voici sa description :

"Le mur (de la redoute, établie en 1793) qui est encore assez bien conservé, a un mètre et demi de hauteur sur deux mètres et demi d'épaisseur et présente un développement de plus de cent mètres.

Sur un point un peu plus élevé, à droite en regardant l'Espagne, on trouve les vestiges d'un ancien ermitage qui fût démoli lorsqu'on dut construire la redoute. Cet ermitage était entretenu autrefois par quatre communes : Ascain, Sare, Urrugne et Vera et desservi par un prêtre. Tous les ans, à des dimanches et des époques différentes, chaque commune s'y rendait en procession et le prêtre y célébrait l'office divin.

Ce même prêtre était chargé de tenir une école dans cet ermitage où l'on envoyait les enfants des quatre communes avec des vivres pour une semaine. Il n'y a pas longtemps qu'il existait des vieillards qui disaient y être allés. Il est probable que l'hiver les choses ne se passaient pas ainsi que l'été, car l'hiver la position n'eût pas été tenable. On m'a parlé d'une fontaine qui aurait existé autrefois auprès de l'ermitage, et que j'ai cherchée en vain ; en revanche, j'ai trouvé plusieurs sources sur d'autres points de la montagne et tout au sommet."



Vedel ne se trompait point en supposant que l'ermitage de La Rhune n'était pas occupé en permanence par son titulaire. Les très intéressants actes de nominations découverts à Vera et publiés par M. le Chanoine Daranatz sont forts explicites sur ce point. Le chapelain, nommé en principe pour quatre ans, n'avait obligation de résider à son poste qu'entre le jour de la Sainte Croix (début de Mai) et celui de la Saint Michel (fin septembre). Il est d'ailleurs vraisemblable que les élèves étaient surtout de jeunes bergers qui gardaient leurs troupeaux dans la montagne, et profitaient de leurs loisirs pour compléter auprès du saint homme les rudiments d'une instruction négligée.



...Voici les noms de quelques occupants de l'ermitage :

De 1676 à 1680, Jean Duhalde, curé d'Ascain.

De 1680 à 1681, M. Etchepare, curé d'Urrugne.

De 1681 à 1685, Juan Gregorio de Miura, curé d'Urdax.

De 1685 à 1689, un certain Don Bernardo..., de l'évêché de Lescar.

Etc...



Reproduisons, pour terminer cette notice, une historiette qui nous a été contée par Madame Ariztia, qui la tenait de son père, M. Diharassary :

"Il y avait jadis à Sare trois jeunes filles un peu mûrissantes et en passe de devenir mutchurdinak. Elles avaient juré de se marier tous les trois en même temps et, en attendant la réalisation de leurs désirs, elles sortaient toujours ensemble, se communiquant inlassablement leurs succès ou leurs déboires amoureux.

Un jour, deux d'entre elles formèrent le projet de monter à la Rhune pour demander un mari, et se gardèrent bien d'en avertir la troisième ; au contraire, elles prirent toutes sortes de précautions pour ne pas être vues et partirent avant l'aube par des chemins détournés.

Arrivées au sommet, elles firent les prières suivantes :

"Izpiritu Saindu Larrun Emangaitzazu senhar on bat lagun" (Saint Esprit de la Rhune donnez-nous un bon mari pour compagnon).



Quelle ne fut pas leur surprise en entendant derrière elles une voix bien connue qui disait à son tour :

Jaun Trinitate Guk ere behardegu parte. (Trinité Souveraine faites que nous en ayons aussi notre part).



C'était la troisième mutchurdin qui avait eu vent de leur complot, les avait suivies en cachette, et plus habile qu'elles, cherchait à mettre dans son jeu non seulement le Saint Esprit, mais la Trinité toute entière ! L'histoire ne dit pas quel fut le succès de cette manoeuvre."



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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