Libellés

samedi 31 janvier 2026

LA CHAPELLE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA À VALCARLOS EN NAVARRE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième partie)

 

LA CHAPELLE DE SAINT-SAUVEUR À IBAÑETA.


L'antique chapelle d'Ibañeta, en Navarre, date de 1127.



pays basque autrefois religion procession navarre frontière douanes
CHAPELLE DE CHARLEMAGNE
IBAÑETA RONCEVAUX NAVARRE
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta J.-B. Daranatz dans le Bulletin du Musée Basque N° 9 de 1935 :


"La Chapelle de Saint-Sauveur ou de Charlemagne à Ibañeta.




D'après M. Bédier. — Les pages consacrées par ce maître à Ibañeta et à ses établissements, sont extrêmement curieuses et intéressantes. Pour lui, ni la chapelle, ni l'hospice ne datent du temps de Charlemagne, mais ils étaient fort anciens, et remontaient "aux temps carolingiens". Il n'admet pas l'existence d'un Ordre religieux militaire à Ibañeta, mais, d'après lui, des "gens d'Eglise desservaient la chapelle du Saint-Sauveur" avant la Chanson de Roland, avant 1130.



chanson roland roncevaux ibañeta navarre
LA CHANSON DE ROLAND
PAYS BASQUE D'ANTAN


D'après nos Recherches sur la Ville et sur l'Eglise de Bayonne. — Notre thèse (à M. Dubarat et à moi, III, passim) diffère de l'opinion de Huarte, de Sarasa, de Gaston Paris et de M. Bédier. Un simple exposé montrera sur quels points nous différons de nos devanciers. La "Croix de Charles" que nous plaçons à Ibañeta explique et oriente toute notre démonstration.



Première conclusion. — C'est la "Croix de Charles" qui a donné son nom à la "Chapelle de Charles".


D'après nous, en effet, la "Croix de Charles" existait au sommet d'Ibañeta depuis le VIIIe siècle environ. La "Chapelle de Charles", qui y fut également, n'est pas encore nommée dans le Guide des Pèlerins au XIIe, mais plus tard, dans d'autres documents. Il s'ensuit nécessairement que celle-ci est d'une époque assez tardive et qu'elle a pris le nom de celle-là. Les vieux noms s'imposent ; et quand il s'agit surtout du nom de Charlemagne, il n'y a pas à insister sur cette vérité d'expérience. Marca identifie même, pour ainsi dire, la Croix et la Chapelle de Charles : ad Crucem sive Capellam Caroli,



pays basque autrefois religion procession navarre frontière douanes
LE GUIDE DU PELERIN DE ST-JACQUES DE COMPOSTELLE
DE JEANNE VIEILLIARD



Nous savons certes que cette chapelle portait aussi d'autres noms : de Saint-Sauveur, de Saint-Sauveur du Somport, d'église du Somport, et enfin de Saint-Sauveur de Charlemagne située sur la cime des Pyrénées à Ibañeta.



Deuxième conclusion. — Le nom de "Chapelle de Charles" ne paraît pas avant le XIIIe siècle et se trouve rarement dans les textes anciens.


Au XIIe siècle encore, nous apprend le Guide des Pèlerins, il n'y a rien à Ibañeta que des croix.


Nous pouvons admettre, dans l'état de la documentation actuelle, que le nom de "Chapelle de Charles" paraît pour la première fois, en 1270, dans la fausse charte de fondation de Roncevaux. Ce texte ne nous a pas été conservé, mais Huarte l'a vu dans un procès. Il est vraisemblable que ce terme existait déjà, puisqu'on ose le mettre dans un acte d'importance capitale, malgré son indéniable fausseté.


Au XVIIe siècle, on appelait cette chapelle simplement Saint-Sauveur d'Ibañeta.



Décadence de la Chapelle de Charlemagne.


La décadence de la "Chapelle de Charlemagne" a eu pour cause la diminution des revenus de Roncevaux. Celle-ci date surtout du XVIe siècle.


Il est évident que la Chapelle de Charlemagne, qui était en somme une halte pour les voyageurs fatigués, resta prospère tant que les pèlerinages eux-mêmes furent en honneur. Le schisme sans doute, au XVe siècle, et plus tard le protestantisme leur portèrent de rudes coups. Lorsque la foi n'anima plus les âmes, notre sanctuaire resta vide et perdit peu à peu toute son ancienne gloire.



On donnait en Espagne aux oratoires épars dans la campagne le nom d'ermitage, ermita, et celui d'ermitaño au prêtre qui les desservait. Ainsi en fût-il de la chapelle du Saint-Sauveur.



Le plus ancien document que nous ayons à ce propos est la sentence de 1586-1590 portée par le visiteur Martin de Cordoba. La belle ampleur de l'hospitalité antique, si bien racontée dans le Poème de Roncevaux du XIIIe siècle, avait disparu. En ce moment même, la vieille chapelle était détruite. Le visiteur la fit rebâtir, il ordonna aussi qu'on y mit une cloche d'alarme. On devait la sonner depuis le crépuscule jusqu'à une heure après minuit pour avertir les pauvres voyageurs égarés. Le veilleur devra rester fidèle au poste et on augmentera sa provision en blé et en vin.



Huarte considérait la charge de veilleur de nuit comme très importante, car il sauvait une foule de pèlerins, fatigués, épuisés, qui seraient morts, comme beaucoup d'autres avaient péri avant l'établissement de l'abri hospitalier d'Ibañeta.



Sandoval, qui raconte en 1614 l'établissement de Roncevaux, ajoute que la Chapelle de Charlemagne paraissait de son temps nouvellement restaurée et que l'ancien édifice était tombé de vétusté. Il fut relevé au même endroit où avait eu lieu le désastre de Roncevaux.



pais vasco antes religion roncesvalles
CHAPELLE DE CHARLEMAGNE RONCEVAUX
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
NAVARRE D'ANTAN


C'est encore Huarte qui, en 1624, gémit sur l'état de ruine et d'abandon dans lequel on laisse cette noble église, si digne de respect. Il y faudrait au moins deux prêtres pour la bien desservir. Il n'y en a qu'un seul. Elle reçoit les pauvres qui descendent ensuite à l'hôpital. Il y en a cependant qui la veulent voir disparaître. "Dieu nous protège !", s'écrie-t-il avec angoisse. Entretenir avec honneur ce monument, ce serait continuer la tradition et en conserver la véritable antiquité.



pays basque autrefois religion procession navarre frontière douanes
CHAPELLE DE CHARLEMAGNE RONCEVAUX 1872
BULLETIN MUSEE BASQUE N°9 1935
NAVARRE D'ANTAN



Ailleurs, Huarte se plaît à nous dire où se trouve exactement la Chapelle de Charlemagne, en venant des hauteurs de Guirizu. C'est elle qui détermine la ligne de partage des eaux. Son toit jette d'un côté les pluies vers la France et l'Océan ; d'un autre, vers l'Espagne et la Méditerranée. De ses pieds, pour ainsi dire, jaillissent une foule de petits ruisseaux qui se répandent partout, au Midi et au Nord."


A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 6 900 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire